‹ Éléments de pathologie chirurgicale généraleChapitre 21 sur 123 · PARTICULARITÉS DES PLAIES PAR INSTRUMENTS PIQUANTS. 1A · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS DES PLAIES PAR INSTRUMENTS PIQUANTS. 1A

s'était introduit l'aiguille clans le vagin ou dans le rectum, car on sait que les femmes, malheureusement sans être idiotes, font quelquefois des choses incroyables dans ce genre, comme vous pourrez le lire surtout dans la Médecine opératoire de Dieffenbach, au chapitre qui traite de l'extraction des corps étrangers. Dans l'espèce, il n'est pas impossible que l'aiguille ait passé à côté du col utérin et se soit enfoncée dans le caecum ; c'est du moins ce que le pus de l'abcès chargé de gaz permettait de supposer, car on pouvait croire, d'après ce signe, à une communication au moins passagère avec l'intestin; cependant il n'y a à cet égard rien de certain, car un pus ichoreux peut aussi se décomposer sous la peau et donner lieu à un dégagement de gaz, quoique ce soit là un fait très-rare, surtout quand l'abcès s'est développé lentement.

L'extraction d'aiguilles enfoncées depuis peu offre parfois de grandes difficultés, surtout parce que les patients fournissent souvent des indications vagues sur le siège occupé par le corps étranger, et quelquefois ne savent même pas dire si l'aiguille a pénétré ou non. Il faut bien fixer avec les doigts de la main gauche l'endroit où l'on croit devoir faire l'incision, en cherchant à comprimer cet endroit de manière à produire un pli, ce qui, toutefois, ne réussit pas toujours d'une manière complète, surtout aux doigts; cependant cette précaution est nécessaire pour empêcher l'aiguille de fuir sous l'incision. Quelquefois on sent plus ou moins distinctement le corps solide et l'on provoque même une vive douleur en le comprimant. Ces essais peuvent indiquer l'endroit où il faut inciser. Une fois la section de la peau faite,. on cherche à saisir l'aiguille avec une bonne pince à dissection; les bords d'une aponévrose fortement tendue peuvent, aux doigts surtout, donner facilement le change, parce qu'avec la pince on a toujours une sensation incertaine. S'il est impossible de trouver l'aiguille, on fait imprimer quelques mouvements à la partie, car alors l'aiguille peut se déplacer et prendre une position dans laquelle elle est plus facile à saisir. L'extraction des corps étrangers exige du reste un certain exercice et une habileté manuelle que l'on n'acquiert qu'avec le temps et la pratique; la dextérité que certains individus possèdent naturellement leur vient merveilleusement en aide dans cette circonstance.

Les piqûres faites avec des instruments moins acérés subissent parfois des retards dans leur guérison, la plaie extérieure pouvant se fermer par première intention, pendant que dans la profondeur une inflammation et une suppuration se présentent après peu de jours, de sorte que la plaie se rouvre et que le trajet entier entre alors en suppuration ou que le pus se fraye un passage par un autre endroit. Ceci arrive principalement aux plaies dans lesquelles un corps étranger,

\kk PATHOLOGIE CHIRURGICALE GÉNÉRALE.'

par exemple la pointe d'un couteau, est resté engagé, ou bien à celles qui ont été produites à l'aide d'instruments très-mousses. En examinant la plaie, il faut que vous recherchiez toujours avec la plus grande attention si un pareil corps étranger n'y est pas retenu, et vous devez autant que possible vous procurer l'instrument qui a servi à faire la lésion; vous prendrez en outre des renseignements très-précis sur la direction que l'instrument a suivie en pénétrant, afin que vous puissiez vous orienter sur les parties qui ont pu être lésées. Cependant, même dans les cas défavorables, l'inflammation et la suppuration le long du trajet de l'instrument sont quelquefois excessivement minimes. Ainsi, il y a quelques semaines, un homme se présenta à la Clinique : la veille, il était tombé du haut d'un arbre de moyenne élévation, sur le bras gauche, pendant qu'il était occupé à élaguer cet arbre. L'avant-bras gauche était un peu gonflé sur la face dorsale, à quelques pouces au-dessous du coude ; à la face palmaire, immédiatement au-dessus de l'articulation de la main, on apercevait une petite excoriation; la flexion et l'extension de l' avant-bras sur le bras se faisaient sans douleur; la pronation et la supination étaient seules difficiles et douloureuses; une fracture des os de l'avant-bras n'existait certainement pas. Cependant, à l'endroit qui correspondait au gonflement de la face dorsale, immédiatement au-dessous du coude, on sentait directement sous la peau un corps solide qui se laissait un peu repousser, mais qui reprenait aussitôt après sa première position, comme poussé par un ressort. C'était absolument comme si un fragment osseux, un éclat, s'était partiellement détaché pour se loger directement sous la peau. Quoiqu'il me parût tout à fait incompréhensible qu'à la suite d'une simple çhute du bras sur le sol et sans aucune solution de continuité du radius ou du cubitus, un pareil éclat se fût produit, je fis cependant chloroformer le blessé et j'essayai de nouveau de repousser le fragment supposé. Mais ce fut en vain. Comme ce fragment était dans un contact tellement direct avec la peau, qu'il devait infailliblement la perforer en peu de temps, je fis au-dessus de lui, et pour l'extraire, une petite incision aux téguments. Alors, au plus grand étonnement de tous, je retirai, non un fragment osseux, mais un morceau long de cinq pouces d'une mince branche d'arbre qui s'était assez fortement enclavée entre les deux os de l'avant-bras. On ne concevait pas comment ce morceau de branche avait pu pénétrer dans l'avant-bras ; cependant, en examinant de près, on reconnut à l'endroit excorié signalé plus haut à la face palmaire, une plaie linéaire déjà fermée, à travers laquelle le corps étranger avait évidemment glissé avec une telle rapidité, que le patient lui-même ne s'était pas aperçu de sa pé-

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