CHAPITRE XIV
Dans l'état actuel de la science, et malgré toutes les investigations des micrographes, il est en(*ore très diflicile, et peut-être impossible^de donner une bonne déPinition de ce que l'on doit entendre par «mrfr. £• «»ffet, si Ion <'herche les éléments de cette définition dans ranatoW IKithologique^ on voit que, si naguère on rangeait dans la classe des affections cancéreuses d«»s productions accidentelles ou des dégénèresceiices essentiellement différentes entre elles, on a de nos joins établi des distinctions d'ajurs (I(>s caractères qui n'ont pas toute U \<ilrur qu'on a voulu Itur donnn*. Interroge-t-on la symptomatologie.
OAiNCEH. k^9
mêmes dissemblances se font également remarquer même dans les s où les caractères microscopiques semblent identiques : telle de ces eciions exerce peu d'action sur celui qui en est atteint, n'abrège AûWb. durée de la vie; telle autre est accompagnée d'un appareil de mptômes formidables, et conduit rapidement le malade au tombeau, ipendant^ s'il existe entre ces affections des différences frappantes, les présentent aussi plusieurs traits qui leur sont communs; ainsi elles it ordinairement pour point de départ une tumeur ou une induration is (issus ; elles font des progrès constants, et, dans leur accroissement, les détruisent ou s'assimilent tous les tissus qu'elles rencontrent ; elles ndent toujours vers l'ulcération ; enfin, après l'ablation complète de irgane malade, il se reproduit presque constamment de nouvelles meurs, soit dans le lieu primitivement affecté, soit dans divers points l'économie, ce qui indique l'existence d'une cause générale toujours rsistante après la destruction de l'affection locale. Ce sont ces raclères, empruntés à la fois à la physiologie pathologique et à la mptomatologie, qui ont de tout temps servi de base à la détermination s affections dites cancéreuses. Parmi les diverses productions accintelles, les tissus squirrheux et encéphaloïde sont ceux qui nous ésentent avec le plus de constance l'ensemble des phénomènes que m venons d'énumérer : aussi la plupart des pathologistes modernes it41s défini le cancer une affection constituée par le développement et ivolution de deux tissus accidentels sans analogues dans l'économie, tissu squirrheux et encéphaloïde. Quelques auteurs ont rangé parmi 5 productions cancéreuses le tissu colloïde et la mélanose; nous veros quel rôle ces deux productions jouent dans le cancer. Depuis les travaux de Lacnnec la plupart des auteurs ont admis et «sente isolément la description de deux formes de cancer, l'encéphaïde et le squirrhe; les caractères anatomiques de ces tumeurs ont été udiésavec tout le soiti que permettaient leurs moyens d'investigation, aisun des éléments fort importants de leur structure était complèteent ignoré : l'observation à l'aide du microscope a fait voir en effet ins ces tumeurs un état particulier qui a été désigné sous le nom Hément cancéreux, il serait constitué par des noyaux et des cellules de rme spéciale. Les instruments grossissants ont encore fait voir dans rtaines tumeurs jusqu'alors considérées comme des cancers, des éléîots d'une autre nature auxquels on a donné le nom de fibro- 'Siiques, Enfin dans certaines affections de la peau, désignées sous le m d'ulcères chancreux, d'ulcères cancéreux, dans certains cancers de lingue et du col de l'utérus, le microscope a permis de constater^des uies semblables à celles de l'épiderme et de l'épithélium des memles muqueuses, ces tumeurs ont été désignées sous le nom d'épithea, de caîicroide, de tumeurs épithéliales. Voici donc des productions
èSO GANCfifi.
bien distinctes au premier abords si Ton se base sur les caiiftctènii présentent quant à leurs éléments constitutifs. Si Toa étudie b de ces affections en apparence si différente on voit qu'elles m peu près les mêmes phases et se termine aussi fatalemeut; Un effet, se comportent exactement comme les cancers; on ne obtenir la résolution, elles tendent toujours à s'accrottre^ an la période d'ulcération et font succomber les malades après lei imprimé le cachet propre à la cachexie cancéreuse. Extirpées] strument tranchant ou complètement détruites par le fer roof caustiques, elles récidivent sur place et dans tout l'organisme,! ques-unes de ces productions ont cependant pour caractère anal les éléments dits fibro-plastigues. En face d'un semblable rè est permis de se demander si la cellule dite cancéreuse est caractère anatomique constitutif du cancer.
Ce tissu fibro-plastique a joué et joue encore un grand rû les études histologiques, on le trouve eu très grande abondai) Tembryon, on le rehcontre encore à l'état normal dans beauooi ganes arrivés à leur développement complet, on constate sa f dans les cicatrices des parties molles, dans les tissus affectés d roation chronique.
Les auteurs, et M. Broca en particulier dans un article tris quable du Dtctiatinaire de médecine vétérinaire^ admettent que fibro- plastique se comporte différemment suivant l'état dans il se trouve. « Les éléments fibro-plastiques, dit-il, purs ou purs de tout mélange, peuvent constituer des tumeurs de natui culière qui portent le nom de fibro-plashques ou de fibrmdm remarquable, ces éléments homœomorphes qui jouent un si gri dans le développement normal de l'embryon et qui, mêlés à < éléments, se forment dans les productions accidentelles les plus sives, donnent lieu, lorsqu'ils s'accumulent sou:Hbrme de tumeii des affections les plus graves que Ton connaisse. Sous ce rappc une différence immense entre le tissu fibro-plastique traim l'embryon, le tissu fibro-plastique adventif on accessoire des * productions accidentelles, et le tissu fibro-plastique autogène qui tue les fibroïdes : le premier remplit dans l'organisme une I utile; le deuxième est indifférent; le dernier est toujours nu Ces distinctions sont, il faut en convenir, très ingénieuses et p très pratiques, mais elles prouvent que ce n'est pas exclusiveoM Télément constitutif des tissus qu'il faut aller chercher les m caractères des tumeurs et en particulier du cancer.
Nous pourrions dire la même chose des tumeurs constituées p thelium ; les unes sont en effet absolument bénignes, tandis que sont fatalement funestes.
GANGSa» 481
I résulte de cet exposé que nous ne saurions accepter comme démoni Texistence d'un tissu propre au cancer; peut-être arrivéra-t-on à dé- ^ner Télément réel des affections cancéreuses^ mais ce n'est tainement ni la cellule à noyau^ ni la cellule fibro-plastique^ ni la Iule ^ttiéliale qui devront fournir ce caractère^ puisque des tumeurs tructure ^j^Bérente ont une marche à peu près identique et que parmi I tumeurs à sti^ucture tout à fait semblables^ on en trouve qui ne sentent aucun danger^ tandis que les autres constituent une affec- Q des plus sérieuses.
Manmoins les savantes investigations des micrographes n'ont pas été l||es^ elles nois ont fait connaître la structure des tumeurs désignées me manière général» sous le nom de cancer, elles nous ont appris s&its nouveaux qui ont éclairé la marche de quelques-unes de ces ioeurs.
Nous étudierons successivement : 1** les cancers à cellules dites canraoses, cancers proprenoent dits, ce sont les squirrhes et les encéphadu auxquels viennent se joindre les cancers mélaniques et collMes; les cancers fibrO'plastiquei ; 3° les cancers épithéliaux.
I X. — Oomgr proprement dît.
Anaioniie pathologique. — Le cancer se présente, ainsi que nous l'avons if sous deux formes principales, le squirrhe et Vencéphaloide ; ces deux oductions ont chacune des caractères particuliers bien nets, bien tranées, si Ton cxan^ine des tumeurs qui ont été considérées comme type; lis il existe entre ces deux formes des transitions tellement insensés qu'il est souvent impossible de déterminer l'espèce à laquelle s tiimeurs appartiennent.
Examinées à l'œil nu, les tumeurs cancéreuses se composent: d'un^ partie solide plus ou moins résistante qui forme la charpente i cancer ; T d'un liquide contenu dans les mailles de la trame et que n peut extraire par la pression ou par le grattage, c'est le suc cancéna? ; 3^ d'éléments accessoires constitués tantôt par une trame plus ou nos serrée qui emprisonne, pour ainsi dire, dans ses mailles le suc ncéreux, tantôt par des parcelles microscopiques isolées, tantôt enfin f des parcelles amorphes et solubles qui se mêlent au suc dont elles odifient l'aspect et la consistance.
Voyons comment se comportent ces trois éléments dans les cancers. 1* La (rame se présente sous différents aspects qui modifient l'apirence extérieure des cancers. Est-elle solide, résistante , la tumeur itdure^ comme fibreuse ; le cancer porte le nom de squirrhe. Est-elle ■esque nulle, alors le suc cancéreux prédomine, la tumeur a l'aspect s la substance cérébrale ramollie ; le cancer est désigné dans ce cas
/i32 CANCER.
SOUS le nom do tissu encéphalmde. Nous n'insisterons pas davantage ici sur ces deux distinctions^ nous réservant d'exposer plus loin avec détail y les caractères anatoniiques de ces deux espèces de tuinens.
T Le suc cancéreux est un liquide blanc ou blanchâtre, lactescent, miscible à IVau; son abondance est en raison inverse de la oonsistancf de la tumeur. L'existence de ce liquide constaté pour lapremîmfois par M. Cruveilbierj est un caractère excellent des tumeurs cancéreuM proprement dites, et permet de diagnostiquer à la simple %iie hnatue de la tumeur.
Si on place au foyer d'un microscope^ sous un grossissement de'ftOI à 500 diamètres une parcelle de tissu cancéreux^ on Voit un très pind nombre de petits corps qui ont été regardés comme IVIément canréreux ; vx) sont des noyaux libres^ d(»s reilules, des (jlobulim.
Les noyaux ont un volume « qui varie {k^u d*une tumeur à Tautif et encore moins dans la même tumeur, ils ont en général un centième de millimètre de diamètre, dimension supérieure à celle que présenM les noyaux dans la i)lupart des autres productions accidentelles. Iff noyaux cancéreux sont à peu près arrondis et possèdent quelquefois, mais non toujours^ une régularité parfaite. Ils ont une apjMirence grenie et sont remarquables par la largeur de leur nucléole; il n'y a ordinairement qu*un ou deux nucléoles pour chaque noyau^ mais il peut y en avoir trois et même davantage (1). »
Les veiiuies se prés(»ntent sous des aspects variabl(*s : les unes sort pctit<*s, assez régulièn»s; d'autres, plus larges, pn'^sentent la régulante des précédentes; d'autres enlin revêtent les formes les plus bizarres: ainsi elles sont ovoïdes, acuininées à une extrémité, bifurquêes, etc. Lii plupart d(^s ct»llules ne renferment (|u'un seul noyau; cependant il n'est pas rare d'en trouver deux et même davantage. Enfin w voit assez souv<'nt de grandes cellules qui renferment elles-mèws ui»e ou plusieurs «rellules à noyau ; (»lles portent le nom de rtUdH utèirs. Toutes ct?s cellules, quelle que soit leur fonne ou leur dimension, n>nferincnt des noyaux. La cellule manque quelquefois: dans ce cas, il lï'existc que des noyaux ; le cancer est alors désigné soi» le nom de nfirlraire. La cellule ne S4»rait donc pas le caractère essenlid du cancer, mais bien \o noyau. '
Les gUfulins sont de petits corps dont les dimensions ne dépa.<seflt pas 3 à ^ millièmes de millimètre; leur structure est homogène etreS' siïmble à celle des nucléoles. M. Follin supposer qu'ils constituent letifrain où naissent des cellules, peut-être même, ajoute-t-il, se fonnentelles de toutes pièces à leurs dépens.
La cellule le plus souvent et le noyau constamment se retrom^*
(1) Uroca, loc» cit., t. III, p. 12.
CAKCHU
lans loulea les tumeurs désirées par les mîcrograpties soaslenÔni de
cant^reusps ; nous avons vu plus haut que la résislance de la Irame et la quantité de suc donnaient aux tumeurs un adpect particulier qui les a fait distinguer en squirrhes et en cncéphaloïdes. Nous allons voir maintenant comment les élétnonts accessoires constatés dans les tumeurs peuvent leur imprimer des modifications, lesquelles sont souvent asseï profondes pour légitimer des distinctions que nous allons faire connaître.
î'LeseVffmenïïocccssoiVesdu cancer sont nombreu)^. M, Broca les divise ea trois catégories : dans la première se trouvent le tissu -fibreux, le tissu 6 brO'pl astique, le tissu adipeux, certaines matières crétacées ou culcaires, enfin les dépôts Tibrineux qui ont succédé à d'anciens épanrhemeots sanguins; dans la seconde, les ^anulations moléculaires de toute sorte, les corpuscules noirs de la mélanose, les cristaux, les corps çns, les globules et les corps fusiformes, fibro-plasliques, les globules sanguins et, dans quelques cas exceptionnels, les globules de pus; dans la troisième enfin, la matière {jélatini forme des cancers colloïdes.
On comprend que l'interposition d'une ou plusieurs de ces substances dins la trame du cancer doit imprimer à ces tumeurs une physionomie tmte spéciale : ainsi le tissu fibreux existe-t-il en quantité notable, le cucer est très résistant ; on a alors affaire à ces variétés désignées sous !e rrom de cancer napifùrm*, de cancer fibrefix, ligneux ; existe-t-il des éléments calcaires, on a le cancer pierreux. Lorsqu'au contraire les élélUmts accessoires diminuent la densité de la tumeur, la production est Rprdée comme une variété de l'encéphaloide : ainsi on donne le nom ie cancer xanthique k ces tumeurs dont le suc est mélangé à une huile îuia&tre; certains cancers de la dure-mère prennent une teinte vtrt fmme qui est due à des éléments accessoires dont la nature est encore ■Bconnue. Les cancers mélaniques ne sont autre chose que des cancers flicépbaloïdes dont les cellules et le liquide contiennent des corpuscules de pigment ; dans cette forme le suc prend la coloration de l'encre. La Inme du tissu oncéphaloîde renferme-t-elle un grand nombre de vais- >»mi, on y constate souvent des foyers sanguins analogues aux épanâenients apoplectiques ; cette forme prend le nom de cancer hématode, itfimguihématode; enfin le tissu colloïde se mWe-t-il aux cellules cancéreuses, on a le cancei- colloïde.
Nous venons de passer rapidement en revue les variétés les plus tranchées du cancer, car il ne faut pas l'oublier, il existe des transi- Uons insensibles d'une forme h l'autre ; nous n'avons pas la prétention de décrire toutes ces formes, nous ne nous arr<?terons que sur les trois lesplus importantes, savoir : l'encéphaloide, le squirrhe et le colloïde. 1* cancer mélanique devrait peut-être trouver sa place dans cet article, niais, considérant que la mélanose existe indépendamment de l'atfec-
ntlATON. — PATII. C1IIB., T. I. 28
l{|dA» CANGIB.
tiûii canoàreu66) nous croyons devoir rétudier dans un ehaiNt spécial.
A . — Ou cancer encéphaloïde en ptrtioiilier.
Le tissu encéphaloïde, dVyxcfoÀov^ cerveau^ ainsi nommé par Laenac se trouve décrit sous plusieurs noms qu'il est bon de connattie po éviter toute confusion : fongus médullaire^ Maunoir ; catrinome mm c spongieux, Roux; sarcunie pulpeux ou tnédulluire^ inflauémalim f% gueuse, Abernetby ; fongus hémaiode, Uey et Wardrop.
Lorsque Ton examine une tumeur formée par le tissu encépbalsii parvenu à son état de développement complet^ et exempt de tout ai lange avec d'autres tissus, on la trouve formée par une masse dontl coupe présente une surface d'un blanc opalin, ou très légèrement M et parsemé de marbrures plus rouges, indiquant la présence de vaii seaux capillaires. La substance qui forme la tumeur, généralement h» mogène^ est légèrement demi-transparente lorsqu'on la coupe en laM minces; elle est opaque si on l'examine en masses assez voluminettMS, et rappelle assez exactement l'aspect du cer\'eau, auquel elle ressenkk encore par sa mollesse, qui est telle qu'on peut facilement l'écrasem la pressant entre les doigts. Elle peut d'ailleurs former une mm unique ou être divisée en lobes et en lobules par des cloisons trèsfiMii L'analyse anatomique démontre que ce tissu est formé : 1* par su pulpe mollasse dont nous venons de donner les caractères, et quieilyi proprement parler, la matière encéphaloïde; 2"" par une trame celluiaiie 3® par des vaisseaux. On n'y trouve pas de filets ner\'eux, si ce l'ai ceux qui traversaient l'organe affecté.
La substance ou matière encép/ialoïde est, suivant Lobstein, compow d'albumine et de gélatine; elle donne, avec l'eau cbaude, un ii/fià trouble qui, évaporé, contient de la gélatine et du phosphate de ekiff on obtient par l'alcool chaud de la gélatine; la matière qui a réfiiii l'action de l'eau et de l'alcool ressemble à la fibrine ou au gluten; Ti cide acétique gonfle considérablement ce résidu. Suivant M. titaft cette matière est composée de globules sensiblement sphériques et du les plus petits sont plus volumineux que les globules du pus; leurii face est inégale ; on les trouve non-seulement dans les tissus maUs mais encore dans les parties voisines. Cette dernière remarque, si fil se trouve confirmée par de nouvelles observations, aurait pour U p tique une grande importance, car elle nous expliquerait les récidiitt fréquentes après lextirpation des tumeurs encéphaloîdes, et nous 00 trerait la nécessité d enlever avec elles toute la couche des tissus tti où sont contenus, pour ainsi dire, ces germes de l'affection cancéreui U suffit de comprimer la tumeur après l'avoir incisée pour obtenif
«AIIGBR. 61^
atièDB encéphaloïde ; celle-ci sort alors des aréoles cellulaires dans «quelles elle est contenue; et si Ton réitère plusieurs fois cette nm-^ QBuvre^ en même temps que Ton soumet la tumeur au lavage^ il ne este plus que la trame cellulaire, — Celle-ci forme des cloisons très ipp&rentes entre les divers lobes et lobules de la tumeur^ et se contilue avec le tissu cellulaire de la région. Son tissu est comme feutré; il iréeente tous les caractères du tissu cellulaire à Vétat normal. N'est-il lutre chose que la trame celluleuse qui entre normalement dans la iomposition des organes? est-il une production nouvelle? La question tsi difficile à résoudre pour les tumeurs développées dans certains paonchymes abondamment pourvus de tissucellulaire ; mais elle ne sau- •it être douteuse pour les organes dépourvus de ce tissu^ comme la ubstance cérébrale.
Laennec pensait que le tissu encéphaloïde possédait un système de «rculation complet. Il y admettait des artères et des veines; quant aux rwBeaux lymphatiques^ il dit ne les avoir jamais vus^ mais il est dispeié à croire à leur existence. Les idées de Laennec étaient acceptées pirtous les anatomo-pathologistes de cette époque, lorsque^ en 1830^ P. fiérard attira de nouveau Tattention sur ce point d'anatomie patholo^ gique. Ayant injecté les artères et les veines sur un sujet qui présentait à la région antérieure du cou des tumeurs encépbaloïdes non encore ttbérées^ mais qui avaient déjà subi dans divers points un conunencenentde ramollissement, il put constater que le nombre des vaisseaux tttériels variait avec la consistance du cancer. Là où il se présentait encore à Tétat de crudité, on n'apercevait pas de vaisseaux de prime ibord; à peine distinguait-on quelques points roses à la surface du tÎM divisé. Les choses étaient bien difiérentes dans les |)oints où le eaneer tendait au ramollissement : les vaisseaux artériels, excessive* ■Mot nombreux et ténus, y donnaient naissance à un réseau qui sembut contenir entre ses mailles la matière cérébriforme ; raspect était eacore différent là où le ramollissement était complet; car, dans ces ^ts, la matière de l'injection était épanchée, et formait une masse Mblable aux épanchements apoplectiques. En soumettant ces noyaux ittoollis à l'action d'un fllel d'eau, on s'assurait facilement que les vais- Mvmx y étaient encore plus nombreux que partout ailleurs. — Mais c^Mt surtout le résultat fourni par l'injection veineuse qui est de nature à surprendre; en effet, il fut impossible d'apercevoir une seule ^Mdle, un seul point noir dans toute la masse injectée; cependant, «onmie le dit Bérard, ce résultat négatif ne peut être attribué à une téossite imparfaite de l'injection veineuse, car tous les vaisseaux capil- Wres veineux des organes voisins étaient remplis d'injection. D'après ce iteiltat, et d'après une autre considération que nous aurons occasion ^ faire ressortir à l'occasion de la marche des tumeurs encéphaioldes.
A36 r.ANCBn.
P. Bërard est disposé à croire que le lissu encéphaloldc est dépouvW de veines; cependant il est loin de vouloir établir ce fait d'une nitnîëi^ exclusive et comme ne devant admettre aucune exception, car il igU n'avoir pas eu l'occasion de renouveler celte expérience, et n'ose ■&• | mer qu'elle donne toujours le même résultat. Il est bien surprenul que pendant douze ans un point d'anatomie pathologique aussi inlm*' sant n'ait point été l'objet de recherches suivies; Leuoir est le seul,* notre connaissance, qui ait répété l'expérience faite par P. Bérard. l'n malade, qui portait une tumeur cancéreuse située au-dessous du deltoïde, du trapèze et du grand dorsal, succomba à l'hdpilal de la Facuhr. Leaoir, avant de procéder à l'autopsie, injecta l'artère sous-clavi^ ra rou(ce, les veines sous-clavière et basilique en noir. Lorfiqu'oa ineiu la tumeur, on la trouva formée de matière encéphnloTde. /,*» arlMti les veine» pènélraierii en romificalion» asKZ finet toute son rpaiatvr. Ut arlères comme les veines étaient remplies de la matière de Vinjectim- Ce résultat serait donc en opposition avec celui qu'a obtenu P. Bérard. Nw devons cependant faire remarquer que les circonstances de cm dm expériences ne sont point identiques: la tumeur obsenée par LenoiréUil pulsatile, et avait pour point d'origine le tissu osseux du scapnlnn; peut-être n'était-ce là qu'une de ces tumeurs formées en partie detiM érectile et de tissu encéphalolde.
Il est un autre fait qui ne saurait lïtre contesié. c'est que la runlirite des tumeurs est en rapport avec le degré du ramollissement! d'if* M. Broca, elle semblerait en relation directe avec l'abondance des cellules et des nojaux.
Quelle est l'origine des vaisseaux du cancer! Sont-ce de^ vaisM«D de nouvelle formation, ou bien sont-ils constitués par une dîlilitiM des vaisseaux normaux? Nous pensons que les vaisseaux du canccrtat ces deux origines; l'existence de ces vaisseaux de nouvelle fornuliM qui pourraient être contestés, a été démontrée par Récaniieret M-ù«veilhier. M. Broca pense que ceux-ci différent par tour slrucItueitB vaisseaux normaux; leurs parois sont d'une minceur excessive; ibM> formés d'une seule membrane très fine semblable ii celle des capîtlùiH.
Outre les vaisseaux propres du cancer, on trouve à la surface deli tumeur des vaisseaux qui appartiennent a l'oigne envahi, et ^ reçoivent ou émettent des capillaires qui se rendent à la niaste caaeircuse ; ces derniers sont prestguc tous des vaisseaux artériels.
Ou n'a pas encore jusqu'il présent constaté de vaisseaux ques dans les tumeurs cancéreuses ; quant aux vaisseaux ui^anes envahis, ils disparaissent, détruits plus ou moins par les progrés du mal.
Nous avons décrit jusqu'à présent le tissu cncéphaloïde les divers états qu'il peut présenter. Ces états, que l'on
CAHCIB. fi37
astant de degrés dans l'évolution des tumeurs cancéreuses, ont été ilécrits sous les noms de ^l'orfei de crurfi'/e fi\. de ramollissement , auxquelles il est convenable de joindre la période d'ulvèratitm. Dans la période de crudité, une tumeur encéphaloïde oITre une dureté qui se rapproche de celle du squirrhe; elle est constituée par une substance blanche, homogène, peu vasculaire. Dans l'état de ramollissement, elle représente une sorte de pulpe mollasse, difUuente, extrêmement vasculaire. Le ramollissement s'opère de la circonfiêrence au centre ou du centre vers la circonférence. Il est rarement uniforme : ainsi telle partie de la tumeur présente une ou plusieurs bosselures formées par un tissu complètement ramolli, tandis que d'autres sont encore à l'état de crudilé. Le ramollissement est souvent précédé par une foule de petites hémorrhagies, qui donnent k la masse cancéreuse l'aspect de la substance cérébrale pénétrée de sang, comme cela s'obser\e dans l'apoplexie capillaire. D'autres fois ce sont des épanchements de sang qui s'opèrent dans la tumeur; on peut alors y trouver des caillots plus ou moins altérés, suivant l'ancienneté de l'hémorrhagie. Les transformations éprouvées par les caillots sont d'ailleurs semblables à celles que présente tout caillot soumis à l'absorption dans une cavité close.
Les deux périodes de crudité et de ramollissement s'observent-elles constamment, ou, en d'autres termes, la période de crudité précèdet-elle constamment la période de ramollissement? Nous ne le pensons paj; car nous avons vu plusieurs fois des tumeurs encéphalo'fdes qui présentaient dès leur début, et dans toute leur ét^tndue, la mollesse qui rwtclérise la période de ramollissement. C'est sans doute la même observation qui a fait admettre à M. Velpeau des encéphaloïdes durs {ncéphaloide tubérevx) et des encéphaloïdes mous ou médullaires.
Outre les différences d'aspect, de dureté, d'ot^nisation, dépendant <l'une évolution plus ou moins avancée, les tumeurs encéphaloïdes peuvent présenter des différences dont les unes s'expliquent par la combiluison de plusieurs productions accidentelles, squirrhe, tubercule, niùlaDOse, tissu colloïde, ou par le mélange de la matière encéphaloïde H«c la trame organique du parenchyme où elle se développe. Ce sont (^diverses combinaisons qui expliquent la difficulté que l'on rencontre quelquefois à déterminer la nature d'une tumeur, lors même qu'on peut !» soumettre à l'analyse anatomique.
K leur début, les tumeurs cancéreuses écartent les tissus au sein desiiuels elles se sont développées. Ceux-ci sont tassés, comprimés, souvent atrophiés; les fibres musculaires pâlissent, et finissent par se confondre avec le tissu bétéromorphe lui-même ; le cancer s'est assimilé, pour ainsi dire, une partie des tissus ambiants. Mais l'évolution du caocer ne suit pas toujours une semblable marche; les deux modes de igation qui se présentent le plus souvent k l'observation sont les
Mepagation
AS8 OARGSR.
suivants : tantôt la matière cancéreuse en se dôvelèppani à'iniltfa à peu entre les fibres des tissus ambiants ; ceux-ci sont coiii|mid% détruits^ et il vient un moment où Ton ne trouve à leur place qnfi masse de substance cancéreuse ; il y a» comme le dit M. Broca, tution et non pas transformation ; tantôt on trouve autour de la taniav une zone plus ou moins largo, épaissie, lardacée; elle est coDStitHéepir le tissu normal infiltré de lymphe plastique, état tout à ùài analogie i celui qui est déterminé par les sécrétions interstitielles de rinflniM» tion. Il faut bien se garder de confondre cette disposition avecaneoih mencement d'altération cancéreuse; elle est, au début, puraneU inflammatoire, et probablement déterminée par la pression exeieeew les tissus environnants par la masse cancéreuse. Ce produit, à la vérilè» devient cancéreux au bout d'un certain temps ; mais au commenonMrt il apporterait obstacle à la propagation de la maladie en combUallli lacunes interflbrillaires, et en empêchant l'infiltration de la roatièe cancéreuse.
Le cancer ne marche pas avec une égale rapidité à trtTefs b différents tissus. Le tissu cellulaire est certainement celui à limn lequel l'infiltration cancéreuse se propage avec le plus de facilité;! suflit de se rappeler les propriétés de ce tissu pour que cette propoiilioi ne laisse aucun doute dans l'esprit, car on sait que le moindre efortei sépare les lamelles; on sait que les interstices se laissent distendieine la plus grande facilité; on comprend, dès lors, avec quelle rapiditéb matière cancéreuse peut s'infiltrer. Mais lorsque ce tissu celliilaii» eil condensé, qu'il se rapproche par sa disposition du tissu fibreui» il apporte une digue assez puissante à lu propagation du cancer, iplv forte raison le tissu fibreux lui-même résiste-t-il davant^c; c'est aiia que l'on voit les aponévroses, les gaines fibreuses mettre obstacle à l'esvahissement de la dégénérescence; c'est dans des circonstances ieiaU» Mes que Ton voit des tumeurs encéphaloldes enveloppées par un véritdfc kyste. Les muscles se laissent très rapidement envahir par le cancer, h propagation se faisant par l'intervalle qui existe entre les fibrilles mnifii' laires ; la face profonde de la \w,hu creusée d aréoles nombreuses se iMtf aussi très facilement envahir; il n'en est plus de même de la (aoe Uj/t ficielle, dont les éléments sont beaucoup plus serrés. Nous dirooi h | mémo chose dos momhranos muqueuses, qui, en général, lésiilei^ moins que la peau. Quant aux membranes séreuses, elles apporteot obstncle à la propagation par leur surface libre, qui souvent est M* j pectée, alors que toute la tace profonde est devenue cancéreuse. U texture assez dense dos filets nerveux leur permet de coiiser\er peadafli assez longtemps leur intégrité : aussi nVsl-il pas rare de trouver dtt nerfs intacts au milieu de tissus complètement dégénérés, cepeadanl ils finissent par être envahis. Le tissu osseux lui-même u est pasal'^
d la propagation du cancer. C'est en s'infiltrant dans Ie$ canaux et les malictiles innombrables qui donnent passage aux vaisseaux des os |M la matière hétéromorphe pénètre le tissu osseux : aussi certains ft vésistent-ils beaucoup plus que d'autres; les os courts et les épiiàf$e»y dont les vaisseaux sont plus volumineux^ jsont beaucoup plus ipidement détruits que la diaphyse des os longs^ dont les orifices Mt très étroits^ très obliques^ et remplis plus complètement par les «ineaux; et ce n'est que quand l'inflammation que provoque la prélence de la tumeur a déterminé rélargissement des canalicules que l'on tHtle tissu diaphysaire envahi. Lorsque^ au contraire^ le cancer se Ufekyppe dans Tintérieur de l'os, ou lorsqu'il s'y est propagé en suivant e trajet d'un gros vaisseau, il envahit très rapidement la substance ■édttUaire, et détruit bien plus rapidement le tissu osseux; cela est iwile à comprendre : on sait, en effet, que les ouvertures vasculaires ODt bien plus larges en dedans qu'en dehors. Nous ne voulons pas lécrire ici l'anatomie pathologique du cancer des os ; nous ferons remarfuer toutefois cette particularité que la trame osseuse est perforée lomme par un emporte-pièce, et que dans le voisinage le tissu ne prétente aucune espèce d'altération ; dans la tumeur on trouve des lamelles isenses amincies, érodées, et si l'on examine ces lamelles au micros- 90pe et à l'aide de l'analyse chimique on voit qu'elles n'ont rien perdu le leur structure première; le tissu cartilagineux est complètement Mictaire à l'action du cancer.
n nous reste à parler de l'action du cancer sur les vaisseaux; cette iMe nous fera connaître quelques particularités du plus haut intérêt.
Les artères ne se laissent pas facilement envahir par le cancer; la lenité de leurs tuniques, leur élasticité, qui leur permet de fuir devant I tumeur, leurs battements, qui refoulent à chaque instant la tumeur jn tend à s'accroître, sont autant de circonstances que Ton peut conidérer comme favorables; mais lorsque le vaisseau est complètement Dveloppé, ou lorsqu'une cause quelconque s'oppose à son déplace- •Mt, il finit par céder. L'artère est aplatie; son calibre se rétrécit, on 'ifumème complètement effacé; dans ce cas, le courant sanguin est Mmompii comme il le serait par une ligature ; bientôt ses tuniques oui envahies de dehors en dedans, la tunique celluleuse d'abord, puis itonique moyenne, et enfin la tunique interne. Tant que l'altération itboroée à la tunique celluleuse, on n'a pas à craindre d'hémorrhagie, irb tunique moyenne résiste encore assez à l'effort du sang; mais mque celle-oi est envahie, ou bien l'artère est comprimée, rétrécie,
eoars du sang est trop faible pour déterminer une déchirure, ou m Tartère n'est pas comprimée au-dessus du point malade, l'effort
«ung est complet. Alors de deux choses l'une : la tumeur est dure, éêtaBtBy soutient les parois artérielles, il ne se produit rii^n de spécial»
hhO CA5CKR.
la circulation continue comme par le ftmé, et le Invatt de sation du cancer suit sa marche habituelle; ou biei alors Tartère se rompt : si le cancer est ulcéré, on constate une rhagie ; si^ au contraire, la tumeur n'est pas encore arrivée à mMb période, le sang s'épanche dans la tumeur, s'y creuse des cantésph» ou moins larges, plus ou moins irrégulières, et là on trouve qaeiqiefois des caillots fibrineux en tout semblables à ceux qu'on obtient dMK tous les épanchements sanguins un peu considérables, et l'on retroive ces caillots au milieu des masses cancéreuses. Lorsque les mplami sont multiples, on voit autant de petits foyers qui souvent comiBiiî» quent ensemble; il en résulte que le sang étant incessamment vené fÊt l'une des ouvertures, circule librement ; il ne se forme pas de cailUi : aussi la tumeur présente-t-elle des pulsations semblables à oelei ém anévrysnies, et si Ton coupe la tumeur, on voit qu'elle ressemble à ne éponge imbibée de sang; cette altération a été désignée sous le noua cancer hématode^ fimgus hématode.
Les parois des veines se laissent très facilement désorganiser pirk cancer, mais le sang ne se creuse pas de cavité dans l'intérieur ëe II tumeur, car la pression intérieure est toujours moins puissante fK b force d'expansion de la matière cancéreuse; cette dernière ne tmèt donc pas à prendre la place de la veine, qui vient, pour ainsi iR» mourir dans l'épaisseur de la, masse morbide. Dans quelques cai, b paroi veineuse est complètement désorganisée, et la matiète eocépbi* lolde vient faire irruption dans l'intérieur du vaisseau, ainsi que ?• Bérard l'a parfaitement démontré. Dans le premier degré de cette ahéiition, la paroi interne de la veine est encore intacte, de sorte quektiNi encéphalofde, recouvert encore par la membrane interne, fait Imm dans la cavité de la veine. Dans ces circonstances, la circubtioi lÂ* neuse est encore possible : mais bientôt arrive le second degré : It IInique interne est détruite, le tissu cérébriforme est en contact a«ee b | sang, le cancer s'ulcère et se couvre d'une légère couche de «4 i coagulé; en même temps il se forme un champignon qui pénètreiti- i vent fort loin dans Tintérieur du vaisseau, oblitère les veines d'un pA calibre et gône la circulation dans les veines volumineuses. Dans fpi* ques cas, ces fongosités très molles, supportées sur un pédicule étiA ne peuvent résister au courant sanguin, se détachent et sont enliiliM dans le torrent circulatoire, où on les retrouve dans les gros vaisiMV Lorsque les veines sont oblitérées par le bouchon cancéreux, desiN|ments de la tumeur peuvent encore être détachés et retrouvés plai oi moins loin du siège de la dégénérescence. Langenbeck a vu dans da cancers de Tutèrus ces débris remonter par les veines hypogastriqM, iliaque, primitive, et arriver jusque dans les ramifications de l'artèie pulmonaire après avoir traversé les cavités droites du cœur. Dans tons
GANGEIU hUi
ces vaisseaux^ il y avait une traînée de matière cancéreuse adhérente i^idenient aux veines utérines; la circulation n'était pas interrompue (i). Cette destruction et cette oblitération des veines profondes expliqueraient facilement, d'après M. Broca, Ténorme dilatation des veines lous-cutanées.
Le volume de ces tumeurs est extrêmement variable : on en trouve qui sont à peine grosses comme un grain de blé, tandis que d'autres ont UD volume énorme. P. Bérard en a vu une située à la cuisse, et qui <galait en volume le corps d'un homme adulte. Gooch en a rencontré Hoe dont le périmètre, mesuré du coude à la main, donnait quatre pieds.
Le tissu encéphaloîde peut se présenter dans les tumeurs sous trois formes diflërentes indiquées par Laennec, et désignées par lui sous le titre de tumeur encéphaloîde enkystée, tumeur non e^ikystée^ei infiltration ou dégénérescence encéphaloîde.
Les tumeurs encéphaloïdes enkystées sont assez rares; elles ont une forme arrondie assez régulière ; elles sont enveloppées par une membrane fibro-cartilagineuse blanche, résistante, demi-transparente, d'un millimètre d'épaisseur, lisse à sa surface externe, peu adhérente par sa surface interne à la matière qu'elle contient. La masse, dans son état de crudité, est divisée en lobes et en lobules par un tissu cellulaire très fin qui pourrait être comparé à la pie-mère, à laquelle il ressemble par le paod nombre de vaisseaux qu'il contient.
Les masses encéphaloïdes non enkystées ont une forme moins régulière que les précédentes; elles sont bosselées.à leur surface, ce qui dépend de l'agglomération de plusieurs tumeurs. Bien qu'elles ne soient point tonlenues dans une membrane d'enveloppe aussi bien organisée que te précédentes, elles sont entourées par une couche de tissu cellulaire ttamenteux qui se continue avec les cloisons interlobulaires. Des vaisleaux nombreux se remarquent dans cette enveloppe ; les veines surtout } acquièrent un volume considérable.
Vinfiltration, ou dégénérescence encéphaloîde (Laennec), consiste dans la déposition de matière encéphaloîde dans les interstices de la trame du tissu normal ; elle a pour effet de transformer peu à peu ce tissu en tue matière semblable à elle-même. La partie malade, dit Laennec, présente au commencement un aspect mixte entre celui de la texture iKMDale de l'organe affecté et celui d'un encéphaloîde dans son état de erodité. La partie affectée augmente de volume, pâlit si elle était natulellement colorée, et devient légèrement demi-transparente et grisfttre ; puis elle finit par présenter les caractères d'une tumeur encéphaloîde à Kétat de crudité.
(i) LaofenlMck, VSxpérience, 1840, t. V, p. 286.
442 CAifCiR.
Le cancer encéphaloide peut se développer primitivement dam pm^. que tous l(»s tissus et tous les organes. Laennec n'a rencontré la (bmw enkystée que dans le niédiastin. le poumon et le foie. Les tumeuniM enkystées ont, au contraire, été trouvées presque partout; mais c'eÉ surtout dans le tissu cellulaire lAche et abondant des membres H en grandes cavitt^, au bras, à la cuisse, au cou, dans les médiastins. dans les rtîgions prévertébrale, rénale, pelvienne, qu'on les rencontre le phB souvent. Elles sont plus rares dans les viscères ; ce|>endant on en Iroiw assez souvent dans le foie, et, lorsqu'elles s'étendent jusqu'à «on PII1^ loppe s<'îreuse, on remarque à la surface de Torgane des dépressions m forme de godet qui correspondent à la tumeur, tandis que les partiel qui entourent la dépression sont formées par le tissu du foie non allm. On en a trouvé plusieurs fois dans le ci'r\'eau. Rien n'est plus commn que le cancer encéphaloïde de la mamelle et du testicule. C'est eoomv la mt^ine variété que l'on obser\e lorsque le cancer s'est dé\'eloppé primitivement dans TomI. Les tumeurs désignées sous le nom de tumeurs fongueuses de la dure-mère ne sont souvent autre chose que dests* meurs eneéplialoïdes. Enfin on en trouve dans l'estomac, les iote^tiB, les ganglions m^'^scntiTiques, le pancréas, les ovaires, l'utérus, elc. U tissu osseux n'est point k Tabri de ses atteintes.
ÏA'S cancers qui se développent dans un organe creux, tel que Teslsmac; l'intestin, etc., présimtent dans leur développement quelques particularités assez constantes, qui permettent de formuler quetqsn propositions généndes : 1° ils ne débutent point par la membrane Wqueus<\ mais par le tissu cellulaire sous-nmqueux: 2* la tunique nDiculaire sous-jacente présente ordinairement une hypertrophie considé' rable ; H"" lorsqu'ils tendent au ramollissement, c'est vers la membrMi nmqueus(^ que se fait TulcératHm : ils viennent alors proémînerdansli cavité de lorgane; U" \\e.uii |m>u l'ulcération s'étend dans la proTondeV des tissus, et le [wint qui a donné naissance au c^ncx*r peut Hre peiftrt» Si lorgam» «'tait recouvert d'une membrane séreuse, un épanchemest promptement mortel peut s<; faire dans la cavité de cette membrane; mais c(»t accident est rare, car le plus souvent des adhérences se ««** établies autour du point affecté. Lorsque ces adhérences se foroM*^ enti*e les parois de deux organes creux, la cloison intermédiaire «0 deux cavités peut être détruite par la dégénérescence : ainsi »'éfr blissent ces communications contre nature entre la cavité d'orpn** voisins; nous citerons, par exemple, l'estomac et le côlon trtmsverse, b vésicule biliaire et le gros intestin, la vessie et le rectuni, etc.
SYMPTOMATotJKiiK.— Lcs symptùmes que pn»siMitent ces tumeursso"* variables suivant Ir li«Mi qu'elles occupent et suivaikt les fonction**' l'orpine atl'ecte. Nous n'exposerons tlans ce paraizraphe que les >\i»" ptônies propres aux tumeurs encqdiaioïdes qui viennent faire saillie s
CANCER. /i43
.lérieur^ comme étant les seules qui appartiennent spécialement à la nirgie.
a tumeur, pendant sa première période^ c^est-à-dire lorsqu'elle ne d point à Tulcération, présente en général une forme assez régulièlentarrondie; cependant on peut souvent, par le toucher, recon- IN qu'elle est formée de lobes juxtaposés. Ordinairement la peau ta recouvre n'est point altérée; elle conserve sa couleur, sa texture sa souplesse normale, elle est plus ou moins tendue suivant le voie et suivant la rapidité du développement du tissu accidentel, «que la tumeur a acquis en peu de temps un volume considérable, ces de distension donne à la peau un aspect lisse et brillant accomlié d'une transparence plus prononcée que dans son état normal, ce permet d'apercevoir facilement les vaisseaux veineux sous-cutanés; x-ci ont alors subi une ampliation très considérable, et on les voit wnifier à la surface de la tumeur, où ils semblent se creuser des )ns.
A consistance de la tumeur n'est point la même à toutes les époques son développement; au début elle est assez ferme et présente une stance élastique; sa consistance est rarement égale dans toute l'élue de la masse morbide : quelques points sont durs et résistants (tant que d'autres offrent plus de mollesse. Mais dans certains cas la dnetion accidentelle se présente dès son début avec une mollesse féme dans toute son étendue; elle donne alors h la main qui l'exre une sensation de fluctuation. C'est là un fait capital dans la symmatologie de ces aflFections ; il faut savoir que le tissu encéphaloïde t donner une fluctuation aussi franche que celle qui est propre aux ections de liquide. — Plusieurs fois on a pu constater dans ces tuirsde légers battements analogues à ceux des tumeurs anévrysmales. voit, en consultant les recueils d'observations, que ce signe on a mki imposé aux chirurgiens les plus expérimentés. En analysant observations dans lesquelles ce symptôme a été perçu, on remarque h plupart des tumeurs qui ont présenté ce phénomène avaient r point d'origine le tissu osseux ou le périoste; nous serions donc losé à croire que ce symptôme ne se rencontre que dans les circoniccs que nous venons d'indiquer. De nouvelles recherches sont Heurs nécessaires pour fixer ce point de la symptomatologie. — On a également, par l'auscultation, entendre un bruit de souffle. A ipui des propositions précédentes, nous rappellerons l'observation liPnoir, sur laquelle on a pu percevoir et les battements et le bruit souffle (I), et celle consignée dans la thèse de M. Robert (2).
^) Arehiues générales de médecine^ 1836, t. XII, p. 848.
,2) Thèse pour le concours à la clmire de médecii^e opéraitoire, 1841» p« 18».
hhh CANCEH.
Certaines tumeurs enréphaloides ne provoquent mais ppla est rare : le plus souvent, les malades éprouvent deti qu'ils compureut à des coups de canif, k des piqûres d'aiguil l'on désigne sous le nom de doulevri lancinanta. Celles-ci mement passagi^res et se reproduisent plus ou moins souvent : on ■ remarqué que la fatigue de tout le corps et les attoucbenienb eurcèt sur la tumeur y font naître ces élancements douloureux, Don pu ■ moment même de l'exploration, mais quelques instants après.
L'accroissement des tumeurs enccphaloides se fait quelquefois tne lenteur, mais en général leur développement est assez rapide; il puilt être plus prompt chez les sujets jeunes et vigoureux que dans ïaétconstances opposées. Quelques cancers, apr^s être restés pendant longtemps pour ainsi dire stationna ires, augmentent rapidement de nthut sans que l'on puisse ultribuer ce changement à quelque cause apiMiciable ; maià d'autres fois la tumeur a été soumise à l'aclion de quelqn violence extérieure, ou bien, et cela s'observe ti-ès fréquemmeul, oo h irritée par l'application de quelques topiques dits maluratifs.
Il n'est pas très rare de voir une tumeur encéplialoîde augmenter dt volume d'une manière rapide dans l'espace de quelques jours ou atat de quelques heures. Cet accroissement s'accompagne de tension cMiidérable de la partie, puis la tumeur reste stationnaire pendant H temps variable el quelquefois elle revient sur elle-même. t> j/ttia^ mène s'explique par la formation de foyers sanguins dans l'intérieitrii la masse encéphalojde. M. Denonvilliers a montré à la Société aaillK mique une tumeur qui avait présenté plusieurs fois ce phénomètw^fi l'on put constater qu'elle contenait des caillots sanguins qui, par lont degrés différents de transformation, paraissent avoir dit se faire mx époques pendant lesquelles la malade avait remarqué cet accroisMBMl subit de la tunieur.
TanUVt l'accroissement s'opère d'une manière uniforme dans louldi masse cancéreuse ; mais le plus souvent on voit un ou plusieun n*-. melons arrondis faire saillie il la surface et se ramollir. La pean qn 1» couvre, mobile dans le principe, finit par adliériT à la tumeur, ronpt, proéniine à l'extérieur. Si alors on explore la partie saillante, oOf trouve une fluctuation évidente : aussi beaucoup de chirurgiens, tnliM des plus exercés, ont-ils souvent plongé le bistouri dans de sembUtlH tumeurs, croyant ouvrir un abcès. Lorsque l'on a commis blable méprise, on voit alors, au lieu du pus, sortir du sang toute la surface de l'incision. Mais si, prévenu de cette cauM on laissfî marcher la maladie, la peau qui recouvre ers s'amincit rapidement, se détruit par l'ulcération, et il s'écoule Ml hors de la sérosité sanguinolente, quelquefois du sang pur. L'i ture qui s'est raitc à la peau ne tarde pas à s'agrandir^
CASr.ER, ÙÙ5
s«ge à la substance qui forme la tumeur. Celle-ci se présente sous la forme d'un champignon mollasse, Tongueux, fournissant un liquide ianieu>L d'une fétidité repoussante qui a quelque chose de caractéristique.
Cet ulcère saigne au moindre attouchement; il est rare qu'il ne s'écoula pas quelques gouttes de sang lorsque l'on enli^ve les pièces de pansement. Mais quelquefois cet écoulement sanguin est beaucoup piui considérable ; il survient de véritables hémorrhagies, souvent préc«dées par une sensation de tension et de chaleur dans la tumeur. Elifs soulagent d'abord les malades, mais ce soulagement n'est pas de longue durée. Des masses formées par le tissu fongueux, ramolli, se détachent, sont éliminées, La tumeur diminue rapidement, et pourrait faire espérer une destruction complète du cancer ; mais il reste presque toujours dans le fond de l'ulcère une couche du tissu cancéreux, et, chose remarquable, on a vu plusieurs fois le fond de l'ulcère prendre une couleur rosée, vermeille, et une cicatrice se former à la surttce du tissu cancéreux. Baylc, Cayol, et P. Bcrard disent avoir observé |ilusieurs fois ces cicatrices, qui ne tardent pas, il la vérité, à être détruites et suivies de toute la série de phénomènes que nous venons de mentionner.
La gangrène des tumeurs cancéreuses n'est pas extrêmement rare. If plus souvent on observe des sphacèles partielles, quelquefois la Uineur lancéreuse est frappée de gangrène dans sa totalité. La gangrène sèche et la gangrène humide ont été observées; cette dernière se montre particulièrement dans les tumeurs encéphaloïdes, tandis que U gangrtme sèche est propre au cancer squirrheux. Dupuytren croyait viiirlacause de cette dernière terminaison dans l'étranglement qu'éprouveraient, en se développant, certaines tumeurs enkystées ; M. Laugier ailabue ce phénomène à une inflammation développée accidentelle- (nent dans le tissu morbide. L'oblitération des vaisseaux qui se rendent ^limasse cancéreuse nous semble être une des causes les plus puissuites de gangrène. Lorsqu'une tumeur cancéreuse est gangrenée tota- Umeul, elle est éliminée tout entière : on cite quelques exemples de guérison complète obtenue ainsi par les seules forces de la nature. Mais si, dans quelques cas, cette gangrène a eu un résultat heureux, le plus souvent elle n'a d'autre effet, surtout lorsque la tumeur est volumineuse, que de hùter la mort du malade, qui se trouve promplement ^sé par les pertes journalières que fournit sa plaie, et peul-étre par l'infection putride.
Indépendamment des symptômes précédents, qui sont en réalilé les ytnplâmes propres aux tumeurs encéphaloïdes, on peut en observer 'autres estrCmemcnt nombreux, consistant en des troubles fonctionili, vuriables suivant l'organe primilivcment atfecté, ou qui dépendent
Û'IB CANCEB.
afTeclions les plus dilTérenU^s devaient ctre confondues sous «'tle di iDÎnation. On résen'e niBinlenanI ce nom aux tumeurs Tonnées p tissu morbide sans analogue dans l'éconoinie, dont nous allons dons la description : c'est le tisiu tquirrheux.
Le tissu squirrtieux ofTre une dureté i^omparablo ù celle il cartilages; il crie sous le scalpel lorsqu'on le divise, et Ra o sente une matière d'un blanc bleuEktre, et plus transparente q encéph»loide. Si on le comprime fortement, on voit sourdre é face un liquide visqueux transparent, comparé par Scarpa à uM vernis, et que M. Cruveilhier, qui le regarde comme propre a désigne sous le nom de me cancéreux.
Il est formé par une trame flbreuse assez deiisi? qui i'OatieDlj| mailles une matière comparée k la couenne du lard. Les noyuntfl petit nombre, les cellules, au contraire, très multipliées. 0!lw-d,B lieu d'être larges, arrondies, comme dans l'encéphalolde, sont prlilti, irrégulières, aplaties dans tous les sens; mais, & mei'ure que le euM s'accroît ou mieux se ramollit, les cellules augmentent de dimcRiioa A deviennent plus régulières. TantAt cette trame fibn'use est dinpotM d'une manière irrégulière ; lantAt, au contraire, elle présente un ai gement régulier : ainsi, on la voit intercepter des espaces aréoluM semblables aux alvéoles d'une ruclie ; tantôt les cloisons fîbreuM* «•! disposées sous la forme de rayons autour d'un centre commun, de sorte que la coupe de la tumeur rappelle jusqu'à un certain point 11 structure du navet [stpiirrhe nnpifomie). Le tissu squirrlieux ne M p^ sente point, comme le tissu encéplialoide, sous la forme eakjnlé): tantât la tumeur est bien limitée, bien distincte des parties sunet, ff le fait mémo de la différence de structure et de densité qui exitle d elles et les tissus ambiants {squirrhe circonscril, iquirrhe «MyfiM^i tantôt il existe un point central qui présente la dureté et l'aqicelA squirrhe ; mais, à mesure que l'on s'éloigne de ce point, on voit Mttfr ractères se perdre, et la tumeur se fondre par degrés avec le tim dl l'organe affecté, sans qu'il soit possible de poser avec préciwon U ligne de démarcation entre les tissus dégénérés et les tissus IHI iqairrhc non circonscrit, squirr/ie tn/iUré. Quelquefois, d'une lUK bien circonscrite dans toute sa périphérie, on voit se détacher on»* plusieurs bandes fibreuses très longues, tri-s résistantes, qui s'éi au loin en traversant les tissus sains, où elles disparaissent en se cof fondant avec le tissu cellulaire de la région. Ch. Bell, qui le premiff* appelé l'attention surce fait, a fait représenter dans son mémoire n do ces tumeurs d'où part un rayon fibreux qui s'étend à une diilaoee d< ÎO ou 12 centimètres. Nous rappellertms cette particularité lof»qB*' nous traiterons de l'extirpation des tumeurs squirrheuses.
Les tumeurs formées par le tissu squirrheux sont mreuMJilaRonditV
ÉA
iinme les tumeurs encéphaloidos ; elles sont bosselées à leur surface, eup volume est en général peu considérable; il en est même quelquesnes qui déterminent dans l'organe qu'elles envahissent une sorte l'atrophie, de racornissement, d'où il résulte que l'organe a diminué le volume^ bien qu'envahi par le squirrhe dans toute son étendue squirrhe atrophique, Récamier).
Comme le tissu encéphaloïde, il présente une période de crudité, une période de ramollissement et une période d'ulcération. Nous venons de décrire l'état de crudité. Le ramollissement commence tantôt par la surfiicede la tumeur, tantôt par son centre. Dans le premier cas, une ou plusieurs des saillies que présente le tissu accidentel perdent graduellement leur consistance et se transforment en une sorte de gelée demitransparente offrant une teinte grisâtre. Dans le second, on trouve dans la tumeur une cavité irrégulière renfermant la même matière liquide et Hante, qui semble même quelquefois être mêlée à une petite quantité le pus floconneux.
11 résulte des recherches de Scarpa, Travers et Lobstein, que le tissu •quirrheux est dépourvu de vaisseaux ; l'injection ne remplit que le ré- >eau artériel qui entoure la tumeur, mais ne pénètre pas dans son intéieur. Cependant Mûller et M. Cruveilhier affirment qu'ils sont parvenus i y découvrir quelques vaisseaux extrêmement fins.
Le squirrhe ne se développe point primitivement dans tous les tissus, icarpa pense qu'il ne prend jamais naissance que : 1° dans les glandes îonglomérées externes, et il désigne sous ce nom les glandes mamnaires, la parotide, les testicules, les glandes sous-maxillaires et lacrynales; 2** dans la membrane tégumentaire externe ; 3° dans certains' iscères tapissés par la membrane tégumentaire interne : tels sont 'œsophage, l'estomac, le rectum, le larynx, le vagin, le col de l'utéus, la vessie. Suivant cet auteur, le squirrhe ne se montre jamais priaitivement dans les ganglions lymphatiques, dans les glandes sublinuales, les amygdales, dans le corps thyroïde et dans les organes planchniques, excepté ceux que nous avons cités. Il serait facile, dit '. Bérard, de trouver des faits contraires à l'opinion de Scarpa, mais ils esont point en assez grand nombre peur diminuer l'importance do es remarques. Nous partageons entièrement cette opinion, et nous itérons, en outre, deux organes où le squirrhe est excessivement rare, itant est qu'il y ait été observé : ce sont la prostate et les reins. Nous Brminerons ces remarques en rappelant l'opinion de M. Cruveilhier, |ui regarde le tissu cellulo-fibreux comme le point d'origine habituel lu tissu squirrheux.
Symptomatolooie. — Une tumeur squirrheuse peut exister longtemps ans se déceler par aucun symptôme; souvent le malade n'en reconnaît la présence que par hîisnrd v\\ portant la main sur la région qu'elle
NKÎ.ATOX. — PATII. <:niR , T. 1. 20
vernis, el que M.Lruveilhifr, qui le regarde comme propre dÙGigne sous le nom dt* luc cancéreux.
Il esl fornié par une trame fibreuse assez dense qui conti mailles une niuti&re compara h la couenne du lard. Les n(q petit nombre, les cellules, au contraire, très multipliées, lieu d'être laides, arrondies, comme dans l'encêphalolde, irrégulières, aplaties dans tous les sens; mais, à mesure q s'accroît ou mteu\ se ramollit, les cellules augmentent de i deviennent plus régulières. Tantôt cetle trame fibreuse d'une maaière irrégulière ; tantôt, au contraire, elle préseï gement régulier : ainsi, on la voit intercepter des espan semblables aux alvéoles d'une ruche ; tantôt les cloisons fib dis)>osées sous lu forme de rayons autour d'un centre coR aorte que la coupe de ta tumeur rappelle jusqu'à un certai Ntructure du navet [squtrrhe napiforme). Le tissu squirrheux sente point, comme le tissu encépbaloîde, sous la Torme lantâtla tumeur est bien limitée, bien distincte des parties si le fait même de la diDerence de structure et de densité qui e; elles et les tissus ambiants [tqttirrhe circoiacrit, iquirrlte ea tantôt il existe un point central qui présente la dureté et 1' squirrhe ; mais, à mesure que l'on s'éloigne de ce {wint, on v ractères se perdre, et la tumeur se fondre par degrt's avec I l'organe affecté, sans qu'il soit possible de poser avec prêt ligne de démarcation entre les tissus dégénérés et les lia tquirrhe non circonicrit, tquirrhe infiltré. Quelquefois, d'ui bien circonscrite dans toute s» périphérie, on voit se détach plusieurs bandes fibreuses très longues, très résistantes, qui au loin en traversant les tissus sains, ou elles disparaissent > fondant avur \f tissu rellutuire de la réirinn. Ch. Kell. nui l<-
hSO CANCER.
occupe. On peut alors reconnaître une petite tumeur^ qui ne fait d*i leurs éprouver aucune souffrance; la santt» générale n'est nullemer altérée. Peu à peu la tumeur augmente de volume; elle perd sa fomc arrondie^ régulière; elle présente des bosselures, des anfractuositér Elle était d'abord mobile et sans adhérence ; elle ne tarde pasàd^ venir plus fixe. Si Ton cherche alors à plisser et à soulever la* pe^ qui recouvre la tumeur, on la voit se rider et présenter quelqi^ petits^ enfoncements qui indiquent qu'elle est liée à la productif morbide par quelques filaments fibreux. Plus Uxrd la tumeur finit ^ adhérer, par faire corps, pour ainsi dire, avec la peau ou avec 1 muscles placés derrière elle. En même temps il s'y développe des d^ leurs lancinantes, d'abord rares et qui ne se manifestent que le &o dans la nuit ou après quelque fatigue, mais qui bientôt devienrme plus fréquentes et laissent à peine au malade quelques heures de repo Les tumeurs très dures sont généralement accompagnées de douleu moins vives que celles qui offrent moins de consistance.
Bientôt la tumeur commence à faire une saillie extérieure ; i peau qui la recouvre prend une teinte rougeâtre violacée; les veioei sous-cutanées se développent, deviennent variqueuses; la peau qui ifcouvrait une des bosselures se perfore par ulcération; une fissiifp étroite laisse écouler une petite quantité de sérosité sanguinolente; l'ouverture s'agrandit chaque jour, ses boitis se renversent en dehors, son fond présente une teinte blafarde. Le fond de l'ulcère, bien que formé par un tissu en voie dv ramollissement, repose sur un tissu qui ronser\'e toute sa dureté; la surface de l'excavation ulcéreuse» fournil une sanie ichoreuse, peil abontiante ordinairement. Plusieu^^ bowelures s'ouvrent ainsi successivement, les ulcères les réunissent, et toute la surface de la tumeur se trouve envahie.
Mais, avant que le mal ait fait des progiès aussi étendus, on voit, comme dans les (lancers encéphaloïdes, les ganglions lymphatique s'engorger, dt^énérer en coincer ets^ulcérer. La diathèse cancéreuse ^ prononce, et, chose remarquable! les tumeurs secondaires, relies q«i se forment dans le foie par exemple, sont ordinairement de nature encéphaloïde.
Lorsque l'affection locale en est îirrivée à ce point, on ne tarde p** à voir se succéder les divers symptômes de la cachexie cancéreuse et le malade succombe. Notons seulement ici que le dépérissement du malade est dans ces cas plus lent qu'après l'ulcération des tumeurs encéphaloïdes.
Telle est la s^îrie des phénomènes que l'on observe ordinairtMneol dans les tumeurs squirrheuses. Mais quelquefois la tumeur reste indc»^ lente; elle contracte adlicrence avec la peau qui la rerouvre; il ^ forme sur la parlie adhérente i\v petites tulHîrosités qui s'ulcèn-nt
mais cette ulcération, au lieu de s'étendre, reste, pour ainsi dire, stationnaire. Le liquide qu'elle fournit est peu abondant; il se dessèche à la surface de la solution de continuité ; la peau des parties voisines se ride, se fronce autour de Tulcération, et celle-ci peut rester ainsi pendant plusieurs mois, pendant plusieurs années sans s'étendre. Les ganglions lymphatiques échappent alors à la dégénérescence cancéreuse, ou, s'ils sont envahis, la désorganisation est aussi lente dans ces parties que dans Torgane primitivement affecté. Cette marche extrêmement chronique du cancer ne s'observe que chez les sujets très avancés en ftge^ et le plus souvent alors la maladie ne semble pas hâter l'époque de la mort.
Il existe une autre forme de l'affection cancéreuse qui se montre encore chez les sujets très avancés en âge. 11 se forme une tumeur qui, au lieu de se développer au-dessous des téguments, tend à se pédiculer. Cette tumeur, d'un volume médiocre, est couverte par la peau adhérente, mince et luisante, et parcourue par des vaisseaux veineux extrêmement fins qui lui donnent une couleur rouge vineuse. Si l'on coupe la tumeur, on trouve que la peau ne forme plus une couche distincte; elle a subi la transformation squirrheuse. Cette forme du cancer se ^approche de la précédente par l'extrême lenteur de sa marche et l'absence presque complète de douleurs.
Nous empruntons à l'excellent article de P. Bérard le parallèle suivant, qui mettra en évidence, en les opposant l'un à l'autre, les traits principaux des tumeurs squirrheuses et encéphaloïdes. a Le tissu encéphaloïde à l'état de développement complet s'offre sous Tapparence d'une pulpe d'un blanc de lait, mêlée çà et là de points rosés : le Squirrhe ressemble à une couenne de lard consistante, traversée par des rayons cellulo-fibreux. — Le premier renferme une quantité prodigieuse d'artérioles, et leur nombre va en augmentant à mesure que le ramollissement s'opère. Des épanchements apoplectiformes se rencontrent dans son tissu. L'ulcération qui lui succède est accompagnée d'hémorrhagies presque toujours répétées et quelquefois très abondantes. Le second est presque complètement dépourvu de vaisseaux. Les épanchements sanguins y sont rares et peu considérables; l'ulcère auquel il donne lieu se complique rarement d'hémorrhagies abondantes. —Le tissu encéphaloïde remplit fréquemment les veines de la partie affectée, et quelquefois même les veines qui avoisinent celle-ci. Le squirrhe n'a point, que je sache, été étudié sous ce rapport : d'où l'on peut conclure que celte disposition est très rare, si on l'y a rencontrée. —Le tissu encéphaloïde peut se développer dans tous ou presque tous les tissus et organes de l'économie. Le siège primitif du squirrhe est beaucoup plus limité. — Les masses encéphaloïdes peuvent atteindre des dimensions monstrueuses; elles sont lobées; offrent, quand elles
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tendent au ramollissement^ une élasticité caractéristique. Le squô pur ne parvient jamais à un volume aussi considérable, et qoekinefoi^i^ même il cause l'atrophie et le racornissement de la partie qu'il int resse. Il n'offre^ en général^ ni les contours arrondis, ni Télasticité d\ cancer médullaire. — Rien de plus fréquent que la coexistence d'i multitude de masses encéplialoïdes sur le même individu, dans le foie les roins^ le tissu cellulaire, les ganglions lymphatiques, les poumons, etc. Le squirrhe est ordinairement solitaire. — Le cancer encé phaloïdc^ se développe souvent avant la puberté. Le squirrhe est ua maladie de TAge adulte. Le tissu encéphaloïde se ramollit sous la foi d'une bouillie rosée. Le squirrhe prend lapparence d'une gelée. — sa progression vers la peau, Tencéphaloïde la distend longtem] l'amincit sans lui adhérer. Le squirrhe se cimente avec les tégumenl et ceux-ci ont perdu leur mobilité quand l'ulcération se forme. ^ Ei l'ulcère qui termine l'une et l'autre altération n'offre pas dans les de — m cas la même marche et le même aspect. Les progrès de l'ulcération di tissu encéphaloïde sont extrêmement rapides... C'est, au contraire n, dans les cas de cancer squirrheux qu'on obser\'e ces ulcères dont h marche est obscure, dont la surface est presque sèche, et qui ne que lentement la constitution. »
D'après le tableau que nous venons de tracer, est-il besoin de que le squirrhe et l'encéphaloide ne doivent point être comme deux degrés d'une même dégénérescence, qu'ils rnnîititi^ cvH deux formes complètement distinctes?