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DÉVIATIONS DU HACHIS

cyphose, surtout chez les filles, toujours moins robustes que les garçons. Dans toutes ces diverses circonstances, c'est le défaut de tonicité musculaire qui favorise la déformation. Mais cette déformation peut au contraire résulter des contractures musculaires, comme une attitude plus ou inoins vicieuse. C'est ainsi qu'en se penchant en avant pour lire, écrire, dessiner, broder, etc., cela d'une façon trop prolongée et continue, les jeunes sujets, surtout ceux qui ont la vue courte, s'exposent à une cyphose rapide. On a dit aussi qu'une disposition héréditaire, soit par une conformation spéciale du squelette, soit par un mode particulier de l'action musculaire, peut prédisposer à la cyphose. On a enfin signalé ce fait, qu'une souffrance viscérale, même légère, peut à tout âge, lorsqu'elle se prolonge, produire une cyphose très-caractérisée.

Chez les vieillards comme chez les enfants, la cyphose reconnaît surtout pour cause l'affaiblissement musculaire, affaiblissement qui est, du reste, ou combattu ou aidé parles habitudes prises. Ainsi tandis que les militaires restent droits jusqu'à un âge avancé, les laboureurs, les vignerons, les gens de bureau se courbent de très-bonne heure. Poulies femmes, c'est le plus souvent au moment où elles cessent l'usage du corset qu'elles voient, comme. Winslow et Portai l'avaient fait remarquer, se produire la voussure sénile.

Lorsque la cyphose est symptomatique, elle peut dépendre de paralysies, de contractures ou d'accidents rhumatismaux. Nous ne dirons rien des paralysies qui produisent le plus souvent la lordose et que nous allons retrouver tout à l'heure. Quant aux contractures, on a cité quelques cas où les muscles fléchisseurs de la tête et du tronc, où les muscles abdominaux ont pu déterminer une cyphose persistante. Mais ce sont encore là des faits exceptionnels qui ne doivent pas nous arrêter. Le rhumatisme, au contraire, soit musculaire, soit articulaire, est une cause fréquente de cyphose. Lorsqu'il est musculaire, il peut agir soit à la manière des contractures, soit parce que les malades prennent, pour éviter d'exercer les muscles douloureux, de fausses attitudes. Lorsqu'il est articulaire, il peut ou se limiter à un petit nombre des articulations vertébrales ou se généraliser; il peut même, à la longue, amener l'ankylose de la colonne vertébrale ; mais c'est là un fait rare et qu'il ne faut pas confondre avec ces ossifications séniles qui, sous l'influence de l'immobilité prolongée et d'une sorte de pléthore calcaire, se produisent si fréquemment.

2° La lordose se produit souvent comme courbure de compensation dans la cyphose dorsale. Dans les autres cas, on l'observe principalement chez les individus faibles, débilités; chez les femmes qui se tiennent fortement et habituellement cambrées en arrière, comme les marchandes des rues qui portent des éventaires, ou les ascitiques.

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3° Parmi les causes de la scoliose, les unes sont prédisposantes, les autres efficientes.

Parmi les premières, nous mentionnerons : le jeune âge, c'est de sept à treize ans que se manifestent le plus souvenl les déviations latérales; le sexe, elles sonl plus communes chez les filles; le tempérament lymphatique, bien qu'on ait dit qu'on rencontre peu de scrofuleux parmi les scoliotiques (Bouvier); l'hérédité, qui peut, comme l'a vu Portai, frapper un grand nombre de membres de la même famille, et qui peut aussi sauter une génération; la convalescence d'une longue maladie, une affection des centres nerveux primitive ou consécutive, un travail de dentition, une croissance très-rapide, l'inégalité de développement des muscles moteurs du rachis(Duchenne), l'inaction prolongée, la masturbation, de mauvaises conditions hygiéniques, etc. Enfin l'inflexion normale de la région dorsale à convexité droite, qui reconnaît elle-même pour cause la présence de l'aorte au côté gauche du rachis, pourrait être considérée, suivant M. Bouvier, comme le point de départ de la difformité. Il s'établirait, dit-il, pendant la période de développement, une sorte de lutte entre la force d'accroissement du côté gauche et la pression de la colonne sanguine artérielle à la surface de la colonne vertébrale. Si la force plastique du rachis ne résiste pas assez, les vertèbres dorsales comprimées se courbent au-delà de la courbure normale, et une scoliose s'établit. Toutefois, nous devons faire observer que, d'après les recherches de M. Bouland, les corps vertébraux, du côté concave, ne subissent qu'un simple aplatissement, et que, dans aucun cas, excepté chez les sujets très âgés, ils ne perdent de leur hauteur. Il est bien entendu que ces recherches ont été faites sur des sujets non rachitiques.

Parmi les causes prédisposantes de la scoliose, nous venons de citerune croissance trop rapide et l'inaction prolongée : ce sont là en effet deux des conditions qui influent le plus évidemment sur le mode de production de la scoliose. Parmi les nombreux exemples que nous avons rencontrés, nous en citons deux seulement que nous venons d'observer et qui sont véritablement remarquables. Chez un jeune homme âgé de seize ans, l'accroissement des membres inférieurs s'était fait avec une telle rapidité, qu'il existait une disproportion singulière entre leur longueur et la hauteur du tronc, et que bientôt les genoux pliant sous le poids du Corps se dévièrent en dedans au point que l'emploi de tuteurs prothétiques devint indispensable. Sous l'influence d'un traitement bien dirigé, les genoux reprirent leur rectitude et leur solidité, mais la croissance continuant, ce fut le tronc qui devint le siège d'une scoliose des plus caractérisées. D'autre part, chez un enfant âgé de dix ans et afleoté d'une tumeur blanche suppurée du genou, que nous eûmes à traiter dernièrement, le repos au lit étant devenu indispensable, nous vîmes

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qu'il s'était développé une scoliose dont les courbures s'étaient exactement moulées sur des coussins mal disposés. 11 fallut, pour combattre les progrès de la déformation, user d'un traitement des plus actifs.

Parmi les causes efficientes, nous citerons la claudication, quelle qu'en soit la cause, et dans ce cas la convexité de la courbure répond toujours au membre le plus court, qui esl aussi celui vers lequel penche le bassin, l'habitude déporter des fardeaux pesants d'un seul côté, les attitudes vicieuses que prennent la plupart des jeunes personnes quand elles sont assises et qu'elles se livrent au dessin, à la broderie, etc., l'usage des corsets ; et quelquefois, chez les hommes, les professions qui exigent des efforts avec un seul bras. — Diverses maladies du cou, torticolis, engorgements des ganglions sous-maxillaires, peuvent déterminer une inclinaison qui, à la longue, entraîne une incurvation de la colonne cervicale. Le rétrécissement d'un côté du thorax qui succède à la résorption d'un épanchement pleurétique, ne peut guère avoir lieu sans que l'épine soit inclinée du même côté. Enfin, parmi les causes admises à peu près par tous les auteurs, nous rangerons les douleurs rhumatismales, qui peuvent déterminer des attitudes vicieuses et les paralysies partielles du tronc. Dans ces dernières, les muscles restés sains font incliner la colonne de leur côté, et finissent par lui faire perdre sa rectitude.

Il est un certain nombre de causes dont l'action a été vivement contestée, et que nous nous contenterons d'énumérer, sans entrer dans une discussion qui nous conduirait trop loin. Ainsi, on a dit qu'un premier accouchement était souvent suivi de déviation spinale. Glisson pensait que la courbure vient de ce que les matériaux nutritifs se distribuent inégalement aux deux côtés des vertèbres. Mayow admettait de son côté que la scoliose est le résultat d'un développement disproportionné des os relativement aux muscles : ceux-ci, arrêtés ou retardés dans leur accroissement pendant que les vertèbres croissent en hauteur, forceraient ces dernières à s'incliner. Méry à son tour a étendu et quelque peu modifié l'explication de Mayow, en admettant que les muscles de l'épine, contractés avec force d'un seul côté, produisent sa courbure latérale, et Morgagni ajoute que cette contraction des muscles d'un seul côté peut dépendre, soit de convulsions, soit d'une plus grande force naturelle de ces muscles, soit encore d'une paralysie ou d'un affaiblissement des muscles antagonistes. — Delpech a signalé le gonflement et l'hypertrophie des fibro-cartilages ou mieux ligaments intervertébraux comme une cause fréquente des déviations latérales. Il faut rapprocher de celte étiologie la suivante, émise par Duval, savoir, le ramollissement par suite de subinflammation d'un seul côté des fibro-carlilages des vertèbres et même de la substance osseuse de ces dernières. Enfin la rétraction musculaire consécutive à une affection

des centres nerveux, déjà indiquée par Morgagni et par Méry, a été généralisée par M. Guérin, qui la considère comme l'origine de presque toutes les difformités du système osseux. Celle opinion a rencontré de vives oppositions au sein de l'Académie de médecine et au dehors, de la part de tous les chirurgiens qui se sont occupés sérieusement de ces difformités; aussi compte-t-elle aujourd'hui très-peu de partisans. Les objections qui lui ont été adressées se trouvent résumées dans un article d'Ollivier (d'Angers). Nous ajouterons que ces objections nous ont paru suffisantes pour nous décider à proscrire comme méthode exclusive de traitement la section des muscles rétractés. Il est encore une cause admise par quelques auteurs et qui paraît devoir être prise en considération, c'est l'atrophie d'une moitié ou d'une partie seulement du corps de quelques vertèbres. Enfin M. Bouland prétend n'avoir jamais rencontrer à l'autopsie une scoliose commençante sans qu'il y ait une déformation plus ou moins appréciable du squelette.

Pronostic. — La cyphose infantile peut laisser à sa suite une difformité incurable; mais souvent aussi elle s'efface d'elle-même à mesure que les os prennent plus de solidité. Chez les adolescents, la cyphose tend à s'accroître avec l'âge et à atteindre des proportions peu favorables au jeu des organes importants, tels que le cœur, les poumons, l'estomac, etc. La lordose dorso-lornbaire à un degré peu prononcé n'est pas considérée comme une déformation : c'est une simple cambrure qui, en esthétique, a même été considérée comme un caractère de beauté ; témoin la vénus Callipyge. D'après les recherches de M. Duchenne, cette conformation est héréditaire et constitue un caractère de race et même de famille ; c'est ce qui explique pourquoi on l'observe assez fréquemment dans l'enfance. Suivant lui, cette conformation serait habituellement due à une faiblesse relative des muscles de l'abdomen et dans certaines circonstances aurait des inconvénients qu'il importe de signaler ici. Elle prédisposerait à un embonpoint précoce, et chez la femme elle favoriserait une relaxation considérable des parois abdominales après l'accouchement. Enfin, lorsque l'embonpoint devient considérable, l'abdomen devient de plus en plus saillant, ce qui augmente encore l'ensellure; alors la station prolongée et la marche provoquent, de la douleur et de la fatigue dans la région lombaire; en outre, le décubilus dorsal provoque les mêmes douleurs et les femmes ne peuvent garder cette position qu'en soutenant celte région à l'aide de coussins. Les lordoses par atrophie des muscles de l'abdomen occasionnent une iufirmité analogue. Mais comme elles se rattachent toujours à l'atrophie musculaire progressive, nous n'insisterons pas sur la gravité de ces désordres qui offrent relativement peu d'importance comparativement à la maladie qui les produit. Quant à la lordose par atrophie des sacro-lombaires, elle entraîne de graves

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conséquences. En effet, le tronc dans la station verticale arrive quelquefois h un degré de renversemenl en arrière tel que, dans certaines circonstances, il peut occasionner une paraplégie par compression de la moelle épinière au niveau de la région lombaire, ou même, à la suite d'un mouvement brusque, une rupture ou une luxation de la colonne vertébrale.

Les déviations latérales de l'épine n'empêchent pas 'les individus qui en sont affectés d'arriver à un âge assez avancé. Néanmoins la vie moyenne est certainement plus courte chez les scoliotiques. « 11 est arrivé, dit Hippocrate dans son traité des articulations. » que plusieurs ont porté sans peine et sans maladie leur gibbo- » sité jusqu'à la vieillesse; cependant, môme parmi ceux-là, peu ont » dépassé soixante ans, et la plupart n'y vont pas. » Et Galien ajoute judicieusement que ceux qui vieillissent Je doivent à leur nature forte, à la douceur du mal et au régime dévie qu'ils observent. La gravité des déviations latérales du racbis consiste surtout dans les troubles qu'elles apportent dans les fonctions des organes thoraciques et abdominaux. Lorsque la difformité est récente, on peut s'opposer à ses progrès et même la faire disparaître ; mais il n'en est pas de môme lorsqu'elle est ancienne, que les ligaments sont indurés ou ossifiés même, les vertèbres ankylosées, et l'accroissement du sujet déjà terminé.

Marche. — Plusieurs circonstances influent sur la marche, les progrès et la durée de la scoliose, telles sont : une prédisposition héréditaire, le sexe féminin, le bas âge, les approches de la puberté, la rapidité de la croissance, la faiblesse de la constitution, les maladies de l'enfance et de la jeunesse, les accouchements répétés, le repos trop absolu et aussi les travaux pénibles et assidus, ceux surtout qui obligent à une action irrégulière des muscles. Mais, en général, la déviation reste stationnaire après la fin de l'accroissement, vers trente ans, pour se prononcer ensuite davantage quand arrive l'âge mûr. Dans la vieillesse, les progrès de la difformité n'ont plus d'autres limites que celles que leur imposent la rencontre des parties solides étagées les unes sur les autres et l'ankylose des articulations vertébrales.

Traitement. — Il faut : 1° combattre les causes sous l'influence desquelles se forment ces déviations ; 2° attaquer directement ces dernières par des moyens mécaniques, et 3° par les moyens dynamiques.

A. Cyphose. — Chez les jeunes sujets, on prescrira à l'intérieur les toniques de tous genres; on fera des frictions stimulantes sur la région de l'épine, et l'on soumettra l'enfant aux pratiques d'une gymnastique appropriée dont le but est de fortifier les muscles extenseurs de la colonne vertébrale et principalement les longs dorsaux. Ces exercices ont été étudiés avec le plus grand soin au commencement de ce siècle en Suède par Ling, d'où le nom de méthode suédoise qui leur

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a été appliqué, et plus tard en Allemagne et en Angleterre par ses élèves. Le principe sur lequel ils reposent consiste à l'aire contracter volontairement les muscles affaiblis pendant qu'on remplace le jeu des antagonistes par une résistance graduée faite avec la main du chirurgien. Les exercices qui ont le plus d'action sont ceux qui rapprochent le mieux les omoplates de la ligne médiane. M. Duchenne, qui recommande également ces exercices, se fonde sur les observations physiologiqnes suivantes : 1° que si les omoplates sont fortement rapprochées de la ligne médiane, la flexion de la colonne vertébrale dans sa portion dorsale devient très-difficile, sinon impossible; 2° que dans toute cyphose dorsale les omoplates sont très-éloignées de la ligne médiane; 3° enfin que les mouvements qui consistent à rapprocher l'une de l'autre les omoplates tendent à redresser la cyphose dorsale. En même temps, on aura soin de faire coucher l'enfant sur un lit ferme et horizontal et de le faire travailler à une table convenablement élevée. — Lorsque la déviation occupe la région cervicale, on peut employer le moyen conseillé par Andry (1741), et qui consiste à faire porter sur la tête un corps léger que le sujet doit y maintenir en équilibre, ou bien on emploiera, pour redresser la courbure, des courroies, des bandes, en un mot, les différentes sortes de minerves. — Ces moyens mécaniques sont rarement applicables aux cyphoses dorsale et lombaire. — Dans ce cas, on se servira avantageusement des lits à extension et compression combinées, et aussi de corsets bien construits qui devront agir sur les omoplates en les tirant en arrière et en pressant sur leurs angles inférieurs, sur la colonne rachidienne en appuyant sur le sommet de sa voussure , enfin sur le tronc tout entier, en repoussant en haut et en arrière toute la cage thoracique.

Parmi les moyens dynamiques, l'électricité peut jouer un rôle important en fortifiant la nutrition des muscles et leur puissance de contraction. Elle doit être appliquée sur ceux des régions spinales qui correspondent à la convexité. En outre, M. Duchenne conseille la faradisation des deux tiers inférieurs du trapèze et de la portion horizontale des grands dorsaux pour favoriser le rapprochement de l'omoplate de la ligne médiane.

B. La lordose ne doit être traitée mécaniquement que lorsqu'elle est portée au point de rendre la station difficile. Cependant, chez les jeunes filles prédisposées héréditairement à la lordose dorso-lombaire, M. Duchenne conseille de faire porter une ceinture en tissu élastique qui embrasse le ventre et vienne en aide aux muscles affaiblis. En même temps, il prescrit les exercices gymnastiques qui exigent la contraction énergique de ces muscles dans le but d'accroître leur puissance.

Lorsque la lordose est produite par une faiblesse, une atrophie trèsavancée ou une paralysie des muscles de l'abdomen, il prescrit encore

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une ceinture abdominale dans le but de soutenir le poids des viscères. Enfin, si la lordose est consécutive à l'atrophie ou à la paralysie des sacro-lombaires, il conseille l'usage d'un appareil qui, prenant un point d'appui en avant sur les cuisses et en arrière sur le bassin, soutienne le tronc assez pour l'empôcher de se renverser en arrière d'une manière exagérée.

C. Scoliose. — Comme traitement général, nous recommanderons les toniques à l'intérieur, les stimulants extérieurs le long de la colonne, l'hydrothérapie, les bains de mer et les eaux minérales.

Duvernay dit que « le premier de tous les remèdes est une situation » convenable, et qu'il importe que l'enfant se tienne au lit dans une » situation presque horizontale, couché un peu durement sur une es- » pèce de planche un peu matelassée. »

On fera donc coucher le sujet sur un lit ferme et résistant, dépourvu d'oreillers et de traversins, et légèrement incliné de la tête aux pieds : on emploie ordinairement les sommiers élastiques ou de crin piqué ; on remplit encore des sommiers de fougères, de feuilles de noyer, ou de toute autre plante aromatique (Duval), et l'on place une planche sous le matelas de dessous. Le malade doit reposer sur ces lits, nonseulement pendant la nuit, mais encore à plusieurs reprises pendant le jour, afin de neutraliser l'influence fâcheuse que le poids des parties supérieures exerce sur les courbures du rachis. Pour la même raison, on a conseillé l'usage des béquilles.

On corrigera autant que possible les attitudes vicieuses, un corset simple ou mécanique maintiendra le corps, et l'on changera les occupations auxquelles se livrait l'enfant. Dans le cas d'inégalité de longueur de l'un des membres, produisant par suite la claudication et surtout une inclinaison du bassin, on en corrigerait les effets à l'aide d'une béquille ou mieux d'un talon élevé du côté le plus court. Enfin, on complétera l'action de ces différents moyens par une gymnastique ayant surtout pour objet de soustraire, à l'aide d'une suspension méthodique, les parties inférieures du tronc au poids des parties supérieures, et d'accroître l'énergie des muscles postérieurs du tronc ; ainsi, l'ascension à l'échelle, à une corde, à un mât, la progression à l'aide des mains, sur les barres parallèles, sur les perches horizontales, rempliront cette indication. A la fin du traitement, les autres moyens gymnastiques seront avantageux pour consolider la guérison.

Il faut d'ailleurs comprendre ici sous le nom de gymnastique, nonseulement les exercices réguliers dont nous venons de parler, mais encore tous les mouvements capables d'exercer ceux des muscles extenseurs et rotateurs de la colonne vertébrale qui sont affaiblis et principalement les muscles sacro-lombaire et transversaire épineux qui sont situés du côté de la convexité des lombes. Sans entrer dans la

description de ces exercices qui serait trop compliquée, nous nous bornerons à indiquer l'un des principaux qui, suivant M. Duchenne, aurait pour ell'et de redresser la courbure lombaire. Le sujet étant debout, on lui fait infléchir progressivement en avant et latéralement le bassin sur le membre inférieur correspondant à la concavité de la courbure lombaire pendant que le membre inférieur du côté opposé est détaché du sol et maintenu dans l'extension sur le bassin : en même temps, le sujet porte en arrière et en dedans le membre inférieur abaissé du côté correspondant de façon à rapprocher le plus possible l'omoplate de ce côté de la ligne médiane, tandis que le membre supérieur du côté opposé est porté dans l'élévation. Lorsque le malade est arrivé au plus haut degré de flexion en avant, il se redresse lentement de façon à reprendre la position verticale. Cet exercice est répété à plusieurs reprises et pendant qu'il s'exécute, un aide soutient avec les mains la face antérieure du thorax et la face postérieure de la région lombaire afin de prévenir la chute qui pourrait avoir lieu par suite de la perte de l'équilibre. Pendant ce mouvement on peut observer que les muscles de la masse commune qui correspondent à la convexité lombaire se contractent avec la plus grande énergie et que le mouvement communiqué à l'omoplate a pour effet de déprimer la voussure thoracique et conséquemment la convexité dorsale. En même temps, il convient de faire exécuter des mouvements de torsion du rachis en sens contraire de celui que produit la déformation dans le but d'exciter la contraction et de favoriser le développement des muscles rotateurs affaiblis, tels que les transversales épineux. M. Bouland, qui a beaucoup pratiqué les exercices de la gymnastique suédoise, attache surtout de l'importance aux mouvements volontaires qui ont pour effet d'incliner le tronc obliquement en arrière du côté de la convexité.

Il faut éviter avec soin, pendant ces exercices, d'abaisser l'épaule correspondante' et d'imprimer aux membres inférieurs aucun mouvement.

11 est bien entendu que la marche, la course, les mouvements spontanés des enfants dans leurs jeux, tant qu'ils sont conformes aux lois naturelles de l'organisme, ne leur sont pas moins utiles que tous les exercices des gymnasiarques.

Lorsque ces moyens généraux n'ont pas fait disparaître la difformité, il faut recourir à des moyens mécaniques spéciaux. L'emploi de ces machines est indiqué dans le cas où l'affection est récente, dans le cas où la colonne vertébrale a conservé encore assez de souplesse pour pouvoir, à l'aide de pressions plus ou moins fortes exercées avec les mains en sens inverse sur les parois latérales du tronc, reprendre momentanément sa rectitude. Enfin, il faut, pour employer ces moyens.

déviations nu hachis. ;iilJ que l'individu ait atteint l'âge de puberté; car, dans l'enfance, la colonne vertébrale est trop souple, et la difformité reparaîtrait après la suspension du traitement.

Les procédés employés pour opérer le redressement de la taille sont très-nombreux, mais ils peuvent tous se ranger sous trois chefs principaux. Voici cette classification, que nous devons à M. Chassaignac. Pour ramener à la rectitude un arc quelconque, on a :

1° Des tractions longitudinales dans le sens de la longueur de l'arc: c'est ce que M. Chassaignac appelle redressement par êlongation ;

2° Des pressions exercées sur la convexité de l'arc, les extrémités étant fixées : c'est le redressement par aplatissement ;

3° Enfin, l'emploi de deux forces qui, appliquées aux deux extrémités de l'arc, dans une direction perpendiculaire à la corde de celui-ci, attirent ses branches en les amenant sur la même ligne que la convexité, laquelle est retenue d'une manière fixe : c'est le redressement par renversement de l'arc.

Ces moyens, au reste, se combinent souvent entre eux. Les pièces employées devront porter sur des points d'appui larges et solides. Il faut qu'elles embrassent le plus exactement possible les surfaces sur lesquelles elles doivent agir, et les doubler même de coussins pour éviter la douleur, sans gêner toutefois les mouvements. Du reste, on aura soin que l'action de ces machines, d'abord faible, ne devienne forte et puissante que graduellement. On les surveillera attentivement, surtout chez les sujets maigres, et l'on changera de temps en temps le siège de la pression, afin de prévenir l'inflammation de la peau, les excoriations, etc. Malgré toutes ces précautions, nous devons ajouter qu'il y aura toujours une déperdition de force, à cause des frottements, de l'obliquité des pressions, de l'extensibilité des tissus vivants à travers lesquels se transmet le mouvement, et enfin à cause des déplacements presque inévitables des pièces de contention.

Nous ne ferons qu'énumérer les principaux appareils.

1° Appareils à extension. — Ce sont les lits (extensifs, tous comparables à celui de Venel, les ceintures ou corsets à tuteurs, les minerves, le collier de Nuck, les appareils à arbre suspenseur de la tête, comme celui de Lerocher, le corselet d'A. Paré, la croix de Lorraine de Heister, dont on se servait beaucoup autrefois. Il en est un certain nombre d'autres dont l'usage est aujourd'hui abandonné.

2° Appareils à compression. — On employait autrefois des plaques rembourrées, des tampons, etc. Mais aujourd'hui on combine la compression, soit avec l'extension continue, soit avec le redressement direct. Ainsi, dans les lits ;\ extension, on comprime au moyen de deux plaques rembourrées, réunies à l'une de leurs extrémités et séparées à l'autre par un ressort en spirale. On a aussi des plaques adaptées au

,/,;;() A marri <)NS nus AIlTlCULATlÔNS.

corset compressa* imaginé par Ghailly et Godier. 11 y a aussi les gouttières de Récamier, de Bonnet, espèces d'auges dans lesquelles on immobilise les malades.

3° Appareils à redressement direct. — Nous mentionnerons le lit à extension sigmoïde, de M. J. Guérin, les lits de Heine, ceux dont se sert M. Bouvier, armés de pelotes à pression, de bandes de cuir mince, de ressorts plus ou moins résistants; les ceintures ou corsets à inclinaison (Dclpech, Hossard, Tavernier, etc.). Le grand inconvénient de ces ceintures est que, manquant de point d'appui suffisamment résistant, elles s'inclinent ordinairement dans le sens de la déviation et contribuent presque toujours à entraîner le buste plutôt qu'à le soutenir. Aussi leur emploi exige-t-il, pour obtenir un résultat appréciable, une surveillance assidue. Quant aux corsets, ils sont sujets à moins de déplacement parce qu'ils enveloppent le buste tout entier : mais ils doivent être appliqués dès le début. Parmi ces corsets, ceux auxquels nous avons donné la préférence sont : a, le corset à barrette. On sait qu'il est garni en arrière et sur les côtés de tiges d'acier, minces, verticales, très-rapproebées et reliées entre elles à la face cutanée par d'autres tiges transversales qui les empêchent de dévier; b, le

Fig. 93. — Cuirasse en cuir moulé, garnie de nervures d'acier et munie de deux béquillons montés à ressort.

Celte cuirasse, conslruile par M. Mathieu, est percée de trous multiples qui permettent la

circulation de l'air.

corset en cuirasse que nous avons fait construire sur nos indications par M. Mathieu, et que nous avons figuré ci-dessus (fig. 9 3).

DÉVIATIONS DU hachis. 431 Ce corset doit être construit sur un moule en plâtre pris sur le tronc redressé du malade. Il doit être garni, comme on le voit, de nervures d'acier qui l'empêchent de se déformer, et de deux béquillons montés à ressort qui soutiennent les épaules à la même hauteur. Celte cuirasse doit être construite de façon à exercer une compression assez forte sur la surface dont la convexité est exagérée. Pour mieux obtenir le résultat, elle peut être armée de plaques ou de pelotes convenablement disposées. Par contre, elle ne doit pas emprisonner de trop près

Fie. 94. — Corset de M. Duchenne.

les régions aplaties, afin de permettre à ces dernières de reprendre leur forme normale pendant le cours du traitement; c, le corset de M. Duchenne (fig. 94). Ce corset diffère des autres en ce qu'il est composé : 1" de deux moitiés qui sont réunies par une bande de tissu de caoutchouc d'un travers de doigt de hauteur et située à

432 AFFECTIONS MES AUTIUULaTIONS.

l'union de lu courbure lombaire avec la courbure dorsale ; 2° d'une ceinture A reposant sur le bassin et placée par-dessus le corset; 3° de deux tuteurs métalliques D, E, fixés intérieurement et postérieurement à la ceinture A, de manière à être inclinés à volonté latéralement et supérieurement par des courroies attachées à l'un des côtés de la moilié supérieure du corset et au niveau de la partie moyenne de la convexité lombaire C; U° de bretelles percées de trous au moyen desquels elles se fixent à des boulons rivés à la ceinture et à l'extrémité supérieure des tuteurs. Cet appareil agit sur les convexités dorsale et lombaire et n'exerce que des pressions latérales sans gêner la respiration.

Parmi les moyens dynamiques qui peuvent être proposés, Pélectrisalion des muscles spinaux correspondant à la convexité doit occuper le premier rang. M. Bouland se sert de l'électropuncture.

Ce que nous avons dit de la rétraction musculaire, en traitant de l'étiologie, nous dispense de parler de la myolomie rachidienne, à laquelle n'ont pas été favorables les discussions nombreuses soulevées à l'Académie de médecine il y a quelques années.

En résumé, si les moyens curatifs institués de nos jours contre la scoliose ne possèdent pas toute l'efficacité désirable, ils sont néanmoins d'une utilité incontestable, et nous sommes loin du temps où Dionis écrivait à propos d'une enfant de huit ans qui appartenait à la famille de Louis XIV, et dont la taille commençait à se dévier, les quelques lignes qu'on va lire : « On lui fit de petits corsets de baleine et un fauteuil » où il y avait des cordons qui, passant par-dessous les aisselles, sup- » portaient toute la charge du corps et soulageaient les vertèbres du » poids des parties supérieures. Mais on ne put éviter que la taille ne » fût gâtée. »

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