TUBERCULES DE LA J'HOSTATE
La prostate est, parmi les organes géniLo-urinaires, l'organe le plus souvent envahi par le tubercule, aussi a-t-on pu afilrmer que, lorsqu'on trouvait des productions de cette nature dans le testicule, on devait en constater dans la prostate, cà plus forte raison lorsqu'on en rencontre dans les reins ou dans la vessie.
Marche. Pronostic. — La marche de la tuberculose prostatique est le plus ordinairement lente et si les annexes de la prostate, vessie, uretères, reins, canal déférent, testicule (nous ne disons pas épididymes) ne sont pas pris, la tuberculose prostatique guérit souvent.
On constate une hématurie suivie d'un écoulement purulent ou «éro-purulent plus ou moins abondant, une douleur peu intense ; ces accidents durent plus ou moins longtemps, l'examen de la prostate a fait reconnaître une altération tuberculeuse et, cependant, après un temps plus ou moins long, une amélioration survient et enfin la guérison naturelle.
Si le néoplasme se trouve plutôt du côté de la face rectale, les symptômes fonctionnels sont presque insignifiants; le développement du tubercule se fait sans douleurs et on constate des fistules uréthro-rectales survenues sans douleur. D'après ce que nous savons, le néoplasme tuberculeux se développe principalement dans les glandules prostatiques, or il est probable qu'il y a là un mécanisme analogue à celui par lequel se produit quelquefois le pneumothorax dans la tuber- -culose pulmonaire. Un tubercule superficiel s'ouvre dans le rectum et fait communiquer l'urèthre avec le rectum. Ces fistules peuvent guérir naturellement, nous en avons observé deux cas des plus nets à l'hôpital du Midi, dans le service de M.Horteloup.
Cette marche à froid est plus fréquente qu'on ne l'a dit et explique eommenl on trouve des lésions tuberculeuses de la prostate chez des sujets qui ne se sont jamais plaints; mais on observe souvent une marche à forme aiguë, amenant rapidement les ramollissements puriformes dont nous avons parlé, les cavernes qui sont au-dessus des ressources de l'art. Cette marche rapide et^ douloureuse amène un dépérissement s'accompagnant bientôt de marasme et amenant la mort.
Ces deux formes, lente et rapide, peuvent se compliquer d'accidents inQammatoires qui viennent modifier la marche et la symptomalologie de la tuberculose prostatique.
L'inflammation donne principalement au symptôme douleur une acuité considérable; du côté de l'urèlhre on constate un ténesme extrême, des brûlures intenses; du côté du rectum, de la pesanteur avec besoins incessants d'aller à la garde-robe, des douleurs s'irradiantdansle bassin. Mais à côté de ces symptômes, l'inflammation est la cause d'abcès plus ou moins considérables, qui peuvent s'ouvrir
^'^ AITKCTIONS DE l'aPPAREIL UULVAIRE.
dans le rectum ou dans l'urèthre, mais nui viennent souvent se faire jour à la région anale et, comme nous l'avons vu deux fois, au niveau de l'arcade de Fallope en suivant le canal déférent
Ces fislules anales, de nature tuberculeuse, qui forment une classe importante de la fistule à l'anus, ont été surtout bien étudiées par M. Ricord. Elles sont presque inguérissables, puisque, lorsqu'on pratique le traitement rationnel de la fistule, la cause première persistant on ne peut arriver à les voir se cicatriser. Ce sont ces fistules qui ont certainement contribué à établir cette coïncidence de la fistule anale et de la tuberculose pulmonaire.
Ces Qstules n'ont pas une marche à allure très franche et elles ont souvent plusieurs orifices externes. Nous avons vu un beau cas de fistule on bissac d'origine tuberculeuse.
Le pronostic de !a tuberculose prostatique est beaucoup plus grave, lorsqu'il y a envahissement des autres organes génito-urinaires; cela va de soi.
Traitement. — Dans notre première édition, voici quels conseils nous donnions pour combattre cette difficile affection : on cherchera à soulager le malade à l'aide d'un traitement palliatif qui rende plus supportables les accidents déterminés par les troubles fonctionnels; puis on s'efforcera de soutenir ses forces au moyen de toniques : huile de foie de morue, préparations de fer ou de quinquina, séjour à la campagne.
Ces indications seront toujours la base du traitement à établir contre la tuberculose prostatique; mais nous croyons qu'en présence d'un vaste abcès delà prostate ouvert soit dans le rectum, soit au niveau de l'anus, c'est-à-dire abcès que l'on peut atteindre, il y a quelque chose de plus important à employer. Il ne faut pas hésiter à aller au centre du foyer pour y porter le fer rouge. Dans le cas de l'observation de la fistule anale en bissac dont nous avons parlé, nous n'avons pas hésité à fendre les deux foyers qui se réunissaient comme les deux côtés d'un triangle à un point central et nous y avons porté l'extrémité du couteau thermocautère, la guérison a été complète en deux mois.
§ VIII. — Cancer de la prostate.
Le cancer de la prostate a été, dans ces dernières années, l'objet d'importants travaux qui ont entièrement modifié les opinions que nous avions soutenues dans notre première édition.
Anatomie pathologique. — Le cancer de la prostate est presque toujours primitif et l'envahissement de la prostate par un cancer d'un
organe voisin est tout à fait exceptionnel; cependant il existe deux observations, recueillies par Bennet et par Curling, de cancer du rectum s'étant propagé à la prostate. Mercier et Jolly ont établi que, contrairement à l'opinion courante, jamais le cancer de la vessie n'envahit la prostate. En revanche, le cancer, ayant débuté primitivement dans la prostate, gagne très souvent la vessie. Jullien, dans son excellent article Prostate {Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie » a cherché à donner l'explication de ce fait, en se basant sur la direction des lymphatiques de la prostate et sur l'absence de lymphatiques de Ja vessie.
Disons que la prostate peut être atteinte par un cancer généralisé ayant débuté dans un organe éloigné.
Comme nature de cancer, on rencontre le sarcome et le carcinome : le sarcome chez les enfants et le carcinome chez les vieillards ; le carcinome le plus fréquent est l'encéphaloïde.
Symptomatologie. — Excessivement obscure, elle peut être complètement nulle si l'on en juge par le nombre dt; cancers de la prostate, découverts à l'autopsie, qui n'avaient pas été soupçonnés sur le vivant (Jullien).
Comme nous le disions, les symptômes sont très insignifiants et ne présentent quelque caractère qu'à une période avancée de la maladie.
Les premiers symptômes indiqués par les malades sont la difficulté dans la miction et des troubles dans la nature des urines. Sensation de brûlure dans tout le canal avec un caractère d'intermittence qui pourrait faire penser à une cystite ; les urines deviennent louches, sales, et, lorsque l'affection est déjà avancée, on voit apparaître des morceaux de fongosités qui peuvent permettre de reconnaître la nature de la maladie.
A côté de ces troubles dans la nature des urines, il faut indiquer les 'hématuries, qui surviennent souvent dès le début. Ces hématuries, qui sont rares chez les enfants probablement à cause de la forme sarcomateuse que revêt le cancer dans la jeunesse, peuvent être assez abondantes pour être une cause de dangers ; il faut redouter les explorations avec des instruments qui pourraient, en produisant des fausses routes, faciliter ces hématuries.
L'examen direct par le rectum donne souvent fort peu de renseignements, mais, lorsque le néoplasme a pris un grand développement, ce volume exagéré suffirait pour faire porter le diagnostic de cancer.
Lesdouleurs excessivement vives s'étendent dans toutes les branches du plexus sacré; elles peuvent présenter un tel degré d'acuité qu'elles hâtent la terminaison des malades.
Le retentissement sur les ganglions ne survient que lorsque le cancer delà prostate est déjà assez ancien; les ganglions lombaires et pel-
AFFECTIONS DE L'aPPAREIL URINAIRE.
viens sont tous envahis ainsi, que le palper abdominal permet de le constater.
Dans un cas de cancer, nous avons constaté à l'urine une odeur infecte qui servit à établir le diagnostic (Horleloup).
Le cancer de la prostate marche lentement, sa durée est en moyenne de trois ans.
D'après les autopsies de cancer de la prostate, on peut dire que, dans certains cas, la marche du néoplasme est arrêtée par les aponévroses qui entourent cet organe à l'état normal ; mais le cancer, avec sa force d'expansion;, détruit souvent ces barrières naturelles et envahit l'urèthre, la vessie et les vésicules séminales. Dans un cas de M. Dréo, rapporté par Jullien, la masse cancéreuse était venue se faire jour, par une ulcération de la peau, au périnée.
Le diagnostic est très difficile lorsque la maladie n'est qu'à son début.
Chez un enfant où il n'y a pas à songer à l'hypertrophie prostatique, l'idée d'un cancer viendra forcément lorsqu'on constatera une prostate très volumineuse ; mais, chez le vieillard, le diagnostic est plus délicat. Cependant l'abondance des hématuries avec douleurs analogues à celles de la cystite, mais, surtout, l'altération générale de l'économie, feront certainement penser à un cancer, que viendra confirmer très probablement le mauvais résultat obtenu par l'usage de la sonde. Chez un individu atteint d'hypertrophie de la prostate, l'usage méthodique de la sonde rend toujours service en facilitant l'évacuation de l'urine stagnante; chez un individu atteint de cancer de la prostate, le calhétérisme amènera forcément un redoublement de douleurs avec hémorrhagies.
Lorsqu'on introduit chez un cancéreux une sonde métallique, on éprouve quelquefois la sensation de rencontrer des calculs. Cette impression a souvent donné lieu à des erreurs de diagnostic en faisant croire à un calcul vésical. Des tailles ont été commencées h la suite d'erreurs semblables. Mais on remarquera que le gravier n'est pas libre, de plus on a une sensation granuleuse et cartilagineuse un peu différente de celle de la pierre.
Traitement. — Il ne peut être que palliatif, car il n'y a rien à tenter et pour notre compte nous protestons hautement contre ces ablations complètes qui ne sont que de tristes mutilations. Nous serions peutêtre moins éloignés, en présence d'un cancéreux souffrant beaucoup de douleurs cystalgiques, d'essayer l'incision de la taille médiane faite avec le thermocautère, opération analogue à la rectotomie linéaire dans le cas de cancer du rectum.
VICE DE CONFORMATION DE L'dRÈTHRE.
ARTICLE X
AFFECTIONS DE L'uRÈTIIRE
§ I"''. — Vices de conformation.
I. — Nous n'insisterons pas sur les cas ^'absence totale ou partielle de Vurèthre; ils sont d'abord fort rares, et le plus souvent ils se trouvent liés à un vice de conformation de la vessie, avec l'exstrophie, par exemple. Chez la femme, l'absence de Turèthre est, sinon moins rare que chez l'homme, du moins plus complète : chez ce dernier, en effet, l'urèthre appartient non seulement à l'appareil urinaire, mais encore aux organes de la génération, condition qui impliquerait nécessairement un double arrêt de développement, si l'urèthre venait à manquer complètement.
IL — Les exemples d'imperméabilité de l'urèthre dans une partie de son étendue se présentent quelquefois à l'observation. Tantôt il existe une ouverture en arrière de l'obstacle : cette espèce de vice de conformation a été désignée sous le nom d'hypospadias, lorsque l'ouverture anormale se présente sur la face uréthrale de la verge; sous celui d'épispadias, lorsqu'elle se trouve sur la face dorsale; dans ce dernier cas il y a arrêt de développement des corps caverneux et l'urèthre est divisé sur sa face supérieure. Ces deux états, qui ont' la plus grande analogie avec les fistules urélhro-péniennes, seront étudiés plus loin (voy. Fistules tcréthro-péniennes). Tantôt cette ouverture anormale manque, l'urine ne peut passer par l'urèthre et s'accumule dans la vessie, ou bien l'ouverture reste perméable, et l'on constate l'existence d'une fistule urinaire de l'ombilic. Nous avons rapporté précédemment (t. IV, p. 522) un cas de ce genre observé par Cabrol.
L'obstacle apporté au cours de l'urine est plus ou moins considérable; souvent il est constitué par une simple membrane, il se montre • au méat; quelquefois il est beaucoup plus profond. M. Ségalas : rapporte, d'après M. J. Cloquet, un cas d'oblitération observé chez ' un nouveau-né. L'obstacle avait 27 millimètres de hauteur; il était ! situé à la partie moyenne de l'urèthre.
Pour remédier à un semblable état, il suffit de détruire l'obstacle ' à l'aide d'une incision ou d'une ponction, et de s'opposer à la réu- 1 nion des bords de la solution de continuité à l'aide d'une canule de plomb ou d'une sonde en gomme.
IIL — Il n'est pas très rare de rencontrer dans la configuration, la
•^'t) AFFECTIONS DK L'aPPAIIEIL URINAIRE.
longueur et le calibre de l'urèthre des modificalions qui acquièrent de l'importance lorsqu'il est nécessaire de pratiquer le cathélcrisme.
La longueur du canal de l'urèlhre est très variable. Cette proposition n'a pas besoin d'ôtre développée, tous les auteurs sont d'accord sur ce point; mais ce qui doit surprendre, c'est de voir que la moyenne assignée par les anatoniistes est bien dilierentc ; cela lient à ce que les uns ont examiné l'urèlhre en place et sans dissection préalable, tandis que les autres ont mesuré ce canal après l'avoir isolé de toutes les parties molles qui l'entourent. Sur cinquante sujets, M, Jarjavay a trouvé chez trente-trois une longueur de 14 à 18 centimètres: ces chiffres sont h peu près ceux qui ont été adoptés par Vidal. M. Malgaigne a obtenu des nombres un peu moins élevés; ce qui, d'après M. Jarjavay, tiendrait à ce qu'il a pris ces mesures sur des sujets de vingt à trente ans, morts au Val-de-Grâce, et chez lesquels le sang séjourne après la mort en moins grande quantité dans le tissu spongio-vascul'aire que chez les sujets d'un âge plus avancé, et dont les vaisseaux ont déjà perdu une partie de leur tonicité. 11 est fort important de connaître ces mesures; en effet, si l'urèthre est plus court ({u'à l'état normal, une sonde laissée à demeure dans la vessie pourra être trop enfoncée et déterminer des accidents; si, au contraire, le canal est plus long, il faudra, pour pénétrer dans la vessie, introduire une sonde un peu plus longue que les sondes ordidaires. Nous avons vu qu'il était prudent de prendre une précaution semblable lorsque la longueur de la portion prostatique de l'urèlhre était augmentée par le fait de l'hypertrophie de la glande qui l'entoure.
Les auteurs ont signalé quelques exemples de rétrécissements congénitaux de l'urèthre. La forme la plus fréquente est celle qui consiste dans Vétroitesse congénitale du méat urinaire. Lorsque cette disposition n'est pas très prononcée, elle n'attire l'attention ni des médecins, ni des malades; le jet d'urine est plus délié, mais la miction facile, et ce n'est que lorsqu'on pratique le cathétérisme que l'on s'aperçoit de ce vice de conformation qui s'oppose à l'introduction d'instruments d'un volume suffisant. Mais, lorsque le méat est très étroit, il faut de toute nécessité procéder à son élargissement. On pourrait le dilater graduellement à l'aide de petites bougies de corde à boyau ; mais la dilatation est presque constamment impuissante; il vaut mieux, se guidant sur un stylet cannelé introduit dans le méat, débrider l'ouverture. On aura soin de maintenir une sonde entre les lèvres de la plaie, afin de prévenir un rétrécissement ultérieur. Ti est rare, malgré cette précaution, que le nouvel orifice conserve les dimensions nouvelles qui lui ont été données par l'instrument tranchant.
On trouve quelquefois une dilatation assez considérable de la fosse naviculaire. Nous ne rappelons cette disposition que pour signaler les
VICES DE CONFORMATION DE l'uRÈTHRE. 277
phénomènes auxquels elle peut donner lieu, h savoir l'accumulalion de J'urine el de la matière calculeusc, l'imperfection de l'éjaculation. Ces accidents sont d'autant plus sérieux que le méat est plus étroit, que le rétrécissement soit congénital ou déterminé par une cicatrice.
Quelquefois le renflement bulbaire est beaucoup plus considérable qu'à l'état normal; la sonde s'engage dans un cul-de-sac assez profond, et ne peut être que très diflicilement introduite dans la vessie. Dans d'autres cas, la sonde est arrêtée par la saillie de l'espèce d'éperon qui se trouve en arrière de la portion bulbeuse. Dans d'autres cas, l'obstacle provient d'un cul-de-sac qui se trouve soit en avant, soit sur les côtés du vérumonlanum, ou bien de deux replis latéraux qui parlent de cet organe, ou bien d'une dépression qui existerait quelquefois, selon Lisfranc, entre les lobes moyens de la prostate; enfin, la déformation, la déviation du vérumontanum lui-même peuvent apporter des difficultés dans le cathétérisme.
Terminons cette longue énumération en signalant plusieurs dispositions qui offrent encore un intérêt pratique, important au point de vue du cathétérisme. On sait que chez l'adulte il est facile de faire pénétrer un instrument droit dans la vessie, et que chez l'enfant cette manœuvre est beaucoup plus difficile, à cause de l'élévation de la vessie. Il est un certain nombre d'adultes dont la forme de l'urèthre se rapproche de celle de l'enfant; mais cette disposition tient à une cause spéciale: elle est due à l'élévation de l'arcade pubienne. Dans ces circonstances, la courbure de l'urèthre est plus considérable, et le canal ne peut être assez redressé pour qu'un instrument droit puisse pénétrer dans la vessie.
Il est quelques sujets chez lesquels le bas-fond de la vessie est très prononcé, et dont le canal paraît s'insérer plus bas qu'à l'état normal. En général, la portion prostatique de l'urèthre suit cetle anomalie; la glande est traversée beaucoup plus bas, de sorte qu'une bien moins grande épaisseur de tissu sépare le canal du rectum; on a même rapporté quelques cas dans lesquels l'urèthre n'était séparé du rectum que par du tissu cellulaire. Par contre, on trouve souvent une disposition inverse.
Enfin, on a vu l'urèthre situé sur la face dorsale de la verge, les corps caverneux formant la face inférieure du pénis.
IV. —Les auteurs ont signalé plusieurs cas de pe7foration double du gland, et ont conclu à l'existence d'un urèthre double ; mais les détails anatomiques sont loin d'être suffisants pour justifier le titre donné à ces observations.
AFFECTIONS DE l'aPPAREIL URINAIRE.
§ II. — Affections traumatiques de l'urèthre.
Plaies de l'urèthre.
Les solutions de continuité du canal de l'urèthre ne sont pas très rares; elles doivent être étudiées sous plusieurs points de vue, eu égard à leur siège, à leur direction et à leur cause.
L'urèthre peut être divisé dans sa portion pénienne ou dans sa portion périnéale : on conçoit quelle est l'importance de celte distinction. En eflet, une des conséquences d'une semblable blessure est l'écoulement de l'urine à travers les lèvres de la plaie; si donc ce liquide doit traverser une certaine épaisseur de tissu, surtout dans des points où existent des lames celluleuses peu adhérentes entre elles, on doit craindre l'infiltration; par contre, si le canal est intéressé dans une région où il est superflciel, l'urine coulera facilement au dehors, et l'infiltration sera beaucoup moins à redouter. D'une manière générale, on peut dire que les plaies de l'urèthre sont d'autant moins graves immédiatement qu'elles sont plus rapprochées du gland; les plus sérieuses sont celles qui existent au voisinage de la vessie, car l'urine, en s'infdtrant à travers les tissus, peut venir se mettre en contact avec le péritoine et provoquer une péritonite des plus graves. Au contraire, les solutions de continuité de la portion pénienne de l'urèthre sont consécutivement beaucoup plus sérieuses, car elles laissent fort i-ouvent, après leur cicatrisation, des rétrécissements infranchissables.
La direction des plaies de l'urèthre n'est pas sans influence sur la marche de celte espèce de solution de continuité. Les plaies transversales, qui sont les plus communes, sont très longues à se cicatriser, et après leur guérison elles laissent souvent des rétrécissements qui nécessitent l'emploi très longtemps prolongé des sondes; tandis que les plaies longitudinales guérissent en général avec la plus grande facilité; il en est de môme des plaies légèrement obliques.
Si nous étudions les causes des plaies de l'urèthre, nous voyons qu'elles peuvent être rangées en plusieurs catégories distinctes, qui toutes impriment à la solution de continuité un caractère particulier.
Le^ plaies par instruments tranchants s'observent sur toute la longueur du canal; elles sont complètes ou incomplètes. Celles de la por-. tion pénienne sont presque toujours le résultat d'une mutilation vo-^ lontaire ou produite par une main homicide; beaucoup plus rarement elles sont la conséquence d'un accident. Ces plaies sont transversales; rarement elles sont simples; presque toujours les corps caverneux sont intéressés dans une plus ou moins grande partie de leur épaisseur,
PLAIES DE L'URÈTIinE. 279
quelquefois môme la verge est complètement amputée. Il est quelques plaies de la portion pénienne qui sont faites par le chirurgien luimême: c'est lorsqu'il se propose d'aller à la recherche de corps étrangers ou de calculs arrêtés dans l'urèthre.
Les plaies par instrument tranchant de la région périnéale sont presque toujours produites par le chirurgien. C'est ainsi que la portion membraneusede l'urèthre est intéressée dans l'opération de la taille, et dans celle qui consiste ;\ pratiquer une boutonnière au périnée. Cette môme région peut être intéressée accidentellemeet dans l'opération de la fistule à l'anus.
Les contusions, les plaies contuses de l'urèthre ont été, depuis quelques années, l'objet de travaux importants qui ont donné des. résultats intéressants; les travaux de Cras (de Brest), de F. Guyon, deTerrillon, d'011ier(de Lyon), doivent être cités en première ligne. . A l'état de flaccidité il est rare que la portion pénienne soit le siège de contusion, ce qu'explique facilement sa grande mobilité; cependant on a cité une contusion du pénis produite par le passage d'une voiture qui écrasa la verge sur le pubis, une rupture occasionnée par un coup de pied (Voillemier). Ce savant chirurgien a rapporté l'histoire d'un individu qui, étant en chemise, voulut fermer un tiroir de sa commode : il se prit, dans l'entrebâillement du tiroir, la verge, qui fut écrasée.
A l'état d'érection, les contusions de la portion de l'urèthre sont beaucoup plus compréhensibles, mais elles, s'accompagnent souvent de déchirures des corps caverneux et on se trouve en présence de ce que l'on a appelé fracture de la verge ou pseudo-fracture. Dans cette condition, la cause la plus fréquente est une violence produite pendant le coït; Voillemier a rapporté un cas de rupture produite par un coup de pincetle.
Les conlusions et les plaies contuses de la portion profonde de l'urèthre sont beaucoup plus fréquentes; elles peuvent être produites par un fragment du pubis fracturé ou par une contusion directe du dehors en dedans sur le périnée.
Les lésions produites par une fracture du pubis siègent principalement à la portion membraneuse. Celles qui sont occasionnées par une contusion du périnée, se rencontrent à la portion bulbeuse de l'urèthre; aussi a-t-on pu avec raison étudier séparément les contusions de la portion périnéale profonde et celles de la portion périnéale antérieure.
Les conlusions de l'urèthre occasionnées par une fracture, se produisent par la compression directe de l'urèthre par un fragment enfoncé dans le bassin; elles peuvent survenir par un autre mécanisme: le fiagmcnt, cnroncé dans le bassin, entraîne avec lui l'aponévrose
280 AFFECTIONS DE l'aPPAREIL URINAIRE.
périnéale profonde qui déchire l'urèlhre (Terrillon), enfin la simple dislocation des os du bassin, faisant distendre les plans aponévro* tiques, pourra déchirer l'urèthre.
Les lésions de la portion périnéale antérieure, région bulbeuse, sont, comme nous l'avons dit, produites le plus ordinairement par une contusion directe du périnée dans une chute à califourchon sur une barre de bois, sur une vergue (marins), sur une roue de voiture, sur le pommeau de la selle (cavaliers), sur la séparation d'un box, sur une corde ou sur une planche en tombant d'un échafaudage. Dans un cas vraiment exceptionnel, la lésion fut produite par le talon de la botte qui, dans la chute, fut atteinte par le périnée.
Le mécanisme, par lequel la contusion du périnée produit une lésion de l'urèthre, a été très diversement interprété. Longtemps on admit sans contester que l'urèthre, poussé de dehors en dedans, rencontrait le pubis contre lequel il était écrasé (Franc, Velpeau, Voillemier). Gras (de Brest), en 1876, chercha à élucider ce mécanisme, et, s'appuyant sur l'éloignement de l'urèthre des os du pubis et sa position avec l'aponévrose de Carcassonne, il admit que l'urèthre peut être comprimé sur la face antérieure du pubis; mais il pensa aussi qu'un corps contondant, d'un petit volume, en voulant se loger dans l'angle pubien, repoussait du côté opposé le canal de l'urèthre qui se trouvait pincé entre le corps contondant et la branche descendante du pubis.
OUier et Poncet soutinrent que la déchirure du canal était le résultat d'une véritable section du canal contre le rebord tranchant du ligament transverse de Henle. Pour ces chirurgiens, ce serait donc la face supérieure du canal qui serait déchirée.
Terrillon, dans la remarquable thèse qu'il soutint sur les ruptures de l'urèthre, a discuté avec grand talent ces diilerentes opinions et, à la suite de nouvelles expériences dirigées avec soin, il a formulé les conclusions suivantes:
1° La chute à califourchon sur un corps dont le diamètre est peu volumineux et peut s'enclaver facilement dans l'angle sous-pubien produit la rupture de l'urèthre par le mécanisme indiqué par Gras: refoulement de l'urèthre contre un des côtés de l'ogive pubienne sur laquelle le canal se déchire aux dépens de la paroi inféro-latérale.
2» Lorsque la chute a lieu sur un corps volumineux s'enclavant difficilement sous le pubis, l'urèthre est pressé directement sur la ligne médiane contre la partie inférieure de la face antérieure du pubis et se rompt à ce niveau. C'est la paroi inférieure de Turèthre qui est la seule brisée. Dans ce cas la rupture sera moins nettement linéaire et elle formera des lambeaux.
3» Les contusions du périnée produites par des corps contondants
PLAIBS DE L'URÈinRE. 281
et dirigés dans le sens antéro-postérieur produisent des résultats analogues aux précédents.
40 Les autres variétés de contusions, telles que celles produites par coups de pied ou Iraumatisrnes agissant transversalement sur la partie antérieure du périnée, produisent des ruptures dont les caractères sont analogues aux autres, mais il est probable, va leur siège et leur disposition, que c'est encore ici le pubis qui sert de point d'appui pour la rupture (Terrillon, 1878).
Les plaies de l'urèthre par armes à feu peuvent occuper tous les points du canal ; celles du périnée sont compliquées de désordres en général très étendus, auxquels viennent se joindre comme complication le contact de l'urine avec les tissus; celles de la région pénienne sont presque toujours accompagnées de lésion des corps caverneux: nous les étudierons avec les plaies du pénis; quelquefois, l'agent vulnérant n'intéresse que le gland.
Les corps étrangers introduits dans l'urèthre, les calculs qui de la vessie passent dans ce canal, déterminent assez souvent des déchirures de la membrane muqueuse. Nous nous sommes déjà arrêté sur ce point, lorsque nous avons décrit les corps étrangers et les calculs de l'urèthre, nous n'y. reviendrons pas; il nous suffit de les rappeler pour présenter au lecteur le tableau des causes qui peuvent amener la lésion de l'urèthre. Signalons encore, comme, appartenant à cette catégorie de causes, les excoriations et les déchirures quelquefois assez profondes produites par les fragments de calcul qui restent entre les mors des brise-pierres, et par la matière lithique qui se dépose sur les sondes ou les bougies laissées trop longtemps à demeure dans la vessie.
Les solutions de continuité de l'urèthre produites par les sondes et par les instruments explorateurs, par les instruments de lithotritie, sont assez fréquentes; on les observe presque toujours lorsqu'il existe une déviation du canal ou un rétrécissement; quelquefois cependant le cathétérisme pratiqué sur un canal sain par un chirurgien maladroit peut être suivi de la production d'une fausse roule : la fausse route existe alors presque toujours à la fin de la portion bulbeuse; dans ce point, en elfet, le canal de^ l'urèthre qui n'est pas soutenu est repoussé par le bec de l'instrument vers le ligament du pubis, et se déchire. A part cette particularité, les fausses routes peuvent se rencontrer dans tous les points du canal. M. Monod en a observé une qui commençait à la fosse naviculaire, et qui de là se rendait vers l'anus. Presque toujours l'urèthre est percé sur sa face antérieure, moins souvent sur les parties latérales; les fausses routes de la partie supérieure sont extrêmement rares. On observe quelquefois plusieurs fausses roules sur le même individu.
282 AFFECTIONS DE L'APPARErL URINAIRE.
Il est très important d'étudier le trajet que parcourt la sonde h travers les tissus, et de déterminer le point de terminaison de ce diverliculum. Dans la plupart di^s cas, la fausse route est incomplète, la perroralion se termine en cul-de-sac; d'autres fois l'extrémité de la fausse route correspond à une cavité. C'est ainsi que l'on observe : i° une communication avec un autre point de l'urètlire ; dans ce cas, l'urèthre a été perforé d'abord de dedans en dehors, et après un trajet plus ou moins long la sonde a traversé le canal de dehors en dedans. Il existe une espèce de canal accessoire dont la surface s'organise quelquefois et donne passage à l'urine. Dans quelques cas de rétrécissements très considérables et incoercibles, cette espèce de fausse route peut être considérée comme une conséquence très heureuse, puisque le nouveau canal remplace le canal normal, qui a cessé d'être perméable. Nous ferons remarquer, toutefois, qu'il a besoin d'être tenu dilaté à l'aide d'un calhélérisme fréquent, sans quoi il pourrait se rétrécir et même s'oblitérer; alors la rétention d'urine se reproduirait. 2° La fausse route fait quelquefois communiquer l'urèthre avec la vessie. Dans ce cas, la sonde arrive dans l'épaisseur de la prostate, traverse cette glande et vient pénétrer dans le réservoir urinaire, non pas par le col, mais par une ouverture artificielle située en arrière du col ou sur ses parties latérales. Cet accident, malgré la présence de îa prostate, est fort grave et provoque souvent l'infiltration urineuse dans la cavité du liassin. 3" La sonde peut passer de l'urèthre dans le rectum ; dans ce cas, non seulement le malade est exposé à toutes les chances d'une infiltration urineuse, mais encore on voit persister une fistule uréthro-rcclale. La perforation du rectum se présente quelquefois avec un caractère lout particulier : c'est ainsi que l'on voit une sonde rentrer dans la vessie par son bas-fond après avoir traversé deux fois les parois du rectum. Il est inutile d'insister sur l'extrême gravité d'un semblable accident.
Pour compléter l'anatomie pathologique des lésions traumatiques de l'urèthre, il nous reste à décrire la solution de continuité. Nous avons à étudier trois points: 1" la blessure elle-même; 2Mes désordres que produit le contact de Turine ; 3° l'état consécutif de la plaie. Nous insisterons dans ce paragraphe sur le premier point seulement; nous étudierons plus loin l'infiltration d'urine; quant au troisième, il appartient aux rétrécissements traumatiques de l'urèthre.
Lorsqu'un instrument tranchant a traversé l'urèthre, la plaie s présente avec les mêmes caractères que dans les autres points d corps : les lèvres sont pins éloignées l'iuie de l'autre dans les plai transversales que dans les plaies longitudinales, La rétraction de peau est, en général, aussi grande que celle du canal; aussi est-il ra qu'il y ait infiltration immédiate d'urine. Souvent aussi rinUammation
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produite par la blessure elle-même détermine le gonflement des bords de la solution de continuité; on observe une obstruction momenlanée de l'urôthre, obstruction qui peut être telle que les sondes ne puissent pénétrer dans la vessie.
Lorsque la lésion de l'urèthre est produite par un corps contondant, elle peut présenter des particularités que Terrillon, dans la thèse que nous avons déjà citée, a divisées on trois degrés.
Dans le premier degré, la lésion porte exclusivement sur le tissu spongieux, qui est limité en dedans par la muqueuse et en dehors par l'enveloppe fibreuse. C'est ce que Reybard a décrit sous le nom de rupture interstitielle; la portion spongieuse de l'urèthre est formée par des vacuoles remplies de sang. Si une brusque pression cherche à déprimer ces vacuoles, le sang qui ne peut être comprimé, dit ce savant chirurgien, fera éclater les parois de ces vacuoles; le sang s'accumulera dans la cavité produite par la déchirure du corps spongieux et formera une poche sanguine, limitée en avant et en arrière par du tissu spongieux intact, mais à surface déchiquetée en dedans par la muqueuse et. en dehors par la membrane fibreuse.
Dans le second degré, la muqueuse est plus ou moins atteinte et sa rupture communique avec le foyer interstitiel. A ce degré la muqueuse est rarement atteinte dans tout son pourtour, et c'est la paroi inférieure qui est lésée (ïerrillon). Dans le troisième degré, tout est rompu, le tissu spongieux et les deux membranes, muqueuse et fibreuse; mais la rupture de la muqtieuse peut être complète ou incomplète. Lorsqu'elle estincomplète, on trouve une petite languette qui relie l'un à l'autre deux bouts de l'urèthre qui, sous l'influence de la rétractilité des tissus, vont s'écartci- l'un de l'autre. Lorsque la muqueuse est rompue complètement, les . deux, portions du canal sont écartées de 2 à 4 centimètres, laissant une cavité intermédiaire qui est remplie de caillots. Les deux surfaces des. bouts antérieur et postérieur du canal sont mâchonnées et présentent des débris qui flolteni dans la cavité intermédiaire. La muqueuse recroquevillée peut produire un véritable rétrécissement ne permettant pas le passage de la sonde.
Si la déchirure a atteint la portion membraneuse, il n'y a plus à considérer plusieurs degrés dans la contusion, car dans cette région, on ne rencontre plus de tissu spongieux et presque toujours la déchirure comprend toute l'épaisseur de la paroi uréthrale, dont les deux sections sont souvent très écartées.
Quel que soit le point du canal de l'urèthre qui ait été atteint, il y. a une disposition sur laquelle M. Terrillon a. insisté avec raison,. c'est que la déchirure est presque toujours li-ansversale, ce qui explique la facilité avec laquelle se produit le rétrécissement.
A la suite d'une contusion du périnée, la région la plus fréquemment atteinte est la partie moyenne du bulbe; à la suite d'une fracture du pubis, c'est la région membranense qui est plutôt le siège des complications que l'on peut observer du côté de l'urèthre.
Dans la majorité des cas de plaies contuses de l'urèthre, le périnée est le siège de désordres assez considérables, épanchements de sang, déchirure des muscles. La peau peut même présenter une déchirure communiquant avec celle de l'urèthre, mais c'est exceptionnel.
Symptomatologie. — Les troubles fonctionnels varient suivant la nature de la solution de continuité ; examinons d'abord le cas le plus simple, celui d'une plaie pénétrante de l'urèthre par instrument tranchant. Immédiatement après l'accident, une quantité plus ou moins grande de sang s'écoule à la fois par la plaie et par le méat, puis au moment de la miction, l'urine sort, mélangée à une certaine quantité de sang, partie par le méat, partie entre les lèvres de la plaie; si cependant cette dernière est très étroite, tout le liquide s'échappera par le méat, et il en sera de même lorsque le gonflement aura obturé la solution de continuité. Le blessé éprouve, pendant la miction, de la douleur dans toute la longueur du canal et dans le trajet de la plaie; la miction est en général assez facile d'abord, mais au bout de six ou huit heures, quelquefois plus tard, le gonflement des parois de l'urèthre, dû à la blessure elle-même et surtout au contact de l'urine, diminue le calibre du canal, l'obstrue même complètement; il y a rétention d'urine et, si l'on veut introduire une sonde dans la vessie, on ne peut quelquefois franchir cet obstacle.
Les accidents produits par une fausse route sont quelquefois insignifiants parce qu'ils sont dominés par ceux de la lésion pour laquelle on pratiquait le calhétérisme. Au moment oh elle est produite, la main de l'opérateur sent que Tinstrument pénètre par saccade dans un tissu mollasse; une goutte de sang, remontant le long de l'instrument, vient souvent donner une preuve certaine de la lésion.
Une fois la fausse roule formée, si elle est petite et incomplète, la guérison peut s'obtenir naturellement; elle s'obtient lentement, mais elle finit par se produire. Si la fausse route est complète, elle s'accompagne d'infiltration urineuse et d'accidents inflammatoires qui, le plus ordinairement, sont suivis do mort. Les plaies contuses de l'urèthre produites par une contusion du périnée présentent des symptômes intéressants à étudier, car ils peuvent guider dans la thérapeutique qu'il faut instituer contre cette grave lésion.
La douleur qui accompagne la contusion est peut-être plus vive dans les contusions peu prononcées que dans les violentes contusions ayant amené un broiement complet des tissus (Tcrrillon). Mais un genre de douleurs beaucoup plus effrayantes vient remplacer celte
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douleur de contusion, c'est celle produite par le besoin incessant d'uriner et par le passage de l'urine sur la plaie. Lorsque la rupture de l'urèthre se produit dans la région pénienne pendant le coït, c'est la douleur qui indique la lésion.
Peu de temps après la contusion, il se produit de l'uréthrorrhagie qui vient indiquer la déchirure de la nnuqueuse.
La quantité de sang est très variable ; quelquefois très considérable, souvent elle est minime et le sang n'apparaît que goutte à goutte ou par un petit suintement. A la suite de contusion même violente, on peut ne voir survenir le sang que quelques jours après l'accident ou lorsqu'on introduit une sonde dans le canal, et certains chirurgiens ont cru pouvoir expliquer ce phénomène par la formation d'un caillot venant oblitérer le canal; M. Terrillon, dans son excellente thèse, croit que, dans ce cas, la muqueuse, décollée par le sang, se perfore soit spontanément par du sphacèle, soit artificiellement par le bec de la sonde.
A la suite de contusion de l'urèthre, le sang peut refluer dans la vessie, principalement lorsque la lésion siège en arrière du bulbe.
L'écoulement du sang, à la suite de plaies confuses de l'urèthre, n'est pas en rapport avec l'étendue et surtout la profondeur de la lésion; une déchirure superficielle peut saigner longtemps, rien ne venant l'arrêter; dans une plaie profonde, au contraire, l'infiltration des tissus peut rapidement amener un gonflement qui arrêtera l'hémorrhagie et produira la rétention d'urine.
La rétention d'urine peut exister d'emblée ou ne survenir que quelques heures plus tard. Lorsque la déchirure a été complète, assez étendue pour amener une rétraction des deux bouts du canal, ou lorsque le broiement des tissus s'est accompagné de suite d'un épanchement sanguin considérable, la rétraction se produit d'emblée ; si, au contraire, la lésion rentre dans ce que l'on appelle rupture interstitielle, ou qu'elle ne s'accompagne que de peu de déplacements des organes, la rétention ne se produira que lorsque l'inflammation ou l'épanchement de sang et même d'urine auront amené une oblitération du canal.
Quelquefois la rétention, après avoir persisté pendant plusieurs heures, cesse d'elle-même ; dans ces cas, il faut admettre que le spasme de la portion membraneuse est la cause occasionnelle de cet accident.
L'examen de la région de la vessie permettra facilement de constater la plénitude de la vessie, qui indiquera au chirurgien la nécessité d'intervenir.
Outre ces différents symptômes, les plaies confuses de l'urèthre, survenant à la suite d'une contusion du périnée, s'accompagnent le plus ordinairement de la présence d'une tumeur sanguine périnéale
pouvant présenter jusqu'au volume de la tête d'un fœtus (Voillemier) et même d'un chapeau (Demarquay).
Celte poche remplie d'abord de sang, puis ensuite d'urine, peut devenir le point de départ d'accidents excessivement graves qui déterminent les indications de la thérapeutique.
Les plaies de l'urèlhre par armes à feu s'accompagnent de délabrements assez considérables des parties environnantes, de brûlures et souvent de mâchurcs des lèvres de la plaie impossibles à préciser, mais qui peuvent augmenter les accidents développés par l'inflammation consécutive.
Nous venons d'étudier les symptômes qui se présentent au moment même des plaies contuses du canal de l'urèthre, il faut maintenant dire un mot des phénomènes qui vont survenir et qui peuvent être considérés comme de véritables complications.
L'infiltration urineuse est un des accidents les plus constants; elle se produit dans les quarante-huit premières heures et peut atteindre des proportions considérables.
Bientôt l'inflammation envahit les parties contusionnées et trouve dans ces tissus écrasés, infiltrés de sang et d'urine, un terrain disposé à se laisser détruire entièrement et à être le foyer de phlegmons considérables.
Lorsque le canal a été entièrement détruit, le bout antérieur se rétracte et devient le siège d'un rétrécissement; le bout postérieur adhère aux parties voisines, mais est beaucoup plus rarement atteint de rétrécissement.
Lorsque le malade, grâce à une thérapeutique énergique, a pu triompher des accidents primitifs et secondaires, on voit les tissus se rétracter, mais dans la majorité des cas il persiste une ou plusieurs fistules et de plus le canal de l'urèthre devient toujours le siège d'un rétrécissement des plus prononcés ; nous y reviendrons en parlant du rétrécissement de l'urèthre.
Dans quelques cas heureux où la cicatrisation extérieure s'est produite, il reste souvent une poche entre les deux bouts du canal, qui se remplit à chaque miction et que les malades sont obligés de vider avec leur main.
Diagnostic, — Il est en général facile : l'écoulement de sang par le méat en dehors du moment de la miction, l'écoulement de l'urine par l'orifice cutané, sont des caractères certains de la solution de continuité du canal.
On ne saurait confondre cette affection avec une lésion de la vessie, des reins ou des uretères, puisque dans ces cas la présence du sang dans le canal ne se manifesterait qu'au moment de la miction, et que l'écoulement d'urine par la plaie serait continu. Si cependant l'écou-
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lement sanguin venait à manquer, si la plaie en raison de son clroitesscou de sa disposition valvulaire ne donnait point passage à l'urine, on pourrait croire à une plaie non pénétrante; mais la rétention, et même la diminution du jet d'urine, mettront facilement sur la ' voie.
Le diagnostic des fausses routes est parfois très difficile, souvent cet i- accident se produit sans que le praticien ou le malade en ait conscience. ! Dans certains cas on reconnaîtra que l'urèthre a été blessé par la sonde ;\ l'écoulement sanguin, à la déviation de l'instrument explorateur ; ^ I mais l'écoulement du sang peut être produit par le frottement de l'instrument sur des fongosités uréthrales, et la sonde n'est pas déviée lorsque la fausse route est parallèle au canal. 11 est des cas oii l'on ne reconnaît l'accident dont il est ici question, qu'à la possibilité d'en- I ' foncer la sonde jusqu'au pavillon sans qu'on pénètre dans la vessie. Pronostic. — Le pronostic des plaies confuses du canal de l'urèthre est toujours grave, car si, dans quelques cas heureux, la guérison : s'obtient facilement, dans la majorité, on a à combattre des accidents ! secondaires graves et de plus on doit toujours redouter, excepté 1 peut-être à la suite des fausses routes, un rétrécissement traumatique.
Le pronostic éloigné des plaies contuses de l'urèthre est donc I toujours très sérieux, mais le pronostic que l'on pourrait appeler i immédiat, celui qui dépend des accidents consécutifs, est excessivement variable.
Le pronostic des fausses routes est toujours grave, car il survient souvent des accidents infectieux; celui des plaies par armes à feu est I beaucoup moins sérieux lorsque l'écoulement de l'urine se fait » aisément.
Les plaies par instruments tranchants sont plus difficiles à guérir lorsqu'elles sont transversales que lorsqu'elles sont longitudinales ; mais les plaies dans lesquelles le pronostic est peut-être le plus variable, sont celles qui surviennent à la suite de contusions. Dans un remarquable rapport que M. F. Guyon fit, à la Société de chirurgie, sur un mémoire de M. Gras (de Brest), le savant chirurgien de Necker a admis trois variétés: 1" cas légers; 2° cas de gravité moyenne, et . 3° cas graves.
Cas légers. — Ce sont ceux dans lesquels il apparaît peu de sang à l'extrémité du méat, la miction est douloureuse, mais peut s'effectuer, absence de tumeur au périnée, et l'introduction de la sonde s'exécute I facilement.
Dans les cas de ce genre, sauf la crainte du rétrécissement cicatriciel ' consécutif, tout se passe bien.
Cas de gravité moyenne. — L'hémorrhagie a été et est encore abon- '■ dantc,la miction est difficile, douloureuse et la vessie ne se vide pas
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entièrement; il y a une lumeur au périnée. Si l'on peut, grâce à une sonde à demeure, éviter l'introduction de l'urine dans le foyer, si la sonde n'est pas une cause d'inllammation, on peut obtenir encore un assez bon résullat.
Cas graves. — La rélentioii d'urine est complète, et il est impossible de pénétrer dans la vessie, déplus il existe une volumineuse tumeur périnéale et l'hémorrhagie est très aijondanie. Ici les conditions de la rupture du corps spongieux et de l'urètlire sont telles, que les deux bouts rétractés à une grande distance ou disposés en bec de flûte quand la paroi supérieure a résisté, empêchent l'introduction de la sonde; la présence des caillots est en grande partie la cause de la difficulté de miction ; enfin, l'abondance du sang épanché, la meurtrissure des corps spongieux et des parties voisines sont telles, que presque fatalement l'iiiilammation va envahir ces pai'ties.
L'infiltration d'urine dans tout le périnée sera la conséquence inévitable de ces désordres (Terrillon).
La division que nous venons de donner est intéressante à connaître, car elle peut servir à guider le chirurgien dans la thérapeutique qu'il doit opposer à de semblables lésions ; mais il est bon de savoir qu'elle est loin d'être absolue et que certains cas, légers au début, peuvent devenir le point de départ d'accidents excessivement graves.
Il faut toujours se rappeler ce que nous disions plus haut, conformément à l'opinion de Beckel, que toute rupture de l'urèthre est le point de départ d'un rétrécissement. Ce rétrécissement est formé par une bride cicatricielle portant sur la partie lésée, mais il peut y avoir des rétrécissements que l'on pourrait appeler rétrécissements extérieurs qui sont peu connus.
A la. suite d'une contusion du périnée, il se présente presque toujours une masse fibreuse, dure, qui fait partie de la bride cicatricielle, mais il peut se former, dans la région contuse, de véritables tumeurs qui compriment le canal de dehors en dedans. Nous en avons vu un cas dans le service de M. Horteloup, au Midi : un homme, tombé six ans auparavant sur le périnée, avait vu survenir un rétrécissement qui le fit exempter du service militaire. Lorsqu'il vint à l'hôpital du Midi, il avait une fistule urinaire siégeant derrière ce rétrécissement, on sentait très distinctement une tumeur du volume d'une orange, au niveau du périnée et paraissant faire partie du noyau cicatriciel. M. Horteloup pratiqua Turéthrotomie externe, un cathéter fut introduit jusqu'au rétrécissement et une large incision divisa la tumeur en deux; coupant lentement, le chirurgien aperçut, au fond de la plaie, le canal de l'urèthre dans lequel on sentait le cathéter. Avant de le seclionnerj on fit appuyer sur le cathéter qui pénétra lentement dans la vessie ; l'incision de cette tumeur avait suffi pour faire cesser la pression
PLAIES DE L'URÈTHRB.
qu'elle exerçait sur le canal de l'urèthre et qui déterminait le rétrécissement.
Cette compression extérieure de l'urèthre par ces masses indurées résultant de l'inllammation des tissus broyés dans la chute doit être un des modes de formation des rétrécissements survenant chez des individus dont la rupture n'avait souvent été qu'interstitielle.
Le début du rétrécissement après une contusion est souvent très variable ; dans le plus grand nombre de cas, les malades ont reconnu une gêne dans la miction, de suite après la chute, mais on a signalé quelquefois une période de deux et trois ans avant le début du rétrécissement.
Le pronostic immédiat des déchirures de l'urèthre est toujours grave, la mort peut survenir par infection purulente très rapidement, des fistules difficiles à guérir peuvent se présenter; enfin les rétrécissements, presque infaillibles, sont des plus difficiles à guérir, car ils ont une tendance prononcée à la récidive.
Enfin les complications qui accompagnent les divisions du canal de l'urèthre ajoutent encore à la gravité de ces lésions.
Traitement. — Les premiers accidents sérieux qui se manifestent à la suite des plaies de l'urèthre sont : l'hémorrhagie, l'infiltration et la rétention d'urine; le chirurgien devra donc s'attacher à les prévenir, puis à les combattre. Aussitôt que l'on sera appelé auprès d'un malade , affecté d'une plaie de l'urèthre, on introduira une sonde dans la vessie: cette manœuvre aura pour but: 1' d'arrêter l'écoulement sanguin; 2° d'empêcher l'infiltration d'urine; 3° de prévenir l'obstruction du canal par le gonflement. La sonde sera introduite doucement par le méat urinaire, et conduite jusque dans la vessie. Malheureusement, le calhétérisme n'est pas toujours possible, et l'on arrive auprès des malades alors qu'il y a impossibilité de faire pénétrer la sonde .L'instrument arrive bien jusqu'au niveau de la solution de continuité; mais, soit que l'orifice inférieur de la plaie ne se présente plus sur le même plan que l'orifice supérieur, soit que le gonflement ait détruit toute perméabilité, cet obstacle ne peut êlre franchi. Il faut alors recourir à un des procédés de ponction vésicale et nous conseillons d'employer la ponction capillaire avec l'aspiration. Cette ponction, presque insignifiante, permet d'attendre quelques heures sans crainte pour le blessé, mais elle n'est qu'un palliatif et il faut, sauf dans des cas très légers où la rétention est plutôt de cause spasmodique que par compression ou déchirures du canal, recourir à d'autres procédés qui ont été discutés avec grand soin dans les travaux que nous avons cités plus haut.
Dans les plaies du canal de l'urèthre il y a certainement deux grandes indications à remplir: remédier à la rétention d'urine et empêcher
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l'infillration d'urine, mais il faut encore mettre le malade à l'abri des terribles accidents qui vont se produire au milieu des tissus qui ont été broyés par le traumatisme. Chez un individu auquel on a pu introduire une sonde dans la vessie à travers un urèthre contusionné, on a encore des accidents d'inflammation et niôme d'infiltration d'urine à redouter.
D'abord l'introduction de la sonde est toujours difficile et peut augmenter les déchirures; de plus, elle peut irriter les organes et faciliter l'inflammation ; enfin elle ne met pas à l'abri de l'infiltration d'urine.
Malgré ces graves reproches que l'on peut adresser au cathétérisme, il est rare qu'on ne cherche pas à y avoir recours, car si on peut le pratiquer sans trop de difficultés, on est toujours à même d'employer d'autres procédés pour combattre les accidents ultérieurs.
A moins d'avoir une très grande habitude du cathétérisme où alors on peut employer des sondes métalliques, nous conseillons d'avoir recours à des sondes en caoutchouc vulcanisé (Gras).
Disons de suite que lorsqu'on a pu introduire une sonde en caoutchouc dans la vessie, il est préférable de la laisser à demeure pendant cinq ou six jours ; il faut alors la retirer et attendre quelques heures pour savoir si le malade ne pourra pas uriner seul ; si la miction s'effectue, il ne faut plus intervenir; si, au contraire, le malade n'urine pas, il faudra avoir recours de nouveau au cathétérisme et, si on l'exécute facilement, ne plus laisser la sonde à demeure, mais y revenir lorsque cela sera nécessaire.
Quoiqu'il y ait de nombreuses observations prouvant que la sonde à demeure ait donné de bons résultats puisque les malades ont guéri, il faut savoir que la guérison est toujours assez longue et que de plus ce mode de traitement ne suffit pas pour remédier à tous les accidents ultérieurs.
Nous dirons la même chose pour la ponction de la vessie, ce n'est qu'un palliatif; la ponction capillaire avec aspiration doit certainement être préférée à la ponction ordinaire avec le gros trocarl. Elle ne donne que quelques heures de répit, mais elle ne fait pas courir au malade les dangers d'infiltration urineuse inhérente à la ponctipn ordinaire, qui a surtout pour motif de pouvoir laisser une sonde à demeure introduite par le gros trocart.
Quant à la ponction périnéale, c'est un procédé difficile et qui ne peut être érigé en méthode générale. Il en est de même pour la ponction pratiquée par le rectum.
En présence des difficultés que peut présenter le cathétérisme qui pas plus que la ponction vésicale ne met le blessé à labri de graves accidents, les chirurgiens ont cherché un autre traitement plus éner-