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§ I. — Causes.
Il est désormais acquis que les maladies palustres dérivent d'un infectieux spécial, non transmissible, de nature inconnue, presque toujours introduit clans l'organisme par la voie pulmonaire, et se produisant toutes les fois que des matières organiques, contenues dans un sol, entrent en décomposition sous l'influence de l'humidité et de la chaleur. Ces conditions se rencontrent surtout dans les terrains marécageux naturels; elles acquièrent leur maximum d'action sous les latitudes chaudes et torrides. L'infectieux qui détermine la mal'aria peut encore se développer quand un sol, riche en matières organiques, est remué par Nieixï. 10
l'homme et mis en contact avec l'air. Enfin, il est très probable que l'ingestion de certaines eaux, réputées potables, est susceptible de faire pénétrer l'infectieux dans l'organisme, pour y produire ses effets habituels. Examinons successivement ces trois points.
1. Géographie palustre. — Zone torride. — Les maladies paludéennes dominent la pathologie de cotte zone ; elles lui impriment une sorte d'uniformité pathogénique et rendent l'acclimatement de l'Européen absolument impossible, dans un grand nombre de localités.
L'infectieux paludique engendre la mal'aria surtoute la côte occidentale d'Afrique. Gela tient à la température et àrhumiditéquel'onyconstate, auxpluies saisonnières qui se déversent sur le sol ; aux fleuves, aux rivières, aux marais, aux marigots qui y abondent ; Saint-Louis, les rives du Sénégal, Sedhiou dans la Gazamance, les îles plates de l'Archipel de Bissagos, Sainte-Marie Bathurst, Sierra-Leone, tous les rivages de la Côte d'Or, l'établissement français du Gabon, la côte et la ville portugaises d'Angola, en somme tous les points de la côte, sont des foyers intenses de mal'aria. L'intoxication palustre y est parfois très rapide et peut se produire après un séjour de quelques heures dans l'un de ces foyers (1).
A Saint-Louis, les fièvres coïncident avec les pluies du troisième trimestre et la sécheresse du quatrième. Toutes les fièvres paludéennes compliquées y sont communes, spécialement les bilieuses et parmi elles les fièvres hématurique ou mélanurique plus particu-
(1) En 1855, à la mer, 27 hommes de la corvette la Recherche, dont j'étais le médecin-major, furent pris ensemble de fièvre palustre. Le navire avait passé une nuit, quarante-huit heures auparavant, en rade de Sainte-Marie Bathurst. Aucun des hommes n'avait eu antérieurement la fièvre.
lièrement. Le chiffre des décès par suite de fièvres est, à Saint-Louis, de 31,75 % de la mortalité générale (Rey). La répétition des accès conduit facilement à l'anémie et à la cachexie palustre, et l'acclimatement contre les atteintes de cette endémie est absolument impossible.
D'une façon générale, les îles sont mieux partagées, spécialement les îles du Cap -Vert, l'île de Gorée, l'Assension, l'île du Prince. Fernando-Po est au contraire un foyer de fièvres compliquées bilieuses et adynamiques.
La côte orientale d'Afrique n'est pas un foyer aussi actif de mal'aria. En Abyssinie, les fièvres palustres sont, sans doute, les plus fréquentes des maladies locales, mais elles y sont le plus souvent légères, sauf dans le mois qui suit la saison pluvieuse, et, en outre, le pays jouit du privilège de posséder un certain nombre d'altitudes qui permettent au fébricitant de se débarrasser, par le déplacement, des accès de fièvre contractés dans les terres basses.
Les fièvres d'accès sont, au contraire, très fréquentes à Zanzibar et y revêtent souvent la forme bilieuse. Les côtes de Zanguebar et de Mozambique, les rivages de Madagascar, Nossi-Bé, l'île Sainte-Marie, Mayotte sont aussi des foyers intenses de mal'aria. La Réunion fait exception, et bien que le remuement des terres ait, au point de vue qui nous occupe, rendu cette île moins salubre qu'autrefois, ce n'est pas un pays palustre, au contraire de la colonie anglaise de Maurice où l'on rencontre des terrains marécageux assez étendus.
Je passe à l'Asie. Communes sur le littoral de l'Arabie, sans y revêtir un caractère spécial de gravité, les maladies palustres acquièrent aux Indes une fré-
quence exceptionnelle et concourent, pour une forte proportion, à la mortalité générale. C'est la présidence du Bengale qui est plus particulièrement frappée; d'après Morehead, l'armée y perd 1, 99 °/0 de l'effectif européen, tandis qu'il en meurt 1, 37 dans la présidence de Bombay et 0,37 seulement dans celle de Madras. Au-dessous de Madras, sur la côte de Coromandel et de Goa, sur celle de Malabar, les maladies palustres diminuent de fréquence. APondichéry, les fièvres simples et compliquées ne sont pas rares, mais elles ne dominentpaslapathologie locale, qui se caractérise plutôt par la fréquence des maladies du tube digestif et de l'anémie progressive. Mahé est beaucoup plus favorisé.
Le royaume de Siam, l'empire d'Annam sont, comme le Bengale, des pays palustres par excellence. Bangkok, capitale de l'État de Siam, voit la fièvre paludéenne revêtir souvent la forme cholérique. La haute et la basse Cochinchine, pays de rivières, de-plantations de riz, de marécages, est une des contrées les plus insalubres du globe au point de vue du paludisme. La fièvre y prend toutes les formes, parfois cholérique, comme à Bang-kok, souvent encéphalique, ataxique algide et bilieuse. L'anémie, la cachexie palustre y sont communes.
EnOcéanie,les maladiespaludéennes,sont répandues d'une façon très inégale. Les îles qui confinent à l'Asie, îles de la Sonde, Moluques, Célèbes, Bornéo, sont malariennes au plus haut degré. A Java, les fièvres contribuent, avec la diarrhée, la dysenterie et l'hépatite, à rendre impossible l'acclimatement des Européens. A Amboine, elles étaient très rares jadis; mais depuis le tremblement de terre de 1835, elles sont extrêmement fréquentes, ce qui, soit dit en passant, démontrerait, si
cela était nécessaire, l'origine tellurique de ces maladies. Dans tous les archipels que j'ai cités plus haut, la fièvre est compliquée de catarrhe des voies digestives et biliaires, ce qui n'exclut pas les complications moins fréquentes qui tiennent à l'ataxie, à l'algidité et aux symptômes choléroïdes.
En revanche, dans les archipels isolés de la Polynésie, aux îles de la Louisiade, aux Carolines, dans le groupe des- îles de la Société, aux Marquises, les maladies palustres sont, le plus souvent, ou rares ou bénignes, malgré la chaleur, l'humidité atmosphérique, malgré la constitution palustre du soi. Est-ce la filtration des eaux pluviales à travers les coraux qui empêche leur stagnation dans le sol? (Nadeaud.) Est-ce l'influence purificatrice des grandes brises océaniennes qui s'oppose au séjour de l'infectieux dans l'atmosphère de ces petites îles ? ce sont des questions à résoudre. Quoi qu'il en soit, dans ces localités favorisées, l'acclimatement de l'Européen se résout sans difficulté, parce que ce dernier n'a pas à compter avec le paludisme.
En Amérique, nous rentrons malheureusement dans le domaine de la mal'aria. Tout le rivage méridional de l'Amérique du Nord est palustre, depuis le Texas jusqu'au canal de Bahama en passant parla Nouvelle- Orléans. Le Texas, la Louisiane, le Mississipi, l'Alabama, la Géorgie, la Floride, sont des foyers de maladie paludéenne, et pendant la guerre de Sécession, les armées séparatistes ont été frappées par une mortalité de 1 sur 5 décès de tout genre.
L'Amérique centrale est paludique à un haut degré, ce qui a le plus haut intérêt au point de vue du percement de l'isthme, quel que soit le projet adopté.
Les Antilles le sont toutes: plus leurs dimensions
grandissent, plus les fièvres y sont répandues. A la Guadeloupe, la Pointe à Pitre est plus éprouvée que la Basse-Terre; à la Martinique, c'est Fort de France et le sud de l'île qui sont le plus frappés; et dans les deux cas, la mal'aria coïncide avec la constitution palustre du sol. Le Mexique, sur ses deux côtes, mais plus particulièrement sur celle que baigne le Pacifique est un pays de fièvres paludéennes graves et de cachexie palustre. La côte nord de l'Amérique du Sud est un peu moins éprouvée, sauf à l'embouchure de la Magdalena, à Porto-Cabello, autour du lac Maracaïbo; mais sur la côte occidentale, les trois Guyanes, les localités qui environnent l'embouchure du fleuve des Amazones, Pernambuco, Bahia, le Brésil jusqu'à Rio, sont infestées par les miasmes paludéens. Les maladies qu'il détermine à Rio sont graves, et s'accompagnent souvent de cachexie avec anasarque.
Zone chaude. — On constate, dans les pays qui la constituent, une répartition plus inégale de la mal'aria. En Europe, dans le sud de l'Espagne, elle règne le long des rivages fangeux du Guadalquivir, du lac d'Albufeira, aux environs de Grenade, dans les rizières de la province de Valence. Sous des latitudes plus élevées et dans des régions que l'on croirait préservées, le sol espagnol recèle le miasme tellurique générateur des maladies palustres, et les travaux faits en 1861 et 1862 pour l'établissement du chemin de fer de Madrid à Avila ont déterminé des fièvres graves palustres chez les ouvriers employés à remuer les terres. Les bords du Tage, les environs de Lisbonne, ne sont pas plus épargnés. Sur le littoral de la Provence, les rivages du département de l'Hérault, tout l'espace compris entre le grand et le petit Rhône, l'étang de Berre, les marais salants, sont palustres. De Marseille à Gênes, les con-
ditions s'améliorent beaucoup, mais la Toscane et la côte ouest de l'Italie jusqu'à Rome, sont couvertes de marais « Dans le corps français d'occupation de Rome, sur 1000 malades, il y en avait plus de 500 pour fièvres. » (Colin.) - En Grèce, les maladies palustres sout fréquentes sur le littoral, mais les accès pernicieux sont heureusement rares (Villette). - Toutes les îles méditerranéennes comptent la fièvre intermittente parmi leurs maladies ordinaires, mais jamais elle ne caractérise la pathologie de ces localités.
L'Afrique Nord est beaucoup plus mal partagée. Le Maroc est assez salubre, mais non l'Algérie. Ici en effet les maladies palustres sont très communes dans les plaines et s'y combinent souvent avec la dysenterie L'été et l'automne sont, à ce point de vue, les saisons les plus défavorables. Tunis, par une singulière exception, car la ville est entourée de marais, n'est pas un foyer de mal'aria. Il en est de même de Tripoli, mais à peu de distance de ces villes et dans des localités marécageuses, il y a des fièvres palustres de mauvais caractère. — L'Égypte, vallée du Nil, est paludique à un haut degré, spécialement la Basse Egypte, où il n'est pas rare d'observer les fièvres intermittente et rémittente simples et compliquées. — La zone chaude de l'Afrique, le Gap, Port-Natal sont au contraire à peu près indemnes d'endémie palustre.
Les rivages de l'Asie Mineure sont presque tous infectés par la mal'aria, particulièrement la baie de Besika, la plaine de Troie; il en est de même de ceux de la mer Noire, spécialement à Trébizonde, à Sinope, à Marmorique. Beyrouth et Damas, au fond de la Méditerranée sont palustres. Les fièvres malariennes graves régnent également sur les bords de la Caspienne, puis dans la province de Ghylan, dans la capi-
taie de la Perse située dans une plaine basse, humide etpaludique. L'endémie palustre n'est pas observée dans l'Afghanistan, pays de montagnes, mais elle reprend ses droits dans le Punjaub qui n'est que la vallée de l'Indus, et dans le Lahore que parcourent certains affluents de ce fleuve: toutefois, dans ces deux provinces, elle n'a pas la gravité que nous avons signalée pour l'Indoustan. — Le sud de la Chine se ressent de la constitution physique de son sol et des cultures adoptées, spécialement celle du riz. Tout ce littoral est palustre, et Shang-Haï, l'archipel de Chusan, les bords du Wampoo, etc., sont des foyers de mal'aria.
En Océanie, le continent australien et la Tasmanie sont préservés de l'infectieux paludéen, et c'est là la cause principale de la prospérité qu'ont acquis les établissements anglais du sud-est. La Nouvelle-Calédonie également préservée du paludisme se trouverait, pour l'acclimatement, dans des conditions aussi favorables que l'Australie, si elle ne comptait pas la dysenterie dans le nombre des maladies endémiques qui y frappent les Européens.
Zones tempérées, froides et polaires. — La formule générale applicable aux climats tempérés, au point de vue des maladies palustres, c'est d'une part la répartition de plus en plus inégale de ces maladies suivant les localités, et d'autre part, la fréquence des formes simples et la rareté des formes compliquées dans les pays dont l'atmosphère est décidément malarienne.
Dans l'Amérique du Nord, la fièvre palustre commence sur la côte Est, au niveau du 47° delat. N. Audessous du golfe Saint-Laurent et de Québec, près du lac Érié, la fièvre tierce n'est pas rare. Il en est de même à New- York, sur les bords de l'Hudson, dans l'État d'Indiana, sur les bords du lac Michigan, dans
MALADIES INFECTIEUSES. 1T7 ous les points que traverse le Mississipi septentrional. i l'ouest on respire encore la mal'aria sur les bords lu Sacràmento, dans les placers, à la fin de la saison des pluies. Dans l'Amérique du Sud, la Plate est peu palustre, et les conditions sont encore plus favorables au Pérou, au Chili et dans les parties explorées de la Patagonie, de la Terre de Feu et de toutes les terres dites Magellaniques.
En Europe, on observe la maladie paludéenne dans des points nombreux de la zone tempérée et froide. Elle est très répandue dans les marais de la Finlande; on l'y a observée en 1854 à Baro-Sund et à Bomarsund pendant la guerre franco-russe. Elle règne endémiquement à Cronstadt et à Saint-Pétersbourg, mais c'est surtout au-dessous de ces points que la Russie, y compris la Pologne, représente une vaste plaine entrecoupée de lacs, de marais et d'étangs. — L'Allemagne, l'Autriche, les provinces danubiennes, sont, d'une façon générale, très palustres. Sur tous les points de ces immenses plaines qu'arrose le Danube, on voit apparaître sous l'influence des chaleurs de l'été-, les fièvres dites de GalatzJ'hémitritée, etc. Dans la Turquie d'Europe, au sud des Balkans, la maladie perd de sa fréquence. — Elle règne en Suède et en Norwège à partir et au-dessous du 62° de latitude N., de sorte que sa limite septentrionale est plus près du pôle en Europe qu'en Amérique. — Plus rare en Danemark, l'endémie sévit en Belgique et surtout en Hollande où toutes les armées ont eu à en souffrir cruellement. — Nulle en Suisse, même près des lacs, la fièvre palustre est très commune dans l'Italie septentrionale où se rencontrent des cours d'eau, des plaines mouillées, des rizières inondées. — En France, il y a de vastes clendues de marécages : en dehors des départements
que baigne la Méditerranée et dont nous avons parlé à propos de la zone chaude, ceux de la Charente-Inférieure, de la Vendée, la Loire-Inférieure, l'Ain les départements riverains de la Seine et de la Loire sônt dans des proportions variables, des foyers d'endémicite palustre.
L'atmosphère des climats polaires ne contient aucun infectieux.