‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 3)Chapitre 164 sur 213 · VI · texte numérisé non relu

VI

l'hôpital de la Pitié, que Velpeau a signalé les parlicularités les plus intéressantes de celte affection et en a fait connaître exactement le siège et la nature; l'année suivante, Poulain (1) publiait, d'après les leçons de Velpeau, un très intéressant mémoire. Quelques années après, Velpeau, dans ses Leçons cliniques (2), trace l'histoire de cette affection, dont Miclion(3) devait bientôt donner la description la plus complète.

L'affection que nous décrivons dans ce paragraphe ne se manifeste pas seulement à l'avant-bras, on l'observe à la jambe, sur le cou-depied, derrière les malléoles, sur le trajet du tendon du muscle extenseur propre du gros orteil. Poulain a rapporté une observation de crépitation douloureuse ayant son siège dans la gaine du tendon de la longue portion du muscle biceps brachial; mais comme on la rencontre surtout à l'avant-bras et au poignet, nous avons cru devoir la placer parmi les affections du membre supérieur.

Dans la plupart des cas qui ont été observés, la maladie s'est montrée sur le trajet de la gaine des muscles radiaux, court extenseur et long abducteur du pouce, beaucoup plus rarement à la rencontre autour des tendons extenseurs et fléchisseurs des doigts. Deux fois Velpeau a vu cette inflammation se propager aux gaines tendineuses jusqu'au niveau des phalanges. C'est donc principalement à la partie externe et postérieure de Tavant-bras que cette affection se montre le plus souvent. D'après les recherches de M. Larger, la lésion existerait souvent dans une bourse séreuse non décrite qui existe entre le radius et la gaine des radiaux (4).

L'aï s'observe principalement à la suite d'actions qui ont exigé une forte pronation ou une flexion souvent répétée du poignet; les blanchisseuses et les cochers y sont exposés. Nous l'avons vu survenir chez un marchand de vins qui avait roulé et rangé des futailles pleines; chez un papetier qui, n'en ayant pas l'habitude, avait battu des livres pendant tout un jour : chez tous deux il était survenu une inflammation de la gaine des deux radiaux. Il est rare de voir cette affection se montrer à la suite de violences extérieures ; mais alors il s'agit d'un épanchement de sang dans la gaine; souvent il est impossible d'en connaître la cause.

Lés malades accusent dès le début une douleur assez vive s'exaspérantparla pression, par les mouvements actifs ou communiqués des tendons dont les gaines sont malades. Peu à peu les souffrances disparaissent; elles n'existent plus dans l'état de repos et ne se manifestent

(1) Poulain, Gazette médicale, 1835.

(2) Velpeau, Leçons orales de clinique chirurgicale. Paris, 1841, t. V, i>. O-i.

(3) Miciion, Des tumeurs synouiales de la partie inférieure de l'avant-bras, elc thèse de concours de clinique cliirurgicale, 1851.

(4) Larger, Butlet. el Mém. de la Soc. de cliir., 1882, i). 100.

que par le mouvement. La température de la région malade n'est pas modifiée ; il est même assez rare de constater de la rougeur ; lorsque celle-ci existe, elle disparaît sous la pression du doigt. On observe une tuméfaction peu considérable, mais constante, dans la direction des gaines affectées.

Le signe pathognomonique de celte afiection est une espèce de crépitation qui a été comparée avec beaucoup de justesse ■ au bruit que fait l'amidon que l'on froisse entre ses doigts, ou la neige gelée qu'on écrase sous les pieds. Si cette crépitation présente des variétés quant à son étendue, à sa direction, à son intensité, il n'en est pas moins vrai qu'elle conserve toujours le môme caractère. On peut la constater par la pression, ou mieux en faisant étendre et fléchir le poignet ou le segment de membre mobilisé par le muscle dont la gaine est prise.

L'aï semble ne devoir être confondu avec une autre affection. Cependant on a pu croire à l'existence d'une fracture du radius ; nous avons déjà dit que Desault conseillait de se mettre en garde contre cette espèce d'erreur. El en 1818, Velpeau a vu à Tours un malade qui portait depuis trois jours un appareil de fracture de l'avanl-bras et chez lequel il n'existait autre chose qu'une crépitation douloureuse des tendons. La même erreur a été observée par Wallace, de Dublin (1). Nous n'avons pas à insister sur les caractères différentiels de ces deux affections; il suffit d'être prévenu pour qu'une erreur ne puisse être commise.

Celle affection n'offre aucune gravité; presque toujours elle se termine par résolution. On a vu cependant, par suite d'une prédisposition individuelle, par le fait d'un traitement mal dirigé, la maladie se prolonger indéfiniment et se terminer par un abcès, ce qui est très rare, ou par la dégénérescence fongueuse des coulisses synoviales.

Abandonné à lui-même, l'aï disparaît souvent spontanément. Quand la douleur et le gonflement se montrent avec un caractère d'acuité notable, on prescrit le repos et la compression de l'avant-bras. C'est le traitement le plus long. Si la douleur est vive, la peau chaude, le gonflement considérable, on pose quelques sangsues sur le trajet des gaines enflammées. Lorsque enfin la maladie est passée à l'état chronique, il devient utile d'appliquer quelques vésicatoires volants, des pointes de feu surtout. C'est le trailemenl le plus court.

Quelquefois il reste après la guérison une raideur dans les mouvements de pronation et de supination, dans ceux de flexion et d'extension de l'articulation du poignet. On prescrit alors des bains émollients, des douches de vapeur, et l'on communique chaque jour au membre des mouvements dont toutes les fois on augmente l'étendue. Mais,

(1) Tlie Lancel, i83G-J837, l. 11, p. 104.

'■^80 AFFECTIONS DES MEMBRES SUl'ÉIlIliURS.

quand on a appliqué deux ou trois fois des pointes de feu, le mal guérit sans cela. La compression ouatée peut être employée, mais elle guérit le mal moins vite.

ARTICLE IV

Page 1