ONGLE INCARNÉ
pour combattre celte maladie; loin de nous le dessein de tous les décrire et même de les mentionner, nous nous contenterons de signaler seulement les plus importants. Quoi qu'il en soit, ils peuvent se ranger dans trois méthodes principales :
1° Soulever la lame cornée et empêcher ses bords d'irriter les parties molles ;
2" Détruire Tongle en totalité ou du moins en partie ;
3° Détruire les i'ongosités et les parties molles qui dans la marche viennent appuyer sur les bords de l'ongle.
a. Redi^essement de l'ongle. — Cette méthode compte plusieurs procédés : dans les uns, on se contente d'interposer un corps étranger tel que de la charpie, du coton, de l'amadou ou du caoutchouc entre l'ongle et les parties molles; dans les autres, on détruit l'ongle à sa partie moyenne, afin d'en diminuer la largeur : c'est à cette dernière qu'appartiennent les procédés de Dionis, qui raclait le milieu de l'ongle avec un grattoir, le divisait ainsi en deux parties qu'il poussait l'une contre l'autre. Afin de rapprocher plus énergiquement les deuxmoitiés, de Lafaye perce chacune d'elles d'un petit trou, y passe un fil métallique qu'il serre en le tordant comme une ligature.
Desault prenait une petite lame de fer-blanc très mince, longue de i centimètres et d'un centimètre de large, et introduisait son extrémité légèrement recourbée entre l'ongle et les parties molles protégées par un linge fin enduit de cérat, et la maintenait dans cette position à l'aide d'une bande roulée autour du gros orteil.
M. Labarraque a conseillé un petit appareil assez simple et très ingénieux. La plaque de fer-blanc est terminée à l'une de ses extrémités par un crochet étroit, et offre à trois lignes en dehors et sur ses bords, de petites échancrures destinées à arrêter un fil ciré, à l'aide duquel on fixe Textrémité d'une bandelette de diachylon de la largeur de la lame de fer-blanc et de la longueur que l'on juge nécessaire. Il engage le crochet et le fait glisser aussi profondément que possible entre l'ongle et les chairs; il attire alors la bandelette de diachylon, en l'appliquant sur le côté opposé de l'orteil dont on lui fait faire le tour, et en la passant sur l'extrémité de la plaque de fer-blanc, il fait ainsi basculer cette dernière de haut en bas, et relève le bord incarné de l'ongle autant qu'il est nécessaire ; quelques circulaires de bande suffisent pour maintenir ce petit appareil. Celui-ci est renouvelé tous les quatre ou cinq jours; au bout de quinze jours la guérison est complète. Cet appareil est trop compliqué, et d'ailleurs il tient mal.
Mais il ne suffit pas d'avoir redressé l'ongle, il faut encore faire disparaître l'ulcération. Lorsque la maladie est légère et peu ancienne, il suffit souvent de glisser quelques brins de charpie entre les chairs et le bord de l'ongle; mais s'il existe des fongosités, celles-ci devront
i09;2 AFFECTIONS DES MEMBUES INFÉRIEUHS,
être réprimées avec de l'alun en poudre, du nitrate d'argent ou de la potasse caustique.
b. Ablation de l'ongle. — Les procédés qui consistent dans l'ablation de la partie ou de la totalité de l'ongle sont plus douloureux. Cette opération est redoutée des malades ; aussi a-t-on cherché à la simplifier et surtout à rendre insensibles les parties sur lesquelles on opère.
Dans les cas les plus simples, il suffit de n'enlever qu'une portion de l'ongle ; on coupe avec un fort bistouri ou avec des ciseaux, et dans toute l'étendue de la partie malade, la portion du bord de l'ongle en contact avec les fongosités, et on l'arrache. Dans quelques cas, on se contente d'enlever une largeur de 4 à 5 millimètres. Il faut se rappeler que l'ongle repoussera dans toute la largeur et que la maladie se reproduira au bout d'un certain temps. Quelquefois, après la disparition des fongosités, la cicatrice est assez solide pour qu'il n'y ait pas de récidive; mais le plus souvent l'ulcération se reproduit. C'est alors que Dupuytren arrachait l'ongle en totalité ; pour cela, il divisait la lame cornée par le milieu, puis, avec de fortes pinces, arrachait successivement et brusquement les deux moitiés de l'ongle. Lorsque la maladie était trop ancienne, il faisait précéder l'opération d'une incision en demi-lune à convexité postérieure, à la racine de l'ongle. Cette opération avait pour but de découvrir la racine de l'ongle d'arrière en avant et de détruire complètement la matrice.
La destruction de l'ongle par des caustiques est complètement abandonnée.
L'ablation d'une partie ou de la totalité de l'ongle est un excellent moyen de faire disparaître l'affection dont il est ici question ; mais ce procédé rencontrait de la part des malades une résistance que rien ne pouvait vaincre, tant ils redoutaient les douleurs de l'arrachement. Le moyen qui a le mieux réussi pour rendre la partie insensible, consiste à appliquer sur l'orteil un mélange de 2 parties de sel marin et de 3 parties de glace ; on obtient ainsi une réfrigération puissante qui permet de faire l'avulsion de l'ongle sans que les malades ressentent la moindre douleur, mais il y a des cas connus de gangrène du gros orteil.
c. Ablation des parties molles.. — Les opérations destinées à combattre l'ongle incarné en s'atlaquant seulement aux parties molles sont assez variées: les uns conseillent de détruire les fongosités avec les caustiques; les autres les enlèvent avec le bistouri. Mais ces moyens sont insuffisants lorsque le bord de l'ongle continue à presser sur les tissus.
Partant de ce principe, que la maladie que nous décrivons ici est déterminée par la projection en haut de la pulpe du gros orteil, Gerdy