TÉTANOS TRAUMATIQUE. Â
La lièvre manque d'ordinaire complètement dans ces cas chroniques. En général, il est rare qu'un cas aigu passe à l'état chronique.
Tous les symptômes observés semblent indiquer que nous avons affaire à une maladie de la moelle épinière et de la petite racine du trijumeau. Les phénomènes offrent une certaine ressemblance avec ceux que nous produisons artificiellement dans l'empoisonnement par la strychnine. Malheureusement, les résultats que fournit l'autopsie ne sont rien moins que satisfaisants. On n'a absolument rien trouvé dans la moelle épinière, lorsque les cas étaient très-aigus; dans ceux dont la durée était de quelques jours, Rokitansky prétend avoir observé dans la moelle épinière le développement d'une grande quantité de jeunes cellules et du tissu conjonctif de formation nouvelle : d'après cela, il paraîtrait qu'on a affaire à un travail inflammatoire de ce centre nerveux. Mes propres recherches sur l'état de la moelle épinière et des nerfs dans le tétanos n'ont donné jusqu'ici que des résultais négatifs. On rencontre çà et là dans les muscles, et même dans le névrilème, de petits extravasats sanguins ; mais ils ne sont d'aucune valeur pour expliquer l'essence de la maladie, parce qu'ils peuvent être dus à la déchirure de quelques capillaires, produite par les contractions violentes des muscles.
11 existe sur la cause productrice de cette maladie un grand nombre d'opinions, comme c'est le cas pour tous les processus qui n'offrent pas de signe palpable sous le rapport physiologico-pathologique. La première idée qui devait se présenter, était de rechercher cette cause dans les nerfs. Il y a un grand nombre de cas où les troncs nerveux près de la blessure paraissent avoir été contusionnés, déchirés ou irrités par des corps étrangers. Moi-même, j'en ai observé quelques exemples : ainsi, il n'y a pas longtemps, j'ai vu un cas sporadique, une fracture comminutive avec plaie de l'extrémité inférieure du radius, où le nerf médian était déchiré à moitié ; ie troisième jour il survint subitement un trismus et un tétanos qui amenèrent la mort au bout de dix-huit heures. Il est inutile d'imaginer des théories dans le but d'expliquer pourquoi cette sorte de lésion des nerfs détermine des crampes tétaniques, tandis que ces dernières ne se présentent qu'exceptionnellement après la division des nerfs par un instrument tranchant ; car il y a un grand nombre de cas où le tétanos se présente après des plaies simples de la peau, quelquefois lorsque la plaie est déjà couverte de bourgeons charnus et sur le point de se cicatriser, ou bien même après l'application d'un vésicatoire, une piqûre d'abeille, etc. II est cependant remarquable que la maladie se déclare surtout fréquemment après les lésions des extrémités, principalement des mains
et des pieds, tandis qu'elle se présente, en somme, rarement après des opérations chirurgicales beaucoup plus importantes. Ensuite, je crois avoir observé que les cas où le tétanos survient lorsque la plaie est déjà recouverte de granulations, ont une marche plus chronique et moins intense que ceux où l'affection se montre peu de temps après la lésion. — Après s'être adressé en vain aux nerfs et même aux tissus tendineux, on a eu recours, pour expliquer la cause de celte maladie, aux influences de température; quelques-uns admettent qu'une température chaude et humide favorise tout particulièrement le développement du tétanos. J'avoue que je ne puis pas rejeter absolument cette opinion, car j'ai vu une plus grande fréquence de cas de tétanos par une chaleur accablante, semblable à celle qui précède les orages; cependant on a aussi observé de petites épidémies de tétanos en hiver. — D'autres accusent le refroidissement par des courants d'air, ou le brusque changement de température, comme la cause principale de celte maladie. Enfin, d'autres encore croient que le système nerveux n'est pas affecté primitivement, mais que le sang est d'abord malade et que le système nerveux n'est atteint que secondairement. Roser a fait revivre récemment la vieille opinion, que le tétanos, semblable à la rage, doit être considéré comme une maladie primitive du sang. On ne peut pas nier qu'il y ait entre ces deux affections une grande ressemblance; la preuve de leur similitude serait donnée si l'inoculation du sang ou du pus d'un individu tétanique pouvait produire la rage chez les animaux. Évidemment, il ne peut pas être question de l'inoculation à l'homme. J'incline fortement aujourd'hui vers une interprétation humorale du tétanos, et je considère cette affection comme une maladie d'intoxication, spécifique, sans cependant être en état d'apporter des preuves à l'appui de cette opinion. La considération que le tétanos peut être limité, ainsi que je l'ai observé, à une extrémité, «voire même à une main, parle, il est vrai, beaucoup en faveur d'une cause locale, inhérente à un genre particulier de lésion nerveuse. — La fièvre intense dans le tétanos, et la circonstance que même après la mort des individus qui ont succombé à cette maladie, la température peut aller en augmentant, ont beaucoup occupé les esprits des pathologistes. Ce double fait devint encore plus intéressant lorsque Leyden, en provoquant un tétanos artificiel du corps entier, au moyen de puissants courants électriques qui traversaient toute la moelle épinière d'un chien, produisit également une très-forte élévation de la température du sang. A. Fick a démontré que dans ce cas l'excédant de chaleur est développé dans les muscles et de là communiqué au sang, et que, d'un autre côté, l'élé-