X PRÉFACE
Il n'en est pas de même pour ce qui touche aux doctrines. Les problèmes de l'étiologie et delà pathogénie ont passionné les médecins et, comme toujours, il en est résulté des affirmations fort contestables et même des erreurs absolues.
S'il est vrai que dans certaines maladies : la tuberculose, la fièvre typhoïde, la fièvre jaune, etc., on rencontre habituellement, mais non toujours, une espèce microbienne correspondant à une de ces maladies, en sorte que ce microbe soit à la fois un signe de la maladie et un instrument de sa transmission, il est également vrai que beaucoup de maladies : la pneumonie, la méningite, la gastro-entérite des enfants, etc., peuvent être produites par des microbes différents.
Si nous retournons la question, nous trouvons qu'il est également démontré que certains microbes, le bacillum coli et les streptocoques, par exemple, peuvent produire les maladies les plus diverses.
C'est donc une erreur de considérer le microbe comme la cause prochaine de la maladie, d'enseigner qu'à chaque espèce morbide correspond toujours une espèce microbienne, comme à chaque espèce végétale correspond sa semence.
Mais c'est une erreur plus grande encore de croire que les microbes ou leurs toxines produisent nécessairement une maladie, quand ils ont pénétré dans l'organisme.
De ces opinions découle, comme un corollaire^une
PRÊFAŒ n
troisième erreur qui se formule ainsi : il n*y a ni spontanéité morbide jni causes internes; toute maladie vient d'une réaction de l'organisme contre un microbe ou sa toxine, toute l'étiologie repose sur r infection et l'intoxication^ l'infection étant causée par la pénétration du microbe dans l'organisme et l'intoxication par l'action des toxines produites par le microbe.
Il est juste de reconnaître, et nous le reconnaissons avec plaisir, que quelques-unes de ces erreurs ont été complètement abandonnées : ainsi personne n'admet plus aujourd'hui la toute puissance du microbe pathogène et son rôle absolu en étiologie. On a reconnu que la tuberculose elle-même, dont le bacille est presque spécifique, peut cependant se produire avec d'autres bacilles.
Ce rôle exagéré du microbe en étiologie est venu échouer devant l'immunité.
L'immunité naturelle qui joue un rôle si important dans nos laboratoires et l'immunité acquise avec laquelle les cliniciens sont habitués à compter, constituent des faits d'une telle importance en étiologie que nul aujourd'hui ne peut plus admettre qu'il suffise d'introduire dans un organisme un microbe pathogène pour y développer une maladie ; l'importance du terrain j comme on dit aujourd'hui, est reconnue par tous les médecins ; et la tendance générale est d'admettre que l'organisme est le maître de ses mouvements morbides, que c'est lui