MADRID, C. BAILLY-BA1LLIÈRE, PLAZA DEL PRINCIPE ALFONSO
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professeur à l'hôpital, muni de ses instruments d'étude, entouré de ses élèves et leur donnant, au lit même du malade, ou à l'amphithéâtre, des notions sommaires et immédiatement applicables sur la pathologie et la thérapeutique générales. Dans un enseignement de cette nature, on comprend bien qu'il faut élaguer les descriptions minutieuses, les discussions prolixes, l'érudition fine et la critique escortée de ses preuves. Il faut aller droit au but, être clair, concis, afflrmatif, et faire en sorte de ne livrer aux commençants que des notions solides et des solutions à peu près indiscutables.
C'est ainsi que M. Billroth a procédé, et je le félicite de la manière dont il a tracé et rempli son programme. Si ses leçons ne reproduisent pas toutes les vérités acquises, elles donnent une idée suffisante de l'état actuel de la science chirurgicale.
Les livres de ce genre sont d'ailleurs bien difficiles à faire, et il faut remercier ceux qui consentent à se faire vulgarisateurs des travaux d'autrui, quand ils pourraient employer leur temps avec plus de plaisir et de gloire à éditer leurs propres idées.
Mais leur utilité est incontestable, car ils servent à instruire la jeunesse, et , de plus , mettent , toute sa vie durant le praticien à l'abri des défaillances de la mémoire ; ils servent donc sans bruit, mais efficacement, la cause du progrès, et si dans un pays. le niveau moyen de l'instruction est élevé , on peut sans hésiter leur en rapporter l'honneur.
Abondamment fournis de livres comme nous le sommes en France, nous pourrions nous croire dispensés de recourir à la littérature élémentaire venue de l'étranger, et, fiers de notre fécondité, ne rien demander au delà de nos frontières : ce serait là une erreur fâcheuse. Certes, réduits à nos propres ressources, nous pourrions à la rigueur acquérir une somme satisfaisante de connaissances ; mais aussi nous serions privés d'un des moyens les plus puissants pour achever notre instruction et élargir le cercle de nos idées.
Si quelques grands axiomes sont uniformément adoptés dans tous
les pays où la science est cultivée, ils ne sont point exposés, discutés, formulés de la même façon au delà des Alpes, du Rhin ou de la Manche. Chaque race pense et parle à sa manière et résout les problèmes par des procédés intellectuels qui lui sont propres. Et, si je puis me permettre d'invoquer mon expérience, j'affirme qu'il y a grand intérêt et grand profit à étudier successivement la même question dans les livres anglais, allemands, italiens et français. Chaque auteur, d'ailleurs, cite de préférence les idées et les travaux édités dans sa patrie, et se charge ainsi de nous fournir les matériaux d'une érudition qui, sans nous dispenser de recourir aux sources, du moins nous les fait connaître.
En résumé, et je le dis sans hésitation, en lisant les leçons de M. Billroth, j'ai appris un certain nombre de choses que je ne savais pas. J'ai rectifié quelques-unes de mes idées, renié quelques erreurs, adopté plus résolument que jamais quelques opinions, en un mot, réfléchissant, méditant, discutant avec moi-même, j'ai, ce me semble, augmenté sensiblement la somme de mes connaissances, car il est juste d'ajouter que si le livre de M. Billroth est élémentaire et accessible aux jeunes intelligences, il n'en renferme pas moins des idées originales particulières à l'auteur et fort dignes d'attirer l'attention des savants eux-mêmes. Certes, l'œuvre n'est point à l'abri de toute critique , et , si tel était mou but et mon intention , je me mettrais sur plus d'un point en désaccord avec mon honorable confrère. Je lui reprocherais surtout l'oubli presque absolu de nos travaux français ; mais les œuvres parfaites ne sont guère possibles à notre époque et dans la période de rénovation scientifique actuelle.
Je me contenterai donc de dire à mes compatriotes aspirants ou arrivés : voici un bon livre, sagement pensé, solidement écrit. Lisez-le, et vous y gagnerez comme j'y ai gagné moi-même.
Puisque je suis en train de distribuer l'éloge, il me semble juste de louer, ici le zèle et la persévérance avec laquelle le jeune et
intelligent éditeur poursuit la tache de nous fournir les productions majeures de la littérature allemaude. La collection toujours croissante de ces traductions rend déjà et rendra dans la suite un signalé service à la science médicale.