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QUELQUES PARTICULARITÉS DES PLAIES PAR INSTRUMENTS PIQUANTS

Les plaies par instruments piquants guérissent généralement très-vite par première intention. — Piqûres d'aiguilles : séjour des aiguilles dans le corps, leur extraction. — Piqûre des nerfs. — Piqûre des artères : anévrysme traumatique, variqueux, varice anévrysmatique. — Piqûre des veines, saignée.

Les plaies par instruments piquants sont pour la plupart des plaies simples et guérissent généralement par première intention, beaucoup de ces plaies ont en même temps le caractère des plaies par instruments tranchants , toutes les fois que l'instrument piquant a une certaine largeur; quelques-unes ont même le caractère des plaies contuses, lorsque l'instrument était émoussé; dans ce cas, il y a généralement aussi une suppuration plus ou moins considérable. — Nous faisons nousmêmes beaucoup de plaies par instruments piquants dans nos opérations chirurgicales, comme par exemple avec les aiguilles dites à acupuncture, c'est-à-dire de fines et longues aiguilles dont on se sert quelquefois pour examiner entre autres si l'os est détruit sous une tumeur ou sous un ulcère, et jusqu'à quelle profondeur va celle destruction. Ce sont encore des plaies de ce genre que nous produisons avec le trocart, espèce de poignard à Irois arêtes et entouré d'une canule qui l'embrasse étroitement; nous nous servons de cet instrument pour faire écouler le liquide d'une cavité.

Les coups de poignard, d'épée, de couteau, de baïonnette, sont à considérer souvent comme étant également des plaies par incision -et des plaies contuses. — Lorsque ces plaies par instruments piquants ne sont pas combinées avec des lésions de troncs artériels et nerveux, ni avec des lésions osseuses, et lorsqu'elles n'ont pas non plus pénétré dans les grandes cavités du corps, la guérison se fait rapidement et exige rarement un traitement quelconque.

Les plaies les plus fréquentes de ce genre sont les piqûres d'aiguille, surtout chez les femmes, et cependant il est bien rare qu'elles consultent pour cela un. médecin. Une lésion pareille ne peut guère se compliquer que par ce seul fait que l'aiguille entière ou un fragment d'aiguille

PARTICULARITÉS DES PLAIES PAR INSTRUMENTS PIQUANTS. i h l

pénètre si profondément dans les parties molles qu'on ne peut pas le retirer sans grande difficulté. Pareille chose arrive à l'occasion dans différentes parties du corps, lorsque, par exemple, une personne s'asseoit ou tombe par hasard sur une aiguille, ou qu'il lai arrive un autre acci dent analogue. Lorsqu'une aiguille a pénétré dans la peau, les symptômes sont ordinairement si insignifiants, que les blessés accusent rarement une sensation bien définie, et ne savent même pas dire si l'aiguille a positivement pénétré et quel est son siège. Aussi ce corps étranger ne provoque-t-il généralement pas dans les parties molles une inflammation appréciable à l'extérieur, et peut-il séjourner dans le corps pendant des mois, des années, même pendant la vie entière, sans faire naître de phénomènes graves, à moins que l'aiguille ne s'enfonce dans un tronc nerveux. Une aiguille s'arrête rarement à l'endroit où elle a pénétré, mais elle chemine plus loin, est conduite par les contractions musculaires dans d'autres parties du corps, et peut ainsi suivre un fort long trajet jusqu'à ce qu'elle se montre à jour dans une tout autre région. On cite des exemples de femmes hystériques qui, par une singulière vanité, voulant attirer l'attention sur elles, s'étaient enfoncé une foule d'aiguilles dans les parties les plus diverses du corps, aiguilles qui se présentaient ensuite dans les endroits les plus variés et bien loin des lieux d'introduction; même il se peut que des aiguilles avalées traversent sans aucun danger pour le corps les parois de l'estomac et de l'intestin, et sortent par un endroit quelconque de la paroi abdominale. B. Langenbeck trouva un jour une épingle au centre d'un calcul de la vessie ; en allant aux informations , il apprit que le patient avait avalé ce corps pendant son enfance. Ainsi l'épingle a pu arriver à travers les intestins dans la vessie, là des couches de phosphate ammoniacomagnésien s'étaient déposées autour d'elle et avaient donné naissance au calcul. Des faits remarquables de ce genre ont été consignés en grand nombre.

Lorsque les aiguilles sont restées pendant quelque temps enfoncéesdans les parties molles sans provoquer de souffrances, ou bien lorsque celles qui traversent le corps de l'intérieur à l'extérieur arrivent près de la surface, immédiatement au-dessous de la peau, il se produit en général une petite suppuration; la sensation de la piqûre devient de plus en plus vive, et si l'on fait, alors une légère incision à l'endroit douloureux, il en sort une petite quantité d'un pus séreux, et l'on trouve l'aiguille au fond du petit abcès, d'où on la retire facilement avec une pince à dissection ou à pansement. Il n'est pas très- facile d'expliquer pourquoi ce corps étranger qui, pendant des mois entiers avait bien des fois changé de place dans l'économie sans provoquer d'accidenls,

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finit cependant par produire une suppuration lorsqu'il est entin arrivé sous la peau. 11 faut que vous vous contentiez du simple fait. Le cas intéressant qui suit vous offrira une image encore plus frappante de la marche que ces lésions suivent ordinairement. Pendant le semestre dernier, on amena à la Clinique une fille sourde et muette, tout à fait idiote, d'environ trente ans, sur laquelle on avait cru diagnostiquer une fièvre typhoïde. Ni la malade elle-même, ni son entourage également peu intelligent, ne pouvaient fournir le moindre renseignement anamnestique. La patiente, qui passait souvent des journées entières au lit, se plaignait depuis quelques jours de souffrances dont elle montrait le siège dans la région inguinale droite. Cependant elle avait peu de fièvre. L'examen révéla un gonflement de la partie désignée par la malade, gonflement qui augmenta les jours suivants et devint très-douloureux à la pression. La peau rougit et une fluctuation évidente finit par se développer. Il était facile de reconnaître que ce n'était pas là un cas de fièvre typhoïde, mais je vous laisse à penser combien d'opinions ont été émises relativement au siège de la suppuration, car tout prouvait qu'un abcès était en train de se développer ; ce pouvait être une inflammation de l'ovaire, une perforation de l'appendice vermiculaire, un abcès dans les téguments abdominaux, etc., etc.; mais ces opinions soulevaient toutes contre elles des objections plus ou moins graves. Au bout de quelques jours, la peau, fortement rougie, était devenue trèsmince, et l'abcès s'était concentré aux environs de l'épine iliaque antérieure et supérieure, à quelques travers de doigt au-dessus du ligament de Poupart. Je fis alors à la peau une incision d'où s'échappa un pus brunâtre, ichoreux, mêlé de gaz et répandant une odeur fécale trèsprononcée. En sondant avec le doigt la cavité de l'abcès, je sentis dans le fond un corps dur, cylindrique, proéminant peu dans l'intérieur de la cavité : je commençai à l'extraire avec la pince, et tirant, tirant toujours, je mis à découvert une aiguille à tricoter longue de près d'un pied, assez épaisse, couverte de rouille et enfoncée dans la direction du bassin. — La cavité de l'abcès était tapissée de granulations flasques; cependant, lorsque je voulus chercher l'ouverture que l'aiguille devait évidemment avoir laissée derrière elle, il me fut impossible de la. retrouver, elle s'était refermée et se trouvait obstruée par des granulations. Il fallut à l'abcès beaucoup de. temps pour guérir; cependant la guérison eut lieu sans incidents et la patiente quitta l'hôpital au bout d'un mois. Lorsque je montrai à la malheureuse idiote l'aiguille retirée de son corps, elle me sourit de son sourire niais et repoussant, c'est tout ce qu'il fut possible d'en obtenir; peut-être un vague souvenir se rattachait-il à ce sourire. Ce qu'il y a de plus probable, c'est que la patiente

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