II. Des diverses espèces de bandages
Lorsqu'on examine tous les bandages décrits par les anciens, on est d'abord frappé de leur complication et de la grande diversité qu'ils présentent ; mais lorsqu'on vient à les analyser, on voit qu'ils peuvent tous être ramenés à cinq types principaux, qui sont : le bandage circulaire, le bandage roulé ou bandage en spirale, le huit de chiffre, le nœud d'emballeur, le bandage récurrent.
A. Bandage circulaire. — Pour appliquer un bandage circulaire on prend une bande roulée à un seul globe ; on tixe d'une main l'extrémité de cette bande sur le lieu que doit recouvrir le bandage; puis, avec l'autre main, on conduit le globe qui se déroule à mesure que l'on entoure la partie; lorsque Ton a fait un premier tour, le chef initial se trouve fixé, et l'on continue à épuiser toute la bande en lui faisant décrire des circonvolutions qui sont superposées les .unes aux autres ; on arrête alors le bout, soit avec une épingle, soit en le nouant; pour cela il faudrait fendre ce chef suivant sa longueur : une des divisions est alors conduite comme l'a été le corps de la bande; l'autre, ramenée en sens inverse, rencontre la première, avec laquelle on la noue.
Ce bandage, le plus simple de tous, est d'un usage extrêmement commun; on l'apphque à la tête, au cou, sur la poitrine, sur l'abdomen, sur les membres. Il peut être employé, soit pour maintenir certaines pièces d'un pansement, soit pour exercer une compression sur un point limité, etc., etc.
Le bandage circulaire oblique ne diffère du précédent que par la direction des tours de bande, il s'applique de la même manière. ^ B. Bandage roulé ou spircd. — Le bandage roulé diffère du précédent en ce que les tours de bande, au lieu d'être exactement superposés, sont seulement imbriqués de manière à se recouvrir en partie.
L'application d'un bandage roulé doit être faite d'après les principes suivants : 1° lorsqu'on l'applique sur un membre, les premiers tours de bande doivent être posés sur le point le plus éloigné du tronc, les suivants doivent s'en rapprocher graduellement: en agissant autrement, on refoulerait le sang veineux vers l'extrémité libre, et l'on produirait un engorgement douloureux; 2° la pression exercée par le bandage doit être la même dans toute l'étendue de la surface qu'il recouvre, sous peine de voir les points les moins comprimés venir, pour ainsi dire, faire hernie k travers le bandage, et devenir le siège d'une tuméfaction œdémateuse ; 3° les bandes elles-mêmes doivent être conduites de telle sorte que leurs deux bords exercent une constriction égale ; enfin, lorsqu'un bandage roulé a été appliqué pendant longtemps sur une partie, il est bon de ne pas supprimer brusquement la pression, car les
tissus sont alors dépourvus de la tonicité nécessaire pour résister à l'attlux considérable des fluides qui se fait après la soustraction du bandage; ils s'engorgent, deviennent quelquefois le siège d'un œdème inllammatoire, d'un phlegmon, d'un érysipèle, accidents contre lesquels il est bon de se prémunir.
Pour appliquer ce bandage, prenez une bande roulée k un seul globe, appliquez son chef initial près de l'extrémité libre du membre, faites deux tours circulaires, afin de fixer la bande, puis des circonvolutions disposées en spirale qui se couvrent dans les deux tiers environ de leur largeur; continuez ainsi tant que la bande s'applique exactement, tant que ses deux bords exercent une constriclion égale à la surface du membre ; mais si la bande tend à laisser des godets, c'est-à-dire des espaces vides placés au-dessous d'un de ses bords qui reste flottant et éloigné du membre, il faut alors retourner la bande en la tordant pour ainsi dire sur elle-même, et en ayant le soin qu'il se forme un pli régulier au point de torsion. Ce pli, qui prend le nom de renversé, a pour effet de tendre le bord relâché de la bande, et de changer sa direction. Ces renversés sont indispensables lorsque Ton applique un bandage roulé sur une section d'un membre qui a une forme conique, la jambe par exemple : il faut souvent en faire un à chaque tour de bande; on a soin alors de les placer tous sur la même figne, ce qui donne à l'appareil une disposition plus régulière. Lorsque l'on a recouvert avec la bande toute la partie que l'on se proposait d'envelopper, on arrête l'extrémité de la bande en la fixant avec une épingle. Avant de recouvrir tout le membre thoracique, on applique quelquefois un petit bandage roulé sur chacun des doigts. Ce bandage, connu sous le nom de gantelet, est souvent inutile; il sufiit d'entourer les quatre doigts réunis avec quelques tours de bande.
On conçoit que l'on peut, à volonté, recouvrir plus ou moins les tours de bande successifs. On peut également disposer les spirales de manière qu'elles ne se touchent que par leurs bords, bandage spiral contigu (Gerdy), bandage mousse des anciens; on peut même laisser entre elles des espaces vides. Ces derniers bandages, que nous appellerons, avec Gerdy, bandages spiraux écartés, bandage rompant des anciens, ne peuvent convenir que quand on veut maintenir en contact avec le membre certaines substances, certaines pièces de pansement.
C. Bandage en huit de chiffre. — Ce bandage rentre dans la classe désignée par Gerdy sous le nom de bandages croisés ; il a pour caractère essentiel de former deux anses séparées l'une de l'autre, excepté dans un point où se fait le croisement des jets de bandes qui passent de 1 une à l'autre.
Certaines régions se prêtent particulièrement à l'application de bandages en huit de chiflro : ce sont celles où deux sections d'un membre
DES BANDAGES. 8î
viennent se réunir en formant un angle, le coude, par exemple, et le genou, modérément fléchis, le cou-de-pied ; ils se placent aussi fort bien au point d'union des membres avec le tronc.
Pour placer un bandage en huit de chifïre, on se sert généralement d'une bande à un globe. Voici comment on procède. L'extrémité de la bande est placée obliquement au niveau de l'angle formé par la réunion de deux sections du membre que l'on veut entourer; le globe est conduit autour de la partie, et ramené à son point de départ, après avoir formé une première anse. La bande est alors conduite autour de la partie que la seconde anse doit envelopper, et revient également k son point de départ; c'est là que se fait l'entrecroisement. On continue ainsi à former des anses jusqu'à ce que toute la bande soit déroulée.
Ce bandage est souvent employé. 11 a reçu différents noms suivant les lieux où on l'applique : ainsi au cou-de-pied il prend le noni à'étricr; à l'aine il est décrit sous le nom de spica. Il est facile de reconnaître que le spica n'est qu'un bandage en huit de chiffre ; une anse embrasse la partie supérieure de la cuisse, et l'autre entoure le bassin : l'entrecroisement se fait au-dessus du grand Irochanter. Le spica peut être simple ou double, c'est-à-dire qu'il peut embrasser, en même temps que le bassin, la racine des deux membres abdominaux; malgré cette modification, le caractère essentiel du bandage reste le même. Le huit de chiffre est encore appliqué dans une foule de circonstances: ainsi on le place souvent à la base du pouce et autour du poignet, spica du ponce. On entoure également les deux épaules avec deux anses qui viennent s'entrecroiser devant ou derrière la poitrine, hiiit antérieur ou postérieur des épaules, etc.
D. Nœud d'emballeur [bandage noué de Gerdy). — Il est formé do circonvolutions horizontales qui entourent la base du crâne, et de tours circulaires verticaux qui entourent la tête et se croisent avec les précédentes à angle droit, en formant un nœud sur Tune des régions temporales.
Une bande roulée à deux globes est nécessaire pour appliquer ce bandage. Le plein de la bande est posé sur une des régions temporales, ordinairement sur la région blessée; les deux globes sont conduits autour de la tête, l'un en avant, l'autre en arrière, jusqu'à la tempe saine. Les deux bandes s'entrecroisent et sont ramenées sur la région blessée; là elles s'entrecroisent de nouveau et sont tordues l'une sur l'autre, et portées, l'inférieure en haut, la supérieure en bas, de manière qu'elles forment deux anses qui s'embrassent réciproquement par leur concavité.
Les deux globes sont alors conduits, l'un sous le menton, l'autre sur le sommet de la tête, et forment chacun une circonvolution verticale
NÉLATON. — l'ATH. CHlft., T. I. G
en s'entrecroisant sur la tempe saine, et en venant se rejoindre sur la tempe malade; là les deux bandes sont encore entrecroisées, tordues Tune sur Tautre, et dirigées horizontalement, Tune en avant, l'autre en arrière, après avoir fait un second nœud sur le premier. On continue ainsi jusqu'à ce qu'on ait fait quatre ou cinq nœuds l'un sur l'autre.
Ce bandage se relâche diflicilement ; il exerce une pression assez forte au niveau du point où se trouvent les nœuds. Il peut donc être utile dans certains cas; cependant, comme il enveloppe toute la tête, . il est assez gênant. Aussi le remplace-t-on généralement maintenant par un bandage circulaire qui soutient des compresses disposées en pyramides au niveau du point sur lequel on veut établir une compression.
E. Bandage récurrent. — Gerdy décrit sous ce nom des bandages formés de circonvolutions paraboliques et récurrentes, maintenues chacune par une circonvolution circulaire. Appliqué à la tête, il est décrit dans les traités de bandages sous le nom de capeline. Ce bandage est souvent employé pour le pansement des amputations [récurrent du moignon). Voici comment on l'applique. Le chef initial de la bande est porté sur la circonférence du moignon à deux ou trois doigts de la plaie, et décrit quelques tours circulaires ; la bande est alors renversée sur l'un des côtés du membre, l'interne par exemple; le pouce ou un doigt est placé sur le renversé pour le maintenir; le globe de la bande est ensuite dirigé en travers sur la partie inférieure de la plaie et sur le côté opposé du membre. Lorsqu'il est arrivé au niveau des premiers tours circulaires, on fait un renversé et un ou deux tours circulaires, puis on conduit sur la plaie un second jet de bande récurrent quel'onfixe comme le premier, puis un troisième, etc., jusqu'à ce que l'on ait recouvert toute la plaie. Ce bandage se déplace facilement, il ne peut servir que pour fixer certaines pièces de pansement.
§ II. — Des bandages pleins.
Ces bandages sont formés avec des pièces de linge entières et sans division, formant des carrés, des rectangles ou des triangles, suivant les usages auxquels on les destine. Ces bandages, dont Gerdy avait déjà fait ressortir les avantages dans la première édition de son Traité des pansements (Paris, 1826), ont été préconisés (1) avec beaucoup de chaleur par Mathias Mayor, qui pense pouvoir les substituer avec avantage
(14 Nouveau système de dcligatinn chirurgicale, 18:^2, in-8.
à tous les autres bandages construits avec des bandes. Nous reconnaissons volontiers avec Mayor que ces bandages pleins ont dans une Coule de cas un avantage incontestable, la simplicité ; nous convenons aussi que Ton se procure plus facilement un mouchoir qu'une bande de plusieurs mètres; que dans bien des cas un mouchoir maintiendra aussi bien une pièce de pansement que pourrait le faire une longue bande; mais nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître que les nœuds qui lui servent à fixer les angles de ses mouchoirs exercent dans quelques cas une pression douloureuse; que ces bandages ne sauraient convenir lorsqu'il est nécessaire d'exercer une pression égale et uniforme sur une surface très étendue.
Les principaux bandages pleins sont: Vécharpe, que l'on fait avec une pièce de linge triangulaire, dont le plein passe sous l'avant-bras ou coude, et dont les angles vont se nouer sur l'épaule du côté opposé ; le bandage de corps, que l'on construit avec une pièce de linge en forme de rectangle très allongé, qui sert àentourér la poitrine ou l'abdomen: pour l'empêcher de se déplacer, on le soutient ordinairement avec deux bretelles; le bandage dit triangulaire delà tête, dont le plein est appliqué soit sur le front, soit sur l'occiput, et dont les angles sont noués du côté opposé; la cravate, placée comme une cravate ordinaire. A l'anus ou au périnée, sur la région inguinale, on peut encore maintenir les pièces d'un pansement à l'aide de pièces de linge placées en cravate, dont le milieu est appliqué sur la partie malade, et dont les angles sont noués à une ceinture qui entoure l'abdomen.
Les bandages que je viens de décrire constituent autant de types dont se rapprochent plus ou moins la plupart des bandages connus. La connaissance de ces bandages sera généralement sufiisante pour le praticien. Je ne veux cependant pas prétendre que ce sont les seuls qui devront être employés. En effet, dans une foule de cas particuliers, le chirurgien est obligé d'improviser un bandage propre à remplir les indications spéciales que l'on ne saurait prévoir (1).
(1) On trouvera plus de détails sur les bandages, les pansements, etc., dans la 3^ édition du Manuel de petilQ chirurgie de M. Jamain, 1859, 1 vol. grand in-18, avec 307 figures.
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CHAPITRF. VI.
CONSIDÉRATIONS P.ÉNÉRALES SUR LES AMBULANCES ET LES HÔPITAUX DES ARMÉES DE TERRE EN CAMPAGNE ET DES ARMÉES DE MER A BORD DES VAISSEAUX.
ARTICLE PREMIER