TUMEURS SANGUINES VASCULAIRES
Quant aux autres caractères des angiomes, nous remarquons que les téiangiectasies, presque toujours congénitales, se présentent aussi bien à l'état isolé qu'à l'étal multiple. Leur croissance est toujours lente et indolente ; tantôt elle se fait principalement en largeur, tantôt en profondeur, ordinairement aux dépens du tissu malade. Il n'est pas douteux que ces tumeurs s'arrêtent parfois dans leur développement au bout de quelques années, et qu'elles persistent alors dans l'état où elles se trouvaient à cette époque. Dans d'autres cas cependant la croissance continue à se faire, de sorte que la tumeur peut atteindre presque la grosseur du poing d'un adulte, comme j'en ai vu un exemple au cou d'un garçon de cinq ans. Il est fréquent de voir, surtout sur le cuir chevelu, deux ou trois téiangiectasies congénitales ou développées rapidement les unes à la suite des autres ; il est plus rare que leur nombre dépasse six à huit. — Les tumeurs sanguines caverneuses sont rarement congénitales, elles se développent le plus souvent dans l'enfance et l'adolescence, rarement à un âge plus avancé. Leur siège, comme nous l'avons déjà fait remarquer, est principalement le tissu conjonctif sous-cutané, surtout aux extrémités et à la face, beaucoup moins fréquemment au tronc. Elles s'observent souvent aussi en grand nombre, mais en général de telle sorte qu'un système vasculaire déterminé doit être considéré comme le siège de la maladie; c'est ainsi que ces tumeurs se trouveront réunies sur un bras, sur un pied, une jambe, ou la face. Les phénomènes qui en dérivent sont, outre la difformité, une certaine faiblesse des muscles, et quelquefois un endolorissement dans l'étendue de la région affectée. Ces tumeurs peuvent atteindre un volume très-considérable, et par là devenir dangereuses, surtout à la tête, d'autant plus que par leurs progrès elles peuvent entamer les os et les détruire.— Mais indépendamment de cela, le plus grand danger des tumeurs caverneuses, comparées aux téiangiectasies, provient principalement de ce que leur développement n'est pas limité à la peau. Elles peuvent se montrer soit primitivement, soit secondairement dans des organes internes; elles sont surtout fréquentes dans le foie, et s'y rencontrent à l'état primitif ou consécutivement à des tumeurs de même nature siégeant aux parties extérieures du corps. On les a aussi rencontrées primitivement dans les os, surtout dans les os du crâne, avec résorption du tissu osseux. Quoique les tumeurs caverneuses secondaires du foie ou d'autres organes internes n'atteignent jamais un volume assez grand pour troubler considérablement les fonctions de ces organes, il n'en est pas moins vrai qu'on doit considérer cette forme de tumeur comme pouvant devenir dangereuse. Quelques observations que je connais, prouvent que dans ces tumeurs il peut se faire un ratatinement et une formation régres-
sive par suite de la thrombose des espaces caverneux. Cependant on n'a pas observé une disparition complète de ces tumeurs par oblitération spontanée.
Le traitement qu'on applique aux tumeurs vasculaires est très-simple. Les opérations varient selon qu'on se place à l'un des deux points de vue suivants :
1° Méthodes qui ont pour but la coagulation du sang avec oblitération et abaissement consécutifs des tumeurs,— Dans cette catégorie se range l'injection de percblorurede fer liquide dans les tumeurs; ensuite l'opération consistant à les traverser avec des aiguilles rougies au feu ou avec un fil de platine qu'on rend incandescent par l'appareil galvanocaustique (séton galvano-caustique). 11 faut encore citer la compression continue des tumeurs et la ligature des artères afférentes. — Les deux dernières méthodes ne sont plus employées, parce qu'elles n'ont pas été suivies de succès.
2° Méthodes qui ont pour but la destruction des tumeurs.
a. Par la ligature, qui doit être double ou multiple, lorsque les télangiectasies sont à base large. Dans ce procédé on enfonce sous la tumeur une aiguille garnie d'un fil double; le premier des fils est lié d'un côté, et le second de l'autre.
b. Par l'inoculation du vaccin sur la tumeur; dans ce cas le tissu morbide est éliminé avec la croûte vaccinale.
c. Par la cautérisation : à cet effet, on emploie surtout l'acide nitrique fumant, qu'on applique avec une baguette coupée transversalement et de la grosseur d'un tuyau de plume, avec laquelle on touche la télangiectasie jusqu'à ce qu'elle ait pris une couleur jaune verdâtre.
d. Par l'extirpation avec le bistouri et les ciseaux.
Si l'on a quelque expérience des opérations, il n'est pas difficile de choisir celle qui convient le mieux pour un cas donné. Je considère la cautérisation avec l'acide nitrique fumant comme devant être la méthode générale pour les telangiectasies superficielles, quand elles n'ont pas une étendue par trop grande et qu'elles ne sont pas situées à des endroits où la rétraction cicatricielle consécutive donnerait lieu plus tard à des difformités considérables, comme par exemple en certains points de la face. Pour les telangiectasies épaisses et les tumeurs caverneuses, l'extirpation avec le bistouri et les ciseaux est la méthode la plus sûre. Contre les hémorrhagies trop fortes, qui peuvent survenir pendant cette opération, on fait faire, soit la compression de tout le pourtour de la tumeur par des aides intelligents, suivie de l'application immédiate de points de suture, ou bien on peut aussi enfoncer tout autour de la tumeur une série de ligatures. L'extirpation est encore préférable à la
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cautérisation pour beaucoup de cas de lélangiectasies situées à la face, parce qu'on peut faire les incisions de telle sorte que la contraction cicatricielle ne déforme pas les paupières ou les angles de la bouche. Cependant il y a des cas où l'extirpation n'est pas applicable, soit à cause de la grandeur, soit à cause du siège ou du trop grand nombre de ces tumeurs. J'avais en traitement un enfant affecté d'une tumeur caverneuse encore en voie d'accroissement; elle commençait à la racine du nez et s'étendait le long du nez et de la lèvre supérieure dans toute son épaisseur. Si dans ce cas on avait voulu faire l'extirpation, on aurait été obligé d'enlever tout le nez et la lèvre supérieure; évidemment on ne pouvait pas songer à cette opération, et j'ai traité ce cas par la cautérisation au moyen d'aiguilles incandescentes. Le traitement durait depuis trois mois et aurait encore exigé autant de temps, quoiqu'une grande partie des espaces caverneux fût déjà oblitérée, lorsque la mère de l'enfant perdit patience; depuis je n'ai plus revu ce malade. Je préfère cette manière de cautériser aux injections de perchlorure de fer, parce que ce dernier procédé a donné lieu dans quelques cas à la suppuration et à la gangrène, et parce que l'injection offre quelquefois de grandes difficultés par suite de l'obturation de la canule par des caillots sanguins. Les autres méthodes que nous avons citées n'ont qu'une importance secondaire ; très-fréquemment l'inoculation du vaccin n'entre pas assez profondément, et la ligature est un procédé très-long, qui n'est pas toujours sûr et qui ne protège pas contre les hémorrhagies consécutives.
Sous forme d'appendice je vous parlerai encore ici : 1° De la tumeur lymphatique caverneuse, forme de néoplasme trèsrare, qui a absolument la même structure anatomique que la tumeur sanguine caverneuse , avec cette différence cependant que clans les mailles se rencontre au lieu de sang un sérum ressemblant à la lymphe. Cette espèce de tumeur s'observe à l'état congénital clans la langue comme une des formes de la macroglossie (il y a en outre encore une forme fibreuse); on la rencontre aussi chez des individus jeunes dans différentes parties du tissu conjonclif sous-cutané.
2° Le ncëvus vasculaire : c'est une télangiectasie des vaisseaux les plus superficiels de la peau, cessant de s'accroître à partir de la naissance. Il n'y a pas d'autre différence. Nous avons déjà dit antérieurement que dans ces taches congénitales, l'hypertrophie cutanée, la pigmentation, l'ectasie vasculaire et la formation pileuse se combinent entre elles de la manière la plus variée. Si ces taches se trouvent à la face et qu'elles ne soient pas trop étendues (car parfois elles s'étendent à toute une moitié du visage), on peut mettre en usage l'ex-
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tirpation totale ou partielle, suivie d'une opération plastique, ou Lien la cautérisation selon les circonstances.
Bibliographie. — Télangiectasies : Bruns, Atlas, 2e partie, pl. n, fig. 11. — Tumeurs caverneuses : Bruns, Atlas, 2e partie, pl. n, fig. 12-16; pl. ix, fig. 17-24. — Cruveilhier, livraison xxm, pl. m-iv; livraison xxx, pl. v.— Lebert, Atlas, pl. xxvm, fig. 10-21.