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CHAPITRE VIII

§ I. — Définition.

La lésion est une altération organique.

Il y a deux espèces de lésions : celles qui sont liées à Texistence d'une maladie ; ce sont les lésions morbides^ et celles qui sont primitives ^ et qui constituent, sous le nom de traumatismes, une classe de maladies chirurgicales.

A. La lésion morbide. — La lésion morbide est une altération organique ; elle est toujours liée à l'existence d'une maladie. Elle constitue avec le symptôme le fructus morborum, la matière de la maladie. Ses rapports avec la maladie sont les mêmes que ceux des symptômes ; et, à ce point de vue, les lésions ne constituent qu'une catégorie de symptômes. Ce sont les symptômes anatomiques comme les symptômes sont les lésions fonctionnelles; d'où le nom d'anatomie pathologique donné à la science qui s'occupe de l'étude des lésions.

Gomme les symptômes, les lésions reçoivent de la maladie un cachet particulier, un caractère spécial qui permet de remonter de la lésion à la maladie et d'en faire un signe. L'altération intestinale diffère dans la fièvre typhoïde, dans l'entérite, dans la tuberculose, dans le cancer et dans les empoisonnements. Cette altération est donc, suivant les caractères qu'elle présente, signe de la fièvre typhoïde, de Tentérite, de la tuberculose ou d'un empoisonnement.

B. La lésion primitive ou traumatique . — En dehors de ces lésions liées à leurs maladies, de ces lésions morbides^ il y a des lésions primitives : les fractures, les luxations, les plaies, les brûlures. Ces lésions constituent les maladies de causes externes^ les maladies chirurgicales. Ces lésions n'empruntent point à la maladie un caractère spécial, mais elles reçoivent un caractère de la cause externe qui les produit. Ainsi, autre est une fracture par une cause directe et une fracture par cause indirecte, une fracture par contracture musculaire et une fracture par arme à feu. Les plaies diffèrent suivant qu'elles sont produites par instrument tranchant, piquant ou contondant; les brûlures par eau bouillante, par le fer rouge ne se ressemblent pas ; et celles par les différents caustiques présentent toutes des caractères différents. En sorte que, comme les lésions morbides deviennent signes de maladie, les lésions primitives deviennent signes de la cause qui les a produites.

§ II. — Du rôle de la lésion dans les maladies.

Ce qui précède répond à cette question du rôle de la lésion. La lésion primitive est cause de l'évolution morbide qui la suit ; ces lésions sont réellement causes de cette catégorie de maladies désignées sous le nom de maladies chirurgicales. La lésion morbide, au contraire, est l'effet de la maladie dans laquelle on l'observe. C'est, comme nous l'avons dit, un fruit de la maladie, un produit morbide.

Mais cette opinion a été contestée et par l'école hippocratiste et par l'école organicienne, qui, toutes les deux, à un point de vue différent, font de la lésion la cause de la maladie. Il est donc nécessaire d'examiner et de réfuter cette interprétation de la lésion.

A. Du rôle de la lésion dans Pécole organicienne. — Les organiciens, qui, par Boerhaave et Morgagni, remontent à

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Galien, confondent la maladie et la lésion* La lénon est en effet pour eux la cause prochaine de la maladie* Comme le prouve le titre même de Touvrage de Uorgàgah ce livre qui est un traité d'anatomie pathologique* est intitulé : De sedibus ei cousis morborum. Or, sous le nom de causes, Fauteur ne décrit pas autre chose que des lésions*

D autre part» la cause prochaîne des maladies n'a jamais été bien distinguée de la maladie elle-même par l'école organicienne. Chomel, en particulier* enseigne que c'est une seule et même chose* Il en résulte que* pour les oi^niciens, les trois termes : lésion* cause prochaine et maladie, sont synonymes.

B« Du rôle de la lésion dUns F école kyipocratisie . -^ Les hippocratistes modernes considèrent les lésions oomme la cause occasionnelle de la maladioi La maladie n'est rien autre chose qu'une réaction de la natute contre une lésion. Sans la lésion, il n'y aurait pas de maladie. La lésion est donc la cause de la maladie.

Examen et réfutation de ces théories. — Ces deux opinions ont eu sur la médecine une influence considérable et opposée. Les hippocratistes ont négligé l'étude des lésions, auxquelles ils attachaient peu d'importance* et les organîciens ont réduit toute la médecine à l'étude de l'anatomie pathologique.

Mais examinons la valeur de ces opinions.

a. Solution organicienne. — La lésion et la maladie sont identiques.

l"* La seule considération de ce fait qu'il existe dans la science deux noms distincts^ lésion et maladie^ porte logiquement à conclure que les choses qu'ils expriment doivent être distinctes! Car, en science^ il n'existe pas de véritable synonymie, et ni lésion et muladie exprimaient abso*^

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sôlument Ift même chose, il faudrait duppfiitiei' Vnû des deux mots.

2"" Pour arriver à confondre là lésion et là maladie^ lés orgàtticieus ont commencé par affirmer que la lésion et là cause procliaine étaient identiques, puis que la cause prochaine et la maladie n'étaient qu'une seule et même chose. Or, ces deux propositions sont fausses ; c'est ce que nous allons démontrer.

Première proposition. — La lésion et la cause prochaine sont identiques, — Nous démontrerons en étiologîe que, dans la tradition, on a entendu par cause prochaine de la maladie la cause véritable, la cause productrice de la maladie, et tjue, comme cette cause tient à la nature même de l'être, elle nous est totalement inconnue. Aussi, se trouvet-elle représentée dans la tradition par les théories les plus multipliées et les plus contradictoires : altérations d^humeurs véritables et d'humeurs hypothétiques comme l*atrabile, désaccord des forces vitales, colère de l'archèe, réactions fantaisistes de la vie, altérations chimiques, etc., etc. Or^ la lésion est une chose positive, définie, nullement hypothétique et parfaitement distincte et indépendante de toutes les théories médicales. Donc, la lésion et la cause prochaine difi*èrent radicalement.

Les termes mêmes de lésion, produits morbides, qui expriment un effet plutôt qu'une cause, sont en contradiction formelle avec la solution organicienne.

Seconde proposition, — La cause prochaine et ta maladie sont identiques. — L'impossibilité de connaître la cause prochaine a conduit les organiciens à enseigner que la cause prochaine n'était pas autre chose que l'essence même de la maladie. Or, l'essence d*une chose et cette chose ne peuvent se distinguer. Donc, la cause prochaine et la maladie sont identiques.

Cette proposition repose sur un véritable sophisme. En effet, de ce qu'on ne peut pas arriver à connaître la nature

d'une cause, il n'est pas permis de supprimer cette cause en la confondant avec son effet. Il n'est pas possible de soutenir que les maladies n'ont point une cause, et il est absurde de dire que cette cause est la même chose que la maladie, que la cause et l'effet sont identiques.

Nous concluons donc que les deux propositions sur lesquelles reposent la confusion de la maladie et de la lésion sont fausses.

b. Solution hippocratiste . — La lésion est la cause de la maladie ; exemple : soit une fracture ou une plaie. Cette lésion est la cause d'un travail qui a pour but la réparation du désordre causé par la fracture ou par la plaie.

Point de doute que, sans la fracture, il n'y aurait point de cal ; que le cal ne soit une bonne chose, la réparation du désordre causé par la lésion. Mais une fracture est-elle une lésion dans le sens qu'on donne à ce mot en anatomie pathologique, et la comparaison entre la succession des phénomènes qui constituent le cal et une maladie est-elle légitime ? C'est ce dont je doute.

Nous avons dit en commençant qu'il y avait deux classes de lésions : les lésions primitives ou traumatiques, causes des maladies chirurgicales, et les lésions morbides proprement dites, qui sont toujours liées à l'existence d'une maladie. Or, si on veut appliquer à ce dernier genre de lésions le raisonnement qui précède, on en démontre par cela même toute l'absurdité. Les tubercules sont-ils la cause de la phtisie, et la phtisie n*est-elle qu'un travail salutaire comparable à révolution du cal? Alors pourquoi la nature reproduit-elle sans cesse le tubercule, et pourquoi tous ses efforts concourent-^ils au ramollissement de ce produit morbide, c'est-à-dire à une évolution si habituellement mortelle? De même pour le cancer, pour le pus et pour toutes les lésions véritables.

La doctrine hippocratiste, qui ne repose que sur des

métaphores et sur des comparaisons illégitimes, doit être repoussée comme la doctrine organicienne. La lésion n'est pas la cause de la maladie, elle en est Teifet, le produit.

§ III. — Du rapport delà lésion et du symptôme.

La lésion est-elle la cause des symptômes, comme le prétendent les organiciens? Posée en ces termes, cette proposition est fausse. L'ulcération des plaques de Peyer n'est pas plus la cause des symptômes de la fièvre typhoïde que réruption de la variole n'est la cause du mouvement fébrile qui la précède de quatre jours. Mais chaque lésion est la cause de symptômes particuliers; Thépatisation est la cause du râle crépitant et du souffle; l'épanchement pleurétique, la cause de la matité; la déchirure, le ramollissement d'une par^e de l'encéphale, cause de paralysie, etc., etc. Dans ce sens précis et limité, les symptômes sont bien le cri de Forgane souffrant, comme le disait Broussais, et le signe de la lésion. Ainsi, telle variété d'hémiplégie permet de reconnaître, d'une manière presque mathématique, le point de l'encéphale qui est lésé ; le râle crépitant est le signe de Thépatisation pulmonaire; la matité, celui de l'épanchement pleurétique, etc., etc.

Il est bien vrai qu'il y a des lésions latentes^ des tumeurs du cerveau et des anévrysmes qui ne se révèlent par aucun symptôme ; que, d'un autre côté, il y a des symptômes sans aucunes lésions définies, les symptômes d'aliénation, d'hystérie, d'épilepsie, ce qui contredit l'opinion organicienne, qui veut qu'il y ait toujours un rapport de cause à eff^et entre les lésions et les symptômes. Ce qui contredit encore plus cette opinion, c'est que dans les maladies caractérisées par l'existence simultanée de symptômes et de lésions, il est impossible de constater un rapport de cause à eff*et entre l'ensemble des lésions et l'ensemble des symptômes.

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ËêUce que Hiépatisation du poumon et l'excès de ftbfine dans le sang expliquent Tensemble des symptômes de la pneumonie? L'étendue de la lésion n'est même pas toujours en rapport avec l'intensité des symptômes, puisqu'on voit des hépatisations très restreintes avec des symptômes très intenses, et réciproquement. Est-ce que l'hypertrophie de la rate est en rapport avec les symptômes de la fièvre intermittente, ou Taltération des t)laqued de Peyer avec ceux de la fièvre typhoïde?

En résumé, la prétention d'établir un rapport rigoureux de cause à effet entre les lésions et les symptômes revient à l'opinion organicienne déjà refutée plus haut, qui consiste à enseigner que la lésion est la cause de la maladie. II est donc inutile d'insister plus longuement sur une question que nous avons déjà longuement examinée.

Concluons donc que les lésions sont, comme les symptômes, des produits de la maladie, et que si les premiers peuvent, dans certaines limites, être la cause des seconds, ils restent les uns et les autres sous l'empire de la maladie qui leur imprime son cachet, sa marque de fabrique.

§ IV.— Bu rapport des lésions avec les

Les lésions, comme les symptômes, empruntent aux maladies leurs caractères propres.

Les organiciens ont essayé de nier cette loi d'anatomie pathologique en enseignant que les lésions variaient avec les tissus, que la différence des tissus expliquait la difi*érence des lésions.

L'opinion organicienne n'est pas soutenable pour le cancer, le tubercule, le pus et les produits morbides, qui sont identiquement les mêmes dans quelques points du corps qu'ils se développent. L'encéphaloïde des os ressemble à celui du sein, et celui du sein ressemble à celui de l'utérus ou des testicules. La granulation tuberculeuse est

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identi^ud à elle-même daù» tous les tÎBsoft. L'identité de certains produits morbides est donc sous la dépendance des maladies dans lesquelles ils se montrent, et non pas sous celle des tissus dans lesquels ils se développent*

Mais pour d'autres lésions, pour l'inflammation en particulier ^ l'influence des tissds est considérable. Ainsi, l'inflammation des séreuses diffère de Finflammation des muqueuses, et celle-ci diffère de l'inflammation de la peau ùvL du tissu cellulaire^ Néanmoins, si on exatnilie la question à fond, on ne tarde pas à voir que toutes les inflammations des séreuses ne sont pas identiques à elles-mêmes, et que ces différences sont sous l'influence manifeste des maladies ; de même pour les inflammations des muqueuses et pour celle de la peau. Pour démontrer cette vérité^ il suffit de rappeler toutes les inflammations que peut présenter le fond du pharynx dans les angines ; par exemple : angines érythémateuses, ulcéreuses» pseudo-membraneuses , et les inflammations de la peau ne diffèrent-elles pas dans l'érysipèle, la rougeole, la scarlatine^ la variole, Tecthyma, etc., etc.

Concluons donc que les lésions, même dans les tissus différents, restent sous l'influence de la maladie qui les produit, et lui empruntent leurs caractères propres*

§ V. — La lésion convertie en signe.

Ainsi, les lésions comme les symptômes peuvent être transformés en signes^ et servir au diagnostic et au pronostic de la maladie.

a. Les signes diagnostiques, tirés des lésions, ont une grande valeur. Ainsi, après la succession de symptômes quelquefois très obscurs, si l'autopsie vient à révéler la présence d'ulcérations des plaques de Peyer, le diagnostic devient aussitôt positif. De même si, au début d'une affection encore douteuse, l'auscultation permet de constater VeXistetice du vfài râle crépitant et du souffle, signe cer-

tain de rhépatisation pulmonaire^ le diagnostic de la pneumonie devient facile.

C'est à Toblitération de la veine d'un membre que Trousseau reconnut la nature cancéreuse de Taffection de Testomac, qui devait le tuer quelques mois plus tard. C'est souvent à Tautopsie, c'est-à-dire lors de la constatation des lésions, que le diagnostic se rectifie et acquiert toute sa précision.

b. Les lésions peuvent aussi servir au pronostic. Ainsi, Tapparition de gangrène, de phlébite, d'œdème, de muguet, etc., etc., constitue des signes très certains de la terminaison fâcheuse des maladies.

Les lésions sont donc une source importante de signes diagnostiques et pronostiques.

c. La lésion comme indication thérapeutique. — Les lésions sont en outre la source la plus féconde des indications thérapeutiques chirurgicales : l'opération de la hernie, de l'anévrysme, la réduction des luxations repose aussi bien sur la connaissance de la lésion que sur Tanatomie normale. Quelle question de chirurgie pratique est plus importante que celle de savoir si on doit ou non opérer une tumeur suspecte? Qu'est-ce qui tranche la question de nature de cette tumeur, et décide le chirurgien, si ce n'est la connaissance de la lésion?

§ VI. — Mécanisme de la mort. Genre de mort.

L'anatomie pathologique, avant d'étudier les lésions en particulier, doit rechercher le mécanisme de la mort dans les maladies et les lésions qui sont le résultat même de ce genre de mort. Il existe, en effet, un certain nombre de lésions qui sont en rapport direct avec le mécanisme de la mort et qu'il faut distinguer avec soin des lésions propres à la maladie.

Bichat admettait trois genres de mort : la mort par le

cœur, la mort par le poumon et la mort par le cerveau ; mais une analyse plus rigoureuse des phénomènes de la mort permet de ramener ces trois genres à deux et de supprimer la mort par le cerveau. La cessation de Taction cérébrale, en effet, amène toujours la mort, soit par l'arrêt du cœur, soit par la suppression des fonctions pulmonaires, c'est-à-dire la mort par syncope ou celle par asphyxie.

Le travail de Bichat a été fait au point de vue de la mort accidentelle. L'étude du genre de mort dans les maladies est beaucoup plus complexe. Aussi trouverons-nous dans cette étude beaucoup de points encore obscurs et incertains.

A. Mort par le cœur ou par syncope. ^— On observe quelquefois la mort par syncope rapide, après des hémorrhagies foudroyantes, des ruptures d'anévrysmes, dans le cours de la pleurésie et des maladies du cœur, etc., etc. Les lésions sont, dans ce cas, celles qu'a décrites Bichat : vacuité du cœur gauche et des artères, réplétion des veines et du cœur droit ; le cerveau et le poumon sont vides de sang. Mais le plus souvent, dans les maladies, la syncope survient lentement, et après un état lipothymique, prolongé quelquefois pendant plusieurs jours. De là une certaine congestion du poumon ou du cerveau dans ces morts par syncope.

B. Mort par asphyxie, — On n'observe presque jamais^ dans les maladies, la mort par asphyxie subite, comme dans la strangulation. L'asphyxie met des heures à se produire dans la plupart des maladies, pendant cette période ultime, qui a reçu le nom d'agonie ; aussi le sang noir a-t-il eu le temps de pénétrer tous les organes. Ce sang est non seulement noir, mais liquide et il rougit difficilement à l'air.

C. Mort par la cessation subite de toutes les fonctions. — Mais, indépendamment de ces deux mécanismes habituels de la mort, il y a des cas où la mort arrive subitement, comme dans la syncope, et où cependant le cadavre pré-

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sente tous les eignes de la mort par asphyxie, il aemble que dans ces eas la mort $oii nmuUanée dans tous les organes et que le sang n'ait pas le temps de se retirer exeluslTOment dans le système veineux, comme après la syncope. Ce genre de mort s'observe dans les formes pernicieuses de la fièvre intermittente, dans les formes malignes des fièvres éruptives. Le sang reste difQuent, couleur groseille ; la rate et le foie gonflés, ramollis comme dans l'asphyxie; le cœur gauche plus ou moins vide, comme dans la syncope. La putréfaction de ces cadavres est extrêmement rapide.

§ VII. — Pe la classification des lésiona.

Les lésions se divisent en trois grandes classes ; lésions primitives^ lésions congénitales^ lésions morbides.

I. Lésions primitives. CJe sont celles qui sont dues à une cause externe : les fractures^ les parasites^ les plaies^ les brûlures, les luxations. Leur étude comprend non seule^ ment la description des phénomènes immédiats, mais encore ceux de la réparation ; cal cicatrisé, développement des hydatides, etc., etc.

IL Les lésions congénitales se rapportent soit à un désordre de développement : monstruosités, bec^de*lièvre, hernies, bypospadias, etc., soit à une maladie intra-uté* rine : pied bot, claudication, atrophie musculaire, etc., etc.

III. Les lésions morbides sont celles qui sont liées à l'existence actuelle d'une maladie. Ce sont elles qui forment la matière habituelle de l'anatomie pathologique. Les lésions morbides se subdivisent en deux grandes classes : lésion de$ solides^ lésion des liquidés.

A. Lésion des solides. Les lésions des solides sont eoBsti-

tuées tautôt pîir un produit nouveau^ tantôt par une simple altépatioo du tisau existant.

a. Produits nouveaux. Laënnec les avait divisés en deux gepres : les produits homologues et les produits hétéro-' logues.

l'^Les produitjâ homologues sont ceux qui sont ana*logues aux tissus physiologiques : les tissus fibreux^ earti-lagineuxy osseux et adipeux^ qui se développent soit comme cicatrice, soit comme tumeur indépendante.

2"" Les produits morbides hétérologues sont ceux qui n'ont aucune analogie avec les tissus physiologiques, Tencéphaloïde, le tubercule, le pus. Les produits morbides par dépôts ; les tophus, les athéromes, la lithiase, etc., etc.

L'école anatomique moderne a nié, puis admis de nouveau, l'existence des produits morbides hétérologues. Nous reviendrons sur cette question importante après Texposé de notre classification.

b. Simple altération des tissus,

l"" Par cessation ou diminution de la vie : gangrène, nécrose, ramollissements, nécrobiose, ulcération.

g^ Par désordre de la circulation, hyperémie^ anémie^ hémorrhagie.

S"* Altération delà nutrition : hypertrophie, hyperplasie, sclérosa ; transformation amyloïde, travail de régression^ atrophie.

A"* Par association de plusieurs lésions. Nous avons vu en séméiotique que certains groupes de symptômes se montraient toujours réunis et formaient un symptôme oom-* posé, auquel les anciens avaient donné le nom de syndrome : la fièvre, Taliénation, etc. De même, en anatomie pathologique, il y a des associations de lésions qui ne peuvent être classées dans aucune des catégories que nous avons énumérées : ce sont V inflammation, les dilatations ^ avec hypertrophie ou atrophie des parois, les rétrécissernentsi, les anévrysmes^ les varices^ etc., etc.

L'inflammation est une lésion très complexe, qu'on ne peut pas classer parmi les désordres de la circulation, puisqu'elle peut se développer dans des tissus dépourvus de vaisseaux, comme dans les cartilages diarthrodiaux et la cornée transparente. On ne peut non plus en faire une simple lésion de nutrition, puisqu'elle s'accompagne presque toujours d'un grand trouble circulatoire, et qu'elle aboutit souvent à la formation d'un produit morbide, ou d'une autre lésion comme la gangrène et l'ulcération. C'est donc bien une lésion composée.

De plus, l'inflammation étant le mécanisme habituel de la formation des autres lésions : pus, fausses membranes, sclérose, et quelquefois produits hétérologues : cancer et tubercule, il importe, en anatomie pathologique, de placer Tétude de l'inflammation avant la description particulière des autres lésions.

B. Altération des liquides.

a. Altération du sang.

1^ Défaut de proportion entre les éléments normaux du sang : excès ou diminution de fibrine, d'albumine, de globules, des sels du sang.

2"" Eléments nouveaux introduits dans le sang ; empoisonnementSj multiplescomme les poisons qui se retrouvent tantôt à l'état gazeux, tantôt combinés avec les éléments du sang ; produits de putréfaction : bactérie et bactéridie.

b. Altération de la lymphe.

c. Altération de liquides dos sécrétions.

§ VIII.— Doit-on admettre les produits morbides

hétérologues ?

Les recherches microscopiques ont démontré que les tissus appelés hétérologues par Laënnec étaient constitués par des éléments analogues à ceux qui composent les tissus

sains. Le pus est composé de cellules tellement semblables aux globules blancs du sang, qu'il est impossible de distinguer ces deux éléments, et que beaucoup d'auteurs pathologistes soutiennent que le pus est formé directement par une hémorrhagie de globules blancs, L'encéphaloïde est constitué par de grosses cellules épithéliales, et par des cellules analogues à celles de l'embryon, cellules embryo-plas tiques ; le tubercule est constitué par des cellules analogues à celles qui entrent normalement dans la composition des ganglions lymphatiques. Le tissu colloïde n'est que la gelée de Warton, etc. Les prétendus tissus hétérologues ne sont donc que des tissus homologues, puisqu'ils sont composés d'éléments analogues ou semblables à ceux du corps à Tétat sain. Seulement ils n'occupent pas leur place accoutumée, ou bien ils existent à une époque de la vie à laquelle ils n'appartiennent plus. Quand les cellules épithéliales constituent une tumeur cancéreuse du cerveau, ou les cellules lymphatiques des tubercules pulmonaires et osseux, ou les globules blancs un abcès, il y a, dans ce cas, lésion par hétéropie^ par une sorte d'erreur de lieu, puisque les éléments histologiques n'occupent pas leur lieu accoutumé.

D'autres lésions sont représentées par des éléments qui, normalement, n'existent que chez les fœtus : cellules embryoplastiques, gelée de Warton, c'est alors Vhétéro^ chronie, l'erreur du temps.

Toute cette belle réforme fut d'abord acceptée d'enthousiasme par les esprits novateurs, mais un peu de réflexion fit bientôt comprendre à un certain nombre de médecins qu'il était impossible de confondre un cancer avec un durillon, et une masse tuberculeuse avec un ganglion lymphatique. Aussi cette difficulté a-t-elle donné lieu à l'un des chapitres les plus obscurs et les plus contradictoires de la théorie cellulaire. Virchow accepte, puis rejette

tour à tour, Texistence des produits hétérologues, sans pouvoir arriver à une conclusion claire el précise.

La solution de cette difficulté se trouve dans cette formule (1) : Les éléments sont analogues^ mais les tisstis sont hétérologues.

En effet, l'observation démontre qu'il n'existe point à l'état normal un tissu caractérisé par la tendance à l'ulcération indéfinie comme le tissu cancéreux, ou au ramollissement comme le tubercule, pour ne prendre que les deux principaux tissus hétérologues. Ainsi, non seulement les caractères macroscopiques permettent d'affirmer la différence radicale des tissus hétérologues et des tissus normaux, mais les propriétés mêmes de ces tissus rendent toute confusion impossible. U est donc bien établi qu'il se produit pendant les maladies des tissus tout à fait anormaux et différents des tissus physiologiques, et que Laënnec a eu grandement raison de les appeler hétérologues.

Quant à la difficulté tirée de l'étude histologique, qui reconnaît une analogie entre les éléments des tissus hétérologues et des tissus normaux, elle ne doit pas nous arrêter.

Les produits morbides ne sont pas des êtres nouveaux venus de dehors, ce sont des altérations^ des désordres de la nutrition. L'organisme n*a point à sa disposition, pour former les tissus morbides, d'autres éléments que ceux qui lui servent à former et à réparer les tissus normaux. Seulement, par cela même qu'il s'agit d'un acte anormal, morbide, ces éléments sont mal élaborés et associés difiéremment dans les tissus hétérologues et dans les tissus normaux ; et c'est cette distribution incomplète, ces associations vicieuses qui constituent Vhétéromorphie. Est-ce que la glycose et le sucre ne sont pas composés des mêmes

(1) Voyez mon exposé critique de la théorie cellulaire, 1869.

éléments? Est-ce que le charbon et le diamant n'ont pas les mêmes compositions chimiques ? Cependant, le savant qui confondrait la glycose et le sucre, le charbon et le diamant, mériterait de n'avoir que de la glycose pour sucrer son café et du charbon pour ornementer ses bijoux. Il en est de même pour les produits hétérologues : bien que composés des mêmes éléments que les produits normaux, ils sont néanmoins radicalement différents. La maladie a imprimé sur eux son caractère indéniable. Ce sont des produits morbides dans la force du terme.

L'école contemporaine a émietté l'anatomie pathologique et classé des éléments au lieu de classer des tissus. Virchow, son représentant le plus autorisé, après un exposé critique des classifications anciennes où Tobscurité du style se marie heureusement avec la contradiction des idées, finit par décrire les tumeurs d'après leurs caractères élémentaires. Ainsi, après plusieurs leçons sur les tumeurs formées par le sang épanché (hématome) et sur les liquides retenus dans leurs réservoirs ou leurs canaux : hydrocèles, hygromes, kystes folliculaires, grenouillette, etc., il arrive à la classification des tumeurs proliférantes et admet les fibromes, lipomes, mixômes, chondrômes, ostéômes, psammômes (sable cérébral), mélanômes, gliômes (formés par la prolifération de la névroglie), sarcomes, granulomes, qui renferment les gommes syphilitiques, le lupus ^ la lèpre des Arabes, les syphihïdes (frambœsia, sîbbens, bouton d'Alep, etc.), la morve et le farcin.

Ces différentes tumeurs sont subdivisées pour la plupart en bénignes et en malignes : fibrome bénin, fibrome malin : mixôme bénin, mixôme malin ; chondrôme bénin, chondrôme malin, etc.

Voilà la classification qui aujourd'hui, avec plus ou moins de modifications et de perfectionnements, nous représente l'anatomie pathologique telle que les micrographes nous

l'ont faite. Nous ne trouvons dans ce cadre ni le cancer, ni le tubercule ; mais en revanche vous avez la classe des psammâmeSy tumeur d'une importance pratique dérisoire, et, sous le nom nouveau et heureux de granulomes, une réunion de lésions appartenant aux maladies les plus disparates, la syphilis, la lèpre, la morve, la scrofule.

Concluons en encourageant les micrographes à continuer leurs études en les éclairant des grands principes de la pathologie générale. Il n'est pas possible, en effet, qu'un instrument aussi précieux que le microscope, et les efforts aussi laborieux que persévérants des micrographes soient toujours aussi stériles pour la médecine pratique, et nous espérons que les anatomo-pathologistes parviendront enfin à sortir de Timpasse où les a conduits Torganicisme allemand.

§ IX. — Du mode de formation des produits

morbides.

Il y a deux théories sur le mode de formation des produits morbides : la théorie de J. Hunter et celle de Virchow.

La théorie de J. Hunter enseigne que tous les produits morbides commencent par les exsudais. Ces exsudats,

appelés encore lymphe plastique , blastème, plasma, sont constitués par unjiquide emprunté au sang et indifférent par lui-même, c'est-à-dire qu'il est le même pour tous les produits morbides. C'est lui qui se transforme et devient pus, cancer, tubercules, cal, cicatrices, etc. Les humoristes modernes, et M. Andral en particulier, ont accepté cette théorie et l'ont décorée du nom de sécrétion morbide,

La théorie de Virchow explique la formation des produits morbides par la prolifération des cellules. C'est Virritabilité nutritive surexcitée qui multiplie ces cellules, car le moi prolifération signifie multiplication. Ce sont sur-

tout les cellules épithéliales et les cellules du tissu conjonctif qui servent à la généralisation des cellules nouvelles.

Comme dans la théorie de la lymphe plastique, les premières cellules sont indifférentes^ c'est-à-dire qu'elles ne présentent pas de caractères spéciaux. Les éléments nouveaux qui doivent former le cancer, les tubercules, le pus, le tissu fibreux, le cal, etc., ne présentent aucune différence dans leur première période, et il est impossible de décider par leur examen si ce sera un produit morbide hétérologue ou homologue qui naîtra de ces cellules nouvelles.

C'est, on le voit, la querelle interminable des solidistes et des humoristes transportée sur le terrain de l'anatomie pathologique ; la première représentée par Virchow et la théorie cellulaire, la seconde, par J. Hunter et la théorie du blastème. Comme toutes les solutions exclusives, les deux théories sont fausses. Virchow a tort de nier absolument l'existence du blastème ; et du reste , par une contradiction qui est particulière à cet auteur, il admet le blastème pour les inflammations des séreuses, des muqueuses et de la peau. Mais les humoristes sont dans une erreur beaucoup plus considérable quand ils professent que les produits morbides sont le résultat d'une sécrétion ; il n'y a point de sécrétion sans un organisme sécréteur, et cette explication n'est évidemment qu'une métaphore. C'est une seconde erreur d'enseigner que tous les produits morbides sont précédés de la formation d'un exsudât.

L'observation microscopique a permis de suivre jour par jour la prolifération des cellules physiologiques et leur transformation graduelle en cellules pathologiques.

Qu'enseigne l'observation sur la formation des produits morbides? Elle enseigne que les solides et les liquides coagulables, c'est-à-dire le sang et la lymphe, sont transformés en produits morbides. Virchow et son école accep-

tent complètement la première partie de cette formule, et aujourd'hui il est démontré expérimentalement que non seulement les éléments épithéliaux et conjonctifs sont transformés en produits morbides, mais que tous les tissus peuvent servir à cette transformation. Le tissu musculaire, par exemple, se transforme en cancer dans les parois de Testomac, en tubercules dans les tuniques artérielles, en pus dans les abcès, en tissu osseux autour d'une fracture.

Yirchow qui accepte la formation d'un blastème à la surface des muqueuses enflammées et la production du pus ou des fausses membranes par la transformation de ces blastèmes, a tort de nier la transformation possible du sang épanché ou encore contenu dans les vaisseaux en produits morbides. L'étude du caillot intra-veineux démontre la possibilité de la transformation en cancer et en pus^ et les dénégations de toute une école ne suffiraient point pour détruire un fait d*observation.

La formule proposée par J.-P. Tessier il y a plus de trente ans nous semble donc renfermer tous les faits. « Les produits morbides sont le résultat de la transformation des solides et des liquides coagulables dans l'organisme. »

§ X. — De la méthode anatomo-pathologique

L'anatomie pathologique a sa méthode propre comme la nosographie et comme la séméiotique. Cette méthode consiste à étudier, 'par Vanatomie^ l'évolution des lésions.

L'excellence de la méthode, qui consiste à étudier les lésions en suivant l'ordre de l'apparition des phénomènes, n'a pas besoin d'être démontrée. Il est évident que pour connaître le tubercule il ne suffit pas de l'étudier à sa période de crudité ou de régression, mais qu'il faut le suivre depuis l'apparition de la granulation jusqu'à sa terminaison par ramollissement ou par l'état crétacé. De

même pour le cancer et pour tous les produits morbides. Quelle lumière apporte à l'histoire des anévrysmes, des kystes, etc., etc., l'histoire de leur évolution !

La méthode anatomo-pathologique se compose de trois procédés : procédé anatomique proprement dit, procédé microscopique et procédé chimique.

A. Le procédé anatomique consiste à étudier par des dissections minutieuses, avec ou sans injection préalable, les tissus morbides et les lésions, à toutes les époques de leur développement. Jusqu'à la moitié de ce siècle, ce procédé était presque le seul employé par les anatomo-pathologistes, et c'est à lui que nous devons les beaux travaux de Morgagni, de J. Hunter, de Corvisart, de Laënnec et de Dupuytren.

B. Le procédé microscopique consiste dans l'étude des éléments des tissus à l'aide du microscope. Ce procédé a constitué l'histologie moderne, qui se subdivise en histologie physiologique y appliquée à Fétude des tissus normaux^ et histologie pathologique^ appliquée à l'étude des lésions. C'est là le second procédé de la méthode anatomo-pathologique. Ce procédé, qui a un demi-siècle d'existence, est aujourd'hui extrêmement répandu ; il a produit des travaux très multipliés et des découvertes précieuses.

Le microscope a fait connaître d'une manière précise la forme et le volume des éléments morbides ; il a permis de reconnaître, dans le tissu nerveux en particulier, des lésions qui n'étaient pas appréciables à l'œil nu, et il a ainsi contribué puissamment à perfectionner l'étude de Tataxie locomotrice, de l'atrophie musculaire progressive, de la sclérose et de toutes les lésions secondaires qui se rattachent à l'histoire des hémorrhagies et des tumeurs cérébrales. C'est Thistologie pathologique qui a permis de

résoudre la plupart des questions relatives à la lésion rénale de la maladie de Bright, à la cirrhose du foie et à la plupart des dégénérescences.

G*est aux études microscopiques que nous devons la connaissances des microbes pathogènes qui jouent aujourd'hui un si grand rôle eu étiologie et eu anatomie pathologique. Nous reviendrons sur le rôle des microbes en étiologie dans le chapitre des Causes. Nous devons nous borner pour le moment aux signes qu'il fournit au diagnostic.

C'est la constatation du bacille de Koch, du bacille d'Eberth, du bacille virgule ou du bacille de Lœffler qui nous permet d'affirmer Texistence de la tuberculose, de la fièvre typhoîde,du choléra ou de la diphtérie. Ces exemples suffisent pour faire comprendre toute l'importance de la bactériologie pathologique pour le diagnostic des maladies.

Trois procédés sont nécessaires habituellement pour affirmer la nature d'un microbe : ses caractères morphologiques, sa culture et son inoculation aux animaux.

Nous pensons que ce qui précède est suffisant pour un Traité de pathologie générale ; aller plus loin ce serait entrer dans le domaine de la bactériologie.

C Le procédé chimique n'a guère été appliqué jusqu'à ce jour qu'aux analyses des altérations des liquides et au diagnostic d'un petit nombre de lésions, la dégénérescence amyloïde par exemple. La chimie pathologique a rendu les plus grands services dans l'étude des altérations du sang et dans celle des altérations des urines. L'état relativement peu avancé de la chimie organique n'a pas encore permis de l'appliquer d une manière générale à l'étude des produits morbides, mais ses progrès récents ont beaucoup étendu et étendront de plus en plus sa compétence.

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