CORPS ÉTBANGERS DE LA VESSIE
Pronostic. H est extrêmement grave, presque tous les cas où cette
lésion a été observée se sont terminés par la mort. Symes a observé un cas de guérison. Un jeune homme fit une chute sur un morceau de bois et éprouva une douleur abdominale extrêmement vive; immédiatement après l'accident le ventre devint volumineux ; une sonde, introduite dans la vessie, donna passage à environ 125 grammes d'urine sanglante. Syme diagnostiqua une rupture de vessie. Le lendemain, il se développa une matité considérable dans la région abdominale, et la iluctuation devint évidente; le chirurgien pratiqua, sur la ligne blanche, une incision qui donna issue à un liquide manifestement urineux, dont l'évacuation soulagea le malade; le doigt, introduit par la plaie, sentit une déchirure dans la partie de la vessie non recouverte par le péritoine. Un mois après l'accident, le malade urinait par l'urèthre et en six semaines il était guéri (1).
Dans un cas d'infiltration urineuse enkystée, M. Denonvilliers fut assez heureux pour faire pénétrer une sonde dans la poche accidentelle, et, en l'y laissant à demeure, il obtint la guérison de son malade (2).
Traitement. — Le traitement présente trois indications principales : 1° empêcher l'infiltration urineuse ou, au moins, en diminuer l'étendue ; 2° combattre les accidents locaux d'inflammation ; 3° si une infiltration existe, donner, si cela est possible, issue à l'urine.
Pour empêcher l'épanchement ou l'infiltration urineuse de devenir plus considérable, on placera dans la vessie une sonde à demeure, et bien que ce moyen ne donne pas toujours les résultats qu'on pourrait en attendre, vu l'extrême tendance du liquide à passer par la solution de continuité, il n'en faut pas moins l'appliquer, puisque seul il peut permettre d'arrêter la migration de l'urine. En outre, la sonde peut pénétrer dans une poche extra-vésicale et permettre, après l'avoir vidée, de faire des lavages. Thop, cité par Bartels, a obtenu une guérison en quatorze jours. On combattra les accidents inflammatoires à l'aide d'antiphlogisliques, mais il faut ne pas hésiter à employer l'opium à hautes doses.
Enfin on remplira la troisième indication à l'aide d'incisions qui permettront à l'urine de s'écouler au dehors.— Symes, dans un cas de rupture avec infiltration extra-vésicale, incisa largement sur la ligne blanche; le malade guérit en quatorze jours.
Lorsque l'épanchement est intra-péritonéal, la mort est fatale, aussi ne doit-on pas hésiter à suivre la conduite de Walter, de Pittiburg; après avoir vidé la vessie du peu d'urine qu'elle contenait, ce chirur-
(1) TheLancel, 1848, t. 1, p,287.
(2) Houël, Thèse citée, p. 76.
AFFECTIONS DE L'apPAHEIL URJNAIRE.
gien lit une incision médiane, lava le péritoine à l'aide d'épongés souples, referma hermétiquement la plaie et plaça une sonde à demeure dans la vessie. Au bout d'une semaine la plaie était fermée; on enleva la sonde la troisième semaine, et on sonda le malade toutes les quatre heures ; la guérison était complète au bout d'un mois.
Dans un autre cas, on fit la suture de la plaie de la vessie, mais le résultat ne fut pas heureux, la mort survint au bout de cinquante heures, l'insuccès peut être attribué à ce que l'intervenlion n'eût lieu que tardivement, trente-deux heures après l'accident (A. Willet, 1876).