CHAPITRE IX
DE l'affection
Ce mot a un sens mal défini dans la tradition, et il occupe à peine quelques lignes dans les Traités de pathologie générale. Il doit cependant être conservé, car il est indispensable pour désigner les localisations morbides, locus affectus.
Beaucoup d'auteurs emploient le mot affection (iraOoç), comme synonyme de maladie: maladies ou affections aiguës, maladies ou affections tuberculeuse, cancéreuse, typhoïde, etc., etc.
D'autres fois le mot affection exprime une idée plus générale : il est synonyme du mot souffrance et s'applique à la fois à la maladie, aux symptômes, aux lésions et même aux infirmités et aux monstruosités.
M. Bouchut conserve dans sa pathologie le mot affection, mais il lui donne un sens très vague et très mal défini. Pour cet auteur, l'affection « exprime à la fois une souffrance vague, indéterminée, une viciation générale de l'économie, plus qu'une altération circonscrite et déterminée
« Si l'on veut juger par des exemples de l'utilité de
la distinction de la maladie et de l'affection, je dirai : La pneumonie, l'apoplexie, la péritonite, etc., sont des maladies ; la scrofule, la peste, le typhus, la goutte, la syphilis, sont des affections qui se traduisent par des. maladies du sang, du poumon, des glandes, etc. > (P. 28.)
Nous trouvons ce passage fort obscur, et les exemples
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cités, loin de le faire comprendre, achèvent de le rendre încompréhensible, puisqu'ils n'énumèrent que des maladies. La pneumonie et la péritonite sont, en effet, des maladies au même titre que la scrofule et la goutte. Remarquons cependant que M. Bouchut range parmi les affections ce que certains pathologistes appellent les maladies générales^ et parmi les maladies ce que ces mêmes pathologistes appellent maladies locales. Nous verrons dans un moment que c'est presque le contraire qu'il faut dire.
Remarquons encore que les Grecs se servaient comme nous d'un seul mot pour exprimer les souffrances morales et physiques : iraOoç, désignant à la fois les passions et les souffrances du corps, comme notre mot affection s'applique aux troubles de l'ordre moral comme aux troubles morbides.
M. H. Roger, dans la Pathologie généraient Bouchard, se donne beaucoup de mal pour distinguer l'affection et la maladie : « La maladie^ dit-il, représente toute l'évolution morbide, depuis son origine première jusqu*à ses dernières manifestations; ï affection désignera les lésions et les troubles actuels et leurs conséquences, abstraction faite de leur origine. » Loc. cit,, p. 18.
Nous trouvons cette définition obscure et nous avons besoin pour comprendre de l'exemple cité par M. H. Roger. La fièvre typhoïde, voilà la maladie ; la cardiopathie consécutive, voilà l'affection. M, Roger ajoute avec raison : on ne doit pas dire, maladie du cœur, du foie, du système nerveux, mais bien affection du foie, du cœur, du système nerveux. M. Roger a étudié la définition de l'affection dans Bazin et cet enseignement lui a fait comprendre la vraie signification de ce mot; mais s'il avait consulté notre livre, publié il y a vingt-cinq ans, il y aurait trouvé la véritable définition de l'affection, celle que J.-P. Tessier donnait dans ses cours.