‹ Éléments de pathologie exotique [electronic resource]Chapitre 29 sur 81 · VIII. Griesinger · texte numérisé non relu

VIII. Griesinger

1° Fièvres légères ;

2° Fièvres graves ou pernicieuses.

En jetant un regard sur ces classifications, on voit immédiatement que les nosologistes distingués auxquels je les ai empruntées, ont divisé les fièvres palustres, tantôt d'après le type, tantôt d'après la gravité, tantôt enfin en prenant pour base l'absence ou la présence des complications ordinaires. La classification, qui prend le type pour point de départ, a l'inconvénient de ne pas s'appuyer sur un caractère invariable, puisque la fièvre change fréquemment de type dans le cours d'une maladie palustre. Celle qui s'appuie sur la gravité, et qui partage les fièvres en simples et pernicieuses, a plus de valeur parce qu'elle conduit à une thérapeutique plus pressante. Mais elle a bien des inconvénients. Le moins grave est celui qui consiste à rapprocher deux mots qui ne sont pas en opposition naturelle. Le terme simple a pour contraire le terme compliqué, et non celui de perni-

cieux. En outre, la fièvre simple peut être grave, pernicieuse si l'on veut, sans qu'il y ait aucune complication, c'est-à-dire sans cesser d'être constituée par les éléments cardinaux de la fièvre, frisson, chaleur sueur; il y en a des exemples dans toutes les cliniques d'outre-mer.

En troisième lieu, qu'est-ce que la perniciosité? L'at-on jamais définie d'une façon satisfaisante? Est-elle une et invariable ? En aucune façon. Elle consiste, dit-on, dans le délire, le coma, la congestion cérébrale, la stupeur, les convulsions, l'état tétanique, les vomissements incoercibles, les flux bilieux abondants, les excrétions dysentéroïdes et choléroïdes, l'algidité, les sudamina, l'ictère, l'hémorrhagie rénale, la syncope, la cyanose, l'asphyxie, la pneumonie, la pigmentation des vaisseaux dans les divers Organes, laprésence dans le sang des éléments de la bile, etc. Si donc l'on énumère les états morbides que les auteurs considèrent comme produisant la perniciosité, n'est-il pas évident qu'elle se confond avec les complications et leurs résultats? Pourquoi, dès lors, ne pas préférer le terme fièvre compliquée plus clinique, plus vrai et plus exactement opposé au terme fièv?'e simple ?

J'admets donc, avec Torti etMorehead, qu'il y a des fièvres palustres simples et des fièvres palustres compliquées.

I. Fièvres simples. — Ce qui domine dans l'étude de la fièvre palustre simple, c'est que, quel que soit le pays où on l'observe, elle peut être intermittente ou rémittente, légère ou grave, mais qu'elle est le plus souvent intermittente et légère.

\° Types intermittents. — Les plus communs sous toutes les zones, sont le quotidien et le tierce. — Le type quarte est sensiblement plus rare. — Le double-

MALADIES INFECTIEUSES. 18o tierce, le double-quarte, la septane, viennent ensuite dans l'ordre de fréquence. — En dernier lien, apparaissent les types double-quotidien, tierce doublée, quarte doublée, quarte triplée, la quintane, lasextane, l'octave, la fièvre de vingt et un jours, la mensuelle, l'hémitritée. Plusieurs de cestypes sont probablement théoriques. L'hémitritée, observée dans les provinces danubiennes, est un mélange de fièvre quotidienne et de tierce ; un accès léger tous les jours, voilà la quotidienne ; un autre accès violent tous les seconds jours, voilà pour la tierce.

Les signes de la fièvre intermittente simple sont les suivants : on observe presque constamment les trois stades classiques du frisson, de la chaleur, de la sueur, dans l'ordre indiqué. On constate en outre presque toujours soit un catarrhe gastrique, soit un catarrhe à la fois gastrique et bilieux. Le foie et la rate, cette dernière surtout, peuvent être douloureux et légèrement augmentés de volume. — Le pouls est petit, concentré, régulier pendant le frisson, plein et fréquent pendant la chaleur ; mou, large avec tendance au ralentissement, pendant la période de sueur. — Au point de vue de la température, quelques types ont été observés avec grand soin par Gueguen à la Guadeloupe : dans la fièvre intermittente quotidienne, le malade ressent d'abord du malaise et il y a déjà 38° au thermomètre : puis vient le frisson et la céphalalgie, avec 38, 39, 40°. La période de chaleur fait monter la température à 41°, après quoi le thermomètre baisse jusqu'à 37°, progressivement, dans le cours de la sueur : parfois l'ascension et la chute ne sont pas aussi régulières. Dans le type intermittent tierce, il n'y arien de remarquable, si ce n'est qu'après l'accès, le thermomètre descend quelquefois à 35 et 34°. La

iyb PATHOLOGIE EXOTIQUE.

double-tierce ne diffère pas de celle d'Europe. Le fastigium atteint 40° en général dans les accès principaux correspondants; les accès intercalaires deviennent parfois rudimentaires, puis disparaissent et la fièvre passe à l'état de tierce. — Sous toutes les latitudes, la respiration s'accélère pendant l'accès, l'expiration de l'acide carbonique est augmentée, l'urine contient un excès d'urée, de matières colorantes et extractives, de phosphates et parfois d'albumine. Le sang se pigmente et contient moins de globules rouges.

2° Types rémittents. — La fièvre rémittente simple est rare dans les climats torrides : cliniquement, cette fièvre est presque toujours compliquée. A la Guadeloupe, d'après Guéguen, elle revêt souvent les types quotidien et tierce. Il y a déjà dans cette fièvre et pour toutes les localités palustres, plus de gastricité, un état bilieux plus accusé que dans la fièvre intermittente simple ; les urines sont plus souvent albumineuses. L'action de l'infectieux paraît plus tenace.

Formes légères, formes graves. — Les fièvres dont je viens de parler sont le plus fréquemment légères, surtout les intermittentes. Elles peuvent être graves par l'intensité des symptômes propres à la fièvre, sans qu'il y ait réelle complication résultant de la présence d'un symptôme ou d'un groupe de symptômes étrangers habituellement à l'évolution fébrile. Ces formes graves de la fièvre simple s'observent partout. Elles sont assez communes au Gabon, et Griffon du Bellay, qui en a publié plusieurs observations, a remarqué la brièveté du stade de froid, la durée relativement très grande du stade de chaleur, la persistance des hautes températures malgré la sueur, la possibilité de la transformation de ces fièvres en fièvres compliquées.

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