‹ Elements de pathologie chirurgicale. v.3, 1876 (volume 4)Chapitre 16 sur 135 · DV PHLEGMON SIMPLE OU CIRCONSCRIT · texte numérisé non relu

DV PHLEGMON SIMPLE OU CIRCONSCRIT

On définit généralement le phlegmwi, l'inflammation du tissus cellulaire; mais les chirurgiens ont restreint le sens de ce mot, et ne rappliquent qu'à rinflammation du tissn cellulaire libre, c'est-à-dire de celui qui est placé immédiatement au-dessous des téguments ou qui environne les divers organes.

Stmptomatologie. — Les symptômes du phlegmon ne sont point les mêmes lorsque l'inflammation occupe le tissu cellulaire sous-cutané et le tissu cellulaire profond. Dans le premier cas {phlegmon superficiel), on obsene une tension douloureuse, une tuméfaction dont les limites peuvent être bien déterminées par le toucher, qui fait reconnaître audessous des téguments une masse indurée, rénitente, élastique et douloureuse, à une pression légère. La peau perd sa mobilité : elle semble faire corps avec les tissus sous-jacents; bientôt elle présente une coloration légèrement rosée, puis elle prend une teinte rouge qui disparaîtra toujours par la pression du doigt ; en même temps on remarque que la température de la peau est plus élevée que celle des parties voisines. L'exhalation cutanée s'opère encore, de sorte que la chaleur n^est point accompagnée de sécheresse : on la désigne généralement sous le nom de chaleur hali tueuse, La douleur qui se déclare dans les premiers instants continue à s'accroître ; elle est continue, et elle ne tarde pas à présenter des exacerbations qui coïncident avec les pulsations artérielles, dwtleur pulsative.

Dans le phlegmon profond, la plupart des symptômes que nous venons d'exposer manquent souvent au début; la tuméfaction inflammatoire se trouve masquée par une couche épaisse de tissus restés sains : la peau conserve sa coloration normale; sa chaleur esta peine augmentée; U douleur seule existe. Et, chose remarquable, c'est que la douleur n'augmente pas toujours par la pression : nous avons même vu, au débat de certains phlegmons profonds de la cuisse, la douleur s'apaiser sous l'influence d'une pression forte exercée sur une large surface avec la paume des deux mains.

DU PHLKGMOII SIMPLE OU CIRCSONSCRIT. \tï

Lorsque le phlegmon est très peu étendu, qu'il reconnaît pour cause une irritation extérieure, il parcourt quelquefois toutes ses périodes sans déterminer de troubles généraux dans Téconomie; mais lorsqu'il est vaste ou qu'il occupe des parties douées d'une sensibilité exquise, il en est autrement. On voit alors apparaître tout le cortège des symptômes qui appartiennent à la fièvre inflammatoire : la peau est chaude, le visage coloré, le pouls plein, dur et fréquent. Quelquefois cependant le contraire s'observe : la circulation est ralentie, le pouls est faible, petit; concentre ; mais cet état n'est que passager : il n'y a ici qu'une faiblesse apparente, car le pouls ne tarde pas à reprendre sa force et son volume sous l'influence des émissions sanguines générales ou locales. Ajoutons à ces symptômes la soif, la perte de l'appétit, l'agitation, rinsomnie, le délire, surtout chez les enfants, et Ton aura un tableau complet des symptômes qui accompagnent les phlegmons très étendus.

Cette phlegmasie peut présenter les diverses terminaisons qui appartiennent à l'inflammation.

ù,LsLdéiiiescenee, que l'on ne voit jamais dans les phlegmons déterminés par une cause externe, a, dit-on, été quelquefois observée dans les phlegmons de cause interne.

b. La résolution. Lorsque cette terminaison doit avoir lieu, on remarque d'abord une diminution graduelle dans les symptômes généraux: la douleur, la rougeur, la tuméfaction disparaissent ensuite. La peau se recouvre d'écaillés furfuracées, lorsque le phlegmon était superficiel. Ces écailles se détachent, et la partie ne tarde pas à reprendre com^ plétement son aspect normal. Cette terminaison toujours heureuse s'annonce ordinairement dans les six ou huit premiers jours de la maladie.

c. On observe rarement la terminaison par induration, qui n'est qu'une résolution incomplète ; encore cette induration finit-elle par disparaître au bout de quelques semaines, ou au plus tard au bout de quelques mois.

i- hi ittppuration est encore une des terminaisons fréquemment observées dans le phlegmon. Il se forme alors dans le tissu cellulaire une collection de pus connue sous le nom d*abcès chaud ou phlegmoneux. Ces abcès doivent être étudiés d'une manière toute spéciale par les chinirgiens, aussi leur consacrerons-nous un article à pari . Bornons*nous à indiquer ici les circonstances qui doivent f^iire craindre la suppuration. Lorsque les symptômes propres au phlegmon persistent avec toute leur violence pendant quatre ou cinq jours, lorsque la douleur devient puisse, ilest probable que la suppuration se fera. Si, les symptômes loeaui conservant toute leur acuité, il se manifeste des frissons passaigers, on peut dire que le travail de suppuration s'accomplit. Enfin, on

iOk DES PHLEGXASIE8 RELATIVES A LA PATHOLOGIE CHI&VISICALB.

peut annoncer que le pus est formé lorsque, après la série des symptômes que nous venons d'énoncer, on observe une rémission notable dans l'état général et local.

e. Nous ne ferons que mentionner ici pour mémoire la gangrène^ terminaison excessivement rare du phlegmon simple^ un chapitre spécial devant être consacré à l'étude de toutes les affections dans lesquelles se montre la gangrène.

ÉTioLOGiE. — On voit quelquefois un phlegmon se montrer sans causes connues, ou à l'occasion d une cause pour ainsi dire insignifiante, chez des sujets qui présentent d'ailleurs toutes les apparences d*une bonne constitution et d'une bonne santé ; mais ces cas sont rares. Le plus ordinairement le phlegmon reconnaît pour cause une violence extérieure, une contusion, une plaie, la présence d'un corps étranger implanté dans un organe, ou l'infiltration dans le tissu cellulaire d'un liquide irritant sorti de son résenoir naturel : de l'urine^ par exemple, des matières fécales. D'autres fois l'inflammation est déterminée par une lésion locale déjà ancienne, une tumeur anévrysmale, une eiostose, une carie, une nécrose, etc.

Diagnostic. — L'examen attentif des symptômes que nous avons exposés suffira pour faire reconnaître avec certitude un phlegmon superficiel. Les maladies avec lesquelles on pourrait peut-être le confondre sont l'érysipèle, l'angioleucite, le phlegmon diffus, et certains oedèmes accompagnés de congestion locale dans la peau de la partie infiltrée. Nous indiquerons les caractères différentiels de ces affections lorsque nous aurons fait connaître les symptômes propres à chacune d'elles (voy. Érysipèle, Angioleucite, Phlegmon diffus).

Lorsque le phlegmon est profond, le diagnostic en est souvent très difficile au début. Marjolin, qui insistait beaucoup sur ce point, faisait remarquer qu'on ne sait point alors si l'on a à traiter un phlegmon, un rhumatisme, une névralgie, ou même une arthrite, lorsque la maladie siège au niveau d'une articulation recouverte par des couches épaisses de muselles, comme à l'épaule ou à la hanche. Mais cette incertitude, regrettable si Ion se place au point de vue de la science, cesse deTétre dans la pratique ; car Tindication thérapeutique est la même pour ces diverses maladies.

Pronostic. — Un phlegmon sous-cutané est en général peu sérieux ; mais cependant sa gravité varie suivant son étendue, le lieu qu*il occupe et l'importance des organes voisins. Ainsi, toutes choses égales d'aillean un phlegmon de la main, du cuir chevelu, du tissu cellulaire de l'orbite, est plus dangereux que celui qui siège sur le bras ou sur la Jambe. Le phlegmon profond est une maladie grave, qui peut compromettre la vie, si l'on ne s'empresse de la combattre par un traitement énergique.

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