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Géographie épidémique. — D'après les textes

cités par William Scott, le choléra a régné dansl'Inde depuis les temps les plus reculés. L'Inde est- elle la seule patrie originelle du choléra, etl'Indo-Chinedans laquelle il semble qu'il soit endémique depuis longtemps partage- t-elle avec l'Indoustan le triste privilège de lui avoir donné spontanément naissance? c'est une question de curiosité historique et rien de plus. Quoi qu'il en soit, c'est la propagation du choléra indien dans les pays d'Europe qui a produit les' trois grandes épidémies historiques dont la dernière, celle de 1865, ne paraît pas complètement éteinte en Asie et sur quelques points du sol de l'Europe et de l'Amérique.

Je serai très bref en parlant de la marche de ces trois grandes pandémies dont l'historique a été si souvent tracé. Dans la première, le choléra parti de Jessore ou d'Allahabad, dans la présidence de Calcutta en 1817 ou 1818, envahit la Perse, la Syrie, l'Arabie et gagna les bords de la Caspienne; il traversa cette mer, frappa Orenbourg et Astrakan en 1830, gagna Moscou et une grande partie de la Russie, passa en Pologne avec l'armée russe en 1831 et se

répandit dans l'Allemagne entière pendant tout le cours de cette année. A la même époque, il partit de Hambourg, arriva à Sunderland sur la côte orientale de l'Angleterre et frappa Edimbourg en 1832. Débarqué à Calais la même année, il atteignit Paris le 25 mars, puis 52 départements en faisant périr 100,000 personnes. Les pays d'Europe le transmirent par mer en Amérique et en Afrique. — Cependant en partant de son pays d'origine, le fléau n'avait pas exclusivement marché vers l'ouest. La Cochinchine en effet, et les îles de la Malaisie furent atleintes en 1820, la Chine et le Japon en 1823, les Célèbes, les Philippines dans le cours de la même année, et à la même époque, par une marche vers le sud, toute la côte orientale de l'Afrique, Zanzibar, Maurice, Bourbon et plusieurs autres localités maritimes, furent également frappées. - La marche de la seconde épidémie est la même que celle de la première, même point de départ, l'Inde (1841) ; mêmes étapes successives à travers les deux mondes. C'est l'épidémie qui frappa la France en 1848 et qui fut encore plus meurtrière que celle de 1832. Elle s'en distingue malheureusement encore en ce qu'en plusieurs points de l'Europe, le fléau prit droit de cité, de telle sorte qu en 1851 la maladie, qui avait sommeillé dans le centre de l'Europe se réveilla en Silésie, et parcourut de nouveau le monde entier, de 1853 à 1856

La troisième grande épidémie est celle de 1865. Le choléra éclata à la Mecque et à Médine pendant le pèlerinage annuel au tombeau de Mahomet ; puis les ports de la mer Rouge et, dans la Méditerranée ceux de l'Egypte, de la Turquie, de l'Italie, de la France et de l'Espagne, furent successivement aUeints. De Marseille, où elle avait été apportée par le navire la Stella,

la maladie suivant la route de la vallée du Rhône atteignit Paris, se répandit dans les départements et fit 14,600 victimes. Marseille la transmit à l'Algérie et à la Guadeloupe.

Toutes ces épidémies ont-elles laissé derrière elles des foyers d'endémicité? c'est ce dont nous allons nous occuper actuellement.

2. Choléra endémique. — Europe. — On observe, dans cette partie du monde, une maladie accidentelle à laquelle on a donné le nom de choléra nostras, de choléra simple. Elle diffère complètement, a-t-on dit, du choléra indien par ses causes saisonnières, sa sporadicité, le peu de gravité de son pronostic en général, et aussi par ses signes cliniques. Ce dernier caractère différentiel n'a certainement pas la valeur qu'on lui a donnée. Il n'est pas un été pendant lequel, en différents points de la France, à Brest comme à Paris, la maladie dont je parle ne se présente, au point de vue de ses caractères cliniques, y compris dans quelques cas les évacuations riziformes, sous la forme du choléra indien. Mais il est constant que les autres différences subsistent. Ces cas de choléra nostras sont-ils le résultat de la reviviscence des germes déposés par les épidémies passées ? cela n'est guère probable si on a égard à l'ancienneté du choléra nostras en France et en Angleterre, aux causes saisonnières qui font naître cette affection, à son caractère sporadique et accidentel. On peut donc affirmer que ce choléra naît sur place; mais en est-il de même partout, et sommesnous en droit d'affirmer que les germes du choléra indien ne sommeillent nulle part en Europe ? L'épidémie de 1851, qui a débuté en Silésie et qui de là a rayonne sur une partie de l'Europe, est considérée par quelques épidémiologistes comme le réveil de celle de

1848. En 1869, 1870, 1872, le choléra ne paraît pas avoir eu pour origine l'importation. Sommeillant depuis 1866.il a pu se réveiller quelques années après en Prusse, en Autriche, en Russie, et c'est peut-être lui qui a débarqué'au Havre en 1872 par la voie de Hambourg- La conférence internationale de Vienne de 18/4 n a

pas conclu dans ce sens, il est vrai. D'après elle le choléra ne revêt le caractère endémique dans aucun pays autre que l'Inde; dans ses grandes incursions , épidémiques, il a toujours été possible de remonter à son foyer originel, l'Inde; jamais les épidémies antérieures d'un pays d'Europe n'ont laissé après elles des germes susceptibles de reviviscence. Tbolozan, d'autre part, a soutenu devant l'Académie demédecine,enl875, la doctrine des épidémies autochtones. Les germes du choléra indien déposés en Europe en 1850, dit ce médecin, se sont régénérés plusieurs fois sur notre sol, comme ils se réveillent fréquemment dans l'Inde pour y produire des bouffées épidémiques. Le choiera qui a frappé la Russie en 1352 et 1853 n'a pas été le produit d'une importation asiatique, mais bien de la reviviscence des germes cholériques sommeillant en Pologne depuis 1850. La maladie est donc endémique en Europe et les règlements de police sanitaire sont inutiles au point de vue du choléra, dans les relations de 1 Asie

et de l'Europe.

Peu importe, à notre avis, la réalité de ces régénérations de l'infectieux qui ne sera vraisemblablement jamais démontrée. Les grandes épidémies de choléra ont eu pour point de départ l'Inde, et quelle que soit l'interprétation des faits qui se sont passés en Europe en dehors de ces trois grandes irruptions, 1 Inde reste suspecte par dessus tout.

MALADIES INFECTIEUSES. î>3

Afrique. — On ne peut pas dire que le choléra soit endémique en Egypte, mais il faut savoir que, dans ce pays, les cas de choléra sporadique sont moins rares qu'ailleurs (Gigot-Suard). Est-ce par reviviscence des germes déposés si fréquemment dans des épidémies antérieures d'origine indienne? Est-ce un infectieux local qui est la cause de la maladie? En fait l'Egypte est surtout menacée du choléra importé de l'Arabie et de l'Indoustan. — Tripoli, Tunis, l'Algérie et le Maroc ont toujours reçu le fléau du dehors. — Le Sénégal ne paraît pas avoir été contagionné par la voie de mer, mais en 1865 la maladie y est venue par terre, transmise par les tribus du Sahara (Laveran), sans laisser après elle l'infection endémique. Par ailleurs, il règne au Sénégal, sous forme endémo-épidémique, une maladie nommée parles indigènes le n'diank, dont les symptômes sont analogues, parfois semblables à ceux du choléra indien : c'est un choléra né sur place, observé le plus souvent au début de la saison sèche, et paraissant relever de l'action d'un infectieux local. Vauvray, qui l'a étudié avec soin, a fait ressortir les analogies du n'diank avec le choléra indien, sa moins grande gravité, la fréquence des selles bilieuses séromuqueuses et la rareté relative des évacuations riziformes. — Le choléra épidémique n'a pas été observé au Cap, malgré les relations de ce pays avec l'Inde et jamais cette maladie ne s'y est montrée sous la forme endémique. — Zanzibar, Nossi-Bé, plusieurs points de la côte ouest de Madagascar, l'île Maurice, ont été frappés par le choléra d'importation en 1859, 1865, 1870, mais la maladie s'est toujours éteinte dans ces localités, sans y laisser l'endémicité.

Asie. — On a parlé de l'état endémique du choléra dans l'Arabie intérieure et on a suspecté l'Hedjaz

d'avoir été en 1865 le foyer originel de l'épidémie qui a désolé l'Europe. Le fait est qu'avant 1831 le choléra n'avait jamais été signalé en Arabie et que les voyageurs Niebuhr et Burkardt ne le comptent pas parmi les endémies de l'Hedjaz. N'est-il pas resté endémique depuis 1831 , après avoir été une première fois importé de l'Inde ? Cela n'est pas probable : car il est établi que le choléra de l'Hedjaz survient toujours après le pèlerinage de la Mecque où il est apporté par les pèlerins hindous (A. Proust). L'Arabie ne paraît donc pas être un foyer d'endémicité.

Pour l'Indo-Chine, la question est beaucoup plus obscure. Au dire des missionnaires, le choléra aurait ravagé le royaume de Siam, le Cambodge, laCochinchine, le Tonkin et la Chine à la fin du siècle dernier, et ses origines, comme celles du choléra indien, se perdraient dans les âges. Il est endémique en Cochinchine depuis très longtemps, d'après les Annamites. C'est la seule conclusion pratique que l'on puisse tirer pour le présent. Il est d'ailleurs semblable cliniquement au choléra indien, sauf en ce qui concerne la période de réaction qui est particulièrement adynamique.

L'Inde reste le foyer endémique qui menace l'Europe plus que tout autre pays. Le choléra a dû y exister de tout temps. Les cas qui relèvent de l'endémicité ne sont pas d'ailleurs toujours semblables à ceux que l'on observe dans le cours des épidémies, surtout lorsque celles-ci sont graves. Ce que nous dirions du n'diank du Sénégal lui est cliniquement applicable; relativement bénin comme celui-ci, il ne fait pas parmi les natifs hindous les ravages qu'y exerce le choléra épidémique.

Océanie. — Le choléra est endémique dans les grandes îles de la Malaisie, comme il l'est dans l'Indo-Chine

et dans l'Inde, et il y contribue à élever le chiffre de la mortalité des Européens. Il est probablement d'origine très ancienne dans les îles néerlandaises, car une lettre de Bontius, écrite de Batavia en 1631, signale les ravages faits à cette époque par le choléra dans cette ville . A plusieurs reprises, le fléau s'est développé sous forme épidémique à Sumatra, à Java, à Bornéo, procédant tantôt de l'endémicité, tantôt se rattachant par son origine aux grandes pandémies historiques, notamment en 1819 et en 1865.

Amérique. — Le choléra y a toujours été importé, et c'est en vain qu'on a cru trouver dans des conditions hydro-telluriques, d'ailleurs constantes, la cause de l'épidémie qui a frappé la Guadeloupe en 1865. Ces conditions n'auraient-elles pas dû causer le choléra avant 1865 ? Et d'ailleurs, comme l'a fait remarquer Dutroulau, les nègres n'ont-ils pas été plus particulièrement frappés, fait qui n'a jamais lieu quand il s'agit de maladies palustres? Gomment enfin le marais du Sénégal et du Gabon n'engendre-t-il pas le choléra, si ce fléau est d'origine paludéenne ? Il est donc on ne plus probable qu'il est venu de Marseille, et si parmi les navires de ce port qui ont pu l'apporter à la Guadeloupe, on n'a pu désigner exactement celui qui l'a introduit, le fait de l'introduction ne peut guère laisser de doute. En 1854, les autres Antilles avaient été atteintes par importation ; en 1865 la colonie de la Martinique, s'est préservée du fléau en s'isolant de la Guadeloupe par des mesures sanitaires rigoureuses. Jamais, dans tous les cas, le choléra indien n'a pris sur le sol de l'Amérique le caractère d'une maladie permanente, relevant de l'endémicité.

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