III. — Polypes de la vessie
Ils sont rares; Nicod en a recueilli plusieurs cas qu'il a décrits dans un recueil d'observations où il les a réunis avec les polypes de l'urèthre (1).
Quelquefois la vessie ne renferme qu'un seul polype, d'autres fois elle en contient plusieurs ; les uns sont pédiculés, les autres implantés sur une base large. Le plus souvent ils sont mous, vasculaires ; plus rarement ils sont fibreux, ou ont une consistance cartilagineuse. On les observe principalement au niveau du col de la vessie.
Sous le nom de tumeurs lymphatiques concrétées, Deschamps décrit des tumeurs qui ont été considérées comme des polypes. Elles sont solides, résistantes, lisses en dehors, de même couleur que la muqueuse vésicale, grisâtres en dedans : leur aspect rappelle celle de la prostate. Mais sont-ce là de véritables polypes?
M. Hélie a présenté à la Société anatomique un cas qui pouvait être considéré comme un des types des polypes de la vessie (2). Il est question d'un homme de soixante-trois ans, qui, sans cause connue et trois ans avant sa mort, fut pris d'hématuries qui se sont renouvelées à des intervalles assez irréguliers et qui ont quelquefois été assez abondantes. A son entrée à l'hôpital Beaujon, l'urine, qui était trouble, devint claire et transparente. A l'autopsie, on trouva dans la vessie, à 25 centimètres en arrière et en dehors de l'uretère droit, une végétation vésiculeuse, molle, pulpeuse, demi-transparente, dans laquelle se trouvait un grand nombre d'arborisations vasculaires ; elle était pédiculée et se continuait avec la membrane muqueuse.
Chez un autre malade, M. Mercier (3) trouva un polype également pédiculé; son sommet, qui était la partie la plus volumineuse, contenait une matière noirâtre, semblable à la substance colorante du sang, et s'écrasait sous le doigt. Il pense que, dans ce cas, il s'était formé un épanchement sanguin sous la muqueuse, et que peu à peu celle-ci s'était allongée pour former un pédicule.
Les polypes ne présentent pas toujours cette structure ; il en est qui sont fermes, résistants, de nature fibreuse. Baillie (4) en a vu un qui
(1) Nicod, Traité des polypes du canal de l'urèthre et de la vessie, in-8°. Paris,.
(2) Bull, de la Soc. anoL, 1838, p. 1.
(3) Mercier, Rech. anal., 1851, p. 129. (4.) Baillie, Anat. path., p. 292,
rONGUS DE LA VESSIE. 209
remplissait presque entièrement la vessie; sa forme était très irrégulière; il était composé de prolongements distincts; sa texture était fibreuse et assez ferme.
Quelquefois on trouve dans la vessie des sujets calculeux, des tumeurs qui ont été regardées comme de véritables polypes. Ghoparl (1) en a rapporté un exemple. Desault, après l'extraction d'un calcul, reconnut dans la vessie un fongus pédiculé, et l'arracha avec des tenettes: le malade guérit sans accident. Chopart pense que la déchirure el l'arrachement de celte tumeur, à la suite de l'opération de la taille, causent habituellement la mort; probablement il avait confondu les polypes avec les tumeurs cancéreuses.
Le diagnostic des polypes est extrêmement difficile pendant la vie. A la vérité, on peut, à l'aide de la sonde, senlir une tumeur dans la vessie, mais il est à peu près impossible d'en préciser la nature; on peut avoir affaire, en effet, h un fongus ou à une tumeur cancéreuse. Dans des cas extrêmement rares, le polype pénètre dans l'urèthre et vient faire saillie au méat : c'est ce que Warner (2) a constaté chez une femme de vingt-trois ans. Il fit une incision qui divisa la moitié de l'urèthre, dilata la portion intacte et le col de la vessie, et, attirant la tumeur au dehors, il put appliquer une ligature sur le pédicule.
Ce traitement des polypes sera décrit avec celui des fongus; car dans ces deux affections la thérapeutique chirurgicale est la même.