‹ Elements de pathologie chirurgicale. v.3, 1876 (volume 4)Chapitre 10 sur 135 · DES BANDAGES · texte numérisé non relu

DES BANDAGES

à tous les autres bandages construits avec des bandes. Nous reconnaissons votontiers avec Mayor que ces bandages pleins ont dans une foule de cas un avantage incontestable, la simplicité ; nous convenons aussi que l'on se procure plus facilement un mouchoir qu'une bande de plusieurs mètres; que dans bien des cas un mouchoir maintiendra aussi bien une pièce de pansement que pourrait le faire une longue bande; mais nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître que les nœuds qui lui servent à fixer les angles de ses mouchoirs exercent dans quelques cas une pression douloureuse; que ces bandages ne sauraient convenir lorsqu'il est nécessaire d'exercer une pression égale et uniforme sur une surface très étendue.

Les principaux bandages pleins sont: Vécharpe, que Ton fait avec une pièce de linge triangulaire, dont le plein passe sous Tavant-bras ou coude, et dont les angles vont se nouer sur Tépaule du côté opposé ; k bandage de corps, que Ton construit avec une pièce de linge en forme de rectangle très allongé, qui sert à entourer la poitrine ou l'abdomen: pour l'empêcher de se déplacer, on le soutient ordinairement avec deux bretelles; le bandage dit triangulaire de la tête, dont le plein est appliqué soit sur le front, soit sur l'occiput, et dont les angles sont noués du côté opposé; la cravate, placée comme une cravate ordinaire. A l'anus ou au périnée, sur la région inguinale, on peut encore maintenir les pièces d'un pansement à l'aide de pièces de linge placées en cravate, dont le milieu est appliqué sur la partie malade, et dont les angles sont noués à une ceinture qui entoure l'abdomen.

Les bandages que je viens de décrire constituent autant de types dont 8e rapprochent plus ou moins la plupart des bandages connus. La connaissance de ces bandages sera généralement suffisante pour le praticien. Je ne veux cependant pas prétendre que ce sont les seuls qui devront être employés. En eft'et, dans une foule de cas particuliers, le chirurgien est obligé d'improviser un bandage propre à remplir les indications spéciales que l'on ne saurait prévoir (1).

(1) On trouvera plus de détails sur les bandages^ les pansements, etc., dans la ^^ édition 4i JMoimai de petite chirurgie de M. Jamain, 1859, 1 vol. grand in-iS, avec 307 ngures.

CHAPITRR VI.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES AMBULANCES ET LES HOPITAUX DES ARMÉES DE TERRE EN CAMPAGNE ET DES ARMÉES DE MER A BORD DES VAISSEAUX.

ARTICLE PREMIER

AHMKES DE TERHE.

Dans un certain nombre de chapitres de cet ouvrage nous aurons à traiter des blessures par les armes de guerre ; nous verrons combien les lésions sont variées^ et combien souvent elles sont graves; aussi il est à peine besoin de dire que la promptitude avec laquelle les soins sont administrés aux blessés est de la plus haute importance. Aussi croyonsnous devoir indiquer dans ce chapitre les moyens qui sont aujourd'hui prescrits dans les armées de terre et de mer afin d'assurer aux soldats d'abord des secours immédiats, c'est-à-dire sur le champ de bataille, puis dans des ambulances et des hôpitaux improvisés. Ces sages mesures ont non-seulement l'avantage de prévenir les inconvénients d'un retard souvent funeste, mais encore de relever le moral des soldats, certains d'être secourus à Tinstant même on ils seraient blessés.

Nous ne voulons ni ne pouvons d'ailleurs faire dans ce livre un historique de la chirurgie miliUiire en campagne. Rappelons d'abord ce qui existait au conmiencement des grandes guerres de la fin du siècle dernier; nous dirons ensuite quelles sont les modifications apportées, principalement par Percy, Larrey et Bégin, et nous exposerons enfin avec plus de détails les perfectionnements de Tépoque actuelle.

Les règlements militaires portaient autrefois que l'ambulance se tiendrait constannnent à h kilomètres de l'armée ; on laissait les blessés sur le rliainp de bataille jusqu'après le (H)mbat^ puis on les réunissait dans un local favorable, où l'ambulance se rendait aussi promptenient que possible. Mais la grande quantité d'équipages interposés entre elle et l'armée et beaucoup d'autres difficultés la retardaient au point qu'elle n*arrivait jamais avant vingt-quatre heures, quelquefois même trente-six lieures et davantage ; de sorte que beaucoup de blessés périssiiient faute de secours. « La prise d(» Spire, dit Larrey, nous en ayant donné un assez grand nombre, j'eus la douleur d'en voir mourir plusieurs victimes de cet inconvénient (1). » Au combat de Limbourg, un

(I) Larrey, Mrmoiresde chirurgie fhilitaire. Pari*, 1812, l. I, p. 57, in-8.

CONSiDÉKATlONS liÉNÉKALES SLR LES AMBULANCES. 85

niouveinent nécessité par l'arrivée d'une forte colonne prussienne mit dans l'impossibilité d'aller chercher les blessés, qui tombèrent au pouvoir de lennemi. Nous avons rapporté ces deux faits afin de faire connaître l'importance de la nouvelle organisation que Larrey devait donner aux ambulances. Peu de temps après, en effet, dans un combat dans la montagne d'Oberuchel, près Rœnigstein, Vambulancc volante étaiten pleine activité. ((Plusieurs de nos compagnons, dit Larrey, furent tués dans le défilé, et nous eûmes une trentaine de blessés que nous transportâmes avec nous, après les avoir pansés pour la première fois sur le champ de bataille. »

Pour porter les secours sur les lieux du combat, Percy avait imaginé, à Tannée du Nord, de petites voitures basses et arrondies, désignées sous le nom de wurtsch ; les caisses de ces voitures contenaient les objets nécessaires au pansement. Vambulance volante de Larrey a prévalu. En effet, non-seulement elle était assez légère pour suivre même les mou* veraents de Tavant-garde, mais encore elle permettait d^enlever les blessés pour les conduire loin dii combat. Chaque division d'ambulance était composée de douze voitures : huit à deux roues, quatre à quatre roues; les premières recevaient chacune deux blessés couchés dans des cadres où ils pouvaient être pansés; les autres, destinées à être conduites dans des points d'un accès plus difficile, transportaient quatre blessés dont les jambes se croisaient un peu. Chaque voiture était accompagnée d'un chirurgien à cheval et d'un nombre suffisant d'infirmiers pour que les blessés pussent recevoir les premiers soins avant d'être placés dans la voiture qui devait les conduire jusqu'aux hôpitaux de première ligne. Dans les montagnes, les objets de pansement étaient apportés par des chevaux et des mulets de bat dans des paniers recou- ?«ts de cuir.

Cette organisation réalisait déjà un grand progrès; mais, ainsi que nous allons le voir, on devait faire mieux encore, et amener les secours aux soldats d'une manière beaucoup plus complète.

§ I. — Da tervîoe de tante en campagne (1).

Le nombre et le grade des médecins militaires et des officiers d'administration, pour le service de guerre, sont déterminés par le ministre d'après la force de l'armée ou des corps d'armée et la nature de l'expédition.

In médecin du grade de principal est placé au quartier général de chaque corps d'armée.

(I) Nous devons cet article a Tobligeance de M/ le docteur Champouiilon, professeur à r£cole de médecÎDe militaire de perfeclionnement du Yal-de-Grâce.

Si une armée agissante est formée de plusieurs corps d'armée, elle a un médecin en chef chargé de la direction supérieure du service de santé. Le médecin en chef réside au grand quartier général; il a sons ses ordres inmiédiats tous les officiers de santé de Tarmée, y cximprifi même ceux des corps de troupes ; il assigne à ses collaborateurs le& destinations, les emplois, les missions qu'il juge convenable de leur confier ; néanmoins tous les ordres de ser\'ice qu'il donne sont soumis li l'approbation de Tintendant en chef.

Les officiers de s<uité principaux pn>s d'un <'orps d'armée y remplissent (les fonctions analogues ai celles du médecin en chef au grand quartier général ; ils correspondent avec lui^ et dépendent de lui pour tout ce qui concerne la pratique de l'art.

Les ofticiersde santé principaux sont envers l'intendant de leur corps d'armée^ pour tout ce qui concerne l'exécution du service^ dans le même rapport immédiat de subordination que le médecin en chef envers l'intendant en chef.

Toutes les questions d'hygiène rentrent dans le domaine des attriba* fions respectives de ces ofticiers de santé ; ils prennent^ de concert avec les intendants en chef^ les mesures propres à sauvegarder l'état sanitaire des troupes.

Les jours de bataille, le médecin principal, chef des ambulances d'un corps d'armée, fait choix des locaux propres à recevoir les blessés ; H veille à ce que tout le monde soit k son poste; si le personnel est an complet, si le service est assuré. Il fait une tournée dans toutes les ambulances ; là il pratique lui-même les opérations graves, ou bien il aide de son expérience et do ses conseils ceux de ses collaborateurs que des cas ditticiles pourraient embarrasser. Lorsque toutes les opérations, tons les pansements sont terminés, il procède, avec le concours des officiers d'administration, à l'évacuation des blessés sur les ambulances sédentaires ou sur les hôpitaux de première et de deuxième ligne.

A rissue d'une bataille, et si les circonstances l'exigent, les médecins des régiments peuvent «Hre distraits de leurs corps pour participer au ser\'ice des ambulances ou des hôpitaux ; mais cette réquisition ne peut être que momentanée, car le personnel médical des régiments en campagne a des obligations nombreuses à remplir, il doit toujours être prêt à marcher et à suivre tous les mouvements stratégiques exécutés par la troupe.

§11. — OrganÎMiUon des ambuUnoef.

Le personnel attaché k une ambulance se compose d'un médecin major, de (juatre médecins aides-majors, d'un pharmacien aide-major,

d'un officier d'administration comptable^ de quatre adjudants^ de trois

infinniers sergents et de dix-sept infirmiers soldats. Le matériel consiste : 1* En un caisson contenant des médicaments

et des ustensiles de pharmacie^ les instruments nécessaires aux opéra*

tions chirurgicales^ des objets de pansements et les brancards servant

tu transport des blessés.

2* En un certain nombre de prolonges employées à Tévacuation des

malades et des blessés sur les hôpitaux. S' En litières et en cacolets réservés^ soit pour les blessés qui ne

peuvent^ sans de grandes souffrances^ supporter les secousses de la prolonge ou de toute autre voiture^ soit pour les cas où le transport en brancard est impraticable.

Le eacolet est un appareil composé de deux fauteuils dont toutes les parties se meuvent et se déploient au moyen de charnières ; un petit banc retenu par deux courroies^ sert de point d'appui aux pieds du malade. Ces fauteuils sont attachés^ Tun à droite^ l'autre à gauche^ à un bit porté à dos de cheval^ de mulet ou de chameau.

Le eacolet est particulièrement affecté au transport des blessés frappés à la téte^ au tronc ou aux membres supérieurs.

La litière est^ comme son nom l'indique, un lit étroit, garni d'un matelas et d'un traversin; à défaut de ces objets on garnit la litière avec de la paille ou du foin.

Les deux litières sont fixées et portées de la même manière que les cacolets; elles sont destinées à transporter les hommes qui ont eu les membres inférieurs fracturés, amputés ou gravement endommagés, et les malades qui, pour cause de faiblesse, ne peuvent demeurer assis sur un eacolet.

léb caisson d'ambulance, conduit par des soldats du train des équipages, est surmonté d'un drapeau rouge qui en indique la destination. Qnque division d'infanterie ou de cavalerie est pourvue d'une ambubnce ainsi organisée.

Le chiffre des approvisionnements affectés à une ambulance se règle d'après la force des corps auxquels elle appartient, et d'après le nombre probable des blessés, qui est, en moyenne, du quart ou du cinquième de l'effectif des combattants.

Ainsi, un corps d'armée composé généralement de trois divisions, représentant de 20 à 25 000 hommes, doit être approvisionné de telle sorte qu'il puisse fournir sur le champ de bataille les objets nécessaires à cinq ou six mille pansements. Il est même plus prudent d'outre-pas-

ser cette mesure que de rester en deçà. A quelques proportions qu'il se trouve réduit, en vue de la nature

etdubutdes opérations militaires, cet approvisionnement doit toujours

être complet. En effet, lorsqu'on organise les ambulances, il ne faut

88 PHOLÉGOMÈNES.

jamais oublier qu'elles sont destinées à senir sur le terrain méinc du combat^ loin quelquefois de toutes ressources locales; il faut donc prévoir les moindres besoins et y pourvoir à l'avance.

Indépendamment de ses ambulances divisionnaires, chaque corp& d'armée a une ambulance de réserve établie au quartier général. Le personnel et le matériel de cette ambulance sont destinés^ un jour de bataille, soit à se porter sur les points où le combat étant le plus acharné et le plus meurtrier, les blessés affluent en plus grand nombre, soit à nunplir les vacances survenues dans les ambulances divisionnaires, soit enfin à fournir une partie ou la totalité du personnel des hôpitaux temporaires au moment où on les ouvrira.

Pareille ambulance est organisc'^e au grand quartier général, et sert aux mêmes tins; c'est là que se trouve, en outre, la principale réserve des approvisionnements.

Pendant le combat, les médecins, dans les régiments, ne demeurent point inactif; ils contribuent, pour une certaine part, aux secours qui doivent être donnés inmiédiatement à certains blessés. Chaque régiment a donc sa petite ambulance approvisionnée d'objets contenus dans un havre-sac et dans une paire de cantines portées k dos de mulet. Ces cantines constituent une sorte de réserve.

Pour rinfanterie, le sac d'ambulance est, pour les dimensions et pour le poids, entièrement conforme au sac du soldat : l'intérieur, de fer* blanc, est divisé en plusieurs compartiments, où sont placés les médicaments, les instruments de chirurgie et les objets de pansement.

Ce sac, porté dans le rang, par un soldat de chaque bataillon, peut devenir très utile dans les circonstances où il est impossible de s'approvisionner aux cantines. 11 est pourvu de telle sorte que, conjointe* ment avec la trousse -giberne, les médecins d'un régiment, quand ils sont séiKirés, puissent panser vingt blessés, au moins, et pour le cas où ils sont n'îunis, extraire des projectiles, pratiquer des ligatures et même des amputations.

Dans les régiments montés [artillerie ou cavalerie) le havre-sac est remplacé par des sacoches confectionnées de manière à pouvoir être portées à dos de cheval, sans gêner le cavalier et sans fatiguer sa monture.

Ces sacoches, d'un poids do 7 kilogrammes également répartis, sont de cuir noir dv vache corroyé; elles renferment la trousse des instrunients de chirurgics ainsi que deux coffres de veau (îorroyé, avec compartiments de va<*he étirée, dans lesipiels sont placés les médicaments et les objets de pansement. Ol appareil, garni connue le havre-sac, (»llVe l<*s mémos ressources que lui dans le service de campagne.

CONSIDÉAATIONS GËNëUALKS SIU LES AMBULANCES. 80

S m. — - FonoUonnement de» «mbulancei.

La veille d'une bataille^ lorsqu'elle est prévue, ou bien au moment môme du combat, quand il s'engage inopinément, \e médecin en chef, dans chaque corps d'armée, explore avec circonspection toutefois, le pays où la lutte devra avoir lieu, il y recherche les locaux qui pourront être convertis en dépôts d'ambulances. Ces dépôts sont ordinairement établis dans une chapelle, une église, une ferme, un moulin, une gare de chemin de fer, un ch^iteau, une grange, un grenier, une écurie dont on fait garnir le sol avec du foin ou de la paille, qu'on se procure par voie de réquisition ou que l'on fait faucher sur place.

A défaut d'un local quelconque, on fait dresser des tentes; mais la tente est de tous les abris le dernier qu'il convient d'adopter, car pendant les saisons extrêmes, le froid et la chaleur y deviennent intolérables, et souvent, en été, les blessures y dégénèrent promptement.

L'installation des ambulances est beaucoup moins embarrassante, lorsque l'armée opère au voisinage d'une ville ou même d'un village; là on trouve toujours quelque édifice facile à transformer ; là aussi on peut se procurer des vivres, du vin, du linge, des effets de literie, en un mot une partie du matériel dont on peut avoir besoin. Dans les cités hospitalières on doit encore compter sur le concours des médecins civils, qui s'empressent le plus souvent d'offrir leurs ser>'ices aux médecins de l'armée.

Au point de vue de la sécurité et de lia commodité des transports, il faut qu'un dépôt d'ambulance soit abrité contre les projectiles, les attaques ou les surprises de l'ennemi ; qu'il soit autant que possible à proiimitédelaligne de bataille ; il faut surtout qu'il soit abondamment pourvu d'eau, car l'eau joue un grand rôle dans la thérapeutique initiale des blessures de guerre.

Un drapeau rouge placé sur le point culminant du dépôt, sert à diriger ou les blessés ou les hommes qui les transportent. Si le terrain est fortement accidenté, des jalons indicateui*s sillonnent le chemin à suivre.

Lorsque le lieu destiné à l'établissement de l'ambulance a été choisi, on le fait connaître immédiatement aux chefs de corps qui en informent la troupe.

Le médecin en chef de l'armée doit être averti aussi de la position de chaque ambulance particulière, afin qu'il puisse y transmettre ses ordres, et y faire connaître le lieu où il a décidé que seront évacués et réunis les blessés qu'on y aura pansés ou opérés. * En cas de siège, les ambulances du côté des assiégés sont «établies dans une casemate, sur laquelle flotte un drapeau noir qui indique

90 prolégomAnes.

qu'en vertu du droit des gens, ce point doit être épargné par lea projectiles de Fennemi; du côté des assiégeants, des ambubnces protégées par un repli de terrain, fonctionnent au voisinage des lignes de circonvallation, des tranchées, des chemins couverts, en un mot des travaux d'approche.

Au moment d'un coml)at, la section active d'ambulance se dédouble quelquefois en ambulance volante et en ambulance de dépôt.

L'ambulance volante se compose d'un caisson léger, de deux médecins, d'un officier d'administration et de plusieurs infirmiers. Si la nature du terrain s'oppose à ce qu'on puisse l'aborder avec le caisson, il faut prendre alors deux paniers garnis que l'on charge sur un des chevaux de Tattelage.

L'ambulance volante est particulièrement destinée à porter des secours partout où ils sont jugés promptement nécessaires, comme lorsqu'une troupe d'avant-garde est aux prises avec l'ennemi, ou qu'un corps de cavalerie exécute au galop une charge loin du gros de l'armée.

Pour rendre plus facilement O/Ompréhensible le mécanisme suivant lequel chacun, dans une ambulance, remplit les fonctions qui lui sont attribuées, supposons deux armées ennemies en présence. Aux premiers coups de fusil, aux premières décharges du canon, un ofHcier d'administration, accompagné d'infirmiers-majors et d'infirmiers, la rend derrière la ligne avec des brancards et des cacolets pour relever les blessés et les transporter au dépôt de l'ambulance.

Tous les blessés, qu'ils appartiennent aux vainqueurs ou aux vaincus, sont recueillis avec le même empressement et secourus avec la même humanité. Dans le même temps, les médecins des régiments^ convenablement abrités, procèdent de leur côté aux opérations urgentes, telles que des ligatures d'artères. Transporté à l'ambulance, tout militaire blessé, après y avoir été pansé, est ensuite ou dirigé sur son corps, ou évacué sur l'hôpital le plus voisin, suivant la gravité de sa blessure ; ces évacuations doivent se faire immédiatement, autant que les moyens de transport en offrent la possibilité. De cette manière l'ambulance de bataille peut à chaque instant changer de position el se tenir constamment à portée de la division à laquelle elle appartient. Après une journée sanglante, le terrain doit être, le soir, libre de blessés. Dans le cas où l'évacuation des ambulances de bataille n'a pu se feire complètement, et que cependant l'armée se porte en avant, le matériel, replacé dans les caissons, et suivi de la plus grande partie du personnel, se met en marche et suit les colonnes, afin de pourvoir aux nouveaux besoins que de nouveaux combats pourraient faire naître. On laisse en arrière un détachement de soldats infirmiers, un officier d'administration pour les commander et quelques officiers de santër qui devront prendre soin des blessés, jusqu'à ce que le transport de

ceux-ci soit complètement effectué. Ce détachement rejoint ensuite son ambulance.

Il arrive fréquemment que le nombre des infirmiers est insuffisant pour les besoins de l'ambulance; on croit pouvoir remédier à cet état de choses en mettant en réquisition les musiciens des régiments. Mais les médecins ont rarement à se louer du concours de ces auxiliaires qui, novices aux scènes de la chirurgie^ en sont vivement impressionnés et désertent leur poste. On obtient au contraire d'excellents services des cantinières^ lesquelles se montrent^ pour la plupart, d'un sangfroid et d'un dévouement qu'on ne saurait trop honorer.

Lorsqu'une armée fléchit et bat en retraite, il faut multiplier les moyens de transport et accélérer les mouvements. Si au lieu de s'effiBctuer en bon ordre et avec des retours offensifs contre l'ennemi pour le contenir à distance, la retraite prend au contraire les allures d'une déroute, alors les prolonges, les cacolets, les litières, les voitures de réquisition, les voitures de bagages, celles des vivandières, les fourgons des généraux, les caissons de l'artillerie, les chevaux de main des officiers, les barques, les bateaux, les chalands, etc., tout est employé pour dérober les blessés à l'ennemi.

n arrive quelquefois qu'au milieu des désordres et du tumulte qui régnent dans les mouvements d'une retraite précipitée, les blessés épars sur le champ de bataille ou ceux qui se trouvent réunis dans les ambulances n'ont pu être enlevés à temps ; ils ne doivent jamais être abandonnés sur le champ de bataille par les officiers de santé, soit en présence de l'ennemi, soit même après une déroute, à moins d'ordres formels du commandant supérieur ou de circonstances impérieuses tout à fait exceptionnelles.

f !▼. — Orgmnisalioii et Mrvîee ém évaeoatloiis. — BftpîUii» tamporairef de

première, detupème et troUîème ligne.

U est très important, en campagne, que les ambulances actives soient promptement disponibles, afin qu'elles puissent s'associer aux mouvements exécutés par l'armée. De là la nécessité de diriger sur les hôpitaux temporaires tous les blessés aussitôt qu'ils ont reçu les soins les plus urgents. On comprend aussi dans ces évacuations les malades fiévreux et les vénériens.

Les hôpitaux temporaires doivent être multipliés d'après les prescriptions du médecin en chef de l'armée, selon les besoins prévus du iervice, afin de prévenir les redoutables effets de l'encombrement, c'estrà-dire les épidémie les plus désastreuses, comme M. H. Larrey y a réussi pendant la guene d'Italie.

92 l'UOLK<;(».Mk.NES.

Les hôpitaux tcMiiporaircs à former sur les lignes dVïvacuatioii s subdivisent en hôpitaux de première, de deuxième et de troisième ligne..

Les hôpitaux de première ligne doivent ôtre établis à courte portée des ambulances, afin de rendre le premier transport des blessés moins fatigant.

Les hôpitaux de deuxième et de troisième ligne ne doivent être dis* tanls les uns des autres que d'une faible journée de marche, à moins toutefois que le transport des malades ne se fasse par eau ou en chemin de fer : ces hôpitaux sont destinés à recevoir successivement les hommes venant des hôpitaux de première ligne, où il est prudent de prtWenir l'encombrement par de fréquentes évacuations.

Le choix des emplacements où doivent être organisés ces hôpitaux est fait par l'intendant en chef, d'après I avis du médecin en chef de l'armée, pour tout ce qui a rapport à la salubrité.

On a égard, dans le choix de ces emplacements, à la facilité des transports ou par terre ou par eau : il faut généralement donner la préférence aux transports par eau, particulièrement sur les fleuves ou sur les rivièi'es, parce que les malades peuvent de la sorte franchir de grandes distances sans secousses ni fatigues.

Dans les contrées habitées, on trouve presque toujours les moyens d'assurer un l)on ser\'ice hospitalier à la suite des armées, car on rencontre à peu près constamment dans les villes ou dans les campagnes des édifices propres à tMre transformés en hôpitaux.

Ces bâtiments sont les châteaux, les palais, les collèges, les couvents^ les églises, les manufactures, les casernes, etc., etc.

Toutefois les enlises sont les constructions qui conviennent le moins, parce qu'elles sont toujoui*s froides, souvent humides et qu'il est très difficile d(? les chauffer à cause de leur élévation. Comme l'air s'y renouvelle peu, les miasmes font prendre promptement un caractère typhoïde à toutes les affections.

Les manufactures, les vastes ateliers sont bien préférables. En général ces bâtiments sont bien construits, bien aérés, et situés dans des lieux salubres; il suffit de placer des lits dans leurs vastes salles pour en faire tout de suite un bon hôpital.

Les monast4»res se recommandent presque toujours par une l>onne exposition, une construction bien entendue, le voisinage de l'eau, du bois ; on y trouve des cuisines, des fours, des caves, des latrines, des bains, en un mot tous les accessoires d'un hôpital.

^>uand une armée nombreuse se porte rapidement sur un point éloigné, on est exposé à manquer de fournitures de couchage ; il faut se résoudre alors à coucher les malades tout habiliés, sur la paille ou sur le foin qu'on étend dans les chambres et jusque dans les corridors, car il est des circonstances où l'on est obligé de tirer parti de tout.

œNSIDÉAATIONS GÉNÉRALES SUR LES AMBULANCES. 93^

lorsque, par suite de difficultés ou de lenteurs dans la marche des Toitures de bagages, on en est réduit à ce dénûment, il faut contraindre, par voie de réquisition, les habitants à fournir les objets de literie nécessaires au service des hôpitaux temporaires.

Une des meilleures dispositions que Ton puisse prendre, en pareil cas, c'est d'ordonner la confection d'un grand nombre de paillasses. Lorsque celles-ci sont bien faites, disent MM. Maillot et Puel, elles ne le cèdent en rien aux matelas ; elles sont même préférables, en ce sens que, dans certaines maladies épidémiques, on peut promptement les laver, en brûler la paille et la renouveler, ce qu'on ne peut faire pour les matelas. Pendant Tété, surtout dans les pays chauds, il n'y a en réalité aucun inconvénient à coucher les malades sur la paille ; les hommes atteints de maladie ou de blessures très graves pourraient seuls être pour\'us d'un coucher plus moelleux.

C'est encore par le moyen rigoureux des réquisitions que l'on se procure pour le service des hôpitaux une foule d'objets de première nécessité, tels que le linge, la charpie, les médicaments, les vivres, les ustensiles de cuisine, etc.

Pendant tout le temps que dure la guerre, le service médical des hôpitaux temporaires est fait par des officiers de santé et d'administration, qui n'appartiennent pas ou qui n'appartiennent plus au personnel des ambulances actives. Ces officiers néanmoins sont sous les ordres de l'intendant et du médecin en chef de l'armée.

Lorsque la paix met fin aux opérations militaires, tous les chirurgiens des ambulances dissoutes sont appelés à servir dans les hôpitaux temporaires.

Lorsqu'il y a lieu de faire des évacuations collectives, soit d'une ambulance sur un hôpital, soit d'un hôpital sur l'hôpital de la ligne voisine, le sous-intendant en informe à l'avance les officiers de santé, qui désignent sur une liste nominative les malades en éM de supporter le transport.

Les sous-intendanls règlent l'itinéraire de ces évacuations; ils fixent les gites intermédiaires. où elles doivent s'arrêter; ces gîtes sont, autant que possible, ceux d'étapes, à moins que Tétat des routes, les circonstances de la saison ou la situation des malades ne s'y opposent.

11 est prescrit d'avance aux autorités locales, dans chaque station, de prendre les mesures nécessaires pour que les malades soient reçus et installés dans des locaux convenables.

Le sous-intendant règle l'heure du départ, de manière à éviter les marches de nuit ; il réunit, à l'heure fixée, les prolonges du train, les cacolets,les litières, ainsi que les voitures de réquisition nécessaires au transport des malades; il dispose de même des navires ou des trains de diemin de fer.5

9k PR0LÉ60MKNES.

Los évacuations collectives sont toujours accompagnées par un ou plusieurs officiers de santé et d'administration, par des infirmiers et par une escorte de troupes.

L'officier de santé est muni de médicaments ot d'articles de pansement, afin de pouvoir donner ses soins aux malades pendant la route.

L'officier d'administration pounoit, au moyen do fonds mis à m ditposition et par des achats sur place, à l'alimentation des malades.

L'escorte maintient le bon ordre dans le convoi ot le protège contra les insultes ou les agressions d'une population ennemie.

Des moyens ou des frais de transport sont alloués à l'officier de santé et à l'officier d'administration qui accompagnent une évacuation.

ARTICLE H

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