‹ Éléments de pathologie exotique [electronic resource]Chapitre 26 sur 81 · Terrains remués par l'homme. - Les terres · texte numérisé non relu

Terrains remués par l'homme. - Les terres

se trouvent en contact avec l'air humide, avecles pluies, avec les rayons solaires, dans une foule de circonstances étrangères à la constitution des marécages ; ce conflit a lieu dans le percement des roules dans la création des ports, des canaux, des rivières' des voies ferrées, dans l'opération du drainage du sol' dans les plantations de rizières, d'oseraies, d'aulnaies' dans le percement des isthmes, dans tous les défrichements et dans bien d'autres circonstances. Berengmer du Tarn a signalé cette cause de mal'aria en I8b7 pour le bassin pyrénéen espagnol, elle a été depuis de longues années, signalée par nos collègues des colonies. Colin, en 1870, s'appuyant sur les faits quil a observés dans la campagne de Rome, a cru pouvoir avancer que la mal'aria se dégageait des sols vierges, remués ou non, par ce seul fait que, privés de culture, ils possédaient une puissance végétative énorme, et que cette puissance était employée à la constitution de l'infectieux tellurique. La culture, au contraire, épuiserait le terrain de ses matériaux organiques et ferait disparaître l'infectieux. Cette interprétation nous paraît exclusive. Comment en effet expli quer que la végétation luxuriante et toute spontanée qui couvre certains sols fébrigènes de la zone tropicale, n'épuise pas la puissance végétative de ces sols

MALADIES INFECTIEUSES. i^Ô

;out aussi bien que la culture? Ne voit-on pas, sous ces mêmes latitudes, la richesse agricole et la mal'aria marcher de pair dans la même localité?

Les idées de Colin nous paraissent justes quand on Les applique aux climats tempérés: dans ces conditions la plante ensemencée absorbe à la fois la matière organique du sol et l'humidité ; dans les pays torrides, demander à la culture la destruction de l'infectieux tellurique, c'est poursuivre une chimère; le même soleil et la même humidité qui multiplient les végétaux utiles, font foisonner autour d'eux l'infectieux tellurique. Il nous reste donc toujours ce fait connu depuis longtemps que dans les latitudes torrides, il suffit qu'un sol, vierge ou non, soit remué, pour que les matières organiques qu'il recèle, se mettant en contact avec une atmosphère chaude et humide, engendrent la malaria.

3. Baux contaminées. — Cette croyance à la genèse des maladies palustres par l'injection d'eaux réputées potables est ancienne. Chacun connaît les faits relatés par Boudin et relatifs au navire VArgo. Colin les a sans doute soumis à une critique sévère et judicieuse, mais toute conclusion nous paraît cependant impossible à la distance où nous sommes des faits observés, et je persiste à penser que la contamination par les eaux ingérées est des plus probables. Quelqu'inconnu que soit l'infectieux, il est vraisemblable qu'il prend pour véhicule la vapeur d'eau atmosphérique, qu'il se dépose par conséquent sur le sol, soit sous la forme de pluie, soit sous celle de rosée: or, de la pluie et de la rosée à l'eau consommée en boisson par des marins et des soldats en expédition, par des explorateurs en voyage, il n'y a pas loin De Chaumont a repris la question, il y a peu de temps, dans la Revue d'hygiène

de Vallin. « Notre regretté Parkes, dit-il, a émis l'opinion que la cessation des fièvres paludéennes en Angleterre était probablement due, au moins en partie, à l'approvisionnement d'eaux plus pures et à ce fait que les habitants ne buvaient plus l'eau des fossés ni l'eau recueillie à la surface du sol. C'était de l'eau ayant cette origine, c'était l'eau des fossés qu'on buvait encore tout récemment à Sherness, à l'embouchure du Medway, où la fièvre intermittente est si fréquente. On a trouvé également aux Indes que, dans les contrées frappées de fièvres palustres, le creusement de puits et par suite l'approvisionnement d'une eau non contaminée par le miasme des marais, ont eu pour effet de débarrasser ces contrées de la fièvre, et de rétablir tout à fait la santé des habitants (1). »

Mais cet infectieux qui se développé dans le sol des marécages, qui se cache dans les terrains laissés au repos, qui infecte les eaux potables, quel est-il ? Est-ce un gaz comme le pense Colin ? Cela ne nous paraît pas probable ; car les gaz ont des effets définis, sans intermittence. Est-ce un microzoaire, un microphyte, comme l'ont pensé Gigot-Suard, Salisbury, Balestra,' Cuningham etc. Corre en a cherché en vain la nature dans les eaux stagnantes et dans l'air de la côte occidentale d'Afrique. Klebs et Tommasi-Crudeli affirment aujourd'hui que les organismes que nous devons considérer comme la vraie cause de la mal'aria appar- • tiennent au genre Bacillus ; on les rencontre, d'après ces auteurs, dans le sol, dans l'air infecté, dans les cultures de l'animal, dans le sang des animaux en

(1) De Chaumont, Transmission des maladies par les eaur pulaùles, in Revue d'Jiygiène et de police sanitaire, n° du 15 février 187!), avec deux observations détaillées recueillies, l'une en Amérique,' l'autre en Angleterre. — G. Masson, éditeur.

expérience. Dans le sol, ils se présentent sous la forme de spores nombreux, brillants, ovales, ayant 0mm,95 de grand axe. Dans les cultures du parasite et dans le sang des animaux, ils se transforment en longs filaments d'abord homogènes, puis se subdivisant (1).

■En somme nous ne sommes pas en mesure de répondre à la question de nature de l'infectieux. Nous ne connaissons que la cause en bloc et il faut bien nous en contenter.

§2. Symptomatologie des maladies palustres.

Il y a trois grands groupes cliniques de maladies palustres, les fièvres, les maladies larvées, la cachexie.

Section I. — Fièvres.

Je les divise en simples et en compliquées, et je vais dire les motifs de ce retour aux classifications plus anciennes que celles qui ont généralement cours aujourd'hui.

Jetons d'abord un coup d'œil sur les classifications historiques.

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