DIATHÈSES
la persistance de ces nodosités goutteuses et se fonde en cela sur des expériences faites sur sa propre personne. Cependant chez beaucoup de vieux goutteux on trouve ces nodosités ayant la dureté de la pierre, non-seulement dans les articulations et dans les gaines tendineuses, mais encore dans la peau, par exemple au pavillon de l'oreille. Lorsque ces nodosités s'ulcèrent, on peut retirer avec une curette les dépôts de chaux et d'acide urique; il se passe des mois entiers avant que ces nodosités goutteuses, ainsi ouvertes et alors devenues très-sensibles, se ferment entièrement; toute espèce d'opération doit être fortement déconseillée dans ces cas. — L'accès de goutte ordinaire ne se termine presque jamais par suppuration.
Le traitement de l'accès de goutte, de l'arthrite goutteuse, doit être distingué du traitement de la goutte considérée comme maladie générale. L'arthrite goutteuse suit presque toujours une marche typique qui ne saurait être entravée par une intervention thérapeutique. La principale tâche de l'art médical consiste à soulager les souffrances trèspénibles, en modérant l'inflammation; la glace rendrait ici d'excellents services, s'il n'y avait pas lieu d'en redouter l'emploi pour plusieurs raisons, et surtout parce que l'athérome si fréquent des petites artères pourrait provoquer la gangrène sous l'action continue d'un froid intense. Il n'y a guère d'objections à élever contre l'application des compresses froides, contre les fomentations froides à l'eau blanche, les solutions faibles de nitrate d'argent et l'application locale des sangsues ; cependant bien des goutteux préfèrent onctionuer les articulations malades avec un corps gras et de les entourer d'ouate. — L'usage interne des eaux minérales est surtout estimé comme traitement général de la diathèse goutteuse. Karlsbad, Kissingen, Hombourg, Vichy et d'autres sources fortement salines, ainsi que les eaux thermales déjà signalées à l'occasion du rhumatisme, sont les lieux les plus fréquentés par les goutteux.
5. La diathèse scorbutique se trahit par une grande fragilité des vaisseaux capillaires et par les hémorrhagïes sous-cutanées qui en résultent; on considère comme la cause de ce fait un état de dissolution du sang. La maladie ne se montre, pour ainsi dire, qu'endémiquement, par exemple, sur les côtes de la mer Baltique, et offre peu d'intérêt au point de vue chirurgical ; nous y reviendrons cependant au chapitre prochain, à l'occasion des ulcères.
Tous les étals que nous venons de passer en revue constituent des dispositions morbides (diathèses), qui ne deviennent des maladies bien positives que sous l'influence de conditions bien déterminées. Une fois la maiadie déclarée, on peut appeler dyscrasiques les individus atteints.
Il n'en est plus de même de l'état morbide que nous allons étudier à présent.
6. La. syphilis. Bien que je n'aie pas l'intention de faire rentrer la syphilis dans le cadre de ces leçons, je dois cependant, pour éviter une lacune, vous faire à ce sujet quelques courtes observations. La syphilis doit s'être développée spontanément chez l'homme, comme les autres diathèses que nous venons d'énumérer; mais aujourd'hui elle ne se propage que par inoculation; l'individu inoculé est syphilitique, dyscrasique, à partir du moment où le virus a produit son premier effet. Quand on parle des maladies syphilitiques en général, on confond ordinairement les trois espèces suivantes :
1° La blennorrhagie ou chaudepissc, écoulement purulent de l'urèthre, qui peut se propager aux canaux déférents, aux testicules et à la prostate, et donner lieu à une prostatite ou à une orchite blennorrhagique.
2° Le chancre mou, processus ulcératif, siégeant ordinairement sur le gland ou le prépuce et qui, par l'entremise des vaisseaux lymphatiques, provoque assez souvent une inflammation des glandes inguinales, offrant une grande tendance à la suppuration.
3° L'ulcère syphilitique proprement dit, le chancre induré. Dans ce cas l'infection générale commence à partir de l'inoculation, tandis que la première et la seconde forme restent à peu près locales. L'inoculation par le produit de sécrétion d'un vrai ulcère syphilitique infecte immédiatement tout l'organisme; une série de processus inflammatoires chroniques se déclarent dans les organes les plus variés, processus à caractère plastique au commencement, mais donnant lieu bientôt à la désagrégation des tissus infiltrés, et prenant ainsi un caractère ulcératif et destructeur. Les phénomènes suivants peuvent se présenter dans la syphilis : éruptions de la peau tachetées, papuleuses, squameuses, noueuses ; ulcérations dans la gorge, aux lèvres, à la langue, à l'anus; périostite et ostéite ossifiantes et ulcératives, surtout au tibia, aux os du crâne, au sternum, etc.; processus inflammatoires chroniques les plus variés, ordinairement avec métamorphoses caséeuses et qui se rencontrent le plus souvent dans les testicules, le foie, le cerveau, peut-être aussi le poumon. Le produit tubéreux circonscrit de la syphilis a été appelé tumeur gommeuse par Virchow, syphiloma par E. Wagner. — La syphilis peut aussi se transmettre par hérédité; il y a des enfants atteints de syphilis en venant au monde; la dyscrasie peut être communiquée par le sperme à l'œuf; d'un autre côté, elle peut passer de la mère à l'enfant.
La blennorrhagie et le chancre mou sont des affections locales et