TUMEURS DU PAVILLON DE L*0REILLE
retour, on doit faire suivre aux malades un régime antigoutteuz. 3* Kystes sébacés. — On observe parfois des kystes sébacés sur le pavillon ; mais ces sortes de tumeurs ne donnent lieu à aucune considération spéciale.
k* Kystes dermoîdes. — 11 en est de même des kystes dermoïdes du pavillon de Toreil le : on doit pratiquer leur ablation quand ils deviennent trop volumineux ou quand ils paraissent s'étendre du côté du conduit auditif externe.
5' Tumeurs éléphantiasiques. — Ces tumeurs sont fort rares et ne présentent rien de particulier.
6" Tumeurs enchondromateuses. — Le pavillon peut être refoulé p^ir les enchondromes de la région parotidienne. Mais il est très-rare de voir ces tumeurs s'y développer primitivement. Cependant il en a été observé un certain nombre d'exemples. Leur diagnostic est difficile; c'est ainsi que récemment, à l'hôpital Saint-Louis, nous avons opéré une tumeur du pavillon offrant tous les caractères d'un enchondrome. Un premier examen microscopique fait trop rapidement y avait en effet décelé la présence de cellules fibro-cartilagineuses. Hais un examen plus attentif pratiqué ultérieurement par M. Renaut a démontré qu'elles étaient épithéliales (voy. Epithéliomes).
V Tumeurs cancéreuses. — La forme de cancer que l'on observe le plus fréquemment sur le pavillon de l'oreille est la cancroîde. Tantôt il prend naissance dans le pavillon, tantôt il l'atteint secondairement. Il débute par de petites saillies verruqueuses qui ne tardent pas à s'ulcérer et à envahir, en les détruisant, les tissus voisins. Le pavillon est bientôt détruit dans sa totalité, et le conduit auditif luimôme est rapidement envahi si l'on n'a soin d'arrétçr les progrès de celte destruction par l'excision ou tout au moins par d'énergiques cautérisations.
Le docteur Campbell dit avoir observé, en môme temps que le goîlre» particulièrement chez les habitants de la vallée de Nipal, des tumeurs auriculaires charnues, inégales et analogues, dans leur structure, au sarcome. Ces tumeurs, probablement de nature cancéreuse, sont très-gênantes pour Taudition, parce qu'elles attirent fortement en bas le pavillon, de telle sorte que le méat auditif se trouve fermé.
Elles doivent être traitées par la cautérisation, la ligature, l'excision, ou même, selon le conseil de M. Bouisson, par l'amputation partielle ou totale du pavillon de l'oreille.
Epithéliomes. — Lorsqu'ils se développent dans le pavillon de l'oreille, ils donnent lieu à de petites tumeurs indurées qui s'ulcèrent babituellement de bonne heure et revêtent des caractères semblables à ceux qu'on trouve journellement dans les tumeurs qui se développent
32 AFFECTIOBS DE l'aPPABBIL DB l'OUÏE.
autour des orifices des aulres régions de la face. Un peu plus lard, les ganglions qu'ils reçoivent de la région s'engorgent eli l'état local se joignent les s y mpt A mes généraux caractéristiques. Chez certains malades, l'épithéliome, au lieu de prendre naissance à la surfuce de la peau, débute au contact du tissu cellulaire sous-cutnné, s'étend dans ces couches, sur les deux faces du pavillon et du conduit audilif et donne lieu à une lumeur bosselée, lobulée, adhérente à la peau par places, d'aspect bleuâtre et comme indépendante des téguments amincis sur d'autres places. Elle peut dédoubler les téguments du pavillon et acquérir un grand volume sans déterminer leur ulcération, même au
tjb 20 — Cuupe de la même tumeur.
niveau des pomts circonscrils qui 'semblent faire corps avec la surface de la tumeur, sans qu'il y ait de gan- ^'lions envahis dans le voisinage et sans qu'il y ait de douleurs lancinantes. Dans un cas de ce genre que nous aïons ahserK. à l'hôpital Saint- Louis (ïoy. fig 19, 20, 21), la duicté de CCS lobes était analogue à
„ ,„ /. .. , .,,,„, CP'lc des cnchondromes, si fréquents Hi;. 19. — Épilhelijme lubuli olïianl . , ■ , ■ ■
les caraclères d un cnchondrorae. »^"^ cette région, SI bien que le (U. poiro Miiecdou ) diagooslic étail presque impossible
pendant la vie
Il ne fallut iien moins que l'examen microscopique, pratiqué par M. Renaut, pour découiiir que nous étions en présence d'un épithéliorae lobule avec transformation muqueuse
Voici la note qu il nous a remise
Sur une coupe, on \oit, entre les faisceauK du tissu conjonctif, une foule de Inilnécs épithéhales [a] formant des cordons pleins. De distance en distrince, ces contoui'> offrent à leur centre une dilatation remplie par un globe rdfnngent (i) Les sections des cordons épithéliaux qui se trouvent perpendiculaires h leur axe, présentent, soit l'apparence d'un bourgeon plein coupé transversalement, soit
VICES DS CONrOBMiTlOM DD MTILLOH DK L'OREILLE. 33
transversalement, soit l'aspect du canal sécréteur d'une glande Eudorip»re. 11 existe au centre une masse réfriageate qui va en grandissant, de telle sorte qu'un certain nombre de tubes s'Quvrent les uns dans les aulres ou s'accoUent simplement. Il en résulte de vastes Ilots arrondis formés d'un grand nombre de bibes accolés. Sur certains
n mkrograpbiqne de U infime tameur, fait d'aprto une piite de noire coUcctiDn (déparia et euminie par H. Renaul.
poiats, les cloisons formées par l'accollement des tubes se rompent et tOQt l'Ilot est occupé par une masse de mucine {d}, renfermant des débris de cellules épithéJiales.
Cette variété de tumeur épithéliale doit Ctre désignée sous le nom d'épitbéliome tubulé présentant la transformation muqueuse, ou, d'après la nomenclature de M. Robin, de tumeur hétéradénîque.
Le pronostic de ces tumeurs offre une certaine gravité k cause de la facilité avec laquelle elles récidivent après leur ablation.
Le seul moyen d'éviter cette récidive est de les enlever largement.
7' Viee* da omifaiDiBtioB.
Les difformités du pavillon de l'oreille, dont nous allons parler, sont i'absence, l'hypertropbie totale ou partielle de cet organe, les atlbéreoces vicieuses, les altérations de forme de la conque, et les fistules.
Ces difformités sont congénitales ou acquises.
3(i AFFECTIONS DE L'APPAREIL DE L'ODÏE.
V L'absence complète ou incomplète du pavillon varie dans Tun et Taulre de ces cas.
Dans le premier^ elle ne paraît pas entraîner de troubles de l'audition. Steinmetz rapporte le fait d'un enfant chez lequel le pavillon était remplacé, du côté droite par trois lobules cutanés^ du côté gauche par un seul et les deux conques fermées. Malgré cette difformité, les fonctions auditives s'exécutaient normalement.
Quand, au contraire^ le pavillon a été plus ou moins complètement détruit par suite d'un traumatisme, d'une brûlure ou de la gangrène, l'ouïe devient dure. Dans certains cas, cette dureté disparaît peu à peu et l'ouïe reprend sa finesse normale ; d'autres fois cette amélioration n'a pas lieu. Ces différences tiennent, sans nul doute, à des différences correspondantes dans la sensibilité des parties profondes de l'oreille. Chez certains sujets, cette sensibilité serait assez exquise pour rendre inutiles les fonctions du pavillon, c'est-à-dire la collection des ondes sonores , tandis que chez d'autres la présence du pavillon serait indispensable pour percevoir les sons.
Lorsqu'il y a absence totale du pavillon, la prothèse seule peut être de quelque secours aux malades.
Quand une partie seulement du pavillon fait défaut ou a été détruite, il faut recourir à Tautoplastie, en suivant un procédé analogue à celui que nous avons fait connaître à propos des plaies par instruments contondants (voy. p. 20).
2« V hypertrophie générale du pavillon constitue ime difformité des plus choquantes. C'est pourquoi des chirurgiens ont tenté d'y remédier en excisant un lambeau triangulaire à sa partie postérieure et en suturant les bords de l'incision.
^hypertrophie partielle s'observe presque toujours sur le lobule et consiste en un allongement démesuré de cette partie du pavillon, qui se porte sur la joue.
Il faut exciser les parties tuméfiées avec des ciseaux suivant une ligne préalablement tracée à l'encre; Boyer pratiqua cette opération sur un jeune homme chez lequel la difi'ormité disparut complètement.
3*» Aplatissement du pavillon de Voreille. — Le pavillon de l'oreille, sans contracter d'adhérences aux parois crâniennes, est quelquefois assez aplati contre elles pour que l'audition soit notablement gênée.
On ne peut remédier à ce vice de conformation, mais on le prévient en ayant soin de ne pas exercer de compression continue sur l'oreille, comme celle qui résulte des coiffures trop serrées qu'on fait porter & beaucoup d'enfants.
U? Les adhérences vicieuses de la face interne du pavillon aux parties latérales du crâne, dont nous avons parlé à propos des plaies ou des
CORPS ÉTRANGERS* DU PAVILLON DE l'OREILLE. 35
brûlures à la suite desquelles la cicatrisation a été mal dirigée, sont quelquefois assez étendues pour que le pavillon tout entier soit appliqué contre le crâne. Cette difformité est toujours nuisible à Taudition. Pour la faire disparaître, il faut détacher ces adhérences par la dissection et s'opposer à leur reproduction par un pansement méthodique, on mieux, suivant le conseil des auteurs du Compendium^ par l'application d'un lambeau autoplastique sur la surface saignante du crâne. 5® Accotement du tragus et de Fantitragus* — Il résulte de cet accolement que le méat auditif se trouve complètement fermé aux ondes sonores. Dans ce cas, il faut le dilater au moyen d'un petit tube introduit dans le conduit. Si ce moyen échoue à cause de Télasticité des parties, il faut alors, suivant le conseil de Boyer^ exciser ces deux prolongements. Ënfin^ si le malade se refusait à cette opération^ on lui ferait porter un cornet acoustique.
G' Fistules congénitales. — Betz (de Heilbrooen) a signalé l'existence sur le pavillon de fistules congénitales. Il rapporte l'observation d'un malade chez lequel existait sur le lobule une ouverture fistuleuse qui conduisait dans un trajet de 2 millimètres de long, dirigé horizontalement en arrière^ entre le cartilage de la conque et la peau et se terminant en cul-de-sac. Les parois de cette ouverture étaient indurées. Elles étaient recouvertes par une croûte grisâtre.
8* Corps étrangerf.
On observe parfois dans l'épaisseur du pavillon la présence de corps étrangers, de petits projectiles, de grains de plomb ou de fer, etc.
Les boucles plus ou moins épaisses, à anse métallique, dont ou se sert dans tous les pays à titre d'ornements, et qu'on laisse dans le lobule perforé, sont elles-mêmes des corps étrangers dont la présence est habituellement inoffensive. Mais elles sont susceptibles de déterminer, par suite de leur poids relativement considérable, divers accidents, tels que rabaissement^ l'allongement disgracieux et pénible, parfois môme la déchirure du lobule. Dans notre service, à l'hôpital Saint-Louis, nous avons eu Toccasion d'observer une jeune fille dont les lobules étaient réduits en plusieurs lambeaux par suite de boucles d'oreilles appli([uées successivement sur plu* sieurs points (fig. 22). Dans ces derniers temps, il est devenu de mode de les remplacer par des boucles en forme de mors, de serres-fines pinçant le lobule sans le perforer. Mais la pression continue exercée par ces mors contre les deux faces du lobule finit généralement par entraîner des accidents analogues à ceux dont nous avons parlé à propos de la compression. Pour les éviter, on a imaginé
36 AFFSCTIOHS DE L'APPAHEIL DE L'OUIE.
le système suivant : le lobule perforé est traversé par une tige portant à son extrémité externe un diamant ou un bijou quelconque et, & son extrémité interne, une petite virole plate que l'on éloigne ou rapproche à volonté de la peau au moyen d'un pas de vis extrêmement fin. Or il peut arriver, comme cela eut lieu dans un cas rapporté par
Fie. 22. — ■ Déchirure du lobule produite par det beuclei d'oreille.
M. de Saint-Germain {Gazette des kOptlaux, août 1873), que cette virole pénètre, par l'ouverture interne, dans les tissus, y séjourne et y détermine, à la manière d'un corps étranger, des accidents inflammatoires d'une certaine importance.
Le seul mode de traitement est l'extraction de ce corps étranger faîte au moyen d'une petite incision.
Lorsque le lobule est en partie détruit par ces déchirures, il faut recourir à l'autoplastie.
Un lambeau de forme ovaluire est pris immédiatement au-dessous du conduit auditif externe, sur la peau de la région mastoïdienne. Les incisions qui servent à le circonscrire sont tracées de façon qu'il n'y ait aucun tiraillement. La grande extrémité de ce lambeau est en bas : on commence par elle la dissection et l'on arrive ainsi jusqu'à sa petite extrémité qui est en haut et qui est laissée seule adhérente pour conserver les vaisseaux nécessaires à la nutrition.
AUT0PLA8TIE DU PAVILLON DE l'OREILLE. 37
Au milieu de ce lambeau est la partie sur laquelle s'implantait autrefois le lobule ; elle est avivée de toute l'épaisseur qu'avait cette implantation. Cet avivement permet, dès que le lambeau est rendu mobile, de l'attirer par son centre en le repliant de façon à suturer avec la partie avivée du pavillon la partie avivée du côté de la peau. Une fois cette partie centrale appliquée et ndaintenue par les sutures, on replie le lambeau de façon que les deux moitiés de la face cruentée viennent se mettre en contact et que, par cet adossement, le lambeau toat entier prenne le siège et la forme aplatie d'un lobule normal. Les
FiG. 23 et 24. — Restauration du lobule de l'oreille par un lambeau anaplastique pris au-deifous du conduit auditif externe (De notre collection.)
bords de ce nouveau lobule sont complètement isolés, excepté au niveau de la partie adhérente à la plaie qui reste là où avait été pris le lambeau; pour éviter que les bords saignants aient quelque tendance k s'écarter et à reprendre leur place primitive, il est bon de les réunir l'on à Tautre à l'aide de serres-fines et de faire disparaître, en même tempS; la plaie sous«jacente en rapprochant ses bords avec deux ou trois points de suture entortillée. Par ce procédé, nous avons obtenu un lobule dont la forme et les dimensions ne laissaient rien à désirer.
Pour mieux le faire comprendre, nous en avons fait représenter le dessin ci-contre (voy. fig. 23 et 2&).
38 AFFECTIONS DE l'APPAREIL DE L'OUÏE.
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