‹ Éléments de pathologie exotique [electronic resource]Chapitre 20 sur 81 · LES TYPHUS · texte numérisé non relu

LES TYPHUS

Les typhus (typhus pétéchial, typhus à rechute, fièvre typhoïde).

Article. Ier. — Typhus pétéchial (1).

C'est une maladie infectieuse, transmissible à un assez faible degré, caractérisée au point de vue de sa marche par deux périodes, l'une fébrile, l'autre ataxoadynamique, toutes deux traversées par une éruption exanthémo-pétéchiale ; et, au point de vue anatomique, par une altération mal définie du sang et par des lésions organiques sans caractère pathognomonique, parmi lesquelles dominent la tuméfaction de la rate et le ramollissement des fibres musculaires du cœur.

Consultez :

RoussËt. (M.). — Quelques considérations sur le typhus d'Europe, observé au bagne de Brest en 1829 et 1830. Thèse, Paris, 1831.

Mongrand (J.=C.-E.). — Typhus des vaisseaux en 1855 {Gaz. des Hôpitaux, 1855, p. 583 et 586).

F. Jacquot. — Du typhus de V armée d'Orient. Paris, 1856.

L. Thibaut. — Considérations sur le typhus qui a régné sur quelques bâtiments de l'escadre de la mer Noire en 1856 {Union médicale, février 1858, et tirage à part. Paris, 1858).

JAphKt (E.). — De la non-identité du typhus ét de la fièvre typhoïde. Thèse, Montpellier, 1856.

Godelier. — Mémoire sur le typhus observé ait Val-de-Grâce, de janvier à mai 1856 (Bull, de l'Acad. de médecine i Paris, 1855- 56, t. XXI, p. 881.

Baudkns. — Lettre sur le typhus de Crimée {Recueil des Mém. de méd. militaire, 185G.

(1) Typhus fever (angl.), fiebrë puntkulnr (esp.-).

Cazalas. — Des affections typhiques de l'armée d'Orient (Bull, de

l'Acad. deméd. Paris, 1859-60).

Barrallier. — Traité du typhus épidémique. Paris, 1861. Graves. — Clinique, 2« édition, 1863.

Golrrier (P. -À.). — Relation d'une épidémie de typhus observée à

Toulon en 1 8 (> 4 . Thèse, Montpellier, 18(j6. Compte rendu (Arch.

deméd. nav. de juin, 1867).

Coindet (L.). — Du typhus des hauts plateaux du Mexique (Recueil

Mém, mèd. militaire, 1864).

Bradlt. — Du typhus de Mexico (Recueil Mém. mèd. militaire,

Gili.et. — Quelques considérations sur le typhus de Riantec (Morbihan). Thèse, Paris, 1872.

Maurin. — Le typhus exanthématique, typhus des Arabes, épidémie de 1868. — Paris, 187 2.

Falvel, Bouchard \t, Chauffard. — Discussion sur le typhus (Académie de médecine, 1872-1873).

Laveran (A.). — Maludies et épidémies des armées. Paris, 1875.

Gestin (R.-H). — Mémoire sur le typhus de Ruizan (Finistère), présenté à l'Académie de médecine le 10 août 1875, et couronné en 1877. Manuscrit de la bibliothèque de l'École de médecine navale de Brest.

Griesingeb, annoté par Colin. — Traité des maladies infectieuses Paris, 1877.

Dangcï-des-déserts. — Relation de l'épidémie de typhus pétéchial

de l'Ile Molène (Arch. de mèd. nav., 1877, 2e semestre). Proust. — Hygiène publique et privée. Paris, 1877. Masse. — Typhus et fièvre typhoïde. Paris, 1878.

§ 1er. — Origine.

1 . Foyers d'endémicité. — Ils sont assez nombreux sur la surface du globe : l'homme d'ailleurs, quelle que soit sa race, peut être atteint du typhus endémique ou épidémique. Européens, Indiens, Chinois, Javanais, Indigènes du Pérou, Nègres, Américains d'origine européenne, toutes les races l'ont subi, soit qu'il ait été importé, soit que son développement ait tenu à une origine spontanée.

Le typhus est endémique en Irlande depuis de longues années; de cette île il a rayonné plusieurs fois, vers les villes maritimes de la côte voisine, Livcrpool,'

Ili PATHOLOGIE EXOT1QUK.

Bristol, et il a pénétré par leur intermédiaire dans l'intérieur de la Grande-Bretagne, à Manchester, à Londres et dans les environs de cette ville, où se sont créés des foyers de faible endémicité. Il est également endémique en Écosse depuis longtemps : on a bien dit que des émigrés irlandais l'avaient importé dans ce pays, mais Graves a démontré que son existence y avait été signalée avant la date de l'émigration irlandaise, et que la maladie s'était d'ailleurs développée dans des localités avec lesquelles les émigrants n'avaient eu aucune relation.

Il est endémique dans quelques points de la France : sans doute, il a pénétré en 1814 avec les armées alliées, de même qu'il a été apporté en 1856 par les soldats de Crimée, pour déterminer en quelques points des épidémies passagères, mais là n'est pas la cause de sa permanence en Basse-Bretagne où il a été signalé à Riantec (Morbihan), en 1872, par Gillet, à Ruizan près Brest, en 1874, parR. Gestin, àl'île Molène près Ouessant, en 1876 et 1877, par Danguy des Déserts. Ces typhus bretons avaient pour causes la misère et la transmission.

L'endémicité du typhus est très accusée dans le centre de l'Europe, en Silésie notamment, où la maladie entre pour un dixième dans les causes de la mortalité, tandis qu'à Londres, d'après Graves, elle n'y entre que pour un cinquantième (Laveran).

De la Silésie, elle a rayonné sur l'Autriche, l'Allemagne, la Russie, frappant Berlin, Varsovie, Vilna, Moscou et d'autres villes moins importantes.

On rencontre également en Hongrie, en Bohême, en Valachie, quelques points où le typhus est endémique, et il en est de même de la Bussie septentrionale, sans qu'il ait été possible de déterminer jusqu'à

ce jour la part de l'importation et celle du développement spontané.

Certains villages kabyles pauvres ont le typhus à l'état endémique, au même titre que les villages misérables de l'Irlande et de la Silésie. De ces foyers d'endémicité le typhus rayonne souvent sur les villes, et ce sont ces irradiations qui ont fait éclater le typhus a Gonstantine en 1863, à Alger en 1867 et 1868.

La maladie se manifeste sous les mêmes influences en Egypte, parmi les fellahs.

On a signalé son absence en Arabie, surtout sur le plateau central, mais il ne faut pas, à notre sens, interpréter cette immunité comme le résultat des conditions orographiques et de l'altitude, car le typhus en aucune partie du monde ne respecte les hauts plateaux ; la préservation de l'Arabe tient plutôt à ce que les Arabes, tant Asiatiques qu'Algériens, mènent la vie nomade et vivent sous la tente.

Le typhus est de même rare en Perse, sauf toutefois à Téhéran, où Tholozan l'a observé fréquemment et a constaté, en outre, qu'il n'y présentait pas une grande gravité.

11 est endémique sur le versant sud de l'Himalaya, aussi bien dans les points les plus élevés que dans les altitudes moyennes; et dans les forêts de l'Indo-Chine, pendant la saison des pluies , les indigènes de Siam, du Laos, du Cambodje et de l'Annam le nomment fièvre des bois et le redoutent beaucoup (Thorel).

On l'observe aussi dans la Sibérie orientale chez les peuplades riveraines du fleuve Amour.

Le typhus n'est pas rare en Australie, parmi les immigrants. Ne vient-il pas d'Angleterre?

Il a été plusieurs fois importé dans l'Amérique du Nord où il est connu sous le nom de fièvre des vais-

H6 PÀTHOLOGIIÎ EXOTIQUE.

seaux irlandais, et ces importations ont créé des foyers mal éteints d'endémicité clans la plupart des grands ports maritimes de la côte et des États-Unis, Boston, New- York, Philadelphie, Baltimore.

Il est endémique au Mexique sur le plateau de l'Anahuae où il a été observé par nos collègues de l'armée, Jourdanet, Goindet, Brault. Jourdanet estime que le matlazahualt ou fièvre rouge des Aztèques est un typhus à forme hémorrhagique. On l'a signalé enfin dans quelques points des altitudes péruviennes chez des tribus filles des Incas,

En résumé ce qui domine dans l'état endémique du typhus c'est la coïncidence de cette maladie avec la pauvreté, la misère, la disette, l'encombrement des habitations; c'est aussi le développement parallèle du typhus dont nous parlons, avec le typhus à recbute, qui paraît relever des mêmes causes ou de causes analogues. L'Irlande et la Silésie restent les deux foyers principaux d'endémicité de ces deux maladies infectieuses.

2. Genèse du typhus. — Le typhus est le produit des facteurs suivants : famine, malpropreté, encombrement, confinement. Son développement est favorisé par la misère organique qui succède aux maladies diverses ou à la pauvreté sociale. Le typhus frappe tous les âges et n'épargne aucune race; il se transmet directement de l'homme malade à l'homme sain.

Ces propositions font aujourd'hui force de loi, parce, qu'elles sont basées sur l'évidence des faits. Ceux-ci sont consignés partout et je ne les reproduirai point ici (1). L'épidémie , née à bord du Scheah-Gehald en 4861 à Liverpool; celle qui a été observée en 1863 iï

(I) Voyez A. Laveran, Maladies et épidémies des années.

Vera Gruz sur le transport la Seine; l'épidémie de la frégate égyptienne VIbraïrnieh, survenue en 1864 dans le evurs d'une traversée d'Alexandrie à Toulon, ne peuvent laisser aucun doute sur l'origine spontanée du typhus à bord des navires sous la double influence de l'encombrement et du confinement nautique. L'épidémie du Scheah Gehald et celle deTlbraïmieh démontrent en outre la transmissibilité du typhus au même titre que les faits qui s'observent dans les maisons, dans les prisons, les camps et les hôpitaux. A Brest, en 1874, R. Gestin a conclu des observations qu'il a faites en ville et à l'hôpital que le séjour de quelques heures près d'un typhique, la nuit surtout, pouvait être la cause de la transmission (1). A l'hôpital, la présence d'un seul typhique dans une salle n'a guère d'inconvénients ; mais le danger commence dès qu'on y a introduit cinq ou six typhiques. Un étudiant de l'hôpital maritime a été contaminé par des malades qu'il était chargé de soigner, alors qu'il ne pouvait subir d'autre influence typhigène que la leur.

§ 2. — Sympteftnes.

On peut assigner au typhus trois formes cliniques, le typhus léger, fruste, abortif, le typhus complet, le typhus irrégulier ou compliqué. Je vais les décrire succinctement.

Typhus léger. — 11 est constitué par l'état catarrhal des deux muqueuses digestive et bronchopulmonaire, la fièvre et la céphalée modérées, peu ou point de délire, l'état discret de l'exanthème, le peu d'intensité de l'état typhoïde. Tous ces symptômes s'amendent vers le septième ou le huitième jour de la maladie,

(1) R. Gestin, Mémoire sur le typhus de liuisan, près Bresi.

la fièvre tombe au quatorzième environ, et la convalescence s'établit.

Typhus complet. — L'invasion n'a rien de spécial ; elle est caractérisée par de la lassitude, des vertiges, de la faiblesse, de la céphalalgie, et elle dure de un à quatre jours en moyenne. Dès lors la maladie évolue en deux périodes.

1° Période fébrile. — Elle dure cinq à six jours. Faciès rouge, conjonctives injectées ou même enflammées, pituitaire hypérémiée sans épistaxis, stupeur éveillée, abattement, adynamie. — Fièvre, pouls fréquent, température montant rapidement à 40, 41. — Langue saburrale, peu ou point de symptômes digestifs, parfois ballonnement stomacal (à Brest en 1874) ; constipation fréquente. Catarrhe bronchique, râles mu queux mais non le râle sibilant de la fièvre typhoïde. A la fin de cette période, apparition de l'éruption propre au typhus, c'est-à-dire de l'exanthème pétéchial, plus foncé que celui de la rougeole, occupant le tronc surtout, ne disparaissant pas sous le doigt.

Un autre signe important fourni par l'examen de la peau et bien étudié à Brest par R. Gestin, c'est l'hyperesthésie. Gestin l'a rencontrée presque toutes les fois qu'il l'a cherchée; souvent le moindre contact est douloureux ; les points où on la rencontre le plus fréquemment sont la surface du ventre et du thorax en avant; elle était une fois très intense au cuir chevelu. Pour la constater, dit Gestin, il faut frôler la peau et non la presser. Parfois la pression des masses musculaires et des articulations arrache des cris au malade, mais ce n'est plus là de la douleur cutanée.

2° Période ataxo-adynamique . — Elle dure également cinq à six jours. On constate l'odeur dite typhique, du délire, de l'insomnie, des convulsions partielles toni-

ques et cloniques, du soubresaut des tendons, de la carpologie, des hallucinations, du coma et même du carus profond. La fièvre se révèle surtout par le thermomètre qui monte à 40, 41, le pouls étant parfois rare ou ralenti. — La langue prend la forme dite de perroquet, les lèvres et les gencives se recouvrent de fuliginosités, il y a delà diarrhée. — La toux est sèche, fatigante, la voix plus ou moins faible, on constate des râles muqueux. Les taches exan thématiques et pétéchiales s'accentuent : on voit en outre souvent apparaître de l'herpès, del'ecthyma, des bulles, des furoncles. L'œdème des pieds a été plusieurs fois observé à Brest, en 1874, dans le cours de cette période. Chez les femmes, c'est aussi le moment où paraissent des règles prématurées, et où se produisent des avortements. La rémission ou l'aggravation termine cette période. Quand il y a rémission, la toux cesse d'être fatigante, l'expectoration est facile, il y a une bronchite assez franche, dite de retour (Barrallier). Le thermomètre a une chute rapide, et la défervescence, brusque comme l'avait été l'ascension, se fait en un ou deux jours. La convalescence est très prompte et l'on constate comme dans la fièvre typhoïde, la rudesse, l'état cassant, la chute des cheveux. — Si au contraire la maladie s'aggrave, le malade succombe dans l'état typhoïde.

Typhus irrégulier ou compliqué. — La maladie peut être irrégulière par le nombre des périodes qu'elle parcourt (typhus sidérant, typhus à périodes entremêlées, typhus sans période fébrile) ; par la prédominance morbide d'un appareil, d'où les formes inflammatoire, ataxique,adynamique, le broncho-typhus, le pneumotyplms, le typhus hémorrhagique, le typhus bilieux; par l'existence d'une complication telle que les parotides, l'érysipèle, les abcès, les escarres, la diphtbérie,

lïu PATHOLOGIE EXOTIQUE.

par la présence d'une maladie concomitante, paludisme, choléra, scorbut, diarrhée, dysenterie, etc. La mortalité du typhus varie entre 10 à 20 °/0.

§ 3. — Lésions cadavériques.

L'habitude extérieure n'offre rien de spécial, si ce n'est la trace des éruptions caractéristiques, la putréfaction rapide, l'hyposlase dans les régions déclives du cadavre. Les cavités crânienne et rachidienne sont le siège des hypérémies ordinaires des pyrexies graves.

La muqueuse laryngienne est plus rarement ulcécérée que dans la fièvre typhoïde. Les lésions pulmonaires et bronchiques tiennent de la congestion, mais n'ont rien de spécial. Le cœur est souvent ramolli, décoloré, granulo-graisseux comme dans la fièvre typhoïde.

Il y a peu de désordres hémorrhagiquesdansla cavité buccale ; l'oesophage, l'estomac, l'intestin sont moins hypérémiés, la muqueuse estmoins ramollie, les sécrétions sont moins déviées que dans la fièvre typhoïde ; souvent l'estomac et l'intestin sontnormaux. On observe quelquefois : 1° des ecchymoses qui donnent à certains points de la muqueuse l'aspect de la barbe récemment faite ; 2° des taches rougeâtres auxquelles on a donné le nom de taches de Rœderer ; 3° de la psorentérie comme dans le choléra. Cette lésion consiste dans le développement à la surface interne des deux intestins, surtout de l'intestin grêle, de petits corps durs, d'un blanc mat, parfois rosés, demi-translucides, gros comme des grains de millet. On les écrase facilement ; si on les pique, ils s'affaissent en se vidant : ce sont des follicules clos isolés qui se sont remplis de cellules lymphatiques. Cette lésion, quand elle existe, occupe

par conséquent le même siège que les pustules isolées de la fièvre typhoïde.

Les plaques rasées de Maurin observées par ce médecin, en 1868, à Alger, ont joué, à un certain moment un rôle qui nous paraît trop important. D'après Maurin, ces plaques occupent l'éstomac, l'intestin grêle, le ccecum : on remarque de distance en distance, des espaces de 3, 4, 6, 8 centimètres de long sur 1 à 2 de large, dans lesquels les villosités intestinales ont disparu. Aucune rougeur, aucune injection, aucun ramollissement sur le limbe des plaques; pas de pus. Les bords sont nets et limités par des villosités saines. On dirait d'un coup de rasoir horizontal sur du velours et par espaces limités. Ces plaques n'ont pas été retrouvées par d'autres observateurs pendant l'épidémie observée par Maurin; il en a été de même à Brest, en 1874, bien qu'on les ait recherchées avec soin. Nous pensons donc qu'il n'est pas possible de les ranger parmi les lésions ordinaires du typhus et nous nous rallions plus volontiers à l'opinion du Dr Masse qui les considère comme liées à l'atrophie de la muqueuse intestinale due à l'inanition.

Les glandes mésentériques sont souvent tuméfiées et congestionnées. — La rate est quelquefois trèsvoluminêuse, parhypérémie.— Le foie a perdu une partie de sa consistance: il est souvent congestionné. — On constate parfois des hémorrhagies intra-musculaires, et au microscope, la dégénérescence granulo-graisseuse de la fibre. — Le sang, altéré comme dans les pyrexies infectieuses, contient des organismes inférieurs, micrococcus, bactéries , algues, vibrions, auxquels il serait prématuré d'attribuer un rôle important dans la genèse et l'évolution de la maladie.

§ 4. — Prophylaxie et traitement.

L'hygiène peut tout, soit contre le développement spontané de la maladie, soit contre sa diffusion parmi les hommes. Le typhus, des armées relève plus spécialement de l'infection des camps permanents, des casernes, des hôpitaux militaires ; il relève encore des privations relatives à l'alimentation, de la fatigue des troupes, de l'influence débilitante des maladies ordinaires.

En temps de guerre, on préviendra l'éclosion du typhus par un bon choix de l'emplacement du camp, par l'assèchement de son sol, l'empierrement de ses rues et de ses voies; par la ventilation des tentes et des baraques, un cubage étendu de ces demeures, la défense de séjourner dans des taupinières; par une bonne alimentation, la propreté des vêtements et des objets à usage, l'éloignement ou la destruction des immondices, des cadavres d'animaux, des déjections diverses. Si le typhus s'est développé, on isolera les typhiques, on les évacuera par chemin de fer, quand cela sera possible, on les placera dans des hôpitaux spéciaux sans les mélanger aux autres malades; on les couchera dans des salles spacieuses, aérées, sous des tentes-baraques ; on placera près d'eux, si la chose est possible, pour leur donner des soins, des hommes qui auront déjà été atteints du typhus.

En temps de paix, la prophylaxie de cette maladie consiste dans la bonne construction des casernes et des hôpitaux militaires. En cas de maladie déclarée, on dissémine les hommes valides, on les fait camper hors des villes en évitant de les mêler aux populations, on les partage en petits détachements. Les casernes sont purifiées par la ventilation et la désinfection.

Le typhus des navires relève plus particulièrement de l'encombrement nautique, et aussi de l'infection propre aux navires mal tenus et à ceux qui accomplissent de longues traversées. On évitera donc d'embarquer au départ un nombre trop considérable d'hommes d'équipage ou de passagers, une trop grande quantité d'animaux, un matériel trop encombrant. Les fautes qui ont été commises sous ce rapport dans le cours du siècle dernier avaient leur excuse dans l'ignorance des nécessités de l'hygiène : actuellement il n'en serait pas de même.

Dans le cours des campagnes, on se préservera du typhus par l'observance rigoureuse des prescriptions de l'hygiène nautique. Si le typhus vient à se déclarer, on isolera les typhiques à bord, et quand la chose sera possible, on les débarquera en ménageant les intérêts de la population du port d'arrivée (1). Si l'on doit attendre quelque temps une relâche, on ne désarrimera pas le navire à la mer, on ne découvrira pas les fonds, et l'on se contentera du nettoyage, de la ventilation et de la désinfection du faux-pont, des batteries, des logements ; on améliorera le régime des hommes valides; on les fera vivre le plus possible sur le pont, si les conditions du climat sont favorables à l'adoption de cette mesure.

Le typhus endémique sera éteint dans les localités où il sévit depuis longtemps, par le bien-être, la propreté des hommes et des choses, par l'aération des habitations, par l'amélioration du régime. En temps d'épidémie, on isolera les malades, on prescrira qu'ils ne soient pas veillés plus de quatre heures parla même

(1) La moyenne de la durée de l'incubation du typhus est de 12 jours. JP -

personne, on brûlera les vêtements, la literie des malades, on fera percer des ouvertures aératoires dans les habitations. Il y a là des sacrifices à accepter de la part des administrations intéressées, et il est regrettable que ces idées de préservation ne soient pas suffisamment entrées dans l'opinion générale.

La thérapeutique n'est pas désarmée sans doute, mais elle ne peut rien contre l'élément infectieux qui a frappé les organes et les fonctions: elle ne lutte que contre l'état symptomatique.

Au début on emploiera contre l'état catarrhal et la constipation, les vomitifs et les purgatifs ordinaires en évitant les drastiques. La fièvre, les hautes températures, seront combattues par les affusions froides, vinaigrées, aromatiques, quelquefois par la saignée générale, quand l'adynamie ne constitue pas une contre indication à ce mode de traitement.

Contre la stupeur, on a eu recours avantageusement à la poudre de racine de valériane, à l'essence de cette plante, à l'infusion de café, de thé vert, aux révulsifs, à la flagellation, parfois à la cautérisation transcurrente.

Le quinquina, l'alcool, le vin sont les remèdes de l'adynamie ; l'acétate d'ammoniaque, l'opium, plus sûrement le tartre stibié, ceux de l'ataxie.

R. Gestin a prescrit avec avantage contre le ballonnement stomacal l'huile essentielle de térébenthine à la dose d'un à deux grammes pour 30 grammes d'huile de ricin dans une potion émulsionnée.

Les sangsues et les ventouses scarifiées seront prescrites pour lutter contre les congestions locales et la céphalalgie.

Art. II. — Typhus récurrent (typhus a recrute

Page 1