DU PIED BOT
Bien que cette difformité ait été signalée à l'attention des médecins par les livres hippocratiques, elle avait été à peine étudiée jusqu'au commencement de notre siècle. Elle était, en général, abandonnée aux soins des rebouteurs et des charlatans, qui faisaient un secret de leur méthode. En 1798, un jeune médecin, Wantzel, ayant été guéri d'un pied bot congénital par Yenel, fît connaître, dans sa Dissertation (i), les moyens qui avaient été mis en usage, pour le guérir, moyens qui consistaient en des machines propres à redresser le pied. A partir de ce moment, cette méthode fut généralement employée, à la vérité d'une manière empirique, jusqu'au moment où Scarpa publia son mémoire sur le pied bot (2).
Alors commença une nouvelle période : les notions précises d'anatomie pathologique, en faisant mieux comprendre la nature des déplacements éprouvés par les os, permirent de les combattre avec des appareils plus simples et à la fois plus efficaces.
(1) Dissertatio, De talipedibus varis. Tubingœ, 1798,
(2) Mémoire sur la torsion congénitale des pieds des enfants, etc. Traduction «le Léveillé. Paris, 1804.
NÉLATON. — PATU. CUIR. m n»
Cependant on ne tarda pas à s'apercevoir que les muscles raccourcis opposaient une résistance puissante au redressement des membres; des lors l'idée de pratiquer la section de ces muscles dut se présenter à l'esprit, mais on conçoit ce qu'il fallut de hardiesse au premier chirurgien qui osa l'entreprendre. Ce l'ut en 178& que celle opération fut pratiquée pour la première fois, sous les yeux de Tilénius, médecin des environs de Francfort; puis, en 1811 et 1812, par Michaelis et Sartorius. Toutefois ces faits avaient à peine fixé l'attention des chirurgiens, lorsque Dclpech (1), en 1816, pratiqua cette opération, dont il avait posé neltement les indications et régularisé le manuel opératoire. Malgré la grande autorité dont jouissait la parole du célèbre chirurgien de Montpellier, il ne put entraîner les esprits, ainsi que le démontre la polémique quelquefois violente qu'il eut à soutenir jusqu'au moment où parurent les observations de Stromeyer (2). Enfin, les mémoires de MM. Bouvier (3), J. Guérin (k), Scoutetten (5), firent prendre à la lénotomie le rang qu'elle doit occuper dans la science.
De nos jours, à l'aide de la faradisation localisée et de l'observation clinique, M. Duchenne (de Boulogne) a bien étudié la physiologie des muscles moteurs du pied, et ses recherches ont montré le parti qu'on peut tirer de l'excitation électrique pour la guérison de certaines variétés de pied bot (6).
Toutes les déviations persistantes du pied sont connues sous le nom générique de pied bot (7).
Comme elles correspondent aux quatre principaux mouvements physiologiques du pied, qui sont : l'extension, la flexion, l'abduction et l'adduction, on les divise en quatre classes, et on les distingue par les noms de :
1° Pied équin, celui clans lequel le pied, étant dans l'extension forcée, ne touche le sol que par les orteils ou l'extrémité des métatarsiens;
2° Talus, celui dans lequel le pied est dans la flexion forcée et touche le sol seulement par le talon ;
3° Varus, celui qui est caractérisé par la déviation du pied en dedans, celui-ci appuyant pendant la marche sur son bord externe;
(1) Clinique chirurgicale de Montpellier, 1823. Mémoire sur le pied bot.
(2) Archives générales de médecine, 1834, t. IV, p. 100. Traduction de M. Richelol.
(3) Bulletin de V Académie de médecine, 1836-1837, t. I, p. 304, 408.
(4) Bulletin de V Académie de médecine, 1836, t. I, p. 32, 199, 823, 953.
(5) Gazette médicale, 1838-1839.
(6) Mémoire sur la cure radicale du pied bot, 1838.
(7) L'adjeclif bot, dans l'ancien français, signifiait obtus, tronqué. C'est donc à tort que quelques étymologistes pensaient que par cette expression on entendait pied botté.