‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 3)Chapitre 135 sur 213 · X. — Cancer de l'utérus · texte numérisé non relu

X. — Cancer de l'utérus

L'utérus est, avec la mamelle, un des organes le plus fréquemment uiïectés de cancer.

Anatomie pathologique. — Le cancer utérin constitue un groupe d'états morbides complexes, sur la nature desquels les idées admises jusqu'ici ont été singulièrement modifiées par l'étude microscopique dont ils ont été l'objet depuis une vingtaine d'années. — Autrefois on se contentait de dire que toutes les formes de cancer s'observaient à l'utérus, que les plus communes étaient l'encéphaloïde et le squirrhe, et que le cancer colloïde et le cancer épithélial étaient beaucoup moins fréquents. — II n'en est plus de môme aujourd'hui.

Depuis les résumés statistiques et études histologiques sur ce sujet, faits en commun par Becquerel et Luys (1), de très nombreux travaux ont été produits. — Lebert considérait \q cancer vrai comme bien plus fréquent que le cancroïde (39 fois sur 45); avec Clark et Gooch, au contraire, Gornil, Rlob, Forster, regardent V épithéliome comme la forme usuelle — épithéliome pavimenteux, épithéliome cylindrique — (4 fois sur 5 environ). En 1863, Gornil lisait un mémoire sur les productions liétéradéniques du col utérin à la Société de biologie (2), et un an plus tard il publiait un travail très étendu sur les tumeurs épithéliales du col de l'utérus (3); même avant Thiersch, cet anatomo-pathologiste français, en étudiant le développement des tumeurs utérines, a pu suivre les transformations qui se passent dans les glandes du col utérin^ lors du développement de l'épilhéliome de cet organe, et décrire Vépithéliome glandulaire, forme des plus malignes qui se généralise avec une grande rapidité.

Veit (4) a écrit avec G. Ruge un travail sur l'origine du cancer du

(1) Becquerel, Traité des malad. de l'utérus, 1859.

(2) Gornil, in Comptes rendus de cette Société, 1863, p. 182.

(3) Gornil et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, p. 262 et suiv.;— et Gornil, Mémoire sur la production des tumeurs épithéliales dans les nerfs, in Journal d'anatomie, etc., 1864-, p. 1!I6.

{i) Veit, in Berliner Klin. Woch., 10 oct. 1881.

col utérin. Selon ces auteurs, il débute soit pur le tissu muqueux, on a alors le cancer sarcomateux ou alvéolaire, soit par les glandes du col, cancer glandulaire, c'est l'épithéliome.

Nous n'avons pas à passer en revue ici les caractères anaioniiques de ces difi'érentes espèces de cancer, ces détails sont exposés dans les généralités; nous nous contenterons de signaler les particularités que ces dégénérescences afiectent dans le tissu de l'utérus et les désordres qu'elles provoquent du côté de la matrice et des organes voisins.

L'anatoniie p;ithologique nous présente trois formes principales : le cancer vrai ou ccurinome, avec ses deux périodes, état tubéreux, étal ulcéré ; Vépithéliome végétant le plus souvent et débutant par la muqueuse (excroissance en chou-lleur, Clark, Gooch); le sarcome. — R. Simpson (1), après Virchow et Gusserow (2), a publié un travail sur le sarcome de Vutérus (cellules, substance intercellulaire, grand nombre de vaisseaux), dans lequel les quatre observations qu'il publie conflrment ce que la plupart des pathologisles avaient admis, à savoir : que le- sarcome, qui se développe surtout aux dépens de la muqueuse du corps de l'utérus, est une affection à issue toujours fatale, un peu moins rapidement que le carcinome vrai. — G. Tbomas (3) distingue également le sarcome du cancer, et West (4) décrit comme fibro-sarcomes ou fibroïdes récurrents une sorte de tumeurs fibreuses ramollies et infiltrées de noyaux, récidivant après leur ablation et se généralisant. Raymond (5) a publié un cas qui montre à quel point peut se faire cette généralisation. — Toutes ces divisions ne nous paraissent pas devoir offrir d'intérêt clinique, car il est impossible de les reconnaître au lit du malade : ce qui est constaté est cette Irinilé pathologique, induration, infiltration, ulcération, qui se rencontre toujours, quelle que soit la forme du néoplasme.

On trouvera dans le livre 111 {Des dégénérescences et des hémorrhagies de Vutérus) du traité de Demarquay et 0. Saint-Vel une étude histologique des différents cancers de la matrice faite par Chouppe et résumant très bien cette question en ce qui concerne la micrographie.

Le cancer de l'utérus se montre d'abord, dans l'immense majorité des cas, au col. Le cancer primitif du corps de l'utérus est excessivement rare : il peut cependant attaquer primitivement cet organe, à l'exclusion du col, qui reste même sain jusqu'à la fln ; mais il forme un

(1) R. Simpson, in Edinbnrgh Mecl. Journ., jaiiv. 1876.

(2) Gusserow, Du sarcome utérin, in Arch. fur GynœcoL, 1870, et Die Neubildungeu der Utérus (Traité des tumeurs de l'utérus), p. 14.1. Stutlgard, 1878.

(3) Gaillard Tiiomas, Traité clinique des maladies des femmes, trad. de Soutaiid, Paris, 187'J, p. 484.

(i) Ch. West. Leçons, etc., traduct. de Ch. Mauriac, p. 385. (5) Raymond, in Progrès médic, 10 sept. 1881.

TUMEUHS Ut L'UTKRL'S. — CAKCRll. 813

type clinique tout à fait particulier. — Dans une statistique de 100 cas de cancer de l'utérus, sans distinction du segment, il s'en rencontre environ 6, limités au corps seulement (Picliot) (1). — Plus récemment trois cas de cancer du corps sans altération du col ont été publiés par Malhews Duncan, Robert Barnes et Godson (2), et plus récemment encore G. Iluge et J. Veit (3) ont publié un mémoire sur le cancer utérin, dont la première partie est consacrée à l'histoire du carcinome primitif du corps et rédigée d'après 43 cas. Il a constamment son point de départ dans la muqueuse, oii il reste la plupart du temps limité, de sorte que la présence de noyaux cancéreux dans l'épaisseur de la paroi utérine est un fait rare.

Si l'on trouve assez souvent le corps de l'utérus envahi par la dégénérescence, ce n'est donc que consécutivement. Dans quelques cas, le cancer débute par la partie supérieure du vagin et gagne, par voie de propagation, le tissu du col et celui de l'utérus.

Au début, avant que le cancer soit ulcéré, le col a déjà subi des altérations : il est augmenté de volume; sa surface est inégale, bosselée, dure dans certains points, molle dans d'autres. Si la malade succombe à cette période, le tissu dégénéré du col est, à la coupe, d'un blanc brillant ou rosé, fibreux, filamenteux dans certains points^ mou ^et pulpeux ailleurs.

A une période plus avancée, les fibres propres du col utérin ont disparu et sont remplacées par des ulcérations plus ou moins profondes, qui se couvrent de végétations saignant au moindre contact. Peu à peu la dégénérescence marche en profondeur, l'ulcération devient anfractueuse et se prolonge jusque dans le tissu de la matrice; les bords en sont épais, durs, calleux, recouverts de granulations rouges et violettes ; cetle surface ulcérée, irrégulière, est tapissée d'une couche pulpeuse grisâtre qui prend une couleur chocolat lorsque le sang s'infiltre dans son épaisseur.

Au bout d'un certain temps, on voit la dégénérescence envahir les tissus circonvoisins; elle atteint les parois du vagin, le rectum et la vessie : ces deux derniers organes peuvent communiquer alors avec le vagin, et l'utérus lui-même est détruit par les progrès du mal.

En même temps que l'élément cancéreux creuse le tissu utérin, on voit se développer sur la surface du col de nouvelles bosselures. Tantôt périphériques, ce sont des saillies lobulaires, inégales et dures ; tantôt du fond de l'ulcère s elève un énorme champignon, mou, pulpeux,

(1) Pichot, Elude clinique sur le cancer du corps et de la cavité de l'utérus, llièsc inaug. Paris, 1876.

(2) Godson, in London Obstelric, 1879, vol. XX, p. 27, 28, 29.

(3) Yeit, in Zeilschr. fur Geburls und Gynœli., Band VI, llelt 2, el M. Vil, II. i, 188'2.

friable, remplissant la partie supérieure du vagin. — Chez quelques malades, la cavité utérine se remplit de tissu néoplasique développé sur le fond de l'organe ; chez d'autres, enfin, on trouve des masses que Lebert (1) désigne improprement sous le nom de tumeurs papillaires, de consistance intermédiaire, et qui, au lieu de lobules, présententde petites saillies ayant quelques millimètres de longueur : ces tumeurs ne s'ulcèrent pas profondément et se détachent quolquefois par fragments assez volumineux. — Ou bien le corps de l'utérus conserve son volume, malgré une destruction fort étendue du col; ou bien il y a augmentation considérable de cet organe, dont le tissu est souvent ramolli et facile à déchirer. La cavité utérine est élargie, remplie d'une bouillie jaune verdàtre, couleur chocolat; on trouve quelquefois de petits foyers purulents disséminés dans l'épaisseur du tissu utérin.

Le vagin est diminué de longueur; sa membrane muqueuse est épaissie, ramollie, d'un rouge foncé ou d'un blanc jaunâtre; elle est ulcérée autour du col. Ce travail de désorganisation peut même s'étendre à toute la longueur du canal.

La vessie est quelquefois plus petite qu'à l'état normal ; sa muqueuse, ramollie et d'un rouge violet, accuse un certain degré de cystite; elle est assez souvent envahie par le cancer. De môme pour le rectum, qui, englobé dans les niasses néoplasiques, fusionne avec tous les organes contenus dans le petit bassin. Cette dernière disposition ne s'observe que lorsque, la maladie est arrivée à une période très avancée.

Les ganglions lymphatiques participent souvent à l'altération; les premiers pris sont ceux qui avoisinent l'utérus; de là la maladie se propage très loin dans le bassin, sur les côtés de la colonne vertébrale, en longeant les gros vaisseaux, principalement les veines. Lorsque le cancer envahit le vagin, les ganglions inguinaux participent à la dégénérescence.

Il est enfin assez fréquent de trouver des masses cancéreuses dans d'autres points de l'économie (foie, ganglions mésentériques, poumons, reins); très rarement se rencontrent simultanément le fibrome et le cancer : bien des exemples publiés sous ce titre n'ont été que le résultat de recherches histologiques mal conduites. Nicaise cependant semble en avoir rencontré un fait bien authentique (2).

Symptomatologie. — 1" Dn des premiers symptômes est V irrégularité de la menstruation; les malades éprouvent des pertes sanguines en dehors des époques normales; elles ressentent des douleurs vagues à l'hypogastre, à la base du sacrum, et elles accusent un sentiment de

(1) Lebert, Trailé des a/l'eclions cancéreuses, p. 2!24.

(2; Nicaise, Coïncidence rare de deux tumeurs fibreuses du corps de l'ulérus et d'un cancer végétant du col, in Gaz. des liôpil., 1881, n° 128.

TUMEURS DE l'UTÉRUS.

Page 1