INFLAMUATIONS DU PAVILLON DE L'OREILLE
dirigée, telles que l'adhérence du pavillon aux téguments du crâne, le rétrécissement et Tocciusion du conduit auditif externe. Le chirurgien doit donc surveiller de très-près la cicatrisation.
Engelures. — Le pavillon de l'oreille est fréquemment le siège d'engelures ; celles-ci suivent la môme marche que dans les autres régions. Toutefois, elles peuvent revêtir une forme maligne^ et s'accompagner d'érythèmes, d'ulcérations, de croûtes avec rougeur et gonflement du pavillon et de l'entrée du conduit auditif.
Dans ce cas, il faut y porter la plus grande attention, afin d'éviter une otorrhée qui, s'étendant au conduit auditif et au tympan, peut entraîner des désordres graves, principalement chez les sujets strameux.
Le traitement consiste à faire de bonne heure, avec la lancette, des mouchetures sur les grosses veines du pavillon, à onctionner avec la pommade boratée ou à iotionner avec une solution de 2 grammes de sulfate pur d'alumine dans 100 grammes d'eau.
Congélation, — La congélation est encore plus redoutable ; elle peut déterminer la gangrène d'une partie ou même de la totalité du pavillon.
Le traitement est le môme que pour les autres régions.
4^ Xnflanunatloat.
Les inflammations qui s'observent le plus fréquemment au pavillon de l'oreille sont Vérythème, Veczéma et Vérysipèle, Le phlegmon et Vabeh y sont assez rares.
Érythème. — L'érythème du pavillon est de cause traumatique, succède, par exemple, à la perforation du lobule, peut apparaître à la suite d'un courant d'air froid ou se rattache à une cause générale telle que le lymphatrsmc ou la scrofule.
Les symptômes sont, au début, une rougeur disséminée sur le lobule^ sur les replis de l'hélix, de l'anthélix, du tragus et un gonflement diffus, superficiel, accompagné de démangeaisons plus ou moins vives. Un peu plus tard, le pavillon prend un aspect violacé, le gonflement augmente au point d'effacer les plis et les rainures. L'oreille a été comparée, dans ces cas, à une tomate; d'autres fois on voit apparaître des phlyctènes contenant une sérosité noirâtre qui, en s'écoulant, ulcère le derme, ou bien de petites plaques gangreneuses sous lesquelles on trouve des ulcérations plus ou moins profondes donnant lieu à une suppuration sanieusc et fétide. La cuisson devient pénible, s'accompagne de battements^ peut même déterminer l'obstruction du conduit auditif par les portions tuméfiées, des bourdonnements et une surdité complète.
22 AFFECTIONS DE L'aPPAREIL DE L*OUÏE.
En pareil cas, la maladie dure longtemps et guéri l difficilement; elle peut disparaître spontanément, au moment de la puberté, mais cette heureuse terminaison est rare.
Le traitement consiste à combattre d'abord la cause générale, et à faire des applications locales d'alcool, ou des embrocations avec le baume de Fioraventi, le glycérolé au borate de soude. Lorsque le gonflement est considérable, on doit recourir à Tapplication de petites émissions sanguines locales.
Eczéma, — Cette inflammation est aiguô ou chronique.
L'eczéma aigu est de cause locale^ comme celui qui succède à un traumatisme, ou se développe sous Tiniluence d'une cause générale. Il s'observe chez les deux sexes et à tous les âges.
II débute par des symptômes inflammatoires, rougeur, chaleur et gonflement de la peau, accompagnés de douleur et de fièvre. Un peu plus tard se forment de petites vésicules qui, en se rompant, donnent issue à un liquide rougeâtre. Ce liquide se concrète et forme des croûtes jaunâtres caractéristiques au-dessous desquelles le derme est exulcéré, excorié. On a donné à cette forme de la maladie le nom à'eczéma impétigineux.
D'autres fois il fournit un suintement abondant qui sort de véritables plaies autour desquelles se fait une sécrétion épidermique exagérée ; c'est la foi*me squameuse. Dans cette forme, il n'est pas rare de voir des excoriations profondes à la peau et même de la suppuration.
La marche de la maladie est variable : l'inflammation demeure localisée à une partie du pavillon, ou s'étend à toute l'oreille, au conduit auditif, au cuir chevelu et aux parties environnantes.
Sa durée diffère aussi suivant les cas; parfois elle disparaît après quelques jours de traitement; dans d'autres cas, elle est très-rebelle et finit par passer à l'état chronique.
L'eczéma chronique est surtout fréquent chez les enfants scrofuleux et chez les jeunes filles mal réglées. 11 apparaît aussi chez les femmes à répoque de la ménopause.
Les symptômes locaux sont les mêmes que ceux de la forme aiguë, mais les démangeaisons, les cuissons qu'éprouvent les malades sont plus vives.
C'est une maladie très-rebelle et qui persiste souvent des années, malgré les traitements les mieux dirigés.
Le pronostic n'est pas sans gravité : l'inflammation peut se propager dans le conduit auditif, déterminer une otite, et entraîner, après sa guérison, certaines difformités, telles que l'épaississement de la peau ou l'effacement des saillies et des dépressions du pa< Villon.
IttFLAMNATlDNS DU PAVILLON DE L'ORBILLE. 33
Traitehekt. — Le traitement varie suivant qu'nii a ufTaire h la forme aiguë ou à la forme chronique.
Pour combattre l'eczéma aigu, il suffît de pratiquer, dès le début, des lotions avec de l'eau de pavot ou une décoction de feuilles de Doyer, avec de l'amidoo en poudre, de mettre des cataplasmes ou de faire des fumigations émollientes. Si l'inHainmation augmente, on peut appliquer des sangsues au devant du conduit auditif, sur le trajet de l'artère auriculaire antérieure.
Lorsque l'eczéma est chronique, s'il se rattache à la scrofule, il faut d'abord combattre cette diathèsc par un traitement général Dans les autres cas, on se trouve bien de faire prendre de l'arséniate de fer k l'intérieur.
Le traitement local consiste à débarrasser la peau des squames qui la recouvrent avec des cataplasmes, it l'aide de lotions émollicntes, à toucher les parties enflammées avec un pinceau trempé dans un mélangea
parties égales d'huile de cade et
d'huile d'amandes douces, à laver
avec de l'eau tiède, amidonnée, et à
saupoudrer ensuite avec un mélange
de poudre d'amidon et de calomcl.
Lorsque la maladie est ancienne et
l'oreille tpès-tuméûée, on peut avoir
recours aux courants continus pour
prévenir la difformité du pavillon.
Éryiifièle. — L'érysipèic du pavillon de l'oreille se montre à la suite
d'une plaie, d'une contusion, d'un
eczéma chronique ou d'une affection f,o. \h. — Vaiiteaux saoBuin» et »ai«-
uicéreuse de cette région. Tantôt il smui lïmphstiquei de la région poi-
est primilif. débute dans le pavillon, "^"*""' '^" ''»"='""•
,. ,, . On vaii qug le •aiHriiii cgnillalm do li fi-
y reste limite ou se propage aux es pi>«icri«ro du [uviiion de uiviib >oni » parties voisines; tantôt il est consé- S^r"e'.J'^n'°Mi'Mlllîi*h^bi«''"u^V''^^^ cutif et a pour poinl de départ un ^^.i'"""'"™'"» S" "« ^rh™ érysipèle de la face ou du cuir cbe- ";t!ï,"oS, )''''''" '^'*' ""' °'™' "" velu qui s'étend au pavillon.
L'anatomie explique pourquoi l'érysipèie présente, dans cette région, quelques caractères particuliers. En effet, le lii-su cellulaire sousculané étant plus abondant sur les bords et la face interne du pavillon que sur sa face externe, il en résulte qu'à ce niveau la peau est lui-
santé, tendue et douloureuse, bien qu'elle soit à peine tuméfiée^ tandis que les bords et la face interne acquièrent souvent un développement énorme.
Cette variété d'inflammation donne lieu parfois à rengorgeincnt des ganglions lymphatiques situés dans les régions parotidienne et sousmaxillaire (voy. fig. 15).
Le traitement est le môme que pour les autres régions. Toutefois, si le gonflement devient trop considérable, il est bon de ponctionner avec la lancette.
Inflammations phlegmoneuses et suppuratîves, — Ces inflammations sont rarement spontanées, mais elles succèdent assez fréquemment au traumatisme. On a vu la simple perforation du lobule donner lieu à des abcès et même à la nécrose du cartilage. Au point de vue du traitement, elles ne présentent rien de particulier.
5<* Affectiont uloéreuiet.
Syphilides. — On observe sur la face interne du pavillon, et particulièrement à la jonction de la conque avec les téguments du crâne, des syphilides papuleuses qui se fendillent et dégénèrent en un sillon érosif, en une gerçure ou une crevasse se recouvrant de petites croûtes. Parfois aussi, indépendamment de la papule, on voit se produire sur le trajet même du sillon cutané auriculo-temporal une série de petites élevures grenues, comme verruqueuses et papillaires. Ces végétations sont sèches, grisâtres et squameuses; elles semblent constituées par une hypertrophie papillaire recouverte de lamelles épidermiques. Leur physionomie toute spéciale en fait un signe important pour le diagnostic de la syphilis.
On rencontre aussi sur le pavillon la syphilidc décrite sous le nom d'impétigo rodens, forme grave, présentant ce caractère particulier que les croûtes se recouvrent d'une ulcération arrondie, creuse, à bords entaillés, à fond jaunâtre et qui, mise à nu par la chute de la croûte, montre une suppuration abondante. Cette forme est rebelle à tout traitement.
Ces deux variétés ont été très-bien décrites par M. A. Fournier dans ses Leçons sur la syphilis.
On trouve encore sur le pavillon des chancres, des lupus ulcéreux et des ulcères cancéreux.
Le chancre est rare; il n'offre rien de particulier.
Le lupus^ dont les auteurs ont omis la description, prend quelquefois naissance sur le pavillon et revêt des caractères semblables à ceux que nous avons fait connaître en parlant du nez (voy. t. III,
AÏTECTIONS nLCÉllEUfiES DU PAVII.[/)S DE L'nUEtUE. 25
[ p. 678). La description que nous en avons donniïe ù propos de ccUe région, dont les tissus otTient une ceilainc analogie nvcc ceux de l'oreille exlerne, nous dispense d'enlrer duiis de longs détails pour établir le diagnostic.
C'est avec les ulcérations cancroîdiiles que le lupus est le mieux
I confondu; mais le cancrofde, outre son aspect extérieur, qui est c.i-
I racléristique, ne larde pas, pour peu qu'il ait une certaine impoilaoce, h se propager aux ganglions lymphatiques et plus tard h provoquer la cachexie. Le lupus, au contraire, est susceptible d'ac-
I quérir les plus grands développements, do détruire le pavillon en
dans le pavillon dt roreille.
lolulité et, ti la suite, le conduit auditif, les régions mastoïdienne, liarotidienne , d'envahir même l'occipital, l'arliculation temporoinsiillaire, sans se propager aux ganglions, comme cela eut lieu cba une malade qui a fait eu 1872 l'objet de l'une de nos leçons cliniques à l'hûpltal Saint-Antoine, et dont nous donnons le dessin cicontre {voy. fig. 16).
Chez celle femme. Agée fip soixante-dix ans, malade depuis une
26 AFFECTIONS DE l'aPPAREIL DE T/OUÏE.
dizaine d'années, retendue de l'ulcération, bien plutôt que la suppuration, qui était peu abondante, finit par amener un épuisement mortel avant que les médicaments locaux et généraux qui lui ont été prescrits pendant les quelques semaines de son séjour à l'hôpital aient permis d'enrayer la marche de cette redoutable affection.
Quant aux ulcn^ations cancéreuses^ nous les décrirons en parlant des tumeurs.
6^ Tumeurt.
Les tumeurs du pavillon de Toreille sont liquides ou solides.
Tumeurs liquides.
Les tumeurs liquides sont les kystes et les tumeurs érectiles.
Kystes^ othématomes. — Nous avons vu se développer sur le pavillon de l'oreille diverses espèces de kystes, mais nous ne parlerons ici que des kystes séro-sunguins ou othématomes.
Sous le nom de kystes sanguins, d'hématomes ou i'hématoccles du pavillon de l'oreille ou à" othématomes , on désigne les tumeurs remplies de sang ou de sérosité sanguinolente que Ton observe à la face externe, et particulièrement à la fosse naviculaire du pavillon.
ÉTiOLOGiE. — Les auteurs ont beaucoup discuté l'origine de ces tumeurs. On a prétendu d'abord qu'elles s'observent exclusivement chez les aliénés; Bird, Belhomme, Merlan, Lelut, entre autres, ont défendu cette manière de voir. Depuis lors, Jarjavay a démontré qu'elles se développent aussi chez les lutteurs et les athlètes, et M. Prat a fait sur ce sujet des études historiques et pratiques du plus haut intérêt (1). Dans ces derniers temps, les observations de Schwartze, Wendt, Toynbee, sans parler des nôtres, ont prouvé que l'othémalome peut apparaître sur des personnes saines d'esprit et exerçant toute autre profession que celle de lutteurs.
Quoi qu'il en soit, le traumatisme est l'une des causes les plus fréquentes de ces épanchements de sang. C'est là ce qui explique leur présence chez les lutteurs : il est à remarquer que chez ceux-ci l'othématomc occupe presque constamment l'oreille gauche. Voici l'explication qu'en donne M. Prat : Pendant la lutte, les athlètes ont pour habitude de conserver autant que possible la liberté de leur main droite avec laquelle ils frottent vigoureusement l'oreille gauche de
(1) Ces études ont été faites par M. Prat sur des médailles et des statues, représentant des athlètes, dont Torigine remonte à l'époque romaine.
TUNEUIIS DU PAVILLOS DZ Li)!IEILI.E. 27
leur adversaire en exerçant sur elle un mouvpmoiil l'ontiniiel do rolalian dans le m€me sens, jusqu'à co que l'oreille se tuméfie, saigne el devienne tellement douloureuse qu'il est itiipossible à l'adversaire de ne pas tâcher prise. Ces frottements, souvent rôpÉlés, délermineiit des épanchements de sang qui d'aboivl se renouvellent à chaque lulle, et finissent par persister sans que rien puisse les faire disparaître. Le traumatisme peut expliquer aussi la fréquence de ces t[imeurs chei tes allÉnés; mais quelques auteurs ont voulu leur assigner d'autres causes.
C'est ainsi quepourBelhomiiu', leur formation serait due k un ralentissement général de la circulalion, se faisant surfont tenlir dans k>s parties isolées, telles que le pavillon de l'oreille. D'antres, eomnie Bird.
ayant constaté la coïncidence fréquente des othématonies itTec des signes de congestion encéphalique, ne les onvi^»
gent que comme des pliéno- Riënes congestifs. D'autres, 'inQni pensent que ces sortes de tumeurs se rultuchent souvent /i une altération préexistante de l'organe, telle, par exemple, qu'une dégénérescence enchondrnmalGUse du j pavillon.
AnaTUHIE VATFIOLOGIQCE. —
L'anatomie explique la facilité avec laquelle se produisent ces i!paiichemcnts sanguins.
Les veines auriculaires silaées en avant et en arrière
de l'oreille sont nombreuses. Elles s'anastomosent en arrifire avec fcUcs de la région correspondante du crAne, et en avant avec celles
■e du pavilluii lie l'ureillit.
28 AFFECTIONS DE l'aPPAREIL DE L'OLÏE.
de la région parolidienne. Elles vont se jeter au-dessous du lobule dans la jugulaire externe.
Les artères proviennent des artères auriculaires antérieure et postérieure et forment un reseau un peu plus profond. Elles sont le point de dépari de capillaires sanguins extrêmement nombreux, qui se rendent aux couches cutanée et cartilagineuse du pavillon (voy. fig. 17). Ces réseaux capillaires forment de la sorle plusieurs plans superposés et, lorsqu'un froissement assez fort vient à les rompre, ils deviennent aisément le point de départ d'épancbements sanguins.
Le contenu de ces kystes est un liquide visqueux, inodore, mélangé à du sang noir et coagulé; leurs parois sont le plus souvent constituées, d'un côté, par la peau et le périchondre, de l'autre par la surface externe du cartilage, et alors le cartilage est lui-même altéré; il présente un ramollissement sur quelques points qui finissent par se détacher et par adhérer au périchondre. Dans d'autres cas, l'épanchement siégeant à la fois sur les deux faces du fibro-carlilage, celui-ci se mortifie et finit par s'éliminer.
Symptomatologie. — Au début, on observe tous les signes de l'inflammation; l'oreille se tuméfie, devient rouge, luisante^ et donne au toucher une sensation de chaleur ; bientôt apparaît une tumeur bleuâtre, manifestement fluctuante, surtout à son centre, et présentant sur ses bords une légère crépitation. Son siège est variable. Le plus souvent elle a son point de départ dans la cavité de Thélix, quelquefois à la fossette scaphoïdienne de l'anthélix; mais bientôt elle envahit les autres parties du pavillon.
Marche, durée, terminaison. — La marche de l'othématome est rapide; il peut arriver à son complet développement en quelques heures.
Sa durée, quand on l'abandonne à lui-même, est de trente à quarante jours.
La terminaison est variable : il se fait un travail de résorption; ou bien il survient une suppuration plus ou moins abondante ; enfin dans quelques cas la tumeur s'ouvre d'elle-môme et les surfaces se recollent sans suppuration.
Pronostic. — Si Ton n'intervient pas de bonne heure, le pronostic offre une certaine gravité, car cette affection entraîne, après sa guérison spontanée, un épaississement plus ou moins considérable du cartilage, quelquefois même son élimination et des déformations fort disgracieuses. Chez les lutteurs, M. Prat a vu l'atrophie complète, et c'est alors, dit-il, qu'ils sont le plus propres à la lutte.
Traitement. — Quelques auteurs estiment qu'il suffit d'un traitement palliatif consistant à appliquer des compresses froides, & passer