‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 26 sur 46 · LUXATIONS DES OS SÉSAMOÏDES · texte numérisé non relu

LUXATIONS DES OS SÉSAMOÏDES

Quatre cas sont connus, mais les trois premiers assez mal observés. Notons cependant que dans ceux-ci la lésion avait déterminé, suivant James etPouteau, des accidents spasmodiques qui, deux fois, entraînèrent la morl, et même que, dans l'un d'eux, les accès convulsifs ne cédèrent qu'à l'amputation du gros orteil.

Le quatrième cas appartient à M. Piédagnel qui est lui-même le sujet de son observation. L'accident était arrivé pour la première fois sans cause connue, pendant la marche. M. Piédagnel ressentit une très-vive douleur, et trouva que l'os sésamoïde du deuxième orteil avait glissé en dehors sous le troisième. Pour remettre l'os en place, il suffit de remuer le pied de côté et d'autre. Mais de fréquentes récidives se produisirent. Après dix années de souffrances, M. Piédagnel eut l'idée de porter des chaussures très-étroites, et dès lors le déplacement ne revint plus.

ARTICLE XXXIII

Nous avons décrit, dans les chapitres qui traitent des tumeurs blanches, les déplacements qui dépendent de ces affections, déplacements que nous avons proposé de désigner sous le nom de luxations graduelles; nous avons exposé ensuite l'histoire des luxations causées par violence extérieure, luxations traumatiques. Il nous reste à parler maintenant d'un troisième ordre de déplacements articulaires, qui se montrent dès la naissance et que l'on connaît sous le nom de luxations originelles ou congénitales.

Avant d'aborder la description de cette classe de maladies, nous allons donner quelques détails qui seront utiles pour faire comprendre l'ordre qui sera suivi dans les divers chapitres. En premier lieu, disons pourquoi nous ne nous arrêterons pas à la classification qui, adoptée en 1851 par Robert, dans sa thèse sur les vices de conformation congénitaux des articulations, a servi en quelque sorte de programme à un auteur des plus estimables, M. Bouvier. Cette classification est la suivante :

Vices de conformation congénitaux :

1° par ankylose ;

2" par diastasis ;

3° par absence d'une des extrémités articulaires ou de la totalité d'un os;

U° par déviation, subluxation ou luxation.

Pour ce qui concerne l'ankylose congénitale, elle a été observée au bassin par Nsegelé qui la considérait comme une cause de déformation dont il faut tenir compte au moment de l'accouchement; au tarse ; au carpe; et môme une fois au coude par Robert. Enfin, Bush l'a vue généralisée à toutes les articulations du corps et portant obstacle à l'accouchement.

Le diastasis congénital n'a été constaté qu'aux os du crâne ou aux symphyses du bassin, et le plus fréquemment à celle du pubis ; il est ordinairement accompagné, dans ce dernier cas, d'exstrophie de la vessie.

L'absence congénitale d'une épiphyse articulaire ou môme de la totalité d'un os est moins rare que les lésions précédentes. C'est ainsi qu'on a noté l'absence de la tôte et- du col du fémur, d'un ou de plusieurs os du tarse ou du carpe, des rotules, du radius et du péroné. Mais, outre que les descriptions qui ont été tracées de ces divers états pathologiques, ankylose, diastasis, absence de la totalité d'un os ou d'une épiphyse, manquaient de détails dans la plupart des cas, nous

devons ajouter que ces désordres se rencontrent simultanément chez le même sujet et qu'il est d'ailleurs difficile de tirer des symptômes des données différentes pour le traitement.

Quant aux déviations ou subluxations congénitales, sur la description desquelles plusieurs écrivains se sont plus longuement étendus, ce n'est là, à vrai dire, qu'un premier degré des luxations dont nous allons parler. Toutes ces raisons expliquent pourquoi nous ne ferons pas pour chacun de ces états morbides des chapitres séparés et pourquoi nous nous bornerons à l'ordre suivi dans la première édition de cet ouvrage, en prenant le soin de signaler, chemin faisant, parmi ces vices de conformation, ceux qui nous paraîtront devoir offrir au lecteur quelque intérêt.

Nous nous proposons même d'aller plus loin. Un certain nombre de luxations, sans être apparentes au moment de la naissance, ont avec les luxations congénitales une telle analogie que, pour éviter des redites, nous les rapprocherons clans une description commune, bien convaincu qu'il sera toujours facile au lecteur de voir en quoi ces affections se différencient, relativement à leur mode d'apparition ou à la cause qui a présidé à leur manifestation.

Les luxations congénitales, sous le nom de luxations de naissance, avaient été signalées par Hippocrate, qui les considérait comme faciles à guérir lorsqu'elles étaient traitées de bonne heure ; mais ces premières notions étaient tout à fait tombées dans l'oubli lorsque Ambroise Paré, et plus tard Verduc notèrent de nouveau l'existence de ces déplacements. Ce dernier fît même remarquer que les tentatives faites pour les réduire ne peuvent servir qu'à montrer l'ignorance du chirurgien.

Chaussier, à la suite du Procès-verbal de la Maternité pour l'année 1812, donne la description du squelette d'un fœtus sur lequel on voyait plus de cent fractures, et en outre deux luxations congénitales, l'une de l'articulation de l'épaule, l'autre de la hanche : il désigne ces luxations sous le nom de spontanées. En outre, il fit recueillir tous les cas de difformités congénitales observées à la Maternité sur 23 293 enfants nés ou déposés en cinq années à cet hospice, et sur ce nombre on en trouve 37 affectés de pieds bots, 1 affecté de diastasis du dos et 1 portant neuf luxations à la fois.

Ce fut seulement en 1820 que Paletta donna la première description des luxations congénitales du fémur (1). En 1826 parut le mémoire de

(1) Exercitaliones palhologicœ. Dans ses Adversaria analomica, publiés en 1788, il signale parmi les causes de claudication, certaines manifestations de la hanche, dont plusieurs doivent être sans doule rapportées aux luxations congénitales, mais dont le véritable caractère lui avait échappé.

830 A l'FKCTIONS HES ARTICULATIONS.

Dupuytren (1), qui ignorail le travail de Paletta. Celle œuvre surlout, petnarquable au point de vue pratique, attira fortement l'attention de tous les savants sur une infirmité dont (efl médecins négligeaient dfi s'occuper. La science s'enrichit alors de nouvelles observations, de travaux importants, parmi lesquels nous signalerons les recherches de Breschet, faites sous la direction de Dupuytren et publiées dans le />'<>/ tertoire danalomie et de physiologie, et celles de Vopp qui continua à l'hospice des Entants trouvés, à Saint-Pétersbourg, la statistique que Chaussier avait commencée à la Maternité.

Mais on ne s'était, jusqu'à cette époque, occupé que de l'exposé des symptômes et de l'étiologie de celte affection. Une lésion dont l'origine remontait à la vie intra-utérine semblait, par cela mémo, devoir être incurable; aussi la plupart des chirurgiens avaient-ils à peine soulevé la question de la réductibilité de ces luxations : à peine parlait-on de quelques tentatives faites dans ce sens par Duval et Lafond, lorsque Humbert et Jacquier vinrent annoncer qu'ils étaient parvenus à obtenir la réduction de ces luxations réputées jusqu'alors incurables. Mais les faits publiés par ces auteurs furent soumis à une critique judicieuse et approfondie, qui laissa des doutes sur la réalité des faits qu'ils avaient annoncés. Ce fut dans ces circonstances que Pravaz, sans se laisser décourager par les tentatives infructueuses de ses prédécesseurs, consacra tous ses soins au traitement d'une difformité aussi pénible. Nous aurons occasion, en traitant spécialement des luxations congénitales du fémur, de faire voir comment, par une sage combinaison des moyens mécaniques et d'une hygiène appropriée, il crut obtenir d'heureux résultats.

Jusque-là les luxations congénitales du fémur, à l'exception du cas rapporté par Chaussier, avaient seules fixé l'attention des chirurgiens. Cependant il en existe d'autres. Smith signale des luxations originelles de l'épaule dans le Journal d'Edimbourg, tome XV, 1839. Dans la Clinique de Dupuytren, on trouve une observation de luxation originelle de l'extrémité supérieure du radius, luxation déjà indiquée par Hippocrate; mais ce ne sont pas là les seules articulations dans lesquelles de pareils déplacements ont été observés. Nous donnons cidessous un tableau assez complet des diverses espèces de luxations congénitales que nous empruntons à une leçon publiée en 1840, dans la Gazette médicale, par M. Jules Guérin.

1° Subluxation (2) occipito-atloïdienne.

' a. En arrière.

b. En avant.

Observée sur deux monstres anencephalcs.

Sur un enfant de trois mois.

(1) Déplacement originel ou congénital de la tête du fémur.

(2) M. Guérin désigne sous le nom de subluxalions les luxations incomplètes.

Page 1