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ET TYPHOÏDE BILIEUSE

Le typhus récurrent est une maladie infectieuse qui comprend deux formes cliniques : l'une est le typhus à rechute proprement dit, l'autre la typhoïde bilieuse.

Le premier est caractérisé par un, deux, rarement trois accès fébriles prolongés, séparés par des rémissions ; par la tuméfaction de la rate, un état catarrhal léger des voies digestives, des phénomènes typhiques sans gravité, rarement par l'ictère.

La typhoïde bilieuse ne présente la rechute qu'exceptionnellement, mais elle se caractérise par l'ictère, l'état typhoïde, l'inflammation de la muqueuse digestive de la cavité buccale au pylore, et la tuméfaction quelquefois énorme de la rate.

Dans ces deux formes, Obermeyer le premier, en 1872, a trouvé dans le sang, pendant la période d'accès fébrile, le spirillum auquel on a donné son nom.

Consultez :

CiiAncoi. — Epidémie de typhus à rechute qui a régné à Saint- Pétersbourg en 18G4 (Gnz. hebdomad., 14 avril 18G5).

Azéma. — Note sur la fièvre récurrente qui règne à la Réunion. (Union médicale, 18GG,t. XXXI, p. 339).

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(I) Relapsing fever (angl.).

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Griesinger. — Maladies infectieuses, 28 édition revue par Vallin,

Mahé. — Programme des maladies exotiques (Arch. de méd. ?iav., 1876-1879).

Maurel. — Epidémie de fièvre rémittente à la Guyane {Gaz. hebd,, 1879, n° 4).

§ 1. — Causes.

1. Géographie. — Le typhus récurrent n'est pas une maladie nouvelle : il est vraisemblable qu'il a existé de tout temps, mais son introduction dans le cadre nosologique ne date que d'une quarantaine d'années, et c'est grâce aux recherches historiques faites dans le cours de ce siècle, qu'on a pu établir que la maladie avait été observée antérieurement.

Barker paraît être le premier épidémiologiste qui en ait parlé; il l'a signalée en Irlande en 1741 ; Gheyne l'a observée dans la même province de 1816 à 1821, en même temps que Burns et Duncan l'étudiaient en Écosse et Bateman à Londres (Griesinger). Toutefois c'est surtout à partir de 1840, que les médecins d'Irlande, d'Écosse, de Londres et de Silésie ont attiré l'attention sur les caractères cliniques qui appartiennent au typhus à rechute d'Angleterre et d'Allemagne, et c'est en!851, que Griesinger, après avoir recueilli en Egypte un grand nombre d'observations relatives à la typhoïde bilieuse, a cru pouvoir avancer que cette maladie n'était autre ebose que la forme

grave du typhus à rechute. C'est incontestablement à ce médecin que l'on doit la connaissance plus complète qu'elle ne l'a jamais été, des symptômes propres aux deux formes de cette maladie.

Le typhus à rechute est une maladie épidémique que l'on observe surtout dans les pays où le typhus pétéchial est endémique.

Il n'est pas rare en Irlande (Dublin), en Ecosse (Édimbourg, Glascow, Dundee), en Angleterre (Londres, Liverpool, Manchester): la Silésie (Kœnigsberg) en est un des principaux foyers ; la Russie nord (St-Pétersbourg) a subi l'épidémie de 1864; le Dr Tholozan l'a observée à l'hôpital du Val-de-Grâce en 1855.

C'est peut-être le typhus à rechute que Larrey a désigné pendant la campagne d'Egypte sous le nom de fièvre jaune contagieuse. Griesinger par son étude de la typhoïde bilieuse d'Egypte a permis de faire ce rapprochement.

Nos collègues de l'armée l'ont observé sur divers points de l'Algérie.

Il a été signalé à la Réunion et à Maurice. En 1867, notre collègue P. Bouvet, chargé de rapatrier 309 travailleurs indiens, de la Réunion à Calcutta, en perdit deux d'une maladie spéciale qui régnait à Bourbon depuis plusieurs années et qui, au rapport du Dr Azéma, aurait pris naissance dans cette colonie après l'introduction de travailleurs indiens importés de Calcutta par le navire de commerce YEaster-Empire , en novembre 1864. En 1868, Hubac et Mac-Auliffe ont traité un certain nombre de cas de typhus à rechute survenus dans plusieurs sucreries de la Réunion, et l'enquête à laquelle ces médecins se sont livrés a établi la filiation de cette épidémie avec celle qui a eu pour point de départ l'importation par les In-

diens du navire cité plus haut, Y Eastern -Empire.

Le typhus à rechute a également frappé l'île de Maurice, et les médecins anglais de cette colonie inclinent à penser que la maladie y a été importée par les coolies provenant de Bombay.

L'existence du typhus à rechute en Asie n'est d'ailleurs pas douteuse. Les médecins de Calcutta et de Bombay ont fait savoir que la maladie règne depuis bon nombre d'années sur différents points de la côte de l'Inde. Tholozan, qui l'avait observée én 1855 à Constantinople, l'a retrouvée en Perse, soit à Téhéran, soit sur d'autres points du royaume. Morache en a soigné plusieurs cas à Pékin.

Hirsch a signalé son apparition parmi les nègres d'Amérique à Philadelphie en 1821, dans la Caroline du nord en 1829 : il ne s'agissait sans doute pas de la fièvre jaune, car les blancs eussent été atteints par le fléau. Tout récemment (1875) Maurel l'a observée et bien étudiée dans la colonie pénitentiaire créée par la France, en 1857, sur la rive droite' du Maroni.

En résumé, en en exceptant l'Océanie, le typhus à rechute s'est développé sous forme épidémique dans toutes les parties du monde. Jusqu'à ce jour, il ne s'est agi que d'épidémies de localités, si on en excepte l'Irlande, la Silésie et l'Egypte, où la maladie est répandue sur une surface plus grande qu'ailleurs; mais il est probable que des observations cliniques plus attentives que celles dont nous disposons, permettront de reconnaître que le typhus à rechute est plus répandu qu'on ne le pense sur la surface du globe, et que, fréquemment encore aujourd'hui, il est confondu avec la fièvre rémittente palustre simple ou bilieuse, avec la fièvre jaune, avec la fièvre bilieuse hématurique.

2. Causes déterminantes. — Le règne du typhus à rechute dans les pays où sévit à l'état endémique le typhus pétéchial conduit à penser qu'il relève de causes analogues sinon semblables.

« La fièvre récurrente, dit Griesinger, a pour caractère essentiel et peut-être exclusif de se développer sous forme épidémique dans les calamités publiques, lorsqu'il y a disette ou cherté des vivres, au milieu de populations affamées, malpropres ou misérables : c'est ainsi qu'elle règne en Irlande, dans la Silésie supérieure, en Égypte. Si une maladie typhoïde mérite le nom de typhus de famine, c'est bien assurément celle-là ; non seulement la simple privation d'aliments, mais encore le remplacement d'une nourriture saine par l'usage de végétaux indigestes et grossiers, sont les conditions essentielles de son développement ultérieur ; ces influences nuisibles étaient évidentes en Irlande, en Silésie, chez les ouvriers égyptiens que j'ai observés. »

Arnould, cité par Laveran, a donné pour causes de l'épidémie d'Aïn el Bey (Algérie 1867) : l'agglomération d'un grand nombre d'hommes dans le même local ; la viciation permanente de l'air de ce local par le miasme humain ; la fatigue sans réparation suffisante par le sommeil, pendant le rhamadan ; le jeûne prolongé, l'alimentation irrégulière chez bon nombre de détenus pendant le même temps ; l'état de dépression moral chez quelques-uns d'entr'eux ; les variations thermométriques, la chaleur prématurée, le froid nocturne (1).

Les coolies indiens se trouvent incontestablement dans des conditions analogues de régime et d'habitation.

(I) Laveran, Maladies cl l'pltl. des armées, p, 289.

Maurel ne se prononce pas catégoriquement sur la nature des causes de l'épidémie qui a sévi en 1875 à la Guyane sur le personnel militaire et sur les transportés hommes et femmes de la colonie du Maroni. Il fait remarquer toutefois que la température de l'air, dans cette localité, est élevée d'une manière constante sans dépasser 30°, que l'humidité y est permanente et considérable, que les ressources alimentaires sont médiocres, et qu'en somme on y trouve réunies les causes ordinaires de la débilitation organique.

Le typhus à rechute est transmissible : les faits accumulés par Murchison, Jenner, Griesinger, Maurel, etc., sont concluants.

Est-ce d'ailleurs une forme du typhus pétéchial? En aucune façon. Murchison a remarqué qu'au début de plusieurs épidémies de typhus pétéchial, en Angleterre, il y a eu concurremment un plus grand nombre de cas de typhus à rechute, puis, que l'épidémie venant à progresser, lé nombre des cas de typhus pétéchial l'emportait sur celui des cas de relapsing fever. Jenner a prouvé de son côté, par une enquête minutieuse relative à l'origine des cas observés par lui, que le typhus pétéchial ne préservait pas du typhus à rechute, et réciproquement; en; d'autres termes, que les deux maladies typhoïdes ne s'influençaient pas au point de vue de la préservation.

En somme, elles ont chacune leurs causes spéciales que l'on ne peut apprécier qu'en bloc. Obermeyer a cherché l'origine de la maladie dans la constitution microscopique du sang. 11 a reconnu avec d'autres observateurs venus après lui, que ce liquide, chez les fébri-récurrents, contient un spirillum auquel on a donné le nom de Sp. Obermeyeri ou de Spirochète.

C'est un filament non extensible, contourné en une hélice très longue, flexible, à spires rapprochées, susceptible de se contourner sur lui-même et de se mouvoir en ondulant : sa longueur totale est de 130 à 200 millièmes de millimètre. On ne le trouve que dans le cours de la période d'accès, jamais pendant la rémission. Rien, à notre avis, ne prouve qu'il soit caractéristique : rien n'a établi la relation que ce parasite peut avoir avec les causes générales que nous avons dit être celles de la fièvre à rechute. Il a paru, dans certains cas, reproduire la maladie ou plutôt une maladie analogue, par l'inoculation d'homme à homme.

§ 2. — Les maladies.

La maladie a deux formes : le typhus à rechute eL la typhoïde bilieuse. L'identité de leur nature nous paraît prouvée : par leur coïncidence dans la même épidémie ; par les rapports étroits des lésions anatomiquesquiles caractérisent ; par l'ictère, qui rare dans le typhus à rechute, est fréquent dans la typhoïde bilieuse, et sert ainsi de trait d'union ; par la rechute qui s'observe en sens inverse : fréquente dans le typhus à rechute, elle s'observe exceptionnellement dans la typhoïde bilieuse : par l'existence dans le sang, pour les deux formes, du spirillumd'Obermeyer.

1 . Typhus à rechute. — La fièvre, dans cette forme plus simple et en général beaucoup moins grave que la typhoïde bilieuse, s'établit brusquement par un frisson violent, de la céphalalgie, des douleurs lombaires et des vomissements: il semble, a dit Jenner, qu'on assiste au début d'une variole.

Le pouls devient en peu de temps très rapide, don-

nanl 130, 160 pulsations, jamais dicrole : une fois l'accès fébrile terminé, lepouls tombe à 50, à -40 même, tout en pouvant s'élever rapidement à 100 par le fait d'une émotion, d'un mouvement (Jenner). Mac-Auliffe et Kuttner ont noté dans quelques cas la faiblesse excessive des battements du cœur et l'état filiforme du pouls (1).

La température, d'après Wunderlich, monte rapidement à 40, 41° et même au delà, du premier au deuxième jour, puis elle reste à ce niveau avec de faibles rémissions pendant un nombre de jours qufest variable. En général, cinq à dix jours après le début de la maladie, le thermomètre tombe brusquement à 36°, en même temps qu'apparaît une sueur critique.

La rémission qui suit le premier accès dure pendant un temps qui est variable suivant les cas, quelques jours, une ou deux semaines, puis, vers le quinzième jour, survient un nouvel accès fébrile qui ressemble en petit au premier : il débute par du frisson, des vomissements et de la céphalalgie, et se termine par une sueur critique qui amène la détente et précède la convalescence.

Il est rare que l'on observe une seconde rechute.

A la Guyane, en 1875, Maurel a observé deux périodes fébriles bien marquées, ayant une durée moyenne de cinq à sept jours et séparées par une période franchement apyré tique de cinq à sept jours également.

Parallèlement aux phénomènes thermiques du premier accès fébrile, on observe différents signes morbides qui ont leur importance.

Les troubles digestifs sont, en général, peu accusés : ils consistent en un état catarrhal plus ou moins

(1) Mahé [Arch. de mèd. nav., 187G, 1er semestre, p. 227).

intense avec langue blanche et constipation. L'ictère et l'hépatalgie, beaucoup moins communément observés dans le typhus à rechute que dans la typhoïde bilieuse, varient dans leur fréquence et dans leur intensité suivant les épidémies. Jenner a observé l'ictère à Londres dans un quart des cas ; Le Bert, à Breslau, ' en 1868, l'a rarement rencontré. La même année, Mac- Auliffe à la Réunion a eu fréquemment à combattre ces deux symptômes. Ils n'ont pas été fréquents dans l'épidémie du Maroni, observée par Maurel : ce médecin a constaté au contraire la fréquence de l'épigastralgie, des vomissements, de la splénopathie, en même temps que la constance de la diarrhée et de l'adynamie pendant la période intermédiaire aux deux accès fébriles.

Les éruptions de sudamina, l'apparition de groupes d'herpès ne sont pas rares.

2. Typhoïde bilieuse (1). — La maladie débute comme la fièvre à rechute par de la céphalalgie, des vomissements et de la rachialgie, puis la fièvre s'allume. L'ascension thermique commence en même temps que le frisson : on observe 40, 41, 42° au thermomètre. A ce moment la température reste continue entre 4 1 et 42° sans rémission appréciable, pendant un nombre variable de jours, au moins trois ou quatre, au plus douze ou treize. L'accès fébrile terminé, le thermomètre tombe brusquement de 4 à 6°, avec sueurs abondantes : quelquefois, cette chute rapide est annoncée, la veille du jour où elle a lieu, par une rémission beaucoup moins étendue qui n'abaisse la colonne thermométrique que de 2 à 3° (2).

(1) Mahé a fait. justement remarquer que le nom do typhus bilieux conviendrait mieux à cette maladie qui n'a pas de rapport direct avec la fièvre typhoïde.

(2) Mahé [Arch. de mé'J. nav., 1" semostrd, p. 220).

NlEU.Y. Q

Cette marche thermique est régulière : il s'en faut qu'il en soit toujours ainsi. Dans des cas d'une gravité extrême, Maurel a observé l'ascension rapide de la température et la mort rapide sans chute du thermomètre.

Concurremment avec les signes fournis par le pouls et la température, la typhoïde bilieuse se caractérise par les signes suivants : faciès rouge ayant de l'analo- gie avec celui de la fièvre jaune dans le cours de la période fébrile ; état saburral, état bilieux, épigastralgie, dysphagie, hépatalgie et splénopathie, vomissements de nature différente pouvant contenir du sang, après quelques jours de maladie. Les matières des vomissements ontété examinées au microscope par Maurel qui y a constaté : 1° des leucocytes en quantité considérable, le plus souvent bien conservés ; 2° dans quelques cas des globules sanguins altérés : 3° des sporules d'un organisme inférieur ; 4° des sarcines. On constate en outre un signe important par la percussion : c'est la tuméfaction de la rate. L'ictère survient en général vers le quatrième ou le cinquième jour : il est donc tardif, comme dans la fièvre jaune, mais la splénomégalie, qui est la règle dans le typhus à rechute, éloigne l'idée du typhus ictérode, de même que l'apparition tardive de l'ictère et l'absence de tout paludisme antérieur, éloignent celle de la fièvre bilieuse hématurique.

Ces symptômes aigus constituent une sorte de première période, et font place, à un moment variable, soit à l'adynamie, soit à l'état typhoïde, avant toute rémission fébrile, bien entendu. C'est dans le cours de cette seconde période adynamique ou typhoïde que l'on observe souvent des hémorrhagies plus ou moins graves qui se produisent par les piqûres de sangsues, les lignes de scarifications, les fosses nasales, la mu-

que use de la langue et des gencives, l'intestin, les urines, le tissu de la rate : cet organe peut se rompre par distension et déterminer des accidents mortels. Si l'état s'aggrave, on peut voir apparaître Falgidité, l'ataxie, la diminution de la sécrétion urinaire et enfin la mort. Dans les cas favorables la rémission fébrile apparaît en même temps que les sueurs, et l'amélioration marche progressivement.

On n'observe pas de pétéchies dans le cours de l'affection. Les rechutes sont très rares, mais la convalescence est parfois lente à se dessiner. Elle est quelquefois traversée par des accidents : accès de fièvre irréguliers, diarrhée ou dysenterie rebelles, œdème des pieds, gangrène des orteils, tuberculisation pulmonaire. Ces accidents sont rares et ce qu'on observe le plusfréquemment cbez les malades gravement atteints, c'est l'adynamie et la dyspepsie persistantes.

§'3. — Lésions cadavériques.

L'habitude extérieure du cadavre n'a rien de spécial, l'amaigrissement n'a été noté que lorsque la maladie s'est prolongée. On constate l'ictère dans quelques cas relevant de la forme simple, et dans presque tous ceux qui appartiennent à la typhoïde bilieuse, si la mort n'est pas survenue trop rapidement. La teinte de la peau du nègre, dans le cas d'ictère, est de nuance bistre, et on la constate surtout sous les paupières, aux ailes du nez, sur la face antérieure du tronc. — On observe, dans la cavité crânienne, l'hypérémie des méninges, l'engorgement des sinus, la vascularisation exagérée du tissu cérébral.

Il n'est pas rare de rencontrer, sur la muqueuse du

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pharynx, des exsudais et des exulcérations : il en est de même sur l'épiglotte. Les poumons sont, en général, sains, sans trace d'hypérémie. « Dans la grande majorité des autopsies, dit Maurel, j'ai trouvé le poumon pâle, décoloré, exsangue. » Le même observateur a rencontré plusieurs fois l'effacement partiel ou total de la cavité des plèvres. Dans une autopsie les deux plèvres étaient absolument adhérentes, et cet état coïncidait avec la soudure du foie et du diaphragme, avec l'adhérence des anses intestinales entr'elles et celle du grand épiploon avec la paroi abdominale dans toute son étendue. Cependant les différents organes ainsi adhérents ne présentaient aucune autre lésion. Le cœur est souvent sain, parfois mou, pâle, atteint de dégénérescence granulo- graisseuse.

L'appareil digestif est le siège de lésions plus spéciales à la maladie. Les désordres morbides qui dominent sont le volume exagéré de la rate et l'inflammation des tuniques du tube digestif, depuis la cavité buccale jusqu'au pylore.

L'enveloppe capsulaire de la rate est parfois recouverte d'un exsudât récemment formé. L'organe a un volume deux ou trois fois supérieur à celui de l'état normal : son tissu est mou, peu résistant, se déchirant à la moindre traction. Sur 101 nécropsies, Griesinger a observé trois fois la rupture de la rate. A la coupe, on voit fréquemment de. petits corpuscules blanchâtres de deux millimètres de diamètre en moyenne, acquérant parfois le volume d'un pois, d'une lentille : ce sont des corpuscules de Malpighi remplis d'un exsudât qui recouvre aussi leur surface extérieure et peuvent subir la transformation caséeusc et purulente.

L'inflammation du tube digestif se révèle, de la bouche au pylore, par des arborisations très riches dans les cas promptement suivis de mort, et par des ulcérations plus ou moins profondes et étendues dans les cas moins rapides. « Chez un noir, dit Maurel, ces ulcérations occupaient toute la superficie de la muqueuse gastrique et une partie de celle de l'œsophage, donnant à toute cette surface l'aspect d'une vaste plaie en suppuration. » Maurel a constaté, par l'examen microscopique, que la tunique cellulovasculeuse était le siège d'un processus inflammatoire manifeste, et que, dans certains cas, la muqueuse offrait les caractères des membranes dites pyogéniques.

Le foie ne présente pas de lésions caractéristiques : il peut être hypérémié : on l'a trouvé graisseux par exception. Maurel signale son augmentation de volume et sa vascularisation un peu exagérée, pour quelques cas seulement. Il n'a examiné que deux fois l'organe au microscope : les cellules hépatiques étaient normales dans les deux cas.

Les reins, d'après Griesinger, sont dans beaucoup de cas hypérémiés, volumineux, turgescents, mais plus souvent encore pâles, tV.un gris jaunâtre, infiltrés de graisse. Maurel les a toujours trouvés normaux : à la coupe, il a observé dans certains points des tubes, des concrétions de carbonate de chaux qui, à son point de vue, ne sont pas étrangères à la diminution de l'excrétion urinai re qu'il a souvent observée.

Le sang n'a été examiné jusqu'à ce jour, qu'au point de vue microscopique. Il contient les spirillum d'Obermeyer (1872) retrouvés par Engel l'année suivante dans le service de Frerichs. Le Dr Ponflk a en ou tic trouvé dans le sang, pendant la période de ré-

mission, c'est-à-dire alors qu'on n'y rencontre plus les spirilles, un grand nombre de grosses cellules graisseuses et pigmentées provenant de la rate et de la veine splénique (1874) (1).

§ 4. — Prophylaxie et traitement.

Les règles de la prophylaxie sont, jusqu'à nouvel ordre, celles qui ont été exposées à propos du typhus pétéchial ; il n'y a pas lieu d'y revenir. L'éloignement des hommes atteints, la dissémination des gens valides sont de rigueur, toutes les fois que cela sera possible.

Quant au traitement proprement dit, il a peu varié dans les différentes épidémies et n'a d'ailleurs jamais été établi sur des bases bien précises. — L'état catarrhal des premières voies, au début de la maladie, indique l'emploi des purgatifs légers. Griesinger recommande l'huile de ricin, la crème de tartre, les purgatifs salins. Maurel a le plus souvent prescrit avec avantage dans la première période, le citrate de magnésie contre la constipation.

Le sulfate de quinine a été administré dans toutes les épidémies. La tuméfaction de la rate, la coïncidence de l'infection palustre et des causes du typhus à rechute dans un grand nombre de localités justifient l'emploi du sel quinique, mais ce médicament n'a pas toujours procuré les effets curatifs sur lesquels on comptait. Griesinger en recommande cependant l'usage, d'une manière pressante, dans la typhoïde bilieuse d'Egypte : il le prescrit, après un purgatif pris au début de la maladie, à la dose quotidienne de 0,50 à un gramme. D'après ce médecin, les cas les

(I) Malié [Arch. de mèd. nav., 1870, l«r semestre, p. 405).

plus graves seraient rapidement améliorés par ce médicament, en même temps qu'on verrait diminuer en peu de temps le volume de la rate. Maurel l'a fréquemment administré à la Guyane, dans une localité palustre : il lui a cependant paru être plutôt un moyen adjuvant qu'une base efficace du traitement. A la dose de 2 à 3 grammes, ce médecin a constaté ses bons effets antipyrétiques toutes les fois que l'estomac a pu le tolérer.

La céphalalgie réclame l'emploi des émissions sanguines locales, sangsues aux mastoïdes, à la nuque, compresses froides, vinaigrées, citronnées.

Contre les vomissements et l'épigastralgie qui les accompagne toujours, on prescrira les sangsues à l'épigastre, les boissons gazeuses, la glace, le sirop de sulfate de morphine, les vésicatoires épigastriques morphinés.

Le traitement des complications et de la convalescence réclament l'emploi des moyens ordinaires : l'envoi dans un sanatorium et le rapatriement devront souvent être prescrits dans la zone torride pour réparer la débilité organique consécutive à la maladie.

Art. III. — Typhus abdominal (1) .

Consultez :

Riciiaoo. — Topographie médicale de la Cochincldne fra?içaise {Arch. de méd. nav., I8(i4, 1" semestre, p. 352).

Brassac. — Note sur la fièvre typhoïde observée aux Antilles [Arch. de méd. nav., 1865, 1" semestre) ; — Fièvre typhoïde à Taïti {Arch. de méd. nav., 1865, 2° semestre, p. 282).

(I) Dans un ouvrage de la nature de celui-ci, la fièvre typhoïde ne sera étudiée qu'au point de vue de la géographie médicale et des différences cliniques que le typhus abdominal peut présenter avec la môme maladie observée en France.

Nielly (Ch.). — Statistique médicale de Saint-Pierre (Terre-Neuve)

pendant l'année 1865 (Arch. de méd. nav., 1866. 1er semestre). Gius. — Quelques mots sur Miquelon. Thè?e, Montpellier, 1867. Carpentin. — Note sur une épidémie de fièvre typhoïde observée

au camp Jacob (Arch. de méd. nav., 186S, 2e semestre). Du may (A.-A.). — Pyrexies ataxo-adynamiques au Gabon. Thèse,

Montpellier, 1868.

Dutroulau. — Maladies des Européens dans les pays chauds,

2e édition, 1872.

Rey. — Article, Géographie médicale, passim, 1876 (Dict. de méd. et de chir. prat.^.

Dupont. — La fièvre typhoïde et la fièvre rémittente dans la zone torride [Arch. de méd.nav., 1878, 2e semestre).

Bérenger-Féraud. — Traité des maladies des Européens au Sénégal, passim, 2 vol., 1878.

Mahé. — Programme des maladies exotiques. Baillière, 1879, et (Arch. de méd. nav., 1876-79, passim).

Lomrard. — Traité de climatologie médicale, passim, 1879.

Torres-Homem. — De la dothiénentérie et de la fièvre rémittente paludéenne typhoïde à Rio de Janeiro (Arch. de méd. nav., 1879, 1er semestre).

§ I . — La fièvre typhoïde dans les divers climats.

La fièvre typhoïde n'a pas été observée sous les latitudes polaires par les divers explorateurs de ces régions. Elle ne figure pas, non plus, dans la pathologie des Esquimaux et des Groënlandais, de telle sorte, qu'au même titre que la fièvre palustre, sa nature infectieuse se trouve presque démontrée, de ce fait.

Il n'en est pas de même dans les climats froids entre les lignes isothermes -(- 5° et — 5°, mais d'une manière générale, elle y est beaucoup moins fréquente que dans les climats tempérés.

Elle se montre tous les ans en Islande, et elle y a figuré, de 1827 à 1837, pour 6,4 p. 100 dans le nombre total des décès (Boudin).

On l'observe également dans la Norwége, la Suède et la Russie septentrionale , pays dans lesquels sa fréquence augmente à mesure que l'on descend en

latitude. Ainsi Gallerand a constaté son absence presque complète pendant deux campagnes dans la mer Blanche (1854-55), tandis qu'à Saint-Pétersbourg elle se déclare en été comme en hiver.

Muhry l'a signalée en Sibérie, dans les localités où la population se concentre ; mais elle paraît y être rare. Elle est relativement beaucoup plus commune dans les zones froides de l'Amérique du Nord, en Nouvelle-Bretagne, au Canada, à la Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, aux îles Saint-Pierre et Miquelon, à Saint-Jean de Terre-Neuve. A Saint-Pierre (Terre-Neuve), sur 48 décès de toute cause survenus en 1865, Ch. Nielly a relevé 4 morts par fièvre typhoïde, un peu plus de 8 p. 100; il attribuait, d'ailleurs, l'éclosion de la maladie, dans la ville de Saint-Pierre, à l'habitude que contractent beaucoup d'habitants de vivre confinés dans leur demeure pendant la longue saison d'hiver. Gras signale la prédominance de la forme ataxique à Miquelon. C'est dans les climats tempérés que la fièvre typhoïde acquiert, dans les deux hémisphères, sa plus grande fréquence. On remarquera qu'elle se développe surtout dans les régions où la population humaine est le plus condensée, et où se trouvent multipliées les conditions d'infection sociale.

En Europe, la fièvre typhoïde marche immédiatement après les affections de poitrine dans les statistiques des maladies et des décès. Elle atteint les jeunes soldats de toutes les armées d'Europe, pendant les premières années de leur incorporation. En France, sur 1,000 hommes d'effectif, elle a occasionné une mortalité de 1,97 pour une période de huit années, et pendant la môme période de temps 190 morts sur 1,000 décès généraux 19 p. 100 (A. Laveran). Dans la

populalion civile, elle atteint les jeunes gens des villes populeuses, ceux qui quittent les campagnes ou les villes de population moyenne, pour aller vivre dans celles où règne l'encombrement humain. En Écosse, elle fournit, concurremment avec le typhus il est vrai, 260 morts sur 1,000 décès de toute nature. En Danemark, et à elle seule, elle détermine 51 morts sur 1,000 décès de toute cause; en Bavière, la proportion entre les mêmes éléments statistiques, est de 37,3 pour 1 ,000, etc. Les pays du nord et du centre de l'Europe sont plus atteints que ceux du sud ; cependant il faut faire exception pour le littoral de la Provence, pour Toulon et Marseille notamment, où la fièvre typhoïde peut être regardée comme une endémie des plus redoutables pour les jeunes soldats qui sont dirigés annuellement sur ces villes populeuses ; mais l'Espagne, les Baléares, l'Italie, Malte, la péninsule gréco-turque, sont incomparablement moins frappées que la France et que l'Allemagne. Cependant elle est assez fréquente en Sicile, par exception : au Monténégro, elle est tout à fait rare et elle y est remplacée par les maladies à frigore (1).

Les chiffres qui expriment sa fréquence, dans l'Asie tempérée, manquent absolument de précision. Elle paraît ne pas exister parmi les tribus nomades des Kirghises ; on la voit rarement à Téhéran, dit Tholozan. Elle est, au contraire, assez fréquente en Chine, pays d'agglomérations humaines : elle paraît plus rare au Japon.

L'iléo-typhus est très fréquent dans la partie tempérée de l'Amérique du Nord, aux Etats-Unis, où les conditions de climat et de vie sociale sont presque

(1) Consultez, passim, l'article Géographie médicale de Rey.

identiques à celles de la même zone, en Europe. Tous les hommes colorés ou blancs peuvent en être atteints et mourir en assez forte proportion. A New-Port, près de New-York, la fièvre typhoïde fournit 35 décès sur 1,000 morts de causes diverses (Vàuvray), et il en est de même dans toutes les villes populeuses des États- Unis. La maladie est beaucoup moins fréquente dans les latitudes tempérées de l'Amérique du Sud, d'ailleurs incomparablement moins peuplées. Au Chili, où elle porte, en langue araucanienne, le nom de chavalongo, on l'observe à Valparaiso, dans le cours de l'été. Elle semble inconnue dans les terres magellaniques.

Dans la zone chaude, en Afrique, en Asie, dans les deux Amériques, la fièvre typhoïde diminue de fréquence, mais elle s'observe presque partout. Arnould et Kelsch, médecins de l'armée, en ont fait une étude spéciale pour l'Algérie en 1868, et ont formulé les conclusions suivantes :

1° La fièvre typhoïde existe en Afrique ;

2° Elle y atteint des Européens ayant de quelques mois à plusieurs années de séjour, et des indigènes, quand même les individus auraient notoirement subi l'impaludisme, et par conséquent, elle n'a point d'antagoniste dans ce climat ;

3° Elle y est fondamentalement la même qu'en Europe ;

4° Elle revêt volontiers les allures et les caractères des autres typhus, au point qu'il serait peut-être bon de n'envisager, sur ce terrain, que l'affection typhique ;

5° Elle est visiblement influencée dans sa marche, sa fréquence et sa gravité, par la haute température du pays ;

6° Elle emprunte, peut-être, quelques particularités de sa physionomie à l'adjonction de l'élément palustre.

Ajoutons avecL. Colin, que .la maladie est peu fréquente en Algérie, son évolution moins franche qu'en Europe, sa durée plus longue, sa convalescence plus laborieuse. Griesinger la signale comme assez rare en Egypte, où elle atteint de préférence les indigènes. A Suez, toutefois, d'après Courbon; elle acquiert une fréquence assez grande. Elle est rare au cap de Bonne-Espérance.

Elle est également exceptionnelle dans toute la zone chaude de l'Asie,' en Amériquel en Syrie, dans leTurkestan, dans le Pundjab.

Elle ne reprend un peu de fréquence dans la zone chaude de l'Amérique du Sud. qu'à la Plata. Elle est plus fréquente dans les villes du littoral qu'à l'intérieur du pays ; elle atteint de préférence les immigrants ; sa marche est un peu plus rapide qu'en Europe. En 1849, L. A. Petit a vu de nombreux cas de fièvre typhoïde à Montevideo : ils présentaient^ comme caractère particulier, une grande disposition des malades auxhémorrhagies parles membranes muqueuses (Rey).

J'arrive aux climats torrides.Ghassaniol la signale au Sénégal, comme rare, tant chez l'Européen que chez les indigènes. Cette opinion est partagée par tous ceux de nos collègues qui ont observé des maladies à la côte occidentale d'Afrique : elle est plus vraie que celle de Chervin qui, beaucoup trop absolu, déclarait la fièvre typhoïde inconnue dans les régions torrides. Bérenger-Férand s'est entouré de toutes les précautions possibles pour s'assurer que les malades soumis à son observation étaient bien atteints d'iléo-typhus et il n'a piij de par la clinique et les recherches nécropsiques, concevoir le moindre doute, tant pour les Européens arrivés depuis quelques mois, que pour ceux qui n'avaient pas quitté la colonie, depuis un à six ans.

Des cas semblables ont été observés par ce médecin, sur des nègres, avec ulcérations caractéristiques des plaques de Peyer. — Les documents anglais la signalent à Sierra-Leone tout en établissant sa rareté. Pour la Côte-d'Or, Bérenger-Férand tient d'un missionnaire bàlois établi sur Ce littoral, depuis un grand nombre d'années, que. la fièvre typbo'ide s'y observe quelquefois, que cette majadie est assez rare parmi les natifs, mais qu'on en voit de temps en temps quelques cas dans les stations des missions bâloises et brêmoises sur des Européens.

Sur la côte orientale d'Afrique, le long du littoral de Mozambique, la fièvre typhoïde est peu fréquente. Il en est de même à Nossi-Bé. Par exception elle n'est pas rare à la Réunion, et elle l'est au contraire dans une île voisine, Maurice, c'est-à-dire dans' des conditions de climat à peu près identiques. Gela ne tend-il pas à prouver que la fièvre typboïde est liée au point de vue de sa genèse aux conditions dans lesquelles vit une population et non aux influences communes de l'air et du sol?

L'iléo-typhus est rare parmi les indigènes de l'Inde, au dire de certains médecins anglais. Ainsi le Dr Bryden affirme n'avoir jamais eu connaissance d'un seul cas authentique de mort par fièvre typhoïde, dans l'armée indigène. Le D' Lyons, qui reconnaît aussi la rareté de cette maladie dans le climat de l'Indoustan déclare en outre que les différentes races sont à peu près également atteintes par l'iléo-typhus. Nos collègues de la marine ont également signalé sa rareté dans nos colonies indiennes.

On l'observe peu souvent en Gochinchine. D'après Hicnaud, les formes qui ont prédominé en 1862, dans cette colonie, étaient i'ataxique et la cérébrale. En

général, son évolution est la même qu'en Europe.

Même rareté dans toutes les îles de la Malaisie. En Polynésie, nous n'avons de renseignements que pour Taïti. La fièvre typhoïde y est endémique, mais elle n'y est en général grave qu'en temps d'épidémie. Gallerand a été témoin d'une épidémie qui a duré trois mois, pendant l'hivernage de 1849. Prat en a observé et décrit une autre qui a sévi vers la fin de 1853, et qui a causé 21 décès sur 1 13 cas traités. Il faut se hâler de dire qu'au moment où ces deux épidémies se sont développées, les exigences du service et de la guerre avaient entrai né l'augmentation du personnel européen, tant civil que militaire, et par suite l'encombrement des navires et de la caserne. En dehors de ces circonstances fâcheuses, la fièvre typhoïde figure sur presque toutes les statistiques annuelles de Papeete, mais Prat n'en a noté que 19 cas, d'octobre 1853 à juillet 1855, et sur 253 malades pour diverses causes, traités en 1863, il n'y a eu qu'un seul décès par suite de fièvre typhoïde. C'est donc, en somme, une maladie plus fréquente à Taïti que dans nos autres colonies intertropicales ; c'est une endémie menaçante en cas d'agglomération humaine ; voilà, il me semble, ce qu'il importe de noter Ses symptômes cliniques et sa marche sont exactement les mêmes que ceux que l'on observe en France, sauf que la forme ataxique paraît un peu plus fréquente. On observe en outre fréquemment, soit en temps ordinaire, soit dans le cours d'une épidémie de fièvre typhoïde, une sorte de fièvre catarrhale continue qui paraît liée par sa cause à la maladie régnante, mais qui est loin de revêtir sa gravité.

La fièvre typhoïde est incontestablement rare dans toute l'Amérique torridc, relativement à ce qu'elle est dans les latitudes tempérées d'Europe et d Amérique,

mais on a trop exagéré cette rareté, comme on va le voir.

Elle est très rare aux Antilles, dit Dutroulau (l), puisque « je n'en compte pas plus de quatre ou cinq cas, pour une année, surplus de 2000 malades que j'ai traités. » La maladie, en outre, dit cet auteur, est toujours notablement modifiée. On n'y rencontre pas « l'ensemble complet et la succession des symptômes, la longue durée et tous les caractères de la fièvre typhoïde Elle débute sans stupeur bien marquée

on constate rarement la véritable crépitation iléo-

cœcale Les taches lenticulaires sont rares La

maladie cède habituellement à un traitement dont les

évacuants et les saignées locales forment la base

L'autopsie ne laisserait voir que des plaques elliptiques assez rares, vers la fin de l'iléon, plutôt grises que rouges et dures, pointillées et érodées plutôt qu'ulcérées. »

Brassac s'est élevé, à juste raison, à notre avis, contre cette opinion trop exclusive, et les faits recueillis par lui, à la Guadeloupe, sont de nature à entraîner la conviction. A son sens, Dutroulau a traversé des périodes d'immunité exceptionnelle, mais en d'autres temps la maladie se montre relativement assez fréquente et elle est en outre grave quand elle frappe des Européens qui n'ont pas un long séjour dans la colonie. Elle n'est d'ailleurs aucunement modifiée, elle présente dans ses symptômes et dans ses lésions anatomiques les mêmes caractères qu'en Europe. Rare chez les indigènes et les acclimatés, un peu moins chez les nouveaux venus, en somme, sensiblement moins fréquente

(l) Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les nous chauds. 2« édition. ' J

qu'en France, voilà plutôt ce qui la caractérise. — Carpentin l'a observée au camp Jacob (Guadeloupe) en 1867, et bien qu'elle ait revêtu la physionomie générale qu'on lui connaît en Europe, elle a présenté, dit ce médecin, plus de variabilité et d'irrégularité dans le nombre et la succession des symptômes, et aussi moins de gravité que les épidémies que l'on observe en Europe. Pour lui l'agglomération insolite d'un grand nombre de soldats, récemment arrivés de France, était la principale cause de l'éclosion de cette épidémie.

On observe la même rareté de l'iléo-typhus dans toutes les autres Antilles, relativement à ce que l'on sait de sa fréquence dans les latitudes tempérées. On a sans doute observé des bouffées épidémiques en 1853 à Saint-Domingue, en 1865 à la Trinidad, et sur d'autres points, à différentes époques, mais en somme elle y est peu fréquente.

11 en est de même à la Guyane. « Elle s'observe, dit Dupont, en toute saison dans ce pays ; elle y sévit sur toutes les races. Elle y est plus rare qu'en Europe, et les chances d'immunité, toutes choses égales d'ailleurs, semblent augmenter avec la durée du séjour. Sous l'influence des conditions particulières d'habitat, d'encombrement, peut-être de contagion, elle peut se présenter sous forme d'épidémies graves et meurtrières. »

A Rio-Janeiro, d'après le D* Torres Homem, la fièvre typhoïde était rare jusqu'en 1870. On l'observe beaucoup plus souvent depuis celte époque et surtout de mars à juin. Elle diffère peu de la fièvre typhoïde d'Europe; comme celle-ci, elle est tantôt légère et tantôt grave, souvent de forme bilieuse. Elle débute souvent comme une lièvre intermittente régulière du

type quotidien ou double-tierce, puis devient rémittente, et alors seulement se dessinent les symptômes caractéristiques de la fièvre typhoïde. Sa marche est fréquemment insidieuse. Les lésions anatomiques sont les mêmes qu'en Europe, la mortalité d'après les statistiques les mieux établies se règle entre 20 et 25 pour 100. Onne l'a jamais observée sous forme d'épidémie véritable : c'est, comme le plus souvent en Europe, une endémie.

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