Les papillomes cornés
Les papillomes cornés se rencontrent presque exclusivement sur la peau, rarement dans les parois des kystes dermoïdes. La forme de ces tumeurs est variable ; si nous faisons abstraction des formations pileuses dans les kystes et sur les taches congénitales, dont nous avons déjà parlé, et qui, du reste, sous le rapport anatomique, appartiennent à ce chapitre, nous avons à distinguer deux formes différentes de papillomes cornés.
a. Les verrues. — Elles sont caractérisées anatomiquement par un développement exagéré des papilles en longueur et en largeur. Sur ces papilles anormalement augmentées, l'épiderme se cornifie sous forme de petits cônes qui constituent les verrues, comme vous pouvez facilement vous en convaincre même à l'œil nu (voy. fig. 82) . Ces verrues, qui sans cause connue se présentent souvent en grand nombre, principalement aux mains, atteignent rarement un fort volume; elles ne dépassent guère la grosseur d'une lentille ou d'un pois.
b. Les cornes cutanées sont jusqu'à un certain point des verrues trèsgrandes; dans celte maladie la masse épidermique des papilles hyper-
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trophiées se réunit en une substance solide qui peut prendre un accroissement énorme, de sorte que la corne, qu'elle soit droite ou courbe, peut atteindre une longueur de 8 à 12 centimètres et plus. — Quoique l'aspect extérieur de ces cornes, qui ne consistent qu'en cellules épidermiques cornifiées, présente une grande ressemblance avec les cornes de certains animaux, la structure anatomique est cependant différente, parce que les cornes des animaux sont principalement composées de substance osseuse. La couleur des cornes cutanées est, en général, d'un brun sale ; ces formations remarquables s'observent principalement à la face et au cuir chevelu, mais on les rencontre également au pénis et à d'autres parties du corps; elles prennent quelquefois naissance dans des kystes athéromateux.
Fig. 82.
Verrue. — a. Coupe longitudinale, b. Coupe transversale. — Grossissement, 20.
Les formations verruqueuses et cornées se développent évidemment sous l'influence d'une prédisposition générale. La preuve est que souvent les verrues se montrent en nombre considérable (de 20 à 50) aux deux mains, 'surtout chez les enfants et peu de temps avant la puberté. Évidemment les irritations extérieures jouent aussi un rôle dans le développement des verrues; c'est ce que prouve, entre autres, la particularité du siège, les mains étant principalement exposées aux agents extérieurs, et l'épiderme aux mains étant déjà très-épais à l'état normal. — La prédisposition à la formation des cornes cutanées, qui du reste s'observent rarement, appartient de préférence à l'âge avancé ; il en est de même de la plupart des formations épidermoïdales que nous citerons plus tard ; nous étudierons du reste celte question de plus près en parlant du cancer cutané épidermoïdal, qui offre une certaine ressemblance avec la formation des cornes cutanées.— -Sous le rapport anato-
mique, on pourrait encore citer à côté des formes précédentes Yichthyose et Xhystricisme. Par ichthyose on entend une cornification de l'épiderme ordinairement congénitale et très-fréquemment répandue sur tout le corps, de sorte que l'épiderme est divisé en plaques à la manière des écailles des poissons. Ces enfants souvent ne sont pas viables, parce que la perspiration cutanée ne peut se faire. L'hystricisme est également une espèce particulière d'hypertrophie papillaire avec cornification de l'épiderme, dans laquelle se développe sur la surface cutanée des appendices en forme de piquants qui font ressembler la peau à celle du porc-épic. Cette affection aussi est le plus souvent congénitale, quoique j'aie vu des formations analogues dans certaines formes d'éléphantiasis nostras. Nous ne nous occuperons pas davantage de ces maladies, de même que des durillons et des cors au pied, car vous apprendrez à connaître ces affections avec plus de détails dans des cours spéciaux ou des ouvrages sur les maladies de la peau.
Revenons aux verrues et aux cornes cutanées qui, à proprement parler, appartiennent seules aux tumeurs, dans le sens que nous avons attaché à ce mot au commencement de ce chapitre. La prédisposition aux verrues, tout à fait exempte de danger, se montre toujours dans la jeunesse et cesse dans beaucoup de cas spontanément. Le public croit à la contagiosité des verrues et peut-être avec un certain droit; j'ai vu un cas où une verrue ordinaire s'étant formée sur le côté d'un orteil, une seconde verrue se développa sur le côté opposé de l'orteil voisin. — L'importance des cornes cutanées est beaucoup plus grande; bien que ces cornes se cassent quelquefois spontanément et tombent, elles se reforment de nouveau, si elles ne sont pas opérées; dans certains cas même, il se développe à la place où existait la corne cutanée un cancer épithélial ; peut-être la formation des cornes cutanées chez les vieillards n'est-elle qu'une manifestation mitigée de la prédisposition cancéreuse.
Dans la plupart des cas, les verrues peuvent être abandonnées à elles-mêmes. Il en est d'elles comme de toutes les maladies qui disparaissent spontanément avec le temps; je veux dire que le peuple possède un grand nombre de remèdes sympathiques pour les guérir : le contact de la main couverte de verrues avec la main d'un cadavre, l'application d'une infinité de feuilles et d'herbes, sont des remèdes prônés comme héroïques par les vieilles femmes. Si vous voulez enlever quelques grosses verrues, qui souvent sont excessivement désagréables pour celui qui les porte, le mieux est de vous servir des caustiques. J'emploie à cet effet Y acide nitrique fumant, avec lequel je touche à plusieurs reprises la verrue ; le jour suivant, j'enlève avec le couteau la
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couche désorganisée, jusqu'à ce qu'il s'écoule une goutte de sang ; je répète alors la cautérisation. Il faut continuer de la sorte jusqu'à ce que la verrue ait complètement disparu.
Les cornes cutanées ne peuvent être guéries radicalement qu'en excisant la partie de peau sur laquelle elles se sont développées.
Bibliographie. — Lebert, Atlas, pl. xvi, fig. 12-14; pl. xvii, fig. 1-3; pl. 190. — Cruveilhier, Atlas, livraison vu, pl. 6; livraison xxiv, pl. 3. — Bruns, Atlas, 1" division, pl. n, fig. 3-6; 2e division, pl. n, fig. 9 ; pl. ix, fig. 16,