‹ Elements de pathologie chirurgicale. v.3, 1876Chapitre 17 sur 102 · CORPS ÉTRANGERS DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE

est îrréguliëre , souvent intermittente : ainsi dans un cas rapporté par Yvan, un jeune homme portait depuis vingt ans un noyau de cerise dans l'oreille ; Tinflammalion qui en était résultée offrait, tous les mois^ une recrudescence, après laquelle Touîe reparaissait et la suppuration s'arrêtait. £n6n, quelques-uns de ces accidents, comme nous l'avons vu, peuvent entraîner la mort.

Traitement. — De nombreux moyens ont été proposés pour extraire les corps étrangers du conduit auditif.

S'il s'agit d'un animal vivant, la fumée de tabac lancée en plusieurs bouffées dans le conduit peut en déterminer la sortie. Bérard dit avoir extrait un ver provenant de la mouche carnassière, en plaçant un morceau de viande à rentrée de ce conduit.

S'il s'agit d'un corps inerte , l'injection d'eau tiède est le premier moyen auquel le chirurgien doit recourir. La force de ces injections doit pouvoir être graduée à volonté; il suffit habituellement d'un jet équivalent à celui que donne la pression d'une colonne d'eau de ^k 5 mètres de hauteur. L'instrument dont nous donnons le dessin ci-contre remplit cette indication (voy. fig. 29). Il se compose d'une poire de caoutchouc en communication avec deux tubes dont l'an, A, est introduit dans le liquide que Ton veut injecter, et l'autre, B, dans le conduit auditif. Le jet doit être intermittent et dirigé obliquement vers la paroi supérieure du conduit.

Il est bon, après avoir poussé deux ou trois injections, d'examiner l'oreille à l'otoscope, afin de se rendre compte des déplacements opérés par le corps étranger. Si, en effet, il a été ramené à l'entrée du méat, on peut le saisir avec une petite pince.

Si les injections échouent, si le corps étranger est trop résistant, on l'extrait à l'aide de curettes, de tire-fond, de crochets, de pincesàgrififes, ou mieux de la pince articulée de M. Gusco(voy. fig. 30;« Lorsqu'il s'agit d'un corps susceptible d'être gonflé par l'eau, tel qu'on haricot sec, il vaut mieux ne pas pratiquer d'injections et avoir recours simplement à une épingle recourbée en crochet et maintenue sur une pince à artères^ suivant le conseil donné par M. A. Des

Fig. 19, — Iiijecteur de M. G. Desarènes pour l'extraction des corps étrangers.

52 AFFECTIONS DE L'APPARBIL DE l'ODÏE.

prés. Toutefois on doit apporter, dans le maniement de ces instruments, les plus grandes précautions, et lorsqu'on y a recours, il faut

éclairer le conduit pendant les manœuvres et anesthésier le malade pour épargner la douleur et prévenir \e^ mouvements involontaires qui pourraient gêner l'opérateur.

Enfin, si ces moyens n'amènent aucun résultat , on peut, comme le conseille Paul d'Ëgine, pratiquer nue incision courbe derrière le pavillon de l'oreille et pénétrer par cette voie dans le conduit auditif.

Si le corps étranger est tombé dans la caisse, il suf fit encore de recourir à l'injection d'eau en débridant préalablement la membrane tympanique vers la partie postérieure. Ce moyen est préférable à celui qui consiste à pousser l'injection par la trompe d'Eustache, suivant le conseil donné par certains auteurs.

FiG. 30. — Pince à f^iffes articulée pour Textraction des corps étrangers du conduit auditif externe.

70 AeoumiiUiion de oémmen dana le oondiiit AudîUf ezleraè.

ÉTiOLOGiE. — La peau qui tapisse le conduit auditif contient dans la couche sous-épidermique, au milieu d'un tissu fibreux mélangé de globules de graisse, des follicules pileux, des glandes sébacées et des glandes spéciales qui sécrètent une substance mollasse, jaunâtre, comparable à de la cire brute, et que, pour cette raison, on a désignée sous le nom de cérumen (voy. fig. 31).

Cette substance, qui a été de la part de M. Pétrequin l'objet d'une étude particulière [Acad. des sciences, 1869, et Gazette médicale^ i872), contient, à l'état normal^ de l'eau (un dixième environ), un corps gras composé d'oléine et de stéarine, deux savons de potasse, dont l'un, soluble dans l'eau et Talcool, est insoluble dans l'éther, dont l'autre, insoluble dans l'alcool et soluble dans l'eau, est formé de deux sub-

ACCDHDLATKHI DB CÉKOMER DANS LE CONDUIT AUDITIF ZXTBRNe. 5S stances particulières, l'une aoluble seulement dans l'nlcool, l'autre seule ment dans l'eau, et enfin une matière sèche insoluble dans l'eau, l'alcool et l'élher, renfermant de la potasse, de la chaux et une très-petite quantité de soude. La proportion de ces éléments constituants est trës-variuble suivant l'âge des individus : la matière solnblfl dans l'alcool, et qui présente toujours une certaine viscosité^ peut être moindre de moitié; en même temps la matière solubie dans l'eau peut être augmentée, et dès lors celte substance se dessèche et durcit Tacilement.

D'antre part, la matière sèche et iosoloble peut se trouver en excès, ce qui augmente encore la eonsistance du cémmen

Ces variations dans la compost ti(Ht des produits sécrétés et 1 hy persécretion des glai des céru mmeoscs sont les causes les plus Tréquentes de I accumulation du cémmen dans le conduit auditif Cette accumulation peut aussi être favorisée par le manque de soins de propreté , par une in

flnmnoabon , par nne étroitesse

anormale et une courbure eia -"

gérée du conduit ou par la pré

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lobserve le plus souvent

AlATOHIE PATHOLOGIQUE — Les

de[>6ts de cérumen ou bouchon

nrtanttKUj: ne sont donc pas cou Fie 31

ititués uniquement par les pro

doits des glandes cérumineuses ; urtlT

on j trouve aussi ceux des glandes °'''^'

sébacées, des lambeaux épider- __

niques et même des poils (voy .

% M}. Ur, la consistance, la coloration et l'aspect de ces bouchons

yUKul suivant que prédomioe tel ou tel de ces éiémenis. TantAt ils

soQt amorphes, noirâtres et presque exclusivement composés de ma-

tiâres cérumineuses et sébacées ; tantôt ils sont jaunâtres et formés

ta grande partie de lambeaux épidermiques mélangés & quelques

poils. Parfois même, entre ces lamelles épidermiques, se trouve une

grande quantité de cbolestérine qui leur donne un aspect blancb&tre.

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6& AFFECTIONS DE l'aPFÂREIL DE L'OUÏE.

Leur consistance est d'autant plus dure qu'ils sont plus ancien's. Chez les vieillards, on les voit acquérir la dureté de la pierre. Chez les enfants» au contraire, ils ont une consistance mollasse.

Leur forme est cylindrique. Leur volume varie ; il peut être assez considérable pour obturer complètement le conduit auditif, rarement assez pour entraîner de graves désordres anatomiques, tels que la perforation du tympan, la dilatation du conduit osseux et la résorption d'une partie de ses parois.

On trouve souvent au centre de ces bouchons un corps étranger qui a déterminé une hypersécrétion des glandes cérumineuses.

Symptomatologie. — L'amas de cérumen, tant qu'il n'obstrue pas complètement le canal, ne détermine que des troubles peu marqués, un léger bruissement ou quelques bourdonnements dans l'oreille. Souvent même l'ouïe s'affaiblit peu à peu et finit par disparaître. Lorsque les bouchons cérumineux ont acquis un grand développement, ils peuvent donner lieu à un sentiment de plénitude dans toute l'oreille, à des sensations anormales de bruits divers, à de la dysécée, à des bourdonnements, des frottements, à une pesanteur de tète, de la céphalalgie, aux phénomènes nerveux que nous avons déjà mentionnés ; en un mot* à tous les accidents dont nous avons parlé à propos des corps étrangers.

Diagnostic. — Les amas de cérumen se distinguent des corps étrangers par leur aspect extérieur, par les commémoratifs, Tàge avancé du malade, non moins que parce qu'ils donnent plus rarement lieu h des douleurs et à de l'inflammation.

Pronostic. — Bien que le pronostic n'offre généralement aucune gravité, il est des cas assez nombreux dans lesquels, après l'extraction du bouchon cérumineux, on n'obtient qu'une amélioration peu sensible de l'ouïe. Cela tient à ce que sa présence a déterminé une lésion des parties profondes.

Traitement. — Le traitement doit être à la fois local et généraL

Le traitement local consiste en lavages et en injections faites avec l'eau tiède. Avant que MM. Pétrequin et Chevallier eussent décrit la composition exacte du cérumen, beaucoup d auteurs avaient déjà remarqué les bons effets de l'eau tiède en injections. Toutefois un certain nombre d'entre eux conseillaient divers traitements dont la plupart ont été démonti'és inefficaces et quelques-uns môme dangereux. C'est ainsi qu'on a tour à tour préconisé, comme dissolvants des bouchons cérumineux, l'huile d'amandes douces, la glycérine, un mélange de ces deux substances, l'alcool, l'éther, les injections alcalines, la térébenthine, la teinture d'iode, le fiel de bœuf, etc. Les expériences de M. Pétrequin démontrent qu'aucune de ces substances n'est capable de dissoudre le cérumen. Le chloroforme et le sulfure de

VICES DE COarOUfATIOH DU CCIDLIT AUDITIF EXTBUfE. 55

carbone, matières dissolvantes par excellence, en admettant qu'ils soient applicables en pareil cas, ne jouissent pas davantage de nUte propriété; tanis ue d l'eau tiède en lavages et en injections sufBt pour dissoudre en une ou plusieurs séances le bouchon nmineux.

Les meilleurs inslrumente pour pratiquerces injections, sont : l'irrigateur Eguîsier, la pompe i double courant de Henière, l'irrigatenr de H. G. Desarènes , dont OODS avons donné le dessin plus haut, et le générateur de M. Fournie.

€e dernier instrument, surmonté de deux tubes, pomet de projeter dans leoKidait auditif un mélange de vapeurs et d'eau .

pulvérisée. 11 agit ainsi par le double effet du cboc de l'eau et de la

«AAiiF fvnir Ait 101 Piu. 32.— PulvitUaleur pouf iIm inlwUUons de ïspiurs

v^eor (voy. ng. aj;. méaicimmiouM».

Lorsqu'il existe un „ ou.«t.™ p™r ipimd»i™ .h r«u. - l i^v, i .ic«i. - *tet subinnammatoire, LJîr ■!« i-™'""" •"■"■'■i"" « ™"'"^'^ -**i"- OD peut se servir d'eau

de nuove, de tilleul, de fleur de sureau ou d'une décoction de t6lc de pavot.

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Les vices de conformation du conduit auditif sont : l'absence de ce «anal, son excès de largeur, sou oblitéralion complète, son étroitesse.

Âbêtnce du conduit auditif, — Cette difformité est congénitale ou acquise. CoDgéoitale, elle est presque toujours compliquée de l'absence de tout l'appareil auditif et de lésions encéphaliques incompatibles avec la rie. — Acquise, elle est consécutive à l'une des affections du pavillon dont nous avons parlé plus haut (voy, Traumaliime, Caactr, iMpu, p. 17).

56 AFFECTIONS DE L'APPABEU DE l'ouIE.

Excèê de largeur du conduit. — Cette dilTorniité peut être acquise, comme nous l'avons vu en parlant des tumeurs du conduit auditif (/umeur$ sébacées^ exostoses^ etc.), ou congénitalcy comme Ilard prétend l'avoir observé sur un grand nombre de sourds. Cette conformation particulière s'observe aussi sur des individus dont l'ouïe n'est nullement altérée, et chez lesquels il n'en résulte rien de fâcheux. Cependant, lorsqu'elle coïncide avec un défaut de courbure du conduit, elle constitue une prédisposition fâcheuse aux inflammations des parties profondes.

Le moyen de prévenir ces accidents est de porter constamment un peu de coton dans l'oreille.

Oblitération du conduit auditif. — Cette difformité peut être congénitale ou acquise.

Congénitale^ elle varie suivant que le pavillon existe ou fait défaut Dans le premier cas, l'oblitération est due à une simple membrane placée de champ, soit à l'entrée du canal, soit à une distance plus ou moins grande de cet orifice. Le chirurgien doit alors s'assurer de l'épaisseur de cette membrane, ainsi que de Tétat des autres parties. Il peut déterminer le premier point au moyen de l'aiguille à acupuncture; si la membrane est située un peu profondément dans le conduit, J'aiguille doit être enfoncée avec les plus grandes précautions afln de ne pas perforer la membrane du tympan. Cette même aiguille est utile pour reconnaître si le conduit existe ou non ; si, en effet, après avoir traversé les parties molles, elle se trouve arrêtée pai une masse osseuse, on peut être certain de l'absence du conduit. Quanl à l'état des parties profondes , on s'en assure par l'exploration éi Touïe à l'aide de la montre : si la caisse et Toreille interne sont indemnes, le malade perçoit les sons; dans le cas contraire, mèuK en appliquant la montre directement contre le pavillon, il n'cntemi rien.

Dans le second cas, lorsque le pavillon fait défaut, il peut arriver, ou bien que le conduit auditif soit intact, ainsi que la caiese et l'oreille interne, qu'il soit seulement obstrué par la peau qui passe au devant de son orifice, ou qu'il s'y enfonce un peu en cul-de-sac, et alors l'ouïe peut être conservée ; ou bien que le conduit auditif fasse défaut^ de même que les parties profondes de l'oreille, et qu'il n'existe sous la peau qu'une masse osseuse.

Lorsque l'oblitération du conduit est compliquée de lésions deî parties profondes, le chirurgien doit s'abstenir de toute intervention Quand, au contraire, on a reconnu l'intégrité de ces parties, il fan détruire la membrane qui ferme le conduit, soit au moyen d'uni incision cruciale suivie de l'excision des lambeaux, soit au moyen d( la cautérisation. Celle-ci est préférable quand la membrane obtart

YICBS DE GOHFORMATIOlf DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 57

trice'est voisine de la membrane du tympan. M. Bonnafoni combine heureusement la perforation avec la cautérisation de la membrane, en se servant de la* canule même du trocart pour introduire le caustique.

Aejuite ou accidentelle^ Toblitération du conduit auditif résulte, soit de la présence d'une tumeur ou d'un corps étranger dans le conduit, soit d'inflammations successives à la suite desquelles les parois opposées se sont peu à peu rapprochées et soudées Tune à l'autre, soit de cicatrices consécutives à une brûlure ou à une plaie de la région.

Dans ce dernier cas, il suffit d'exciser la membrane cicatricielle et de dilater ensuite le conduit au moyen de l'éponge préparée.

Etmte$8e ou rétrécissement du conduit auditif. — Les rétrécissements da conduit sont congénitaux ou acquis.

Les premiers sont constitués par Taccolement de la paroi postérieare à la paroi antérieure et affectent la forme d'une fente, ce qui leur a fait donner par quelques auteurs le nom de rétrécissements m forme de fente. Rarement ils sont annulaires. D'ailleurs ils sont rares et ont peu d'importance ; ils exposent seulement davantage à l'accumulation du cérumen, et constituent une complication fâcheuse dans les cas où le conduit est le siège d'une tumeur ou d'un corps étranger.

liesrétrécissemenls acquis s'observent surtout chez les vieillards.

Par suite des progrès de Tâge, le tissu flbreux qui unit la portion membraneuse du conduit au temporal subit une sorte de relâchement, et il en résulte que la paroi postérieure de cette partie du canal, n'étant plus retenue, s'abaisse et tombe sur la paroi antérieure (TrOltscb). Dans ce cas, ils affectent la forme d'une fente. Quand, au contraire, ils succèdent h une inflammation, ils affectent plutôt la forme annulaire. On les observe indistinctement sur la portion cartilagineuse ou sur la portion osseuse; souvent môme ils occupent ces deux portions.

Ils entraînent toujours un cerlain degré de surdité.

Le traitement consiste dans la dilatation du conduit au moyen de la corde à boyau, de l'éponge préparée ou de tiges de Laminaria ^Qta.

Double conduit auditif — M. Bernard (de Toulouse) rapporte un cas dans lequel deux conduits existent : l'un occupant la position ordi- Mire, Tautre placé dans la région mastoïdienne. Cassebohn signale im fait analogue.

^ plupart des difformités du conduit auditif, suivant Toynbee, ^traînent une gène de la parole et de la déglutition et coïncident avec «ne forme carrée de la face.

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ARTICLE IV

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