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TÉTANOS TRAUMATIQUE

vation de température constatée dans le rectum après la mort n'est que le résultat de l'équilibre qui s'établit entre la chaleur des muscles et celle du reste du corps. — Si, d'après ces expériences, que j'ai répétées, il est hors de doute que la chaleur du corps est fortement exagérée par les contractions musculaires tétaniques, cela ne prouve pas encore que dans le tétanos traumatique, chez l'homme, les hautes températures fébriles soient nécessairement dues à des contractions musculaires. Ce qui indique qu'il n'en est pas ainsi, c'est que des cas de tétanos à marche très-aiguë peuvent se passer presque sans fièvre, quoique le fait soit rare; cependant bien des énigmes restent ici à résoudre.

Malheureusement, le pronostic est mauvais la plupart du temps; parmi les cas aigus, il n'y en a que très-peu qui guérissent; parmi les cas chroniques, ceux qui durent plus de quinze jours guérissent presque tous. Mais cette dernière catégorie est rare.

Les connaissances si incomplètes que nous avons sur l'étiologie de cette maladie ne permettent d'instituer qu'un traitement symptomatique. On a recommandé aux diverses époques un grand nombre de remèdes. En général, on se sert des narcotiques, de l'opium et du chloroforme, que j'ai également adoptés comme base de ma thérapeutique. On donne l'opium à très-hautes doses , jusqu'à 0,75 centigrammes, et plus par jour, ou une quantité correspondante de morphine; quelquefois les spasmes cessent après leur administration, d'autres fois ces remèdes ne donnent aucun résultat. Dans tous les cas, les malades en éprouvent du soulagement. Contre les accès eux-mêmes , on emploie les inhalations de chloroforme poussées jusqu'à la narcose complète. Plusieurs malades ont été sauvés par ce traitement. En somme, la thérapeutique doit tendre à modérer la marche aiguë et à faire passer la maladie à la forme chronique, parce qu'alors on peut avoir plus d'espoir de guérir le patient. Parmi les autres méthodes de traitement, je citerai encore l'emploi répété de bains chauds avec addition de potasse; ensuite, l'application le long de la colonne vertébrale de révulsifs énergiques, tels que les grands vésicatoires, les moxas, le fer rouge ; enfin le curare, employé quelquefois dans les temps modernes.

Dans les cas chroniques, vous n'aurez pas besoin d'instituer un traitement particulier: le malade gardera le lit, se tiendra dans un repos absolu; on tâchera d'éloigner toutes les influences morbifiques; on le garantira surtout contre toute excitation physique ou psychique.

2. Délire traumatique des buveurs. — Nous avons à vous citer à présent un ennemi des blessés, qui, par bonheur, n'est pas très-

dangereux. Vous avez sans doute déjà entendu parler du délire des buveurs, cette manifestation aiguë de l'empoisonnement chronique par l'alcool, manifestation qui se montre quelquefois d'une manière tout à fait spontanée, mais qui souvent aussi éclate dans le cours de certaines maladies aiguës, surtout de la pneumonie. Les lésions traumatiques sont souvent la cause occasionnelle du delirium tremens. Cette maladie vous sera exposée plus en détail dans le cours de médecine interne, parce que les accès ne se distinguent pas essentiellement les uns des autres, quelles que soient, du reste, les causes occasionnelles qui les aient provoqués; je serai donc court.

Ordinairement cette affection éclate pendant les deux premiers jours qui suivent la lésion, rarement plus tard. Elle n'atteint que les malades qui, depuis de longues années, sont habitués à l'usage immodéré des alcooliques, surtout de l'eau-de-vie et du rhum. Les premiers symptômes qu'on observe sont l'insomnie, une grande agitation, le tremblement des mains, le regard incertain; les malades se jettent de côté et d'autre dans le lit; ils sont très-loquaces, puis le délire les prend. Ils marmottent continuellement; ils voient de petites bêtes, telles que des mouches, s'agiter devant leurs yeux; des souris, des rats, des fouines, des renards, sortent de dessous leur lit; ils se croient entourés d'une atmosphère remplie de fumée, ou bien ils s'imaginent être balancés dans l'espace. Le délire prend quelquefois les formes les plus comiques : un soldat que je traitais, il n'y a pas longtemps, d'un delirium tremens, voyait un grand nombre d'autres soldats dans son verre à boire; en me voyant entrer dans la salle, il parlait à voix basse avec mon aide, parce qu'il croyait que j'étais son chef, etc. En général, le délire est gai; cependant les malades sont en proie à une inquiétude indicible, se jettent continuellement de côté et d'autre, et veulent se sauver. Si l'on n'a pas à sa disposition deux infirmiers robustes, on est réduit à leur mettre la camisole de force et à les attacher au lit. Cependant ils sont rarement méchants dans leurs accès, et quand on les interpelle vivement, ils répondent très-sensément, mais retombent immédiatement dans leurs hallucinations. De toutes les lésions, ce sont principalement les fractures, et surtout les fractures avec plaie, qui sont la cause occasionnelle la plus fréquente de cette maladie. Avant que l'on connût les appareils inamovibles, c'était une tâche très-difficile d'immobiliser les fragments, car les malades ne sentent pas les douleurs et meuvent les membres fracturés avec une telle violence, que tout appareil fait avec des aUelles est complètement détaché en peu d'heures. Le pronostic, une fois que le délire a éclaté, n'est pas défavorable, d'après l'opinion de la plupart des chirurgiens; pour ma part, je

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