Al'FICCTIÛNS DKS OS
pourvu de dossier du côté dos pieds, placé de telle sorte que Ton puisse facilement circuler autour. Les lits de plume sont trop mous et trop chauds et devront en conséquence être proscrits ; des matelas un peu l'ennes, des sommiers de crin, sont ce qu'il y a de plus convenable ; il faut en outre qu'il représente un plan horizontal. 11 est très-bon, suivant le conseil de J. L. Petit, de placer une large plancbe entre le premier et le second matelas pour les empêcher de s'affaisser sous le poids du tronc et de former une excavation dans laquelle le bassin tend toujours à descendre, ce que l'on observe surtout lorsque Ton soulève la partie supérieure du tronc avçc plusieurs oreillers, position qui présente le double inconvénient de l'aire porter presque tout le poids du tronc sur la région sacrée, et de pousser sans cesse, dans les fractures des membres abdominaux, le fragment supérieur de manière à le faire chevaucher sur le fragment inférieur.
Le lit ainsi disposé suffit en général pour le traitement des fractures simples ; mais dans les fractures compliquées, et surtout dans les fractures simultanées de plusieurs membres, le blessé ne pouvant faire aucun mouvement, il devient très-difficile de lui passer sous le siège les vases plats dont on se sert ordinairement pour recevoir les garderobes; le lit ne tarde pas à être sali par l'urine et les matières fécales, quelquefois par la suppuration; il faut alors avoir recours à un lit mécanique qui permette de soulever le malade sans imprimer de mouvement aux membres fracturés. Parmi les appareils très-nombreux qui ont été inventés dans ce but (1), le lit de Rabiot, celui de Gellé et le lit hydrostatique de M. Arnott (de Londres) me paraissent les plus convenables (2).
(1) On pourra consulter, pour plus de détails sur ce sujet, le Traité des fractures de Richter, et l'atlas qui l'accompagne.
(2) Le lit de Rabiot est constitué par un coutil percé dans son milieu d'un trou ar-
Fi« 39.
rondi de six à huit pouces de diamètre; ce coutil est attaché par ses quatre cùlés à un cadre de bois ; aux angles de ce cadre sont attachées des cordes qui se réiléchissent sur
Entre toutes les modifications heureuses apportées dans ces dernières années à la construction de ces lits mécaniques, nous citerons les matelas constitués par des lames de caoutchouc vulcanisé soudées par leurs bords. Une ouverture est ménagée au centre pour les déjections dans les cas où les malades ne peuvent être déplacés. Ces matelas étant remplis d'eau convenablement sont tellement doux qu'ils préviennent les eschares et même les font disparaître quand elles sont déjà formées.
Réduction des fractures. — Réduire une fracture, c'est remettre les fragments déplacés dans leurs rapports normaux ; la réduction suppose donc un déplacement; par conséquent dans toute fracture exempte de déplacement il n'y a pas de réduction à opérer, on se borne à maintenir les fragments. Toutes les fois, au contraire, que dans une fracture des membres il existe un déplacement et que la réduction est possible, il
quatre poulies que présentent les colonnes du lit, de forme ordinaire, et vont s'enrouler sur un treuil à manivelle ; un matelas troué, recouvert par un drap troué également, est placé sur le cadre mobile, que l'on élève à volonté en tournant la manivelle, et que l'on repose sur les matelas contenus dans le fond du lit à colonnes. On voit tout de suite que ce lit doit être d'une grande utilité dans bien des circonstances que nous aurons occasion de signaler.
Le lit de Gellé (fig. 40) est composé de courroies séparées qui servent de support au malade. Ces courroies sont attachées de chaque côté dans les anneaux d'une corde
Fig. 40.
comme les suspenseurs d'un hamac. Les cordes du hamac sont fixées par leurs extrémités à deux cylindres munis chacun d'un treuil. Les axes de ces cylindres s'appuient sur deux barres placées parallèlement à l'axe longitudinal du lit et qui font partie d'un parallélogramme ou cadre composé de quatre pièces de bois qui entourent le lit. Un encliquetage, convenablement adapté à chaque treuil, -permet de soulever le malade, de le replacer sur un lit de rechange et môme de le descendre dans une baignoire. La figure 1 représente le lit à son état ordinaire ; la figure 2 montre la malade soulevée pour le pansement.
NÉLATON. — PATll. CUIlt. U 12
1 /e AFFECTIONS DES OS.
faut réduire. Cette manœuvre comprend l'extension, la contre-extension, la cooptation.
L'extension est une traction que l'on exerce sur le fragment inférieur pour le replacer dans ses rapports normaux. La contre-extension est un effort exercé en sens inverse sur l'autre fragment pour l'empêcher de céder à la force extensive. La coaptation consiste à diriger les fragments de manière à adapter exactement l'une à l'autre les surfaces de la fracture.
A. De l'extension et de la contre-extension. Ces deux actions s'exercent simultanément. Les lacs, les machines, ont été employés autrefois pour cette manœuvre dans le but d'avoir une force graduelle, facilement calculable et plus régulière que celle des aides (1); mais ils sont maintenant proscrits par le plus grand nombre des chirurgiens; les mains suffisent, dans tous les cas, pour l'opérer. Un aide chargé de la contreextension embrasse avec les deux mains la partie supérieure du membre, la fixe, la rend immobile ; un second aide chargé de l'extension saisit l'extrémité libre de ce membre, et exerce une traction assez faible d'abord, puis progressivement augmentée, jusqu'à ce que celui-ci ait recouvré sa longueur normale.
Les deux forces extensive et contre-extensive doivent être appliquées sur les sections du membre qui s'articulent avec chacun des fragments, et non sur ces fragments eux-mêmes, afin d'éviter la douleur et les contractions spasmodiques qui résulteraient de la compression exercée sur les muscles qui passent au-devant de la fracture.
Avant d'opérer la traction, il faut donner au membre une position convenable. La demi-flexion, dont Pott a beaucoup exagéré les avantages, peut quelquefois être utile en déterminant le relâchement des muscles qui forment l'obstacle le plus puissant à la réduction.
On dit ordinairement que l'extension doit être exercée d'abord dans la direction du fragment déplacé que l'on ramène peu à peu à sa direction normale. Celte traction, parallèle à l'axe du fragment déplacé, a sans doute pour but de dégager d'abord l'extrémité de ce fragment : mais il est facile de se convaincre, en réfléchissant à ce qui se passe dans cette circonstance, qu'on ne peut, le plus ordinairement, dégager cette extrémité qu'après avoir ramené les deux fragments dans la même direction. D'un autre côté, il est telle espèce de déplacement où cette traction dans le sens du fragment déplacé serait évidemment nuisible î ainsi, par exemple, dans une fracture située au-dessus des condyles du fémur, lorsque le fragment inférieur a exécuté un mouvement de bas-
(1) On a conseillé, pour mieux obtenir la contre-extension au moyen île ces procédés de force, de fixer les lacs contre-extenseurs à un point d'appui résistant, par exemple à un anneau scellé dans un mur.
culc qui porte son extrémité supérieure dans le creux poplilé, pourraiton donner le précepte d'opérer l'extension directement en avant, perpendiculairement à Taxe du fragment supérieur? La règle à suivre me parait pouvoir être formulée de la manière suivante : ramener les deux fragments dans la même direction, puis opérer l'extension suivant l'axe du membre.
Ce précepte est également applicable lorsque c'est le fragment supérieur qui a subi le déplacement. /
Il est impossible de préciser le degré de force qui doit être employé ; chez tel blessé, la traction la plus légère suffit pour réduire la fracture : chez tel autre on rencontre une résistance considérable. On peut alors chercher à distraire l'attention du patient par des questions pressantes. Si le sujet est jeune, vigoureux, fortement musclé, on peut, avec avantage, recourir à emploi des agents anesthésiques.
B. Coaptation. Le chirurgien se charge ordinairement de la eoaptation, secondé dans cette manœuvre par l'aide qui opère l'extension. Existe-t-il un déplacement suivant la circonférence, il imprime au fragment le plus éloigné du tronc un mouvement de rotation sur son axe, tandis que l'aide chargé de l'extension fait tourner dans le même sens l'extrémité qui lui est confiée. Y a-t-il un déplacement suivant l'épaisseur, le chirurgien cherchera à pousser en sens inverse l'extrémité déplacée de chacun des fragments, de manière à adapter exactement les surfaces de la fracture. Cette manœuvre, applicable surtout aux fractures des os qui, en raison de leur position superficielle, peuvent facilement être saisis à travers les téguments, est rarement utile lorsque les fragments sont enveloppés par des couches épaisses de mus* cles; on se borne alors à rendre au membre sa longueur et sa forme normales.
Il est assez rare que la réduction d'une fracture présente de grandes difficultés lorsqu'on est appelé à donner des soins au blessé dans les premières heures qui suivent l'accident. Le chirurgien peut souvent alors l'opérer seul en saisissant le membre au-dessus et au-dessous du point fracturé; et en exerçant lui-même l'extension et la contre-extension, en même temps qu'il replace les fragments dans leurs rapports normaux.
Dans les fractures qui sont accompagnées de diduction des fragments, il est clair que l'extension et la contre-extension sont inutiles; il suffit d'affronter les surfaces de la fracture, ce que l'on obtient en donnant au membre une position convenable : ainsi, par exemple, en le mettant dans l'extension, s'il s'agit d'une fracture de la rotule ou de l'olccràne, afin de relâcher les muscles extenseurs.
11 existe, ainsi que nous l'avons vu, des fractures dans lesquelles le déplacement a fort peu de tendance à se produire; d'autres, au con-
180 AFFECTIONS IJES OS.
traire, clans lesquelles le déplacement s'opère aussitôt que l'on cesse de contenir les fragments : dans les premières, le repos de la partie blessée, uni à une position convenable, suffirait pour amener la guérison; dans les secondes, il est indispensable d'employer des moyens contentifs pendant tout le temps nécessaire à la consolidation.
Moyens contentifs. Les moyens qui ont été imaginés pour maintenir la réduction ont été variés à l'infini (1). L'étude de tous les appareils employés par nos devanciers, curieuse sans doute pour montrer les progrès de notre art, serait déplacée dans un livre destiné à exposer seulement l'état actuel de la science : aussi nous bornerons-nous à faire connaître ceux qui sont restés dans la pratique, et nous décrirons : 1° le bandage roulé; 2° le bandage à bandelettes séparées, ou bandage dit de Scultet; 3° les appareils à extension continue ; h° les appareils à pression limitée; 5° les appareils inamovibles ; 6° les appareils hyponarthéciques ; 7° les appareil* à doubles plans inclinés. Les bandages bouclés et les appareils à bandes croisées ne s'appliquant qu'à un très-petit
Fig. àl. — Attelles et coussin.
nombre de fractures seront décrits à l'occasion de celles qui en réclament l'emploi.
(1) On trouvera tous les détails relatifs à ce sujet dans la thèse de Malgaigne (Des appareils pour le traitement des fractures en général, in-8. Paris, 1841). Travail qui indique une connaissance approfondie de la littéiaturc médicale.
Les objets qui sont nécessaires pour la confection de ces divers appareils sont : des compresses carrées, longues et graduées; des bandes de toile, larges de 5 centimètres environ : plus larges, elles s'appliquent lifficilement; des attelles de bois(fig. Al) ou de fil de fer tressé dont la longueur et la largeur varient suivant les dimensions du membre : l'épaisseur de ces attelles doit être assez considérable pour les rendre à peu près inflexibles; leur longueur a beaucoup varié depuis Hippocrate. Les unes sont moins longues que l'os fracturé, ce sont les attelles immédiates de Dupuytrcn, ainsi nommées par opposition aux médiates, qui soutiennent le membre dans une grande longueur. Les premières s'opposent au déplacement latéral d'une portion de membre fracturé, les secondes servent à mettre obstacle à la rotation du membre entier : Jamais les attelles ne doivent être mises à nu sur la peau. On se sert quelquefois d'attelles formées de plusieurs pièces réunies, de façon à pouvoir prendre la forme du membre. On remplace souvent avec avantage, chez les enfants, les attelles par des plaques de carton mouillées, qui se moulent sur la partie, et qui acquièrent en se desséchant une solidité suffisante pour les rendre propres à s'opposer à tout déplacement. Telles sont les parties que l'on peut considérer comme les éléments communs des divers bandages que nous allons passer en revue; elles sont assez connues pour que nous nous dispensions d'en dire davantage. Quant aux objets destinés spécialement à certains appareils, il seront décrits avec ces derniers.
Fig. h2. — Appareil à attelles métalliques développé.
A. Bandage roulé (spiral de Gerdy). Le bandage roulé tel qu'on l'employait autrefois, c'est-à-dire composé seulement d'une bande à l'aide de laquelle on faisait plusieurs circulaires, d'abord au niveau de la fracture, puis ensuite au-dessus et au-dessous, de manière à recouvrir le
i0ii AFFECTIONS DES OS.
membre tout entier, n'est plus usité maintenant. On joint ordinairement à ce bandage, qui n'avait qu'une bien faible action contentive, des attelles qui encaissent, pour ainsi dire, la partie et s'opposent à tout mouvement dans sa continuité (fig. 43). Voici la manière de l'appliquer :
les premiers tours de bande entourent l'extrémité libre du membre, puis ils se rapprochent graduellement du tronc en se recouvrant aux deux tiers environ; lorsqu'ils ont enveloppé la section qui correspond à la fracture, le chirurgien confie à un aide ce qui reste de la bande, place ses attelles, et reprenant la bande, il termine par des circulaires qui recouvrent les attelles. Dans l'application de ce bandage, il faut serrer assez pour donner à l'appareil une solidité convenable et éviter cependant d'arrêter la circulation par une compression trop énergique. Tantôt deux attelles suffisent: le plus souvent on en applique trois; il est rare que l'on soit obligé d'en employer quatre; on évite ordinairement d'en placer une sur le trajet des vaisseaux.
Le bandage ainsi construit et bien appliqué exerce une pression uniforme sur toute la surface du membre et maintient exactement les fragments de l'os ; il a un poids peu considérable qui le rend très-convenable pour les fractures des membres supérieurs; mais il faut, pour l'appliquer, que l'on puisse soulever la partie, l'isoler, ce qui ne se fait pas sans lui imprimer des mouvements qu'il est souvent utile d'éviter, soit pour épargner de la douleur au blessé, soit dans la crainte de déplacer de nouveau les fragments.
B. Bandages à bandelettes séparées ou de Scultet (croisé de Gerdy) (fig. bli). Les objets nécessaires pour construire cet appareil sont : 1° des bandelettes de linge, au nombre de quinze à vingt, larges de 5 centimètres, assez longues pour faire presque deux fois le tour du membre sur lequel on les applique ; 2° une pièce de toile ayant la
forme d'un carré long : cette pièce, dont le plus petit côté doit avoir au moins la longueur des attelles, est désignée sous le nom de porteattelles; 3° des attelles; W des coussins remplis de balles d'avoine ; 5° des liens en rubans de fil ; 6° quelques compresses carrées.
Fig. 44. — Bandage à bandelettes séparées de Scultet.
Les divers éléments du bandage sont disposés ainsi qu'il suit : On place d'abord sur une table les liens au nombre de trois ou cinq couchés parallèlement les uns aux autres et également espacés. Sur ces liens on étend le porte-attelles, et sur celui-ci les bandelettes séparées; parmi ces bandelettes on choisit les plus longues pour les appliquer les premières dans le point qui doit correspondre à la partie du membre la plus rapprochée du tronc; la première de ces bandelettes est recouverte par la seconde dans les trois quarts de sa largeur, la seconde par la troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elles forment une couche d'une étendue égale à la longueur du membre, ou seulement à la section du membre sur lequel on veut appliquer l'appareil. Les choses étant ainsi disposées, on replie les bords du porte- attelles et les liens de manière à recouvrir l'extrémité des bandelettes, puis on fait un second pli et l'on ferme tout l'appareil dans son milieu, en appliquant ses deux moitiés l'une contre l'autre ; on peut alors le transporter sans craindre de le déranger.
Lorsqu'on veut l'employer, on le glisse sous le membre blessé, on le développe, et l'on procède à son application de la manière suivante :
L'extension et la contre-extension continuant à être convenablement faites, l'appareil est imbibé avec une liqueur résolutive, des compresses sont étendues sur la partie où siège la fracture; alors le chirurgien glacé au côté externe du membre, tandis qu'un aide se tient du côté opposé, procède à l'application successive des bandelettes. A mesure qu'il prend un des chefs, l'aide saisit celui qui lui correspond, et exerce sur lui une légère traction ; le chef tenu par le chirurgien est relevé et appliqué successivement au côté externe antérieur et interne du membre, et enfin engagé au-dessous de lui. L'excédant de la bandelette est replié sur le côté interne, et étalé avec soin pour éviter les plis; le chef
correspondant est placé par l'aide de la môme manière que le premier,, mais en sens inverse. Cette application des bandelettes doit se faire en commençant par les plus éloignées du tronc, et en remontant graduellement vers la racine du membre. Lorsqu'elles sont toutes placées, le chirurgien et l'aide prennent chacun une attelle, l'enveloppent dans le< bord du porte-attelles, et l'entourent jusqu'à ce qu'elle vienne se placer' sur les côtés du membre, en laissant cependant un espace suffisant pour recevoir un des coussins de remplissage. Avant de glisser ceux-ci entre l'attelle et le membre, on leur donne une forme convenable en déplaçant les balles d'avoine qui les remplissent; on les creuse dans les points qui correspondent aux saillies du membre; on les renfle dans ceux qui correspondent aux excavations. Les deux coussins latéraux étant placés, on en prend un troisième que l'on étend sur la partie antérieure du membre, et que l'on recouvre avec une attelle. L'aide embrasse alors avec ses deux mains les attelles latérales, les rapproche vers le centre du membre en même temps que les deux pouces qui correspondent à l'attelle antérieure servent à la fixer; le chirurgien prend celui des liens qui correspond à la fracture et le fixe en faisant un nœud et une rosette sur l'attelle antérieure ou externe ; les autres liens supérieurs ou inférieurs sont ensuite noués comme le premier. La constriction doit être suffisante pour empêcher l'appareil de se déplacer sans être assez forte pour provoquer des douleurs. Outre l'avantage de comprimer également toute la surface du membre, et de contenir exactement les fragments, cet appareil présente encore celui de pouvoir être appliqué et levé si cela est nécessaire, sans imprimer de mouvements au membre, de pouvoir être renouvelé partiellement lorsque quelques pièces sont salies par le sang et la suppuration : c'est ce qui lui a mérité la faveur dont il a joui jusqu'à nos jours.
C. Appareils à extension continue. Par ces appareils on se propose d'exercer une traction permanente et en sens inverse sur les deux fragments de l'os, afin d'empêcher le raccourcissement du membre. On en a varié les formes presque à l'infini, depuis les simples lacs extenseurs et contre-extenseurs attachés au chevet et au pied du lit jusqu'aux appareils plus compliqués produisant la traction à l'aide de treuils, de crics, de vis, de poids ou de bandes élastiques. Je ne puis donner ici que les principes généraux qui doivent nous diriger dans l'application de ces appareils : 1° les forces extensive et contre-extensive doivent être appliquées sur le membre de manière à agir par une large surface; 2° prendre leur point d'appui sur des parties qui offrent une résistance permanente et passive : tels sont, par exemple, les os ou la peau ; 3° éviter de comprimer les gros troncs nerveux et vasculaires ; h° opérer une traction parallèle à l'axe de l'os fracturé ; 5° agir d'une manière lente et graduée; 6° éviter de comprimer les muscles qui passent au
niveau de la fracture, et dont rallongement est nécessaire pour rendre au membre la longueur qu'il a perdue : c'est dans cette intention que Ton conseille d'appliquer le lien extenseur sur la section du membre qui s'articule avec le fragment inférieur, et la force contre-extensive sur celle qui s'articule avec le fragment supérieur.
Mais, comme nous le verrons, il n'est pas toujours possible, quelque soin que l'on prenne, de se conformer à ces principes; la pression concentrée sur un point limité produit des douleurs quelquefois intolérables et des eschares gangréneuses qui forcent bientôt à renoncer à ces moyens de contention: aussi l'usage en est-il maintenant restreint à un très-petit nombre de cas. 11 n'en est pas de même de l'appareil dit américain qui, prenant son point d'appui sur une très-grande surface, est facilement supporté et rend aujourd'hui les plus grands services dans les fractures de cuisse. Tous ces appareils seront décrits à l'occasion des fractures qui en réclament l'usage.
D. Appareils à pression limitée. Utiles dans les fractures où la coaptation est difficile à maintenir, ces appareils sont destinés à exercer une pression limitée sur les fragments superficiellement placés, mobiles, et qui offrent une très-grande tendance aux déplacements latéraux. La pression de ces appareils peut être continue comme celle du tourniquet, du bandage herniaire, de la pointe métallique de Malgaigne, du tampon d'ouate de M. Denonvilliers; ou intermittente, comme celle obtenue par l'emploi des procédés appliqués par M. Péan à certaines fractures compliquées de plaie et par M. Anger dans le traitement des
fractures de jambe (fig. l\5). Ces appareils sont rarement employés seuls, ils sont habituellement combinés avec d'autres moyens contentifs.
E. Appareils hyponarthécigues (1). Dans les appareils hyponarthéciques, tels qu'ils sont décrits par les auteurs modernes, on trouve deux choses distinctes qui peuvent être réunies ou séparées dans le traitement des fractures : 1° un moyen de contention agissant directement sur le membre ; 2° la suspension, moyen auxiliaire et indirect que l'on peut employer, quel que soit d'ailleurs l'appareil contentif.
Un appareil hyponarthécique se compose : 1° d'une planchette large de 25 centimètres aussi longue que la section du membre où siège la fracture, garnie de pitons à vis ou percée de trous le long de ses bords, portant à l'une de ses extrémités deux montants longs de 30 centimètres qui s'élèvent en formaut un angle droit avec La planchette et que réunissent deux traverses : 2° d'un coussin rempli de balles d'avoine ou fait de caoutchouc et rempli d'eau d'une longueur et d'une largeur égales à celles de la planchette; 3° de liens destinés à fixer le membre. M. Mayor donne la préférence aux cravates pliées en triangle: les compresses longues et étroites peuvent suffire.
Application, La planchette recouverte du coussin étant placée sous le membre, et la réduction opérée par les procédés indiqués, le chirur-
gien prend un des liens, l'engage sous le membre à sa partie supérieure, ramène les deux chefs en avant, les croise, engage chacune de ses extrémités dans les trous qui bordent la planchette, et les arrête par un nœud. Un lien disposé de la même manière fixe la partie inférieure du membre fracturé : si ces deux liens ne suffisent pas pour maintenir les fragments dans leurs rapports normaux, un troisième et même un
(t) De U7TÔ, sous, et và?0r£, attelle. Consulter pour plus de détails le Nouveau système de déligalion chirurgicale de Matbias Mayor. Paris, 1838, 3e édition. Un volume in-S, et atlas in-4-
|uatrième, disposés en forme d'anse, dont les extrémités sont fixées a l'un des bords de la planchette, servent à exercer une traction sur les fragments et à compléter la réduction.
La planchette peut être remplacée par une boîte ou par une gouttière (fig. M et : dans ces deux derniers cas il faut appliquer sur les côtés du membre des coussins de remplissage convenablement disposés, afin de prévenir le déplacement des fragments. Les boîtes ou caisses diffèrent le la planchette en ce que le fond est uni avec deux parois latérales
Fie hl. — Gouttière de Mayor.
planes et parallèles. Vantées par J. L. Petit, elles furent ensuite à peu près oubliées jusqu'au moment où elles furent reprises et modifiées par Baudens (fig. U8). Ce dernier plaça sur le plancher de la boîte un matelas de crin et fit percer sur les parois latérales deux rangées de trous parallèles pour laisser passer les lacs et les bandes destinées à maintenir la coaptation. Quelques trous percés sur la semelle de l'appareil servirent à exercer l'extension permanente (fig. U8). Dans ces dernières années, MM. J. Roux et Gaillard (de Poitiers)!, ont eu l'ingénieuse idée de remplacer les parois latérales de la caisse par un certain nombre de tiges verticales que l'on place à volonté sur les côtés du membre levé et que l'on fixe dans les trous nombreux dont est percée la planchette (fig. l\9 et 50). M. Roux compare ces tiges à de véritables doigts; d'où le nom de polydactyle donné à cet appareil.
Ces appareils, laissant le membre à découvert dans presque toute son étendue, permettent au chirurgien d'exercer sur lui une surveillance active pendant toute la durée de la consolidation, d'apercevoir le moindre déplacement aussitôt qu'il se produit, de panser les plaies, de pratiquer toutes les opérations que peuvent nécessiter les complications, telles qu'ouvertures d'abcès, contre-ouvertures, débridemenl s.
extraction des esquilles, etc., sans toucher au reste de l'appareil, sans imprimer aucun mouvement aux fragments.
Tels sont d'une part, les avantages réels que nous offrent ces appareils; mais il faut reconnaître qu'ils sont moins efficaces que les appareils ordinaires pour contenir les fractures qui présentent une grande tendance au déplacement. La simple gouttière de fil de fer matelassée avec de la ouate présente les mêmes avantages que la planchette et donne en outre la faculté de contenir plus exactement la réduction.
La suspension. Employée dans le siècle dernier par Ravaton, qui nous a laissé dans son ouvrage, ayant pour titre le Chirurgien d'armée, une planche qui représente son appareil, la suspension était complètement abandonnée, lorsque M. Sauter, de Constance, chercha à en démontrer les avantages dans une dissertation publiée en 1812; cependant ses efforts pour faire revivre cette méthode étaient restés à peu près sans succès, lorsque Mathias Mayor (unissant la suspension aux appareils hyponarthéciques) est parvenu à fixer sur elle l'attention des chirurgiens (fig. 51). Pour opérer la suspension, on se sert de cordes passant par les trous pratiqués aux bords de la planchette ou d'un hamac, et venant se fixer, soit à une traverse placée au-dessus du lit, soit à des crochets implantés au plafond.
Fig. 48. — Boîte de Baudens.
pIG. 49, — Appareil polydactyle de M. J. Roux.
Le membre suspendu peut osciller clans tous les sens, sans qu'il se fasse aucun mouvement entre les fragments, ce qui permet au malade
FBACTUHES,
tic se mouvoir, de se soulever dans son lit, avantage incontestable dans le traitement de certaines fractures des membres abdominaux. F. Appareils à doubles plans inclinés. Les doubles plans inclines sont
FiG. 50. — Appareil de M. Gaillard.
tantôt employés seuls, tantôt ils servent à supporter le membre enveloppé d'un appareil contentif.
On a fait usage, pour construire les deux plans inclinés, de coussins, de pupitres, de doubles châssis ; Dupuytren se servait de coussins qu'il accumulait de manière à former une sorte de coin dont le sommet de-
FiG. .51. — Appareil de Mayor.
vaii répondre au jarret, tandis que des deux plans l'un correspondait à la face postérieure de la jambe, et l'autre à la cuisse; le membre demifléclii était maintenu dans cette position par deux draps, dont l'un passait sur la partie inférieure de la jambe et l'autre sur la cuisse. Les coussins étaient disposés de manière que le bassin n'était point soutenu par le lit du côté du membre fracturé, afin que le poids du corps agissant sans cesse sur le fragment supérieur opérât une extension pcr mnnenle (fig. 52).
While d'abord, puis James, de Manchester, firent construire une espèce de pupitre formé de deux planches réunies à charnière, et pouvant se mouvoir sur un châssis découpé à crémaillère : par ce moyen on peut l'aire varier l'angle que forment les deux plans dans le point de leur réunion ; le membre est placé sur ces deux plans garnis de coussins, comme sur l'appareil de Dupuytren.
Fig. 52. — Appareil de Dupuylrcn pour le traitement par la demi-flexion de fractures du fémur.
Delpech a fait construire un double plan incliné à double châssis qui est assez compliqué, mais qui présente sur le précédent l'avantage de pouvoir faire varier l'inclinaison de la cuisse sur le bassin, ou de la jambe sur la cuisse (1), et qui permet également de porter le membre dans l'abduction ou l'adduction.
FlG. 53. — Appareil de Duval.
M. Duval (do Brest) a fait construire pat' M. Charnière un appare i composé de deux cadres articulés de façon à pouvoir s'incliner plus ou
(l) Voyez polir 1(1 description de celte machine le Traité des bandages de Gcrdy, l. I, p. 41?.
l'-lUCTUUKS.
moins l'un sur l'autre. Le fond de ce cadre est formé par une toile que l'on tend ou que l'on relâche à volonté au moyen d un treud (ng. tandis que les côtés sont constitués par les planchettes de bois, que l'on relève et que L'on abaisse à volonté pour faciliter l'immobilisation et les pansements du membre malade.
Fie. 54.
Appareil de M. Péan.
I'IO. 5o.
tinfin Amesbury et quelques chirurgiens anglais ont proposé de coticli' i' le malade sur trois plans de bois articulés et matelassés. Le plan
supérieur sert à varier l'inclinaison de la tète et du tronc, le moyen supporte la cuisse et est percé d'un trou auquel on adapte un bassin pour recevoir les matières fécales, enfin le troisième soutient la jambe et porte une semelle pour arrêter le pied.
Bien que d'après la théorie on doive attendre de ces appareils une extension permanente, l'expérience journalière nous montre que cette indication n'est point remplie, soit parce que le plan fémoral est trop court, soit parce qu'il sert à soutenir le bassin, soit parce que le lien qui doit fixer la jambe se relâche, soit parce que les coussins placés sous le jarret s'affaissent. D'ailleurs, les doubles plans inclinés ne nous paraissent convenir que pour quelques cas particuliers que nous indiquerons en traitant des fractures du fémur.
On a reproché à tous ces appareils leur poids et la difficulté de leur construction. Pour éviter ces deux inconvénients, M. Péan construisit le double châssis avec ces toiles métalliques de fil de fer fin et réuni que l'on a tant vulgarisées dans ces dernières années. Les bords de cette toile flexible sont relevés assez pour empêcher les coussins de glisser, l'extrémité de l'appareil qui soutient la jambe se relève en forme de semelle, et cette partie peut être redressée à volonté pour se trouver toujours au contact du pied quelle que soit la longueur du membre. Le tout est ensuite matelassé convenablement avec une couche épaisse d'ouate et enfermé dans un linge piqué et assez fort qui suffit pour achever de donner à l'appareil une très-grande solidité.
G. Appareils inamovibles. Ils consistent essentiellement en des moules solides qui enveloppent le membre fracturé pendant le temps nécessaire à la consolidation. Ces appareils, déjà connus des anciens, étaient presque complètement oubliés en France, où ils avaient cependant encore rencontré quelques rares partisans dans le xvme siècle, lorsque Larrey tenta de les remettre en faveur parmi nous, et les présenta comme devant fonder une méthode générale. Cependant son appareil, trop chargé d'accessoires, n'était employé que par un petit nombre de chirurgiens, lorsqu'en 1834 Seutin, cherchant un moyen qui permît la déambulation dans les fractures des membres inférieurs, idée que déjà depuis un an A. Bérard avait réalisée dans sa pratique, se servit d'amidon, et débarrassa l'appareil inamovible des complications qui arrêtaient ses progrès; après lui M. Velpeau substitua la dextrine à l'amidon, et parvint à simplifier encore utilement ces appareils. Plus tard M. Laugier employa le papier au lieu de linge, modification qui pour certains cas peut présenter quelque utilité.
Nous examinerons successivement les appareils de Larrey, de M. Seutin, de M. Velpeau, de M. Laugier. Nous terminerons en faisant connaître les appareils de plâtre coulé, et en rappelant quelques moyens contentifs exceptionnels.
(L — Appareil de Larrey. J'emprunte à la thèse de 11. Larrey, et je transcris presque textuellement les détails relatifs à l'application de cet appareil, en prenant comme type celui dont on se sert dans les fractures de la jambe. Les objets nécessaires pour le construire sont « le drap fanon, drap ordinaire plié en plusieurs doubles ; les fanons, deux cylindres de pailles serrées fortement avec des ficelles : le diamètred . chacun d'eux est d'un pouce et demi environ, ils doivent être un peu moins longs que le drap fanon; les remplissages, deux coussins de balles d'avoine assez épais et de la longueur des fanons; la talonnière, coussin conique d'étoupe, de six pouces de long sur trois de large et deux d'épaisseur à sa base; le bandage, trois compresses à six chefs séparés les uns des autres; Vétrier, compresse longuette; la tibiale, grande pièce de linge coupée sur la forme de l'appareil; les liens, cinq ou six rubans de fil; le liquide résolutif, mélange d'alcool camphré, d'extrait de Saturne et de blancs d'oeufs battus dans l'eau. »
Application de l'appareil. — Le malade étant placé sur son lit «les deux aides chargés de l'extension et de la contre-extension soulèvent le membre pendant que deux autres disposent successivement : 1° les liens ; 2° le drap fanon ; 3° le bandage. Une petite bande est alors appliquée sur le pied, la fracture est réduite et le membre placé sur le milieu du bandage, étendu lui-même sur le drap fanon; la largeur de ce drap doit excéder la largeur du lit; son bord supérieur, replié, correspond au jarret, qu'il dépasse un peu, de môme que son bord inférieur descend au-dessous du talon ; on applique immédiatement sur le lieu de la fracture quelques compresses étroites trempées dans le liquide agglutinatif, puis le bandage, imbibé de la même liqueur; un aide se met vis-à-vis du chirurgien; tous deux alternativement prennent de leur côté les bandelettes, en commençant par les inférieures, et les appliquent comme on le fait dans le bandage de Scultet; on soulève alors légèrement le membre, on pose la talonnière entre lui et le drap fanon sous le tendon d'Achille, sa base correspondant au talon, qui porte à peine; on arrose alors tout l'appareil avec le mélange agglutinatif; les deux coussins de balles d'avoine sont placés latéralement; un aide arrange la tibiale, dont les côtés sont accolés à ces remplissages; les fanons, enroulés dans le bord du drap fanon, viennent s'appliquer sur eux, et sont fixés par les liens que l'on serre en commençant par les supérieurs, et en évitant d'en placer un au niveau de la fracture; on rapproche sous le pied les bords excédants du drap fanon, et on les coud solidement ; puis, sous la face plantaire, on pose une petite pelote d'étoupe que l'on fixe à demeure au moyen de l'ôtrier qui se croise sur le cou-de-pied, et s'attache enfin sur le côté du drap fanon.
Cet appareil est appliqué immédiatement dans toute fracture simple