DE LA TAILLE
On désigne sous ce nom une opération qui consiste h aller chercher les calculs de la vessie à travers une incision faite aux parties molles.
Cette opération compte un très grand nombre de procédés qui se rapportent tous aux trois méthodes générales suivantes : l" taille périnéale; '2" taUle Ivjpogastrique ; 3" (aille recto-vésicale.
A. Taille périnéale. — La taille périnéale est celle qui a donné naissance au plus grand nombre de procédés, Elle paraît avoir été connue depuis les temps les plus anciens, puisque Hippocrate faisait jurer à ses élèves de ne jamais la pratiquer. Elle était à peu près abandonnée lorsque Celse la remit en honneur.
11 est impossible que nous puissions suivre dans cet ouvrage loule.>? les modiOcations que les chirurgiens ont fait subir à la (aille depuis Celse jusqu'à nos jours. Non seulement les procédés sont excessivement nombreux, mais encore l'absence de connaissances anatomiques précises de la part des opérateurs, le mystère dont ils s'entouraient pour exécuter une opération qui, souvent, ne valait pas mieux que celle de leur concurrent, rendent fort difficile une appréciation de ces diverses opérations ; nous passerons donc très rapidement sur ce point, nous occupant surtout des procédés que Ton applique aujourd'hui. On lira avec intérêt le travail de M. Malgaignc sur le parallèle des diverses espèces de taille (1).
Le procédé de Celse est celui qui nous a été transmis par l'école d'Alexandrie et les arabistes : il est aujourd'hui abandonné. Il se rapproche de la méthode qui a été désignée sous le nom de (aille la* térale, et dans laquelle on divise le bas-fond de la vessie ; c'est à cette espèce qu'il faut encore rattacher la taille qui est désignée sous le nom de petit appareil, la méthode de frère Jacques, etc.
La taille par le petit appareil, quelquefois désignée sous le nom de méthode de Celse, méthode de Guy de Chauliac^ se pratiquait sans cathéter. Le doigt de la main gauche introduit dans le rectum ramenait la pierre en avant; puis, se guidant sur la saillie formée par le calcul, le chirurgien coupait toutes les parties molles depuis la tubérosité de l'ischion jusqu'à la pierre. 11 est à remarquer que la plupart des chirurgiens ne dépassaient jamais la ligne médiane; ils respectaient le raphé dont ils considéraient la blessure, on ne sait trop pourquoi, comme plus dangereuse que celle de la vessie : pernecabile, dit Khases.
fl) Malgaignc, Thèse de concours pour la chaire de méd. opér., 1850.
il2 AFFECTIONS DE L'aPPAREIL UIUNAIRE.
On comprend que dans cette opération l'urèlhre, le col de la vessie, étaient le plus souvent respectés, car le calcul, ainsi attiré par les doigts, venait se placer au niveau du Irigone vésical.
Frère Jacques opérait après avoir introduit dans l'urèlhre un cathéter cylindrique et portait un couteau jusque dans la vessie sans intéresser le canal; il incisait donc à peu près les mêmes parties que les chirurgiens grecs et arabes.
C'est à partir du moment oîi l'on fit usage du cathéter cannelé que l'opération de la taille devient plus régulière ; c'est de cette époque que date la création réelle de la méthode uréthro-prostatique, méthode adoptée par frère Jacques lui-même, lorsque, profitant des conseils qui lui furent donnés et des critiques de Méry, il eut fait canneler son cathéter et qu'il se guida sur la cannelure.
C'est assez nous arrêter sur ces opérations qui n'appartiennent plus qu'à l'histoire, hâtons-nous d'arriver à la description des seules opérations de taille périnéale qui soient pratiquées aujourd'hui. Nous décrirons les méthodes suivantes : 1° la taille médiane; 2° la taille latéralisée; 3" la taille bilatérale; 4° la taille prà^ectale, que nous avons instituée il y a quelques années et qui off're, entre autres avantages, celui de permettre de tirer de la vessie par le périnée des calculs très volumineux dont l'extraction ne semblait possible que par la taille hypogastrique; 5° la taille quadrilatérale.
Quel que soit le procédé de taille que l'on veuille pratiquer, il est certains préparatifs, il est un certain nombre de temps de l'opération qui sont partout les mêmes; nous les exposerons d'abord afin d'éviter des redites inutiles, puis nous examinerons chacune des méthodes dans ce qu'elles offrent de spécial.
l" Le malade sera couché sur un lit un peu dur, le bassin an niveau du bord du lit, en sorte que le périnée fasse un peu saillie en avant, les cuisses seront fléchies à angle droit sur le bassin et les jambes à angle très aigu sur les cuisses. Il n'y a pas encore longtemps, les bras étaient étendus le long du corps et les mains attachées solidement aux pieds. Cette pratique n'est plus maintenant aussi rigorureusement suivie, car les malades soumis au sommeil anesthésique sont beaucoup moins sujets à faire des mouvements qui puissent compromettre le succès de l'opération. En général les aides suffisent ; si cependant on n'était pas assez sûr de ses aides, il serait sage de recourir à l'ancienne méthode.
2° Le rectum aura dû être soigneusement vidé le matin même de l'opération, car cet intestin, distendu par les matières, se présenterait beaucoup plus facilement sous le tranchant des instruments.
3" Dès que les incisions seront faites, que la vessie sera ouverte et les instruments retirés, le doigt indicateur plongé dans la plaie en
indiquera l'étendue, pourra faire quelquefois reconnaître la position de la pierre et servira de guide à l'introduclion des tenettes. Mais, le plus souvent, le doigt n'est pas assez long, soit à cause de Tembonpoint du sujet, soit du volume de la prostate, il faut alors avoir recours au gorgeret. Le doigt indicateur est placé dans l'angle inférieur de la plaie et sert de guide à l'instrument qui est enfoncé doucement dans la vessie et dirigé un peu obliquement de bas en haut. Lorsqu'il est dans le réservoir urinaire on retire le doigt et l'on fait tourner l'instrument de manière à lui faire présenter sa concavité en haut et sa convexité en bas. Les tenettes sont ensuite introduites dans le gorgeret et tournées de telle sorte que leur face convexe corresponde aux lèvres de la plaie. Lorsque les tenettes sont dans la vessie, on retire le gorgeret en le faisant passer vers la face supérieure de la plaie qui est celle qui a le moins besoin d'être ménagée.
Avec ces tenettes on détermine le siège et la forme des calculs, puis on saisit de chaque main chacune de leurs branches; si la pierre se présente à l'extrémité des mors de l'instrument, il suffit de les écarter et de les pousser un peu en avant pour que le calcul s'engage dans leur intervalle; si elle correspond à leur bord supérieur, elle tombe enlre eux par son propre poids; si elle est au-dessous, on écarte les branches et on leur fait faire un demi-tour, de manière que l'une d'elles se trouve au-dessus, l'autre au-dessous de la pierre. Lorsque le calcul est très petit et la vessie très ample, le corps étranger fuit au-devant de l'instrument, il faut alors promener, en quelque sorte, les cuillers sur le bas-fond de la vessie en les rapprochant et en les écartant alternativement jusqu'à ce que la pierre soit engagée. Quelquefois profondément caché dans le bas-fond de la vessie, le calcul ne peut être saisi qu'avec des tenettes courbes.
Il faut avoir soin de saisir le calcul par un de ses plus petits diamètres. Il arrive quelquefois que la pierre se présente dans son diamètre le plus grand et que l'on ne puisse modifier cette position ; il faut alors chercher à déplacer le calcul de manière à amener une de ses extrémités vers le col de la vessie. Cette manœuvre peut être faite dans quelques cas avec le doigt, mais souvent la profondeur de la plaie ne permet pas d'atteindre ainsi le corps étranger; on doit alors saisir le calcul, puis engager le uboton entre les branches que l'or, desserre légèrement, et l'on pousse la pierre pour lui faire changer de position.
Quelquefois, la vessie contractée sur le calcul ne permet pas de faire manœuvrer la tenette; alors on porte cet instrument fermé le plus en avant passible, on écarte les branches graduellement afin d éloigner peu à peu la paroi vésicale du calcul, et de donner du jeu à la tenette, puis on saisit la partie du calcul qui se présente, et à