DÉVIATIONS DU HACHIS. M
et amincis du côté opposé; ils peuvent môme disparaître complètement. Suivant M. Bouland, le grand. surtout ligamenteux qui recouvre la lace antérieure des corps vertébraux s'épaissit du côté de la concavité, tandis que le ligament qui recouvre leur face postérieure s'épaissit du côté opposé. Quant aux ligaments des articulations apophysaires et des lames, ils suivent dans leurs modifications les différentes pièces osseuses. Cependant les ligaments jaunes conservent pendant longtemps leur couleur et leur consistance normales; dans tous les cas ils auraient de la tendance à s'épaissir du côté de la convexité.
Lorsqu'on examine, chez un sujet jeune et dont la scoliose est peu avancée, les modifications qui ont lieu dans le corps et dans les disques vertébraux, on constate, comme l'a signalé M. Bouland, qu'ils sont plus épais du côté de la convexité que de celui de la concavité, et que ces changements ont lieu surtout dans la portion non encore ossifiée.
Sous l'influence d'un état pathologique spécial , il se fait entre toutes ces parties déviées un travail d'ossification qui détermine entre elles de véritables ankyloses. Ces ossifications, rares dans les disques, sont surtout marquées dans les portions apophysaires du côté concave de la courbure et dans les points où la déviation est le plus considérable. .
Par suite du mouvement de rotation du rachis sur son axe et du changement de direction que les déformations du rachis impriment aux côtes, on comprend que les côtes subissent également des déformations. La poitrine se trouve aplatie latéralement, saillante en arrière du côté convexe; en avant du côté concave. Ainsi, au niveau de la convexité dorsale, la face postérieure du thorax est bombée tandis qu'elle est aplatie et déprimée en avant; c'est le contraire pour le côté correspondant à la concavité dorsale, c'est-à-dire que le thorax est aplati et déprimé en arrière et qu'il est voûté en avant. De là résulte un déplacement considérable des seins chez la femme. Ajoutons à cela cette autre cause qui concourt aux changements de forme du thorax : le raccourcissement du diamètre vertical de la poitrine. Par suite de ce changement de position les poumons sont aplatis, comprimés parla saillie des corps vertébraux, et l'angle formé par les côtes devient de plus en plus aigu. Le droit affecte, en certains cas de courbures exagérées, la forme d'un sablier à base et à sommet renflés. Le gauche, moins réduit que le droit, l'est cependant d'avant en arrière, par l'aplatissement des côtes, et par leur déplacement en avant. Il est aussi diminué de volume dans le sens latéral, et en général la dépression est surtout marquée vis-à-vis de la crête saillante formée par les côtes les plus déplacées. Quanta la réduction en hauteur, due à l'ascension du diaphragme, elle est, dans les cas les plus ordinaires, commune aux
deux poumons, quoique plus grande du côté droit. Le cœur est ordinairement hypertrophié et rejeté vers la partie concave; toutefois, chez un sujet de soixante-dix-neuf ans, atteint d'une scoliose dorsale gauche très-prononcée, M. Bouvier a trouvé cet organe à peine déplacé. Dans les déplacements très-étendus du diaphragme, le cœur est habituellement rejeté à droite. L'aorte est quelquefois atrophiée, et, comme la veine cave, suit le plus ordinairement les sinuosités du rachis. C'est ainsi que si la concavité de la courbure dorsale est à gauche, les phénomènes ci-dessus décrits ont nécessairement lieu en sens inverse; en outre, l'aorte thoracique reste accolée à cette concavité en décrivant un arc concentrique à la courbure vertébrale. Quelquefois au lieu de rester à gauche des vertèbres, elle se transporte au devant d'elles. Arrivée à la région lombaire, si les vertèbres se dirigent fortement à gauche, l'aorte se trouve placée en avant sur leur côté antéro-droit et la veine cave, de son côté, abandonne les vertèbres pour se diriger tout à fait à droite : l'œsophage seul tend à conserver sa direction normale. Plus rétractile, moins adhérent au rachis que l'aorte, il s'écarte du milieu de la courbure à mesure que celle-ci se prononce davantage, tend à former la corde de l'arc qu'elle représente, et se raccourcit à la façon d'un muscle dont les points d'insertion se rapprochent sans que néanmoins ce raccourcissement soit tel qu'on risque de le rompre en cherchant à redresser la courbure.
Le scapulum est soulevé et fortement reporté en arrière de la convexité par la saillie des côtes ; la clavicule, par suite de ce mouvement de rétrocession, se trouve nécessairement déprimée. Du côté de la concavité, l'omoplate est abaissée, et exécute autour d'un axe fictif passant par le milieu de son corps un mouvement de bascule qui rejette en dedans son angle inférieur, tandis que son angle antérieur et supérieur est refoulé en avant, et avec lui la clavicule, qui devient plus apparente que de coutume.
Le bassin, sauf le cas où la déviation est due au rachitisme, ne subit pas de modification très-importante à signaler. Une saillie plus notable de l'angle sacro-vertébral, ou au contraire un effacement de cet angle, quelquefois une incurvation du sacrum, à laquelle peut participer le coccyx, voilà tout ce que l'on observe.
Quant à la cavité abdominale, elle se trouve rétrécie et par le raccourcissement de la colonne et par la saillie que les vertèbres font dans son intérieur. De là la déformation, le changement de position des viscères, tels que le foie, les reins, etc., et le refoulement des intestins dans les régions où les parois de l'abdomen peuvent subir une ampliulion, comme on le voit sur la figure 90, que nous avons prise dans le bel atlas de M. Bouvier.