CHAPITRE IX
AFFECTIONS DES MUSCLES Et DES TENDONS.
Malgré la différence qui existe dans la structure des tissus musculaire et tendineux, il nous a semblé impossible de présenter isolément les affections dont ils peuvent être atteints; en effet, ils font tous deux partie du môme appareil organique, et les lésions qui atteignent la partie contractile, ou la partie non contractile d'un muscle, retentissent également sur l'autre, ou du moins en troublent complètement les fonctions : aussi, à l'exemple de tous les auteurs, les avons-nous réunies dans un môme chapitre.
Les affections des muscles et des tendons, malgré les troubles qu'elles apportent dans une des plus importantes fonctions de la vie de relation, la locomotion, n'avaient pas encore été étudiées aussi complètement que le comportait l'importance de ce sujet, et à part les affections traumatiques, on ne trouvait dans les annales de la science qu'un petit nombre de faits souvent exposés d'une manière imparfaite : mais dans ces dernières années, des recherches ont été faites, et le succès a souvent récompensé les observateurs et les expérimentateurs de leurs efforts; car aujourd'hui il nous semble possible de tracer une histoire à peu près complète de toutes les affections chirurgicales du système musculaire.
Nous suivrons, dans ce chapitre, l'ordre que nous avons suivi précédemment, c'est-à-dire nous décrirons: i° les affections inflammatoires, 2° les affections traumatiques, 3° les altérations organiques, telles que les diverses espèces de tumeurs, les dégénérescences, etc.
ARTICLE PREMIER
§ I. — MyoBÏte.
L'inflammation des muscles est décrite, par le plus grand nombre des auteurs, sous le nom de myosite; nous conserverons celte dénomination consacrée par l'usage, rappelant toutefois que Gerdy décrit cette affection sous le nom de carnite, et que MM. Robin et Littré lui ont réservé celui de myitis.
Pendant fort longtemps on a confondu l'inflammation des muscles et le rhumatisme musculaire, et on les a décrits sous le nom générique de
mijosite; mais des travaux récents, parmi lesquels nous citerons la thèse de M. Dionis Descarrière (1), le mémoire de M. Fischer (2), ont nettement établi l'existence de l'inflammation du tissu musculaire.
Anatomie ET PUYSiOLOGiE PATHOLOGIQUES. — Les altérations pathologiques qui appartiennent à la myosite spontanée ne sont pas parfaitement connues, car cette affection est peu grave, et il est extrêmement rare que l'on ait occasion de l'étudier sur le cadavre; toutefois l'augmentation de volume des muscles, leur dureté, permettent de supposer qu'il se forme dans les interstices musculaires des dépôts fibrineux. Il existerait encore une injection du tissu cellulaire; cette injection ne disparaîtrait pas par le lavage ni par l'immersion dans l'eau. D'ailleurs l'état des muscles enflammés spontanément peut jusqu'à un certain point être déterminé par les altérations propres à la myosite traumatique.
Les altérations propres à la myosite traumatique sont beaucoup mieux connues : elles ont été constatées principalement à l'aide d'expériences faites sur les animaux, par M. Gendri» ; puis encore par l'observation de ce qui se passe à la suite de larges plaies avec perte de substance, enfin par l'étude attentive des moignons à la suite des amputations. Voici ce qu'ont appris les expériences de M. Gendrin : « Lorsque l'inflammation d'un muscle se développe, le tissu cellulaire qui se prolonge entre ses faisceaux et ses fascicules rougit, ses vaisseaux s'injectent. La fibre musculaire ne parait pas participer à cette teinte morbide, mais elle augmente évidemment de densité et passe à un état de demi-contraction qui persiste tant que l'inflammation n'a pas produit d'autre altération que la rougeur plus ou moins vive du tissu cellulaire du muscle. L'irritation du nerf qui se rend au muscle n'augmente pas cette contraction permanente incomplète, qui ne cesse point aussi par la section du nerf. Cette suspension de la contractilité volontaire dans les muscles qui s'enflamment est telle, que, lorsqu'on a déterminé, soit par l'établissement d'un séton, soit par une irritation physique quelconque, l'inflammation au milieu d'un muscle long, les extrémités se contractent seules, tandis que la partie enflammée reste immobile sous l'influence de l'irritation du nerf, même par la pile.
» A mesure que la phlegmasie s'établit, le tissu cellulaire interstitiel s'injecte, s'infiltre de sérosité, s'épaissit, augmente de densité ; chaque fascicule se trouve enveloppé par une couche d'un rouge obscur, uniforme. Les fibres musculaires finissent par être emprisonnées et enveloppées; elles sont décolorées et friables.
(4) Tlièsc de Paris, 1851.
(2) Fischer, Pe la myosite (Union médicale de la Gifonde, janvier et février 1859).