DU PIED BOT
U° Valgus, la déviation du pied en dehors, le bord interne du pied offrant seul un point d'appui.
La déviation du pied en dessous, de Duval, ne paraît être qu'une forme de pied équin : les orteils et les métatarsiens sont fortement fléchis; le cuboïde et les cunéiformes servent de point d'appui.
Scoutelten appelle le pied équin pied bot phalangien; le talus, calcanien; le varus et le valgus, pied bot en dedans, en dehors.
Bonnet reconnaissait deux espèces de pied bot, selon qu'ils sont dus à la rétraction des muscles auxquels vont se rendre les filets du nerf sciatique poplité interne, ou sciatique poplité externe; de là deux grandes classes, le pied bot poplité interne, le pied bot poplité externe. A chacune de ces espèces il distinguait cinq degrés :
Pied bol poplité externe.
Pied bol poplité interne.
degré. Élévation du talon.
degré. Abaissement du talon.
— Flexion antéro-postérieure du
— Extension forcée du pied su
pied sur lui-même.
lui-même.
— Adduction de l'avant-pied.
— Abduction de l'avant-pied.
— Renversement du talon en de-
— Renversement du talon en
dans.
dehors.
— Augmentation de la courbure
— Diminution de la courbure trans-
transversale de la plante du pied.
versale de la plante du pied.
Le 1er et le 2" degré du pied bot poplité interne correspondent au pied équin; le 3e, au pied équin varus; le (i° et le 5e, au varus.
Quant au pied bot poplité externe, on voit, d'après le tableau, que les changements qui doivent en établir les diverses variétés sont en ordre inverse. Le 1er degré correspond au pied plat, les 2e, 3° et ke correspondent au valgus, et le 5e, s'il existait seul, serait le talus, dont Bonnet niait l'existence. Voici comment il s'exprimait : « Les cinq » variétés de pied bot poplité externe que je viens de décrire compren- » nent toutes les variétés connues de talus. La seule qui ne puisse y a rentrer est celle où le pied serait directement fléchi sur la jambe sans » avoir subi aucune altération dans sa forme, et que l'on désigne sous » le nom de talus; mais ce cas n'a été décrit ou dessiné jusqu'à pré- » sent que d'après des observations inexactes ou des conceptions » à priori. Ma théorie me conduit à en nier l'existence. »
Suivant Bonnet, la déformation qui caractérise un degré entraîne nécessairement l'existence de la difformité aux degrés précédents Ainsi, par exemple, l'adduction de l'avant-pied, qui constitue le 3e degré du pied bot poplité interne, serait nécessairement accompagnée de la flexion du pied dans sa continuité au niveau de l'articulation mé-
372 AFFECTIONS bES ARTICULATIONS.
tatarsienne (2° degré), et de l'élévation du talon qui appartient au premier degré.
On a cité quelques laits qui semblent mettre en défaut cette classification si séduisante de Bonnet; ces faits ont-ils été observés avec toute la précision désirable? C'est ce qu'il est encore impossible de décider aujourd'hui. Aussi reproduirons- nous la classification ancienne, et décrirons-nous : 1° le pied équin; 2° le talus; 3° le varus; ft°le valgus. Mais, à ces quatre variétés, nous ajouterons, avec quelques auteurs,
et nolamment avec MM. Bouvier etDucherine : le pied large ou plat, et le pied creux ou étroit. Il est bien entendu d'ailleurs qu'il serait difficile de retrouver dans la pratique les cas types que nous allons décrire. Le plus souvent, les formes élémentaires du pied bot se combinent entre elles de façon à produire ces variétés nombreuses sur lesquelles certains spécialistes nous semblent encore peu d'accord, cL dont la description nous entraînerait hors du cadre d'un ouvrage élémentaire.
Anatomie pathologique. — Nous étudierons successivement: 1° les rapports des os du pied entre eux ; 2° leur configuration ; 3° l'état des muscles.
A. Rapport des os. — 1° Pied équin. 11 est, ainsi que nous l'avons dit, caractérisé par l'extension forcée du pied ; c'est donc dans l'articulation tibio- tarsienne que se passe le principal mouvement. La poulie articulaire de l'astragale, après avoir abandonné la mortaise péronéo-tibiale, est presque sous-cutanée; sa partie postérieure est seule en rapport avec les deux os de la jambe. Le calcanéum suit le môme mouvement que l'astragale, son extrémité postérieure se relève, et on l'a vu venir se mettre en contact avec le péroné avec lequel il s'articulait. A un degré plus prononcé, le pied éprouve un mouvement de flexion dans sa continuité au niveau de l'interligne qui sépare la première d'avec la seconde raille scaphoïde et le cuboïde se portent vers la plante du pied et laissent à sa face dorsale la saillie formée par la tête de l'astragale (fig. 83).
2° Talus. C'est, comme dans l'espèce que nous venons de décrire, dans
Fie. 83. — Pied bot équin chez un adulte. La plupart des muscles ont subi l'altération graisseuse.
(D'après la pièce déposée au Musée Dupuytren , n° 551.)
2;ée des os du tarse
DU L'IED BOT. 0,0
l'articulation tibio-tarsienne que se passo le déplacement; la partie postérieure de la mortaise pôronéo-tibiale se porte en avant, de sorte que l'astragale est en partie luxée en arrière (flg. 85). Il est à remarquer que l'immobilité à laquelle sont condamnés les os de la deuxième rangée du tarse, du métatarse et des orteils, doit Être une cause fréquente d'ankylose : fait qui a été vérifié par M. Bouvier sur le pied d'une vieille femme morte à la SalpôLrière.
:;u Varus. Dans le varus, ainsi que l'a démontré Scarpa, c'est dans les articulations médio-larsiennes que s'opère le déplacement. Le sca-
Fig. 84. — Pied bot varus chez un FiG. 85. — Squelette d'un pied bot, talus et
enfant. Cette pièce a été recueillie à valgus. On voit que les os sont atrophiés,
la naissance. On voit que la tléfor- (Musée Dupuytren, n° 52.) mation des os est très-prononcée.
(Musée Dupuytren. n° 548, B.)
phoïde et le cuboïde se dévient vers le bord interne du pied : le premier de ces os abandonne en grande partie la tête de l'astragale, il se porte en dedans, puis en arrière, de telle sorte que son extrémité interne s'articule avec le calcanéum, quelquefois même avec la malléole interne; le cuboïde est entraîné comme le précédent; il glisse de dehors en dedans sur la facette articulaire que lui présente le calcanéum, et peut même^ dans un degré extrême, l'abandonner complètement.
Bien que le principal déplacement ait lieu dans les articulations que nous venons de citer, l'astragale ne reste pas cependant immobile ; il éprouve un léger mouvement de rotation en vertu duquel la poulie
37/| AFFECTIONS DES AHTICUI.ATIONS.
s'incline légèrement en dehors, lundis que lu face inférieure devient interne M).
Le calcanéum suit l'astrugule dans sa déviation, su fuce externe dirigée en bas repose sur le sol.
U° Valgus. Cette variété présente des déplacements inverses de ceux du varus; lu poulie urticulaire de l'astragale est tournée en dedans, sa facette articulaire externe regarde en dessus, le cuboïde et le scaphoïde sont tournés en dehors. L'absence de quelques-uns des os de la seconde rangée du tarse peut coïncider avec cette déviation, ainsi que Charcellay Ta fait voir à la Société anatomique sur deux pièces. Sur l'une, le scaphoïde et les deux cunéiformes manquaient ; sur le membre de l'autre côté, l'affection existait à un degré moindre, il ne manquait que le scaphoïde et deux cunéiformes.
Les divers déplacements que nous venons de décrire se combinent souvent entre eux; c'est ainsi que l'on voit fréquemment l'élévation du talon avec la flexion du pied sur son bord interne, ce qui constitue le pied équin varus.
Dans les diverses variétés de pied équin (équin direct, équin varus, équin valgus, équin dorsal, plantaire, plat ou creux, équin en dessous, etc.), les déformations osseuses participent le plus souvent tantôt de celles du varus, tantôt de celles du valgus; quelquefois aussi, surtout daus le pied équin direct, elles présentent quelques caractères spéciaux. Ainsi, l'astragale devenu presque vertical peut s'articuler par sa face inférieure avec la face antérieure du calcanéum. Le calcanéum, dans les degrés extrêmes d'extension, peut se trouver en contact, non-seulement avec le tibia, mais encore avec le péroné. MM. Chassaignac et Bouvier l'ont vu articulé avec la partie postérieure du péroné. L'articulation médio-tarsienne peut aussi s'infléchir vers le sol. Le scaphoïde se porte en bas et le cuboïde s'incline de la môme manière sur le calcanéum. Les métatarsiens qui posent sur le sol par leur face inférieure sont étalés, aplatis, élargis par l'effet de la pression.
Comme nous l'avons dit, les os sont primitivement moins altérés dans le talus que dans les autres pieds bots, et surtout que dans le varus. Cependant, avec les progrès de l'âge, quelques déformations se font remarquer. M. Bouvier possède un calcanéum d'adulte dont la grosse tubérosité s'est déprimée à ses limites supérieures, comme si elle avait cédé à la pression du tendon d'Achille: tout l'os paraît allongé et affecte en arrière la forme conique.
B. Déformation des os. Dans le varus et le valgus, suivant Scarpa, la forme des os du pied n'est presque pas changée , tout le vice de conformation se réduit pour lui à un déplacement de la première rangée des os du tarse sur la seconde; cette manière devoir se trouve en effet