CAUSES DE L'INFLAMMATION CHRONIQUE. — DIATHÉSES
Efwlogie générale de l' inflammation chronique. Irritants extérieurs continus. — Causes morbides inhérentes au corps ; conception empirique de la diathèse et de la dyscrasie. Syrnptomatologie générale et traitement général des diathèse* morbides : 1. Scrofulose. 2. Tuberculose. 3. Diathèse rhumatismale, à. Diathèse goutteuse. 5. Scorbut. G. Syphilis.
Nous arrivons aujourd'hui à une des parties les plus importantes, nonseulement de cette section, mais de toute la médecine, aux causes de /'inflammation chronique. Nous avons vu les inflammations aiguës se produire après une irritation unique, parcourir leurs phases et se terminer différemment, selon les conditions anatomiques de la partie irritée, selon l'espèce et l'étendue de l'irritation , mais avoir toujours une marche relativement courte et typique. Maintenant nous avons affaire à des processus inflammatoires qui durent plusieurs mois, souvent plusieurs années; il faut nécessairement admettre une cause persistante, une irritation continue. Ces irritants continus peuvent avoir une action purement locale. Arrêtons-nous un moment sur ce point. Si de petits animalcules, comme le sarcopte de la gale, s'installent dans la peau, en creusant comme un renard leurs terriers dans la couche superficielle du derme, qu'ils y pondent des œufs et y passent une vie remplie d'occupations, nous avons un exemple d'une irritation persistante de la peau; à ceci vient s'ajouter l'action de se gratter et de cette façon naît et se développe une inflammation chronique de la peau, la gale. Si des spores de mucédinées sont déposées dans l'épiderme, qu'elles s'y développent et s'y multiplient par millions, la peau est mise par ces parasites dans un état d'irritation continue; il se développe des éruptions chroniques, par exemple le favus, l'herpès tonsurant,le pityriasis versicolor, etc. — Si une pression continue ou un frottement modéré, mais persistant, s'exerce sur la peau, elle constitue également une irritation chronique qui a pour conséquence principale un épais-
sissement des parties atteintes. Les durillons aux talons, une grande partie des cors aux pieds sont les résultats d'un frottement et d'une pression continus exercés par nos chaussures. De la même manière, l'ouvrier qui manie continuellement le marteau ou la hache aura des durillons à la main, le cordonnier en aura à la partie externe du petit doigt et au bord de la main, sur lequel appuie incessamment le ligneul, etc. — Enfin des corps étrangers renfermés dans nos tissus, peuvent entretenir une inflammation chronique persistante autour d'eux.
S'il s'agit de guérir des inflammations chroniques qui peuvent être attribuées à un pareil irritant extérieur et continu, dont nous pourrions facilement multiplier les exemples, le résultat sera favorable. On n'a qu'à enlever les parasites animaux ou végétaux, les corps étrangers, la pression continue, et l'inflammation chronique guérira d'elle-même. — Jusqu'ici nous avons vu une irritation locale s'exercer d'une manière durable sur un tissu sain; figurez-vous qu'une irritation passagère agisse sur un tissu déjà malade; vous ne saunez admettre que, dans ces cas, les choses se passent comme dans le processus inflammatoire purement traumatique développé dans des tissus sains ; il est bien plus vraisemblable que les conséquences de l'irritation passagère seront autres et persisteront très-longtemps, parce que les conditions de la guérison normale du trouble n'existent plus du côté des tissus. Figurezvous qu'une partie de peau, déjà atteinte d'inflammation chronique, soit excoriée superficiellement par une contusion; le développement d'une suppuration chronique, même d'une ulcération s'étendant de plus en plus, peut être la suite de cette irritation passagère qui, dans les conditions normales de la peau, eût été suivie rapidement d'une formation nouvelle d'épiderme et de la guérison.
Ce n'est que dans des cas très-rares qu'on parvient à constater des causes purement locales pour expliquer le développement et la durée d'une inflammation chronique. Dans la grande majorité des cas la cause n'est pas aussi palpable, il a fallu longtemps observer, expérimenter et examiner, avant de trouver quelques points de repère pour établir l'étiologie de la plupart des inflammations chroniques et des affections chroniques en général. Nous n'avons pas encore parlé des miasmes et de la contagion ; mais nous pouvons les laisser tout à fait de côté, car il n'est point probable que des inflammations chroniques puissent se développer sous une influence miasmatique ou contagieuse passagère. Il est vrai qu'il y a des maladies chroniques produites par la malaria, par exemple la fièvre intermittente; mais ici la cause mor-
bifique agit d'une manière durable, et souvent la maladie ne peut être guérie que lorsque les individus atteints quittent l'atmosphère miasmatique; ce cas répond donc à un irritant extérieur continu. Il en est de même des refroidissements répétés, dont l'un atteint l'organisme encore malade par l'effet des précédents, et amène ainsi la chronicité de l'étal morbide. — Tout cela ne suffisant pas pour comprendre l'étiologie des inflammations chroniques, nous devons chercher les causes dans le corps même. Examinons ce que l'expérience nous apprend là-dessus.
Par une observation consciencieuse nous remarquons d'abord que certaines formes de maladies chroniques frappent toujours certains organes bien déterminés, reviennent toujours à des endroits déterminés du corps, qu'en même temps ces inflammations ne se montrent qu'à un certain âge et chez des individus qui offrent, même extérieurement, une certaine ressemblance. C'est ainsi qu'on observe par exemple des enfants portant le même cachet, qui souffrent particulièrement de gonflements chroniques et de suppurations des ganglions lymphatiques, des articulations, des os; d'autres, qui sont principalement atleints d'inflammations pulmonaires insidieuses; d'autres, qui sont disposés d'une manière toute spéciale aux refroidissements et se plaignent, tantôt ci, tantôt là, de douleurs dans les muscles et les articulations. On observe ensuite que les individus de cette espèce, qui sont toujours frappés de la même maladie, transmettent souvent à leur progéniture ces prédispositions pathologiques, que les pères en ont déjà hérité de leurs pères ou de leurs mères, etc. Pour voir clair dans ce chaos de prédispositions morbides individuelles, on a classé en certains groupes ces hommes ainsi disposés à certaines maladies chroniques. C'est ainsi que prit naissance d'une manière tout à fait empirique la division des hommes, d'après les prédispositions morbides ou diathèses, en scrofuleux, tuberculeux, rhumatisants, etc., expressions par lesquelles on voulut d'abord seulement dire que les scrofuleux étaient prédisposés particulièrement aux maladies des ganglions, les tuberculeux au dévelopement de petites tumeurs qui s'ulcèrent. Plus tard on développa davantage ce groupement, et l'on conclut qu'une pareille disposition à des maladies déterminées dépendait d'une altération bien définie des processus physiologiques qui se passent dans tout le corps. On admit donc une substance morbide, une essence pathologique, une matériel peccans; comme véhicule de cette substance on devait penser tout naturellement au sang ; car il est répandu dans tout le corps et son état donne la mesure de l'état plus ou moins normal ou pathologique de tout l'organisme. Le mot (/t/scrasie (mauvais mélange) désigne un état morbide
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du sang : d'après cela on admit une dyscrasie scrofuleuse, tuberculeuse, etc.— C'est une chose bizarre de vouloir accuser le sang seul des modifications pathologiques de tout l'organisme, et d'admettre qu'il est le point de départ de l'infection de tout le corps. Cela ne serait admissible que pour les cas où une substance anormale est introduite du dehors dans le sang, comme dans les plaies empoisonnées par exemple. Mais dans les dyscrasies dont nous venons de parler, il n'en est pas ainsi; ces prédispositions morbides se développent dans l'organisme même, si déjà elles ne sont pas héréditaires. Le sang jouit aussi peu d'une stabilité absolue, quantitative ou qualitative, que les autres tissus du corps; il est renouvelé sans cesse. Nous ne savons pas exactement où est la source du renouvellement des corpuscules sanguins ; vous avez appris dans vos cours de physiologie que le sérum du sang se forme continuellement aux dépens de la lymphe, que celte dernière provient principalement des vaisseaux chylifères de l'intestin, qu'une grande quantité de liquide est éliminé par les reins, le poumon, la peau, etc. mais que nos connaissances sont relativement minimes sur ces questions, et combien est déjà compliqué le peu que nous en savons! Je fais ces remarques pour vous montrer qu'un sang normal ne peut venir que d'un corps normal, et vice versà, et qu'ainsi, il ne peut pas être question en saine physiologie d'une maladie du sang isolée. Mais ce serait temps perdu que de vouloir nous appuyer sur ces motifs pour bannir du langage médical le mot dyscrasie ou dialhèse, qui a acquis depuis longtemps le droit de domicile. La science ne souffrira pas, si nous continuons à l'employer dans le sens que nous avons indiqué; il faut d'ailleurs avoir un mot pour ces choses, car elles ne sont pas de pure imagination, mais représentent des faits bien constatés depuis des siècles. — Il est vrai qu'on irait trop loin avec cette classification des individus, si l'on attribuait à chaque homme une dialhèse pathologique, ou que l'on rangeât de force tout malade sous une des rubriques connues. Si en théorie on peut dire que dans les conditions actuelles de notre civilisation, il n'y a plus un seul homme absolument normal, il serait absurde de vouloir maintenir ce principe en pratique. Du reste il ne faut pas croire qu'il soit toujours aussi facile de ranger chaque malade, d'après son individualité, sous une des rubriques connues, qu'il est aisé d'analyser une plante et de déterminer sa classe d'après les différents systèmes; car, comme toutes les races humaines peuvent se mêler par la reproduction, comme avec le temps certains individus anormaux peuvent revenir presque complètement à l'état normal et réciproquement, il doit exister une telle quantité de formes mixtes,
qu'elles s'opposent à toule classification. — 11 y a des médecins, et il y en a toujours eu, qui, sceptiques exagérés, nient complètement l'existence d'une disposition pathologique générale pour des formes morbides déterminées et ne voient partout que des irritations locales, et purement accidentelles, comme causes de maladie. Un pareil courant de scepticisme traversa il n'y a pas longtemps la médecine, et se trouvait parfaitement justifié, lorsque la doctrine de la crase avait pris un tel développement, qu'il n'y avait presque plus d'inflammation, on peut même dire, presque plus de maladie, à laquelle on ne substituât une crase spécifique. Celui qui, libre de préjugés, observe avec soin, lorsque l'occasion lui est donnée de voir beaucoup de maladies de différente nature, arrivera certainement avec le temps aune plus juste appréciation, il ne se jettera pas aveuglément dans la théorie des crases, et, d'un autre côté, il ne taxera pas d'illusion et d'erreur ce que l'expérience des siècles nous a légué sur cette question. Que ces généralités vous suffisent, et jetons un rapide coup d'œil sur les diathèses en particulier.
1. Diathèse scrofuleuse , scrofulose. Cette prédisposition morbide n'existe que dans l'enfance, ordinairement de deux à douze ou quinze ans; elle disparaît ordinairement avec l'apparition de la puberté. Les enfants sont très-disposés à l'inflammation chronique et aux gonflements des ganglions lymphatiques, à certaines inflammations catarrhales de la peau (eczéma, impétigo), surtout de la face et du cuir chevelu, à des inflammations catarrhales des muqueuses, surtout de la conjonctive, plus rarement de l'intestin et des organes de la respiration, à des inflammations chroniques du périoste et des membranes synoviales articulaires. Quant au gonflement des ganglions, surtout des sous-maxillaires et occipitaux, on a prétendu, qu'il n'était que la conséquence d'une irritation produite par la dentition, principalement par la seconde dentition, ou bien, qu'il ne se produisait qu'à la suite d'une éruption eczémateuse de la tête; cette opinion n'est vraie qu'en partie, et même en admettant qu'elle soit tout à fait exacte, il faut toujours avouer que, si les ganglions gonflent par suite delà dentition, il y a une irritabilité anormale du système lymphatique, qui n'existe pas chez les enfants complètement sains ; en outre, il n'y a pas de pareilles irritations locales physiologiques pour les maladies presque aussi fréquentes des glandes bronchiques et mésentériques. Admettons que plusieurs des états morbides indiqués plus haut, par exemple qu'une partie des affections articulaires scrofuleuses ait été provoquée par une cause légère, une chute, une contusion, etc.; le fait que ces affections suivent une marche chronique et souvent tout particulièrement tenace, trouve sa raison dans la dia-