HYDROPISIES CHRONIQUES DES GAINES TENDINEUSES
paravant. Dans les cas où l'on ne réussit pas à faire éclater la poche du ganglion avec les doigts, on a conseillé de chercher à ohtenir ce résultat par un fort coup, frappé avec un marteau large, procédé que je ne saurais vous recommander, bien qu'il ait parfois donné des résultats favorables, parce que de cette façon il peut se produire de vastes contusions, dont vous ne pourrez pas toujours maîtriser les conséquences. Dans les cas où le sac est trop épais pour être écrasé avec les doigts, j'emploie la méthode de la discision sous-cutanée : je me sers d'un couteau mince, court et pointu (ténotome de Dieffenbach) , je le plongedans le sac, en suivant la direction horizontale, et j'incise avec la pointe du couteau la paroi interne du sac en divers sens; ensuite je retire lentement l'instrument et j'exprime pendant ce temps le liquide. Immédiatement après j'applique une compresse, j'enveloppe la main et l'avant bras d'une bande mouillée qui empêche d'exécuter de grands mouvements, puis je fais porter pendant quatre à cinq jours le bras en écfaarpe. Au bout de ce temps j'enlève l'appareil, la petite plaie est guérie et le ganglion ne se reproduit ordinairement plus, tandis qu'il revient le plus souvent après l'évacuation simple au moyen d'une ponction.— L'extirpation de tout le sac avec incision de la peau a été faite quelquefois avec succès, sans inflammation consécutive bien considérable, d'autres fois avec suppuration des gaînes tendineuses ou avec perte de la mobilité des doigts; je vous recommande donc formellement de ne pas suivre cette dernière méthode.
Le traitement des hydropisies tendineuses étendues dans la paume de la main et à l'avant-bras est infiniment plus difficile ; la division souscutanée ne pouvant être pratiquée dans ces cas, pour diverses raisons, et l'emploi des résolutifs ne donnant que fort peu de résultats, il ne reste pas autre chose à faire qu'à recourir à des méthodes qui, dans beaucoup de cas, auront pour résultat une suppuration le plus souvent modérée. Examinez donc auparavant s'il est bien nécessaire d'entreprendre une opération; si le désordre fonctionnel n'est pas assez considérable pour empêcher le patient de vaquer à ses affaires, il vaut mieux s'abstenir. Si, au contraire, vous êtes forcés d'agir, vous n'avez à choisir qu'entre deux méthodes : faire une large incision ou une ponction suivie d'une injection de teinture d'iode. Si vous voulez faire la ponction, que je vous conseille de préférence à l'incision, vous devez prendre un trocart d'un calibre moyen, parce que les corps fibrineux ne peuvent passer par une canule très-fine. Vous pourrez même avoir de la peine à les faire passer par une grosse canule; mais vous pourrez dans ce cas vous tirer d'embarras en poussant quelques injections d'eau tiède à travers la canule; l'augmentation du liquide favorisera, en ef-
fet, l'expulsion des corps fibrineux, assez glissants de leur nature. La quantité des matières évacuées est souvent très-grande, j'en ai retiré un jour un verre et demi d'une seule poche. Après que le- tout a été vidé, on remplit la seringue d'une once de teinture d'iode étendue de moitié de son poids d'eau ou par une solution d'iodure de potassium, puis on injecte lentement le liquide que l'on fait séjourner pendant une à deux minutes dans le sac avant de le laisser s'écouler.
Cela fait, on retire de nouveau la canule, on couvre la plaie d'une petite compresse, on entoure soigneusement la main et l'avant-bras d'une bande et l'on fixe le membre sur une attelle. On fait garder le lit pendant plusieurs jours. Il y aura d'abord un gonflement assez considérable, dû à l'accumulation du liquide provoquée par l'inflammation aiguë de la poche séreuse. Si la tension devient très-forte, il faut enlever la bande, fermer soigneusement la plaie avec un emplâtre et badigeonner les parties tuméfiées avec de la teinture d'iode concentrée. Dans les cas les plus favorables, la tumeur diminuera alors lentement, elle deviendra moins douloureuse et aura complètement disparu après deux à trois semaines. Mais dans beaucoup d'autres cas il s'ensuivra une suppuration, souvent de courte durée, il est vrai, et très-facile à maintenir dans des limites restreintes et à vaincre même à l'aide de la glace. Cependant dans les cas les plus malheureux il peut encore survenir ici une suppuration étendue et profonde des gaines tendineuses, suivie de la mortification des tendons avec ses conséquences. — Quant à l'incision du sac entier, elle doit évidemment entraîner une suppuration.
A cette occasion je dois encore rappeler que les capsules articulaires, comme les gaines tendineuses, présentent de véritables procidences herniaires, qui deviennent le siège d'une hydropisie isolée, non étendue à la membrane synoviale tout entière. Les fibres de la capsule articulaire s'écartent, et à travers la fente ainsi formée la membrane synoviale se fait jour et arrive dans le tissu cellulaire sous-cutané. Bien que toutes les articulations puissent offrir des exemples de ce genre de productions, affectant une forme tantôt arrondie, tantôt pédiculée, tantôt allongée et sinueuse, etc., il n'en est pas moins vrai qu'on les a surtout remarquées aux articulations du genou, de la main et du coude; sur cette dernière articulation, j'ai observé à différentes reprises cette hydropisie isolée de hernies synoviales communiquant avec l'articulation ; une roideur peu considérable de cette dernière accompagnait l'affection.
Je déconseille expressément de tenter une opération quelconque contre ces ganglions articulaires ; l'inflammation purulente de l'articulation pourrait en être la conséquence.