VINGT-SEPTIÈME LEÇON
B. Maladies générales qui compliquent les plaies et les inflammations avec symptômes prédominants du côté du système nerveux. — 1° Tétanos traumatique. — 2° Délire traumatique des buveurs. — 3° Délire nerveux et manie.
Appendice. — Plaies envenimées : piqûres d'insectes, morsures de serpent. Infection par le virus des cadavres. — Morve, pustule maligne, rage.
Le groupe que nous réunissons dans cette leçon renferme le tétanos traumatique, le delirium tremens et les troubles psychiques, fort rares, qui succèdent aux lésions accidentelles et aux opérations.
Il règne des opinions extrêmement variées sur leur mode de développement. Comme nous avons affaire ici à des maladies qui se trahissent par des symptômes que Ton doit rapporter à l'irritation du cerveau et de la moelle épinière, on en cherche ordinairement la cause dans les centres nerveux. Or, il est connu que l'empoisonnement du sang, par exemple au moyen de la strychnine, produit également des convulsions tétaniques violentes, et l'empoisonnement par l'alcool (l'ivresse) des troubles psychiques ; par conséquent il est bien permis de supposer que les formes morbides dont il va être question sont également dues à un empoisonnement par des substances particulières, qui peut-être se produisent très-rarement dans les plaies pour passer de là dans le sang, tandis que idans le delirium tremens il suffit de la série des substances pyrogènes ordinaires pour provoquer dans l'organisme malade, déjà empoisonné Ipar l'alcool, des troubles particuliers. Les symptômes que nous apprendrons à connaître dans ces maladies se rencontrent tous dans la fièvre lordinaire, quoique à un degré beaucoup inférieur et peu prononcé. Le frisson a une ressemblance indubitable avec le tétanos, par le fait de l'action combinée des groupes de muscles atteints; des troubles psychiques allant jusqu'à de véritables accès de manie sont en partie trèsbien représentés par le délire de la fièvre, surtout dans quelques cas de septicémie. Nous reviendrons sur ces considérations qui, malheureusement, ne se fondent sur aucune base expérimentale, quand il sera question de ces diverses maladies.
1. Le tétanos travmatique et le trismus. — Cette maladie, qui consiste en spasmes intéressant tantôt exclusivement les muscles masticateurs (trismus), tantôt tous les muscles du corps (tétanos) , et envahissant de préférence, dans ce dernier cas, soit les extrémités, soit les muscles du tronc, antérieurs ou postérieurs, se montre quelquefois chez les blessés, quoique rarement, en comparaison des maladies traumatiques accidentelles dont nous avons parlé jusqu'ici, et s'observe moins souvent encore chez les individus non blessés. Dans un grand hôpital, il peut se passer des années pendant lesquelles on ne voie pas de tétanos, tandis qu'à certaines époques il s'en présente un certain nombre, de sorte qu'on est disposé à admettre une cause épidémique. Cette maladie n'appartient pas exclusivement à la clientèle des hôpitaux, on l'observe également en dehors. Mais avant d'entrer dans l'étude des conditions étiologiques, je vais vous présenter en résumé l'histoire d'un cas aigu.
Le troisième ou le quatrième jour après une lésion, rarement plus tôt , vous trouvez que le malade n'ouvre pas bien la bouche en parlant et qu'il se plaint de douleurs lancinantes et de roideur dans les muscles masticateurs. Dans les cas suraigus, ces premiers symptômes sont déjà accompagnés d'une fièvre violente; dans d'autres cas, les malades n'ont pas encore de fièvre à cette période. Les traits prennent peu à peu une expression de roideur toute particulière, parce que les muscles de la face se trouvent en partie dans un état de contracture. Par la suite, surviennent des crampes tétaniques qui sont tantôt plus prononcées au tronc, tantôt aux extrémités; elles se présentent par accès qui durent de plusieurs secondes à quelques minutes, et qui sont provoqués, comme dans l'hydrophobie, par toutes les irritations extérieures. Ces crampes sont accompagnées de violentes douleurs. Quelques groupes musculaires restent parfois cpntracturés depuis le commencement jusqu'à la fin, sans donner lieu à des douleurs. Souvent le corps est baigné de sueur, le malade conserve toute sa connaissance, l'urine renferme quelquefois de l'albumine. La température peut s'élever à un degré qu'on remarque rarement clans d'autres maladies : elle dépasse 42 degrés centigrades. La mort peut survenir dans les vingtquatre heures qui suivent le début de la maladie. Cependant cet état peut durer trois ou quatre jours, tout en restant intense, et ces cas sont encore à compter parmi les cas aigus. — Il y a à côté de cela une forme subaiguë ou chronique du trismus seul et du trismus associé au tétanos. 11 se forme, dans ces cas, peu à peu un trismus modéré; il y a des contractures qui ne s'étendent qu'à quelques groupes de muscles, par exemple aux muscles du membre blessé, et qui ne sont pas douloureuses.