VICES DE CONFORMATION DIÎS DOIGTS
lambeaux en V dont les exlrémilés tronquées sont réunies par un point (le suture dans l'intervalle digital.
B. Procédé de M. Décès (1). — Les doigts étant successivement écartés les uns des autres par un aide, le chirurgien saisit la membrane unissante dans toute sa longueur entre les mors d'une pince à disséquer placée parallèlement aux doigts réunis. Un bistouri bien tranchant est appliqué sur le bord libre du pli, et, rasant la pince, détache d'abord un doigt jusqu'au niveau de la commissure. Une deuxième incision longitudinale, parallèle à la première, est pratiquée de l'autre côté de la pince et dans la même étendue ; cette double incision permet à chaque doigt de s'écarter, et laisse dans leur intervalle une languette formée de deux surfaces cutanées adossées par leur face profonde, adhérentes à l'angle qui résulte de la séparation des doigts, se continuant l'une avec l'autre au niveau du bord libre du repli palmé et ne présentant aucune ligne de démarcation avec les téguments des faces dorsale et palmaire de la région métacarpienne. En taillant cette languette, on doit lui donner le plus de largeur possible, mais toutefois sans dénuder trop largement les doigts.
Les doigts ainsi séparés reprennent aussitôt toute leur mobilité; on les tient écartés au moyen d'une palette digitiforme convenable, après les avoir entourés d'un linge cératé. Les languettes cutanées interdigitales restent flottantes, et conservent toute leur longueur lorsque les doigts ne sont pas fixés dans la flexion, comme cela arrive à la suite de cicatrices résultant d'une brûlure; si au contraire cette flexion existe, le simple fait du redressement a pour résultat de faire glisser les ponts cicatriciels de l'extrémité libre des doigts vers le métacarpe, de telle sorte qu'ils viennent d'eux-mêmes se placer à l'endroit qu'occupent normalement les commissures, et en s'y soudant amènent la séparation permanente des appendices digitaux à leur racine. Si cette rétraction n'a pas lieu, on déprime la languette interdigitale par une bandelette de diachylon jetée en sautoir sur elle par-dessus un petit tampon de charpie.
Cette opération n'offre pas de difficultés sérieuses; quelques petites artérioles peuvent être ouvertes, on les lie ou on les tord ; les commissures nouvelles se fixent promptement dans leurs nouveaux rapports, les plaies latérales des doigts se cicatrisent par seconde intention au bout d'un temps variable.
Ce procédé est parfaitement conçu ; il a donné à son auteur un très beau succès dans un cas très compliqué, chez un enfant de huit ans, dont la main droite était complètement déformée à la suite d'une brûlure ancienne : les cinq doigts étaient réunis entre eux, et les quatre
(1) Verncuil, Mémoire cité, p. 421.
1020 AFFECTIONS DES MEMBRES SUPÉRIEUItS.
derniers étaienl fléchis sur la paume de la main par des brides très courtes et très fortes.
Velpeaua proposé de réunir par la suture les bords de la plaie qu'il fait à la base de l'espace inlerdigital de la plaie, afin de iormer immédiatement une commissure. Pour cela, il place dans la partie lu plus élevée de la cloison trois ligatures d'attente, une au milieu, une de chaque côté, divise la cloison anormale à deux ou trois lignes des points traversés par les lils, met en cont,act les lèvres de la plaie elles tient unies par trois points de suture; la réunion étant obtenue dans ce poinjt, la cicatrisation isolée de chacun des doigts devient extrêmement facile. Ce procédé est très simple, mais malheureusement il n'est pas toujours possible d'affronter les bords de la solution de continuité.
La réunion immédiate de toute la longueur des lèvres de la plaie des doigts isolés peut également donner des résultats avantageux. Il n'est pas même nécessaire que cette réunion soit complète sur les deux doigts; il suffit qu'il y en ait un complètement cicatrisé, pour que la récidive n'ait pas lieu : ainsi donc ce moyen pourrait amener la guérison même dans les cas oij l'on ne pourrait rapprocher les bords de la plaie de la commissure. Mais il n'est pas toujours facile de rapprocher le bord de la plaie; souvent cela est impossible, même d'un côté seulement, lorsque les doigts sont très rapprochés.
L^n mode d'incision qu'en 484.7 nous avions appliqué avec le plus grand succès sur une petite fille de cinq ans, a été décrit par M. Didot (de Liège) (1). Voici comment M. Didot décrit l'opération qu'il a pratiquée :
L'opération fut faite d'abord sur deux espaces interdigitaux seulement, le premier et le dernier; celui qui séparait le médius de l'annulaire ne fut opéré que plus tard. Cet intervalle du milieu fut ménagé afin de ne pas affaiblir les tissus qui allaient être déplacés.
Voici comment on procéda sur le dernier espace interdigital : Une première incision étendue de l'extrémité du pli palmé jusque vers le milieu du diamètre longitudinal de la première phalange fut pratiquée sur le milieu de la face dorsale du petit doigt. Des extrémités de cette première incision on fît partir perpendiculairement deux autres incisions plus petites : l'une supérieure, qui se prolongeait jusqu'ai: côté interne de l'annulaire; l'autre, partie du sommet de la cloison interdigitale, se rendait aussi vers l'annulaire et avivait le bord libre de la membrane anormale. Le petit doigt fut disséqué vers l'annulaire, on laissa à ce lambeau toute l'épaisseur possible. On forma un lambeau semblable, mais en sens inverse, sur la face palmaire du doigt
(l) Bulletin de l'Académie de médecine de Bruxelles, t. IX, avril 1850.