‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 3)Chapitre 173 sur 213 · VICES DE CONFORMATION DES DOIGTS · texte numérisé non relu

VICES DE CONFORMATION DES DOIGTS

«nnulaire, au moyen d'une incision médiane f;t palmaire parlant de la paume de la main, à une ligne et demie au delà du pli de la première phalange, ets'arrôtant en bas aux condns de la cloison. Deux autres petites incisions perpendicidaires à la première circonscrivirent ce lambeau, analogue au lambeau dorsal, de telle sorte qu'il ne resta plus qu'à diviser quelques brides cellulaires pour détruire les rapports qui avaient uni les deux doigts depuis la naissance.

Restait à enter les téguments détachés et flottants sur la surface où l'on voulait les iixer. On commença par le doigt annulaire, dont toute la face interne fut recouverte; il s'en fallait néanmoins d'une ligne que le vide fût comblé, surtout au niveau des articulations. Le lambeau, tel qu'il était, fut fixé avec des bandelettes agglutinalives. Les téguments empruntés à la face palmaire de l'annulaire recouvrirent au contraire toute la plaie du petit doigt; ce lambeau fut fixé par trois points de suture entortillée faite avec de petites épingles et un fd double. Un point de suture ordinaire fut appliqué sur la commissure.

On procédadiiféremmentpour l'index et le médius; afin de ménager la pulpe du premier, on fit l'incision sur sa face dorsale, et l'incision •opposée porta sur la face palmaire du médius; on y ajouta les petites incisions perpendiculaires pour former les deux lambeaux, qui furent isolés, enroulés et fixés comme précédemment. Ici encore il s'en manqua d'une ligne que la solution de continuité ne fût recouverte. Deux points de suture furent pratiqués sur la commissure.

Dix-huit jours après, toutes ces plaies étaient comblées et rempla-, cées par des cicatrices linéaires.

Deux mois plus tard on opéra avec le même succès la réunion du médius et de l'annulaire.

Ce procédé est difficile, la dissection est laborieuse et très douloureuse, surtout àla facepalmaire, ce qui nécessite l'emploi de l'anesthésie. Il importe de ne pas tropamincir lelambeau et de faire comprimer par un aide les artères radiale et cubitale, afin que l'écoulement du sang ne gêne pas la dissection et ne masque pas les parties qu'il importe de ménager.

Cette méthode compte déjà plusieurs succès ; c'est peut-être celle qui, avec la réunion immédiate, doit être préférée. ; 2° Cautérisation. — Ce procépé appartient à Fabrice de Hilden ; il prépare un fil caustique avec de la lessive de chaux et une huile âcre, et l'applique ensuite sous forme d'anse dans l'interstice des doigts qu'il veut séparer; la concavité de l'anse porte sur l'éperon que forme la membrane interdigitale, et les deux extrémités du fil sont fixées sur un anneau passé autour du poignet; il détruit ainsi toute la membrane, de l'extrémité des doigts vers le métacarpe.

3" Compression. — La destruction du pli interdigilal par la compression a élé exécutée avec succès par M. Maisonneuve. La compression est faite à l'aide de deux tiges d'argent prismatiques, triangulaires, maintenues rapprochées à l'aide de deux vis placées aux extrémités de ces tiges. Un des angles de la tige métallique est placé sur la face dorsale, un angle de l'autre tige sur la face palmaire ; les deux vis de rappel rapprochent graduellement les agents de compression, et les tissus ne tardent pas à être mortifiés. 11 va sans dire que les deux vis doiventnécessairement traverser les parties molles ; la vis inférieure doit être placée dans le point où l'on veut établir la future commissure. Chez le malade sur lequel ce procédé fut appliqué, lorsque les pinces tombèrent, il y avait sur les côtés des doigts de très étroites cicatrices linéaires sans eschare interdigitale; on voyait seulement un peu de suppuration au niveau delà vis commissurale ; les doigts étaient parfaitement libres : au bout de deux ans la guérison ne s'était pas démentie.

4° Ligature. — Ce procédé appartient à Rremer ; elle diffère à peine du procédé de cautérisation de Fabrice de Hilden; seulement il se sert d'un fil de plomb au lieu d'un fil caustique. La ligature appliquée par le môme auteur, de haut en bas, c'est-à-dire avec un fil de plomb passé dans une ouverture faite à l'extrémité métacarpienne de la palme et noué sur l'éperon interdigilal, n'a pas eu de succès; la récidive se reproduisait à mesure que la palme était coupée.

5° Excision de la cicatrice. — Ce procédé doit être appliqué, on le conçoit, aux adhérences accidentelles; il peut donner d'excellents résultats, lorsque, après avoir enlevé tout le tissu inodulaire, on peut rapprocher et mettre en contact parfait les téguments des doigts.

6° Lorsqu'il existe une mutilation extrêmement complexe, c'est-àdire lorsque la main forme un moignon informe absolument inutile, M. Verneuil s'est demandé s'il ne serait pas permis de sacrifier un doigt pour avoir plus d'étolfe pour en fournir un de chaque côté. La peau du doigt désarticulée reportée par le procédé de Didot sur les deux doigts voisins servirait à les recouvrir.

Cette méthode a été mise à exécution par M. Courty avec un succès complet (1).

Accidents des opérations. — Il ne faut pas croire que les suites des opérations conseillées contre la .syndactylie soient toujours simples ; l'opération elle-même peut donner lieu à des accidents assez sérieux.

On a vu des hémorrhagies survenir à la suite de la lésion des artères collatérales, mais les chirurgiens ne paraissent pas s'en être vivement préoccupés; la ligature ou la compression de ces vaisseaux suffit le

(1) Montpellier médical, juillet 1858, t. I, p. 143.

Page 1