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ÉRYSIPÈLE TRAUMATIQUE

nez attentivement le malade et vous ne trouvez qu'un léger embarras gastrique qui se reconnaît à la langue un peu chargée, au goût désagréable de la bouche, aux nausées peu prononcées et à l'anorexie. Un pareil état se montre au début de tant de maladies aiguës qu'il nous est impossible de poser un diagnostic. Abstraction faite de la possibilité d'une complication avec une maladie aiguë interne, vous penserez à la pyémie, à la lymphangite et à l'érysipèle traumatique. Ce n'est peut-être que vingt-quatre heures plus tard que vous trouverez la plaie plus sèche, ne sécrétant qu'un peu de sérosité, le tissu environnant est tuméfié, rouge et douloureux dans une certaine étendue, ou bien les granulations sont fortement gonflées et couvertes d'un enduit jaune adhérent (bourgeons envahis par une gangrène superficielle) ; la teinte de la peau est d'une couleur rosée à bords nettement tranchés, la lièvre est encore assez forte ; à ce moment le diagnostic d'un érysipèle est évident, et l'on est satisfait d'avoir affaire sinon à une affection tout à fait innocente, mais du moins à une des moins dangereuses parmi celles qui compliquent les plaies.

Dans une seconde série de cas, l'érysipèle se montre en même temps que la fièvre. On peut alors, pendant un certain temps, hésiter entre une lymphangite, une inflammation du tissu cellulaire sous-cutané ou un érysipèle vrai. Cependant la marche de la maladie dissipera bientôt les doutes; l'étendue qu'avait pendant le premier jour l'inflammation érysipélateuse de la peau reste rarement la même, ordinairement l'érysipèle s'étend de plus en plus, de sorte qu'on peut facilement reconnaître et poursuivre exactement les bords de la peau enflammée, habituellement arrondis et offrant des prolongements en forme de langue; on pourra voir l'inflammation gagner tous les jours tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. De cette façon le processus peut s'étendre de plus en plus, il peut passer de la tête à la nuque, de là au dos, ou bien il peut descendre à la partie antérieure du tronc, gagner les bras, et à la fin, même atteindre les extrémités inférieures. Aussi longtemps que l'érysipèle est dans sa période d'extension, la fièvre reste ordinairement au même degré et des personnes âgées ou faibles peuvent en être épuisées. Vous remarquez encore que dans cet érysipèle ambulant l'inflammation cutanée ne reste au même degré qu'un certain temps; ainsi, quand l'érysipèle gagne du terrain, toute la surface de la peau malade ne présente pas en même temps le summum de l'inflammation locale, celle-ci n'est que partielle.

Après que l'inflammation a persisté au même degré pendant trois jours environ, la rougeur diminue, il se fait une desquamation superficielle de la peau, sous forme d'une poussière furfuracée, ou d'écaillés

et de lambeaux épidermiques. Dans de certains cas l'épiderme se soulève dès le début de l'érysipèle; il se forme des bulles plus ou moins grandes, remplies de sérosité : c'est Xértjsipèle huileux. Ce dernier ne constitue pas une espèce particulière, il n'est que l'expression d'une exsudation plus rapide. On observe souvent sur la face une formation de bulles, tandis que sur le reste du corps l'érysipèle n'en est pas accompagné. Si cette maladie atteint le cuir chevelu, les cheveux tombent ordinairement, mais ils reviennent assez vite.

L'érysipèle peut se compliquer, comme les autres exanthèmes aigus, de maladies internes très-diverses, par exemple de pleurésie; pour l'érysipèle de la tête la complication la plus fréquente est la méningite. Cependant dans l'érysipèle traumatique ces complicaiions sont, en général, rares, et sont ordinairement la conséquence d'une extension de l'inflammation vers la profondeur.

La terminaison de cette maladie est favorable dans la plupart des cas; cependant pour les enfants, les vieillards et les malades qui ont été déjà affaiblis par d'autres maladies, celte affection peut devenir dangereuse; d'après mon expérience, ils succombent le plus souvent à l'épuisement, suite de la fièvre continue et de longue durée ; on ne trouve absolument rien sur le cadavre qui puisse expliquer la mort. Le processus de l'érysipèle ne nous est pas encore complètement connu, en ce sens que sa cause et son mode d'extension sont encore assez obscurs. La dilatation des capillaires du derme, une exsudation séreuse dans son tissu et une genèse exagérée des cellules du corps de Malpighi sont les seuls phénomènes que la dissection nous révèle. La maladie s'étend rarement au tissu cellulaire sous-cutané. Il est vrai qu'il gonfle énormément à certains endroits, comme aux paupières et au scrotum, parce qu'il y est fortement imprégné de sérosité ; cependant cet œdème disparaît dans la plupart des cas sans laisser de traces. Dans quelques cas rares, il atteint un tel degré que par suite de la forte tension des tissus la circulation du sang cesse et ces parties deviennent gangréneuses; c'est ainsi que les paupières, par exemple, peuvent être détruites en partie ou en totalité. Si la mortification s'étend à toute la peau de la paupière supérieure ou inférieure, il en résulte une grande difformité. D'ordinaire cependant il n'y a que de petites portions qui se gangrènent et comme la peau, surtout celle de la paupière supérieure, existe chez la plupart des personnes en grande abondance, on ne remarque plus de traces de cette complication çprès la guérison. — Dans d'autres cas, après la terminaison de l'érysipèle, on trouve en certains endroits une tumeur du tissu cellulaire sous-cutané qui devient bientôt fluctuante et dont l'incision donne issue à du pus.

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