V. — Tumeurs du scrotum
On a signalé quelques exemples de tumeurs développées dans l'épaisseul- du scrotum, les unes sont de nature fibreuse, elles se développent avec lenteur, mais ont une tendance continuelle à s'accroître. Un des pomts les plus curieux de leur histoire est leur adhérence avec la tunique vaginale, que l'on est quelquefois contraint d'ouvrir quand on veut procédera l'extirpation de ces productions.
l^&s tumeurs graisseuses sont excessivement rares; comme les précédentes, elles ne peuvent disparaître que par l'extirpation. Il en est de même des kystes séhacés ; ces derniers sontsemblablesaux tumeurs kystiques signalées aux joues, aux lèvres, à la mamelle. Curling (1) en a rapporté un bel exemple observé par Grompton (de Birmingham) et Vanzetti en a montré à la Société de chirurgie. Les kystes deviennent quelquefois crétacés.
Signalons encore, parmi les tumeurs du scrotum, un cas de monstruosité par inclusion, observé par Velpeau (-2). 11 y est question d'un homme de vingt-huit ans qui portait sur le côté droit du scrotum une tumeur du volume du poing; elle était congénitale. La peau qui' recouvrait cette tumeur était blanche, insensible, et ollrait un contraste frappant avec celle du scrotum, qui était brune et très sensible. Dure dans certains points, molle et comme fluctuante dans d'autres, cette tumeur, pressée en arrière, permettait de sentir comme une espèce de concrétion Ooseuse; elle présentait plusieurs ouvertures ûstuleuses qui donnaient habituellement passage à une matière grasse ne ressemblant ni à du pus ni à de la sérosité. Une fois il en sortit un paquet de poils très fins. Les testicules, l'épididyme, paraissaient légèrement atrophiés, le cordon était sain ; les fonctions génitales se faisaient parfaitement. Cette tumeur fut extirpée : elle renfermait, outre des lamelles et des fibres qui donnaient l'idée des tissus fibreux, celluleux et musculaires, de véritablespièces osseuses réunies par des articulations. Parmi ces os, Velpeau crut surtout reconnaître la clavicule, l'omoplate et une portion de l'humérus. (Voy. plus haut, Inclusions rectales).
Éléphant iasis du scrotum.
L'éléphantiasis du scrotum est une affection caractérisée par le dé-
(1) Curling, loe. cil., p. G07.
(2) Dull. de VAcad. de méd., t. IV, p. 598, et Leçoixs de clinique chirurg., t. lU, p. 198. l'uris, 1841.
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veloppement énorme du scrotum, avec hypertrophie considérable des éléments qui entrent dans la composition de cet organe.
Il est extrêmement rare que les chirurgiens aient l'occasion de . rencontrer en France des affections de ce genre; parmi les faits observés chez nous, la plupart l'ont été chez des sujets étrangers à notre pays; néanmoins, d'après Delpech (1), cette affection s6 rencontrerait quelquefois dans le Roussillon. Ri gai (de Gaillac) en a observé quelques cas dans le Midi; Imbert (de Lonnes) a opéré le ministre delà première république, Lacroix, pour une tumeur énorme du scrotum, qui était probablement un éléphantiasis.
L'éléphantiasis, au contraire, serait assez fréquent dans les pays qui se rapprochent des tropiques; il se rencontre assez souvent aux Barbades, au Bengale. Peixoto (2) a communiqué à l'Académie de médecine plusieurs cas observés au Brésil; Clot-Bey a vu assez fréquemment cette affection en Egypte : il a publié sur ce sujet un mémoire très intéressant, présenté à la Société de chirurgie (3), lequel a été l'objet d'un rapport des plus remarquables de M. H. Larrey (4). C'est h ce dernier travail que nous empruntons les principaux traits relatifs à cette maladie. Voillemier en a étudié une il y a quelques années, il avait pratiqué l'opération avec succès. . Anatomie et physiologie pathologique. — La peau, dans les premiers temps, n'est pas modifiée; elle semble tout au plus s'amincir par distension; bientôt elle se durcit, devient épaisse, rugueuse. Chez un malade opéré par Delpech, elle avait la consistance d'un cuir demi tanné de trois pouces d'épaisseur dans le point correspondant au prépuce; à mesure qu'elle augmente d'épaisseur et de consistance, elle devient plus inextensible, surtout à la partie inférieure; en même temps l'épiderme s'épaissit, s'écaille en devenant adhérent au derme. La texture du derme finit par disparaître, et en s'hypertrophiant ce tissu devient homogène, de couleur blanchâtre, d'une consistance comme lardacée, comparable au squirrhe sans apparence ou trace de fibres; dans l'épaisseur du derme se trouvent des vacuoles, des espèces de kystes renfermant une quantité variable de sérosité. • Le tissu cellulaire sous-cutané est également hypertrophié; ses lames sont d'autant plus épaisses et d'autant plus denses que l'on se rapproche davantage du derme; elles se cloisonnent et forment des cavités cellulo-fibreuses, remplies d'une sérosité fluide, albumineuse ou gélaliniforme. Dans quelques points on trouve des noyaux beaucoup plus durs, d'apparence squirrheuse, qui ne tardent pas à s'isoler et à
(1) Chirurgie clinique de Montpellier, t. II, 1828.
(2) Mém. de l'Acad. de méd., t. XIX, p. 10. Paris, 1855. ' (3) Mém, de la Soc. de chir., t. IV, p. 519.
(4) Ihid., t. IV, p. 547.
590 AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE L'hOMME.
former au milieu de la masse morbide des tumeurs distinctes de volume variable. ' '
1 Les autres couches qui constituent les bourses sont également l
I hypertrophiées. Delpcch a vu les crémasters plus charnus qu'à Téta ^
normal ; les tun.ques vaginales sont distendues, contiennent presque m
toujours une certaine quantité de sérosité; souvent on y rencontre k une matière semi-fluide, gélaliniforme, coagulable par la chaleur
L'altération desganglions etdesvaisseauxlymphaliquesaéléobservée chez quelques malades; mais elle n'est pas assez constante pour iustiRer cette opinion qui consiste à regarder cette affection comme déterminée par une maladie des vaisseaux lymphatiques.
Le cordon, les testicules sont souvent sains et situés' à la partie su- <m périeure de la tumeur, dans le voisinage des anneaux. Chez quelque* ® sujets, ils sont atrophiés ou hypertrophiés; chez d'autres, ils renferment de véritables kystes.
Le pénis participe souvent à l'hypertrophie des bourses, quelquefois il est complètement englobé par la tumeur.
Symptomatologie. - Quelques auteurs ont signalé quelques accidents prodroraïques avant l'apparition de la tumeur. Ces accidents «ont, comme Alard et Godard l'ont dit, des poussées d'érvsipèle Les malades éprouvent de la Hèvre, de l'inappétence, de la soif delà douleur au scrotum, puis le gonflement survient et augmente progressivement à mesure que les accès de fièvre sont plus rapprochés et plus intenses. La maladie débute quelquefois par le prépuce (Delpech), gagne toute la peau de la verge avant d'envahir les boursesquelquefois elle commence par le pénis oupar un point quelconque du scrotum. Le gonflement est généralement accompagné à son début d'une réaction inflammatoire assez vive; bientôt la réaction cesse mais l'engorgement persiste. Cet état reste rarement stationnaire; le plus souvent la tuméfaction fait des progrès incessants, tantôt lents, tantôt rapides. L'éléphantiasis peut acquérir des dimensions énormes' descendre jusqu'aux genoux, jusqu'aux mollets, et même jusqu'aux talons ; il n'est pas rare de voir des tumeurs du poids de 20 à 25 kilogrammes. Les annales de la science renferment un assez grand nombre de faits où l'on a observé des tumeurs plus volumineuses. On lira dans le rapport de M. H. Larrey plusieurs cas extrêmement intéressants; il y rapporte l'histoire de ce malade qui se promenait avec sa tumeur et s'en servait pour ainsi dire comme d'un escabeau lorsqu'il était fatigué, et prolongeait assez longtemps cette altitude sans éprouver ni douleur ni malaise. En s'asseyant de la sorte il calmait quelques légers tiraillements, seuls symptômes, du reste, dont il se plaignait.
La peau du pénis, entraînée en bas par le poids de la tumeur et la distension du scrotum, présente une disposition des plus singulières,
ÉLÉPUANTIASIS DU SCROTUM. 591
>le fourreau de la verge est retourné sur lui-môme de manière à former au canal de l'urèthre un prolongement quelquefois de 25 centimètres.
nouveau méat est placé sur la partie moyenne ou inférieure de la jitumeur ; il a chez certains sujets la forme de l'ombilic, chez d'autres nielle d'une vulve étroite. L'urine n'est plus projetée à distance, elle iBuinteou coule en nappe par celle espèce de canal. L'épaississement des téguments empêche l'irrilation que causerait le contact de l'urine; fchez quelques sujets cependant l'action du liquide sur la peau déter- Binine des excoriations très douloureuses. La peau des régions puibiennes, inguino-crurale, ano-périnéale, est déplacée par le fait du Èléveloppement de la tumeur, dont elle forme l'enveloppe tégumenataire.
La tumeur est arrondie ou ovoïde, souvent bilobée dans le sens veridcal, c'est-à-dire selon la direction de la cloison des bourses; elle est Bupportée sur un pédicule plus ou moins large ; sa coloration est vairiable, elle est parsemée de mamelons plus ou moins foncés, de çquames, de croûtes, au-dessous desquels se trouvent de petits ihlcères.
..La tumeur est molle au début, peu à peu elle augmente de consisatance, mais d'une manière irrégulière; car, dans certains points, elle Idonne la sensation d'une fausse fluctuation, tandis que dans d'autres ielle offre une dureté considérable. Les désirs vénériens sont généffalement conservés.
Les symptômes généraux sont à peu près nuls; chez quelques maalades on observe des accès de fièvre plus ou moins intenses, plus ou nnoins irréguliers, et coïncidant presque toujours avec une augmentaition de volume de la tumeur.
Le DIAGNOSTIC de l'éléphantiasis des bourses est en général extrêamement facile; peut-être à la rigueur pourrait-on confondre l'œdème Mu scrotum avec un éléphantiasis commençant, mais la marche de la ■maladie, son mode de développement ne peuvent laisser longtemps le «praticien dans le doute. Nous ne croyons pas qu'il soit possible de «prendre un éléphantiasis pour une tunieur du testicule ou du cordon fspermatique.
Pronostic. — Cette affection est sans gravité pour la santé générale; limais elle ne disparaît presque jamais spontanément ou par l'action des ■médicaments ; elle reste rarement stationnaire, finit au contraire, par ele développement que peut prendre la tumeur, par apporter une gêne «telle que l'on est obligé de recourir à une opération, dont les suites «peuvent être des plus graves. D'un autre côté, on voit souvent survenir lldes ulcérations qui ont pour la santé des conséquences fort sérieuses; «on peut donc dire que l'éléphantiasis du scrotum est grave.
Traitement, — La thérapeutique de l'éléphantiasis du scrotum est
à peu près nulle. Peut-ôlro le changement de climat pourrail-ii arrôler dans sa marche une tumeur commençante. Les antiphlogisliques, les sudorifiques, les préparations iodées ou iodurées, les merciiriaux, les purgatifs, les vomitifs, les préparations arsenicales, les vésicatoires, les cautérisations, les topiques les plus variés, et forl'souvent les plus bizarres, ont été conseillés, mais presque toujours sans avantage appréciable. Peut-être la compression, le repos dans la position horizontale, sont- ils appelés à de meilleurs résultats; mais jus- j, qu'à présent cette méthode n'a pas eu l'occasion d'être appliquée 0| assez souvent pour qu'elle puisse être recommandée comme efficace, di; A la vérité, on a obtenu quelques cas de guérison, même déOnitive, à » l'aide de la combinaison d'un certain nombre de ces derniers moyens- m mais les succès ont été assez rares pour qu'on ne puisse rien formuler Id sur leur valeur. F
Les ponctions et les scarifications amènent quelquefois la diminution de la tumeur, y procurent l'évacuation d'une certaine quantité de sérosité; peut-être des sétons pourraient-ils avoir de bons résultats. Larrey a obtenu un peu de diminution chez un vieillard qu'il eut à soigner au Caire : un large séton entretenait un écoulement continuel de sérosité.
V extirpation est la seule ressource, lorsque la tumeur par son développement excessif constitue une pénible et hideuse infirmité.
Quoique cette opération ait été pratiquée bien avant Larrey, c'est à ce chirurgien que revient l'honneur d'en avoir posé l'indication formelle. Depuis le commencement de ce siècle, elle a été faite un assez grand nombre de fois; plusieurs praticiens même ont souvent répété cette opération.
En pratiquant celte opération, à laquelle on a donné le nom à'oschéotomie, le chirurgien a un double but : 1° de débarrasser le malade de la masse morbide qu'il traîne avec lui; 2° de garantir, s'il est possible, les organes virils presque toujours intacts au milieu des dégénérescences les plus avancées. i
Il est difficile de tracer des règles applicables, nous ne dirons pas à i tous les cas, mais à la plupart des cas d'éléphanliasis; le volume de la / tumeur, l'état du pénis, la position du testicule, l'intégrité d'un des f côtés du scrotum, sont autant de circonstances qui doivent modifier le manuel opératoire : toutefois, on peut dire d'une manière générale ; qu'il faut pratiquer l'extirpation de tous les tissus hypertrophiés, indurés; il faut en outre se ménager vers le pédicule de la tumeur, ou sur les côtés, une quantité de peau assez saine, assez souple, pour servir de fourreau à la verge et d'enveloppe aux testicules. Le chirurgien aura la soin de faire ses incisions parallèles aux cordons spermatiques, afin d'éviter la lésion de ces organes. Esdaile conseille de tenir la