‹ Éléments de pathologie exotique [electronic resource]Chapitre 61 sur 81 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Prophylaxie. — Air pur, régime composé d'aliments frais, de nature végétale surtout.

Traitement. — Il s'adresse à des symptômes spéciaux : stomatite, piqueté, liémorrhagies, ulcères, etc.

Prophylaxie. — Mêmes règles :

toutefois le régime albuminofibrineux est plutôt indiqué, eu égard aux analyses du sang.

Traitement. — Dirigé contre l'œdème, les paralysies, les épanchements cavitaires, etc.

§ 27. — Anémies intertropicales.

Elles sont très nombreuses, mais elles peuvent être immédiatement scindées en deux groupes. Le premier embrasse toutes les anémies secondaires ; le second, beaucoup plus simple, ne comprend que l'anémie primitive, exclusivement produite par les influences des climats torrides.

A consulter :

Griffon nu Bf.m.ay. — Anémie du Gabon (Arch. de méd. nnv., 1864,

l,r semestre, p. 54).

Tiialy. — Anémie du haut Sénégal [Arch. de méd. nav., 18G7,

2e semestre, p. 179).

Saint-Vkl. — Maladies des régions in ter tropicales. Paris, 1868,

Camuset. — De l'anémie tropicale observée à la Guyane française.

Thèse, Montpellier, 1808.

Marchand. — Des causes et du traitement de l'anémie chez les

transportés à la Guyane française. Thèse, Montpellier, 1869.

396 PATI10L0GIK EXOTIQUE.

Chevalier. — La Guyane française au point de vue de l'acclimatement et de la colonisation. Thèse, Strasbourg, 1869.

Duiiallé (Ch.-C). — Notes recueillies sur l'établissement pénitentiaire du Maroni {Guyane française). Thèse, Montpellier, 1870.

Carpentin (L.-V.). — Élude hygiénique et médicale du camp Jacob [Guadeloupe) arec un plan. Thèse, Montpellier, 1873, p. 44.

Malassidz. — De la numération des globules rouges du sang. Thè^e de Paris, 1873.

Hayem et Nachet. — Noie sur un nouveau compte-globules du sang. Comptes rendus de l'Acnd. des scie?ices, avril 1875.

Dangcv des Déserts. — Considérations sur V hygiène de l'Européen en Cochinchine. Thèse, Paris, 187G.

Santelli. — Quelques considérations médicales sur le poste de Dakar {Sénégal). Thèse, Montpellier, 1877, p. 31.

Malassez. — Hémochrométrie {\rchives de physiologie normale et pathologique, 1877).

Mahé. — Programme pour l'étude des maladies exotiques. J.-B. Baillière. 1 vol., 1880, p. 379.

Follet. — Anémie à Pondichéry (Ârch. de méd. nav., 1880, 1er semestre, p. 29 i).

1 . Les anémies intertropicales symptomatiques sont très nombreuses. Elles peuvent être consécutives : 1° aux maladies infectieuses, particulièrement à la fièvre jaune, à la peste, aux trois typhus, à l'intoxication palustre. Dans ses formes légères, la fièvre jaune ne détermine pas l'anémie consécutive, mais celle-ci est profonde, lente à disparaître, quand l'attaque de typhus amaril a été sévère. L'anémie palustre se confond par degrés insensibles avec la cachexie de même origine : elle ne se "distingue de l'anémie primitive que par les commémoratifs. Même habitude extérieure, même décoloration cutanée, sauf parfois la teinte pigmentée de la peau dans l'imprégnation paludique, mêmes troubles digestifs, circulatoires, respiratoires; mêmes accidents cérébraux et névralgiques. La marche de l'œdème et des épanchements ascitique, pleurétique, péricardique et cérébraux ne diffère pas ; toutefois l'ascite prend beaucoup plus souvent, dans

MALADIES DISS ORGANES ET DES APPAREILS. oOÎ

la cachexie palustre, une intensité d'où découle quelquefois la nécessité de la paracentèse. L'hypertrophie de la rate et du foie, presque constante dans l'anémie de cause palustre, constitue un bon caractère différentiel. — Il est à désirer que la vulgarisation des méthodes hématoscopiques de Malassez et de Hayem nous renseigne plus complètement sur les caractères spéciaux qui distinguent les anémies des diverses maladies infectieuses : c'est une lacune à combler; seules les maladies palustres ont été l'objet de recherches de ce genre : nous en avons parlé en un autre lieu ; — 2° aux maladies des organes et des appareils : anémies de l'ulcère phagédénique, de la lèpre, de la pinta, de la verruga, des lymphoses, de la diarrhée chronique endémique, de la dysenterie et de l'hépatite, de l'insolation, de la tuberculose pulmonaire, de l'héméralopie à incubation lente, du béribéri, du scorbut; 3° à l'anémie spéciale qui porte le nom de mal-cœur, et que nous croyons caractérisée par la présence de l'ankylostome duodénal ; 4° aux anémies consécutives à l'emploi de certains agents thérapeutiques, traitement mercuriel, saignées générales, etc.

Tous ces états anémiques ont incontestablement des caractères différentiels, mais en présence des renseignements tout à fait insuffisants dont nous disposons pour les isoler les uns des autres, je ne puis que faire appel à de nouvelles recherches qui s'appuieront sur une triple base, l'évolution clinique de la maladie, l'examen du sang el des humeurs à tous les points de vue pendant la vie, les recherches nécropsiques minutieuses.

2. L'anémie essentielle ou primitive a été considérée pendant longtemps comme une sorte d'acclimatement, d'indigénisation, d'adaptation aux climats torrides; il

en a été de même des accès de fièvre légère, des diarrhées sans gravité que l'on observe quelquefois au début du séjour des Européens dans ces climats. Gela n'est admissible que pour l'anémie, et seulement dans une certaine mesure, comme nous le montrerons tout à l'heure. Quant à la lièvre, à la diarrhée d'acclimatement, elles constituent des troubles morbides, de petites maladies qui ne font rien pour l' acclimatement, au contraire ; rien dans la constitution des indigènes des pays torrides n'autorise à penser que l'adaptation de la race blanche à leurs influences climatiques puisse se faire par un mouvement fébrile ou par un flux muqueux abdominal.

La richesse moins grande du liquide sanguin peut, au contraire, être invoquée comme moyen d'adaptation climatique de l'Européen. Certaines familles de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion, des terres chaudes du Mexique, des localités sans altitudes de l'Amérique Centrale, de la Colombie, de l'Inde anglaise, se sont comme indigénisées de la sorte dans une série de plusieurs siècles, en subissant une déglobulisation qui s'est maintenue dans de justes limites, et qui a d'ailleurs été tempérée par les voyages en Europe, le croisement avec les Européens, le bienêtre, l'habitation sur les hauteurs, etc.

Cependant il ne faut pas s'y tromper. Cette anémie, qui semble identifier le sang de l'Européen avec celui des races indigènes, n'est au fond, pour le premier, qu'un pas vers l'état morbide. La preuve irréfutable de ce fait, c'est que l'Européen qui fatigue, homme de mer, soldat, missionnaire, traficant, franchit fréquemment ce pas qui sépare la santé de la maladie, parce que les conditions de son existence sont pénibles, et parce qu'elles l'exposent incomparablement

plus que le créole, aux influences anémiantes du climat. C'est de cette anémie primitive, essentielle, qu'il va être question. Elle s'observe dans toutes nos colonies intertropicales; le témoignage de tous nos collègues va nous en être un sûr garant.

v< Que l'anémie se produise à la suite de plusieurs atteintes de fièvres intermittentes, qu'elle soit le simple résultat d'un séjour prolongé sous un climat essentiellement débilitant (le Gabon), elle se présente, en effet, à peu près avec les mêmes caractères, et je l'ai toujours vue prédisposer aux mêmes accidents consécutifs.. . Si le cachectique est fatalement voué aux rechutes de fièvre intermittente, l'anémique est, de son côté, d'autant plus disposé à contracter cette affection qui lui était jusqu'alors étrangère, que son anémie est plus avancée... La cachexie et l'anémie prédisposent toutes les deux aux névropathies et aux ulcères atoniques. L'atonie des plaies appartient pourtant plutôt à l'anémie simple et les névropathies à l'anémie paludéenne... J'ai vu, rarement il est vrai, l'anémie simple suivie d'hydropisie passive, affection qui est surtout du domaine des intoxications paludéennes prolongées.. . L'anémie simple reconnaît pour cause l'action d'un climat chaud, humide, énervant, et enfin une alimentation qui, pour les équipages, n'est ni assez variée, ni suffisamment réparatrice.... C'est à l'administration qu'appartient réellement le traitement de cette maladie. » (Griffon du Bellay, Gabon 1864.)

Aude a fait les mêmes remarques dans la même colonie. D'après ce médecin, on voit communément, au Gabon, des hommes atteints d'anémie galopante sans aucun antécédent fébrile palustre. Les malades dépérissenl très rapidement et sont perdus si le rapatrie-

ment et le séjour au large ne viennent les mettre hors de danger.

Saint-Vel estime qu'aux Antilles, l'anémie primitive qui frappe la race noire, comme la blanche, et le sexe féminin de préférence, relève de causes qui ne sont pas toujours les mêmes, suivant les races : chez le nègre, l'anémie tient à son alimentation insuffisante, à l'usage des eaux de mares, à l'abus des alcooliques; chez le blanc, il convient plutôt d'incriminer les influences climatériques qui tendent à diminuer le champ de la respiration, à affaiblir l'hématose, à rendre languissantes les fonctions digestives. Aux Antilles, la seconde enfance des petits créoles blancs lui a paru pins prédisposée à l'anémie que la première, les influences climatériques agissant avec plus d'intensité sur l'enfant, à mesure qu'il grandit.

L'observation qui va suivre nous donnera une idée assez nette de l'anémie primitive mortelle, observée par notre collègue L. Camuset à la Guyane et consignée dans sa thèse :

« Anémie. Pas de paludisme. Mort. — Hôpital militaire de Cayenne. Salle 1, service du DrKerangal.

L'Admirai, 24 ans, soldat d'infanterie de marine, ouvrier militaire, cordonnier à la caserne, né à Prougues (Haute-Marne). Il a trois ans de séjour à la colonie. Tempérament robuste. — Ce militaire n'a jamais servi dans les quartiers de la Guyane ; il a toujours résidé à la caserne de Cayenne, laquelle est située dans un des endroits les plus sains de la ville, au bord de la mer, recevant le vent du large.

L'Admirai entre pour la première fois à l'hôpital le 22 avril 1S65, il en sort guéri le 3 mai. Il est traité pour un embarras bilieux léger. On remarque qu'il présente à la sortie quelques symptômes d'anémie.

Mais, excepté ces phénomènes légers, il n'offre rien d'anormal. On ne lui trouve aucune lésion viscérale, la rate n'est pas hypertrophiée.

L'Admirai entre une seconde fois à l'hôpital le 26 juillet 1865, dans un état d'anémie très prononcée. En moins de trois mois, son état s'est beaucoup aggravé. 11 n'a cependant eu aucune maladie depuis sa sortie de l'hôpital. Il se plaint seulement d'une faiblesse qui va toujours en augmentant. On lui donne des toniques, la médication usitée en pareil cas, et on lui propose le rapatriement. Il refuse et demande son exeat le 11 août, n'ayant séjourné que quinze jours dans les salles.

Le malade rentre pour la troisième fois à l'hôpital le 4 septembre 1865. Il est dans l'état suivant : peau jaune, traits bouffis, muqueuses décolorées ; bruit de souffle intense dans les gros vaisseaux du cou; un peu d'ascite ; un peu d'œdème des extrémités inférieures ; pouls petit, fréquent; respiration précipitée; dyspnée! l'appétit est conservé, mais l'assimilation se fait mal ; le malade est atteint d'un flux diarrhéique déjà ancien ; ni névralgie ni viscéralgie ; palpitations de cœur fréquentes, syncopes presque tous les matins ; on ne trouve pas d'albumine dans les urines ; le malade n'accuse aucune souffrance, il se plaint seulement d'une grande faiblesse. L'examen le plus attentif ne fait découvrir aucune lésion profonde capable d'expliquer cet état.

Malgré tous les moyens thérapeutiques usités on n'obtient aucune amélioration ; on ne peut plus songer à rapatrier le malade, il ne supporterait pas la fatigue de la traversée.

La faiblesse augmente tous les jours, l'appétit se maintient, mais l'état des selles montre que les diges-

NlELLY. o ,

b02 PATHOLOGIE EXOTIQUE.

tions se font mal. Le malade ne peut plus se lever : on le voit toujours sur son lit, dans le décubitus dorsal, le faciès immobile, n'exprimant qu'une profonde indifférence. Enfin, le 18 octobre, il est pris, dans l'aprèsmidi, d'une céphalalgie très violente ; puis, dans la soirée, d'une vive douleur à l'épigastre. Il est anxieux, la peau est froide, couverte d'une sueur visqueuse. Enfin, il entre en agonie et meurt dans la soirée. L'auscultation du cœur, dans les derniers moments de la vie, ne donne que ces bruits précipités et irréguliers. — Autopsie pratiquée douze heures après la mort: les tissus sont exsangues, unpeu de sérosité dans les ventricules cérébraux et dans le péricarde, œdème des poumons ; 4 litres environ d'un liquide citrin dans le péritoine ; le foie, la rate, tous les viscères sont sains ; le tissu du cœur est ramolli et comme macéré. On trouve quelques caillots fibrineux dans ses cavités. — Ayant pris des informations sur ce militaire, j'appris qu'il n'était adonné à aucun genre d'excès, qu'il n'était pas non plus nostalgique, mais que son unique passion était une avarice extrême. Ainsi il vendait sa ration de vin, se privant de tout ce qu'il ne considérait pas comme d'une absolue nécessité (1). »

L'anémie primitive n'est pas rare chez les noirs des Antilles, mal nourris et intempérants, avons-nous dit; il en est de même chez tous les nègres qui peuplent la

(I) Cette observation est très intéressante, car elle se rapporte a un cas assez rare d'anémie primitive, pure et mortelle. Les principales lacunes qu'il y aurait lieu de combler dans une observation analogue ultérieure seraient : l'état chimique et microscopique du sang, des urines et des matières fccales pendant la vie, la série des températures axillaires, prises soir et matin ; le tracé sphygmograpliique et a son défaut l'état du pouls, l'analyse do l'air expiré, la perte progressive de poids. Après la mort il y aurait lieu d'indiquer minutieusement l'état macroscopique et histologique des organes.

zone intertropicale. Thaly a signalé les indigènes du haut Sénégal, particulièrement les captifs et les prisonniers de guerre comme atteints très souvent d'un état anémique qui mériterait le nom de cachexie aqueuse. Une profonde tristesse, un amaigrissement rapide, de la répugnance pour tout mouvement, l'œdème, l'anasarque, la teinte sale de la peau succédant à la couleur noire et brillante, tels sont les symptômes que l'on observe jusqu'au moment où le marasme vient mettre un terme à la maladie.

L'anémie primitive estbeaucoup plus commune chez le coolie indien que chez le nègre coolie et surtout que chez le nègre fixé depuis un certain temps dans une localité de la zone intertropicale. Ces faits sont démontrés pour nos colonies des Antilles (S. Vel, Carpen tier, etc. ) . La faiblesse de constilu tion de l'Hindou sa tristesse ou au moins son apathie native, le peu 'de souci qu'il a de son hygiène, ses pensées nostalgiques 1 alimentation insuffisante, les excès vénériens et alcooliques, telles sont les différentes causes d'un état qui débute par la dyspepsie pour aboutir souvent au marasme et à la mort.

3. La prophylaxie de l'anémie essentielle est comprise dans Tcnumération que nous avons faite des causes de la maladie. Le traitement proprement dit consiste dans les pratiques hydrothérapiques, les bains de mer et de rivière, le régime substantiel, les distractions, l'envoi au sanatorium ou dans une altitude, le rapatriement, l'usage des eaux minérales ferrugineuses, l'emploi des médicaments toniques et reconstituants. La conduite du médecin traitant devra

22^to^qo.Wfcnntoui cir.

§ 26. — Syphilis.

A consulter :

Bontius. — De medicina Indorum. Lugd. Batav., 1865.

Gambieri. — Storiu délia malndia di Scherliero, 1 819. — Analyse dans le Journal, général de méd. et de chir., t. LVII. p. 1.

Rayer. — Traité des maladies de la peau, 2e édition, 1835.

Quémar. — Rapport de campagne de la frégate l'Alceste. — Bubon d'emblée, 1854-56. Port de Brest.

Boeck. — Traité de la radesyge. Paris, 1860.

De Rochas (V.). — Essai sur la topographie hygiénique et médicale de la Nouvelle-Calédonie. Thèse, Paris, 1860.

Rollet (J.). — Recherches sur plusieurs maladies de la peau réputées rares ou exotiques qu'il convient de l'attacher à la syphilis (Arch. gén. de méd., 1861).

Griffon du Bellay. — L'hôpital flottant la Caravane au Gabon [Arch. de méd. nav., 1861, Ie' semestre, p. 69).

Bichaud. — Topographie médicale et hygiénique de la Cochinchine française (Arch. de méd. nav., 1er semestre, p. 348).

Prat, Erhel, etc. — Taïti [Arch. de méd. nav., 1865, 2e semestre, p. 290).

Rochas (V. de), etc. — Contribution à la pathologie des îles Tonga (Arch. de méd. nav., 1866, 1er semestre, p. 249).

Gaigneron, etc. — Japon (Arch. de méd. nav., 186G, 1er semestre, p. 225 et 270).

Thaly. — Essai de topographie médicale sur les habitants du haut Sénégal (Arch. de méd. nav., 18G7, 2e semestre).

Grënet. — Contribution à la pathologie de Madagascar {Arch. de méd. nav., 1867, 1e1' semestre, p. 223).

Gras. — Quelques mots sur Miquelon. Thèse, Montpellier, 1867.

Huillet. — Hygiène des blancs, des mixtes et des Indiens à Pondichêry. Pondichéry, 1867.

Huillet. — Contribution à la géographie médicale Pondichéry (Arch. de méd. nav., 18G8, 1er semestre).

Le Boy de Méricourt. — Étude critique des mesures prophylactiques contre les maladies vénériennes proposées spécialement à l'égard des majnns (Arch. de méd. nav., 1868, 2e semestre, p. 432).

Dupont. — Notes et observatiojis sur la côte orientale d'Amérique. Thèse, Montpellier, 1868.

Rufz de Lavison. — Chronologie des maladies de Saint-Pierre- Martinique (Arch.de méd. nav., 1869, 2' semestre, p. 351).

Van-Lkent. — Les possessions néerlandaises aux Indes orientales (Arch. de méd. nav., 1870, I"r semestre, p. 15. Bouton des Moliiquest.

Rochahd (J.). Étude synthétique sur les maladies endémiques (Arch. de med. nav., 1871, Ier semestre).

RE1872) AniCle Gé°rjraphiemédicale(DicL de mécl- et de chir. prat., VAp.VRlA6Vl).~ POrt'SOÏd {ArCh' dS mé'L ^ 1873' 26 Semestre'

Xon^rniz mes médicaiès recuemes en TunMe> »■

LASVypîmsA')' ~~ Maladies-et épidémies des armées. Paris, 1875.

L°pasZm Gm'EVE' ~ TrnUé "C ******* médicale, I87C-80, BocHiBD (J.)— Article Pian (Dict. de méd. et de dur. pratiaues)

„™r ET ~~ Tam {Arch- de méd- nav-> 1878 1-2: B0X«%T.t^" *résil * (,e la Plata

1. Zone, polaires. - La syphilis y est très rare. On en a cite quelques cas dans l'Amérique polaire, apportes au Groenland, et chez les Esquimaux dans la bande septentrionale de la Nouvelle-Bretagne et de l'Amé nque russe, par les matelots des navires baleiniers • mais la maladie ne s'est jamais propagée dans l'intérieur de ces pays. Il en a été de même dans l'Europe et dans 1 Asie polaires, auSpitzberg et sur la côte nord de la Sibeiae. La pureté des mœurs et aussi la rareté des relations sexuelles avec les étrangers sont, sans doute, la cause unique de cette immunité

2. Zones froides. - La syphilis étend ici son domaine Les indigènes des îles Aléoutiennes sont profondément infectés par la maladie, laquelle a été Importé d e eux par les Européens.

Jl en est de même dans l'île russe Nouvelle-Arkangel (de Sitka) ; toutefois la syphilis n'y est pas grave et ce fait constitue une règle assez générale & pou t'

toutes les zones à température basse, à l'heure qu'il est, au moins.

Au Labrador règne très probablement la syphilis, sous le nom de maladie des Ottawas (1). La maladie, caractérisée par des ulcérations de la muqueuse du nez et de la bouche, par des croûtes cutanées impétigineusesetpar des douleurs ostéocopes, peut atteindre successivement tous les membres d'une famille par l'intermédiaire des divers objets touchés par eux (Lombard). La nature syphilitique de cette affection n'a pas été démontrée.

Dans la baie de Saint-Paul (Canada) a régné, vers 1770, une épidémie de syphilis très grave, sous le nom de maladie de la baie de Saint- Paul, maladie des éboulements, mal de chicot, lustra crùo, mal anglais , mauvais mal, vilain mal. Elle s'est répandue peu à peu dans le Canada, frappant plus de 5,000 personnes en 1785, puis s'est amendée peu à peu laissant peut-être après elle dans le pays des traces qui subsistent encore dans certaines classes de la population. Le fait est qu'en 1862etl863, ditleD1 Jullien, « lessoldatsdel'Amérique septentrionale anglaise ont présenté 161 maladies vénériennes, dont plus de la moitié étaient syphilitiques, pour 1,000 hommes d'effectif. Sur 100 vénériens, plus de 8 hommes étaient rapatriés en Angleterre, dont 5 définitivement rayés du service. » D'après Swediaur, cité par Rey, la maladie s'annonçait par de petilos pustules aux lèvres, à la langue, dans l'intérieur de la bouche et plus rarement aux parties de la génération. Elle se transmettait parles objets ayant servi aux malades, cuillers, verres, pipes, linges, vêtements ; le coït en était le mode le plus commun de transmission. Les

(1) Sans doute parce que les habitants du Labrador pensent l'avoir reçue des gens du pays d'Ottawa (Canada).

MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. 607 croûtes cutanées, les adénopathies, les douleurs ostéocopes, la carie des os du nez, du crâne, des membres, l'alopécie , etc. , ne peuvent laisser subsister aucun dou te sur la nature syphilitique de la maladie de la baie de Saint-Paul.

La syphilis n'est pas rare au Nouveau-Brunswiek et en Nouvelle-Ecosse. Toutefois quant à ce qui regarde cette dernière province, E. Rochefort a pu constater, en 1868, qu'elle n'y était pas fréquente. Les renseignements pris par ce médecin à terre, tant à l'hôpital militaire qu'à l'hospice civil, et les rares cas de maladie observés par lui parmi les hommes de l'équipage de la batterie cuirassée l'Onondaga, lui ont permis de poser ces conclusions, au moins pour 1868.

A Saint- Jean de Terre-Neuve (New-Fowland), les troupes anglaises fournissent 88 entrées à l'hôpital pour 1,000 hommes.

On peut presque dire que la syphilis n'existe pas en Islande, malgré la présence des étrangers pendant une partie de l'année. On cite quelques cas d'importation, mais leur transmission a toujours été arrêtée par la pureté des mœurs islandaises (Hjaltelin, Schleissner, Finsen).

La syphilis passe pour inconnue aux îles Feroë; cependant Manicus a dit, il y a plus de vingt ans, en avoir traité dans cet archipel des cas nombreux et graves. Actuellement, au dire de Panum, la maladie serait rare et sans gravité, comme en Islande. On n'en a pas constaté la présence en Laponie. Elle est au contraire très répandue en Sibérie, spécialement chez les indigènes. Au dire du Dr Schrenk, cité par Lombard, les Samoyôdes sont atteints de formes moins graves que les autres populations sibériennes et qualilient de mauvaises gales, les dermatoses se-

condaires dont ils sontporteur*. La perte du nez n'est pas rare parmi les autres tribus. - La syphilis sfté nenne prouve d'ailleurs le rôle indifférent du fr d tt 1 absence de cette maladie en Islande.

Étals ZZï *empéré°S' ~ La s™hi,is Observe, aux Etats-Un s, a peu près dans les mêmes proportions qu'en

n'eTt nas f f n°US- Gert&ineS VilIeS °Ù la — eillance n est pas faite avec autant de soin, comme San-Pran-

dans l'Ile v°ndenUeS f™8™' Vlcto- etEsqoimalt dans 1 Ile Vancouver où règne probablement l'indifférence anglaise en matière de police vénérienne, certain s v 11 eSi d Qnt s.gnaIées ■

particulièrement dangereuses pour les équipages des

En Europe, la syphilis est répandue partout avec une intensité qui varie suivant les lieux et les époques mais qui a diminué dans une proportion très sensible" toutes les fois que la prostitution a été réglementée. La température est sans influence sur sa propagation, et si on 1 a vue prédominer à certains moments dans la zone méridionale de l'Europe, en Espagne par exemple, à d'autres époques les chiffres les plus forts fournis par les statistiques ont été recueillis dans la zone du Nord, en Angleterre, en Suède, enNonvège. Le défaut de surveillance, les négligences du traitement, les mœurs, ont partout une grande influence sur l'intensité de propagation de la syphilis.

Les statistiques relatives aux diverses armées d'Europe fournissent de bons renseignements sur la fréquence de la syphilis en Europe, les sujets que la maladie atteint représentant assez exactement les âges auxquels elle est le plus souvent contractée : cependant, comme l'a fait remarquer A. Laveran , auquel

nous empruntons les chiffres du tableau qui suit, les statistiques dont nous disposons portent sur toutes les maladies vénériennes et non pas seulement sur les manifestations de la syphilis. Dans ces conditions générales, la contamination dans les diverses armées d'Europe se fait dans les proportions suivantes :

Angleterre 329 hommes sur 1000 d'effectif.

Hollande 105 — —

France 90 à 100 — —

Belgique 96 — —

Portugal 9G — —

Autriche 03 — —

Prusse 5i — —

Or la prostitution n'était pas surveillée en Angleterre, au moment où ces statistiques ont été établies, et l'était au contraire sévèrement en Prusse.

La syphilis est aussi très répandue parmi la population civile des îles Britanniques, car, d'après Holland, elle a atteint dans une année plus de 1,652,500 personnes des deux sexes (Dr Jullien). Elle a pris, à différentes époques en Ecosse et en Irlande, des noms particuliers, et c'est ainsi que le bulton acurvy d'Irlande, observé en 1823 par Autenrieth et décrit par Wallace, Gorrigan, n'est autre chose qu'une syphilis cutanée qui, malgré sa dénomination, n'a aucun rapport avec le scorbut. Sa description d'après Wallace (1827) lui impose les caractères du frambœsiaou du rupia syphilitique, suivant les cas. On ne parle plus actuellement en Irlande du bullon scurvy en tant que maladie particulière. Il en est de môme du siùùens ou siwens d'Ecosse, signalé en 1765 par Gilchrist et décrit par John Bell. Gelte affection, caractérisée par la présence de pustules, de tubercules, de végétations fuambœsiaqu es de couleur cuivrée, d'ulcérations de la muqueuse du nez,

de la bouche, du pharynx, par la perte de substance du voile du palais, la carie des os du nez, des palatins, du maxillaire supérieur, etc., n'est autre chose qu'une syphilis secondaire et tertiaire qui n'a d'étrange que son nom, dû à la ressemblance grossière de la végétation frambœsiaque avec la framboise sauvage (swin). Actuellement le sibbens a été justement confondu en Ecosse avec la syphilis commune, car Lombard ne se rappelle pas en avoir rencontré un seul cas, sous ce nom, pendant son séjour à Édimbourg. — Le ynws du Dunfries (Ecosse) et du Gallway (Irlande) est encore un frambœsia syphilitique analogue à celui que l'on rencontre sous toutes les latitudes (yaws de Guinée, du pays des Mandingues, etc.).

Très fréquente en Suède et en Norwège, la syphilis y porte dans certains districts le nom de radesyge. Hjort,Kjérulf et Magnus Huss lui ont assigné les caractères suivants qui démontrent sa nature syphilitique : ulcération des muqueuses, douleurs ostéocopes, gommes tendant au ramollissement, plaques psoriasiques, croûtes impétigineuses, tubercules cuivrés. D'après les recherches de J. Rochard,la radesyge, absolument distincte de la spedahf^d avec laquelle elle a été d'abord confondue et qui est la lèpre , est beaucoup plus fréquente en Norwège, où elle s'observerait 1 fois sur 1,500 habitants, qu'en Suède, où la proportion ne serait que de ^

La syphiloïde jutlandaise (Van Desurs), le morbus venereus ditmarsiensis du Holstein, sont encore des syphilis ou des radesyges, puisque c'est tout un. Nous retrouvons en effet, dans la syphilis du Jutland Nord, les plaques muqueuses de la luette et des piliers du voile du palais, les ulcérations et les pertes de substance de cette région, les dermatoses de teinte cuivrée, lesgom-

MALADIES DES ORGANliS ET DES APPAREILS. 611

mes cutanées, toutes manifestations que le traitement mercuriel améliore ou guérit rapidement.

La syphilis est très commune en Russie, tant dans les villes que dans les campagnes. La prostitution y est mal surveillée, soit dans les ports de mer comme Riga et Odessa, soit dans les centres populeux où se trouvent concentrés de nombreux régiments, soit dans les villes de transit situées près de la frontière d'Asie, de sorte que, au dire de Schperck (1), il n'est pas rare que le personnel entier d'une maison de débauche soit atteint de syphilis. De même la Sibérie centrale, beaucoup plus fréquemment visitée par les voyageurs et les traficants que la zone septentrionale de cette immense province, est envahie par la syphilis russe. Il en est de même au Kamtchatka, où elle a pénétré depuis longtemps par les deux voies de terre et de mer.

La syphilis est assez répandue en France, où la prostitution, bien que. réglementée dans toutes les villes, n'est pas suffisamment surveillée dans ses écarts de tout genre. Les ports de guerre et de commerce, les grandes villes de l'intérieur, sont des foyers encore beaucoup trop actifs, bien qu'ils le soient sensiblement moins qu'en Angleterre.

Accidentellement la syphilis a pris, en France, quelques noms historiques dont la connaissance n'a plus qu'un intérêt de second ordre.

Le pian de Nérac (2) (1752) a eu pour point de départ une syphilis de nourrice, transmise à un nouveau-né d'abord, puis à d'autres femmes et aux familles de ces dernières. Raulin, frappé de l'analogie des lésions cutanées qu'il observait avec celles du pian des

(1) Cité par L. Jullien.

(2) Lot-et-Garonne.

612 PATIlOLUIjli; EXOTIQUE.

nègres, a donné à la maladie le nom historique sous lequel elle est connue.

Lamaladiede Chavanne-Lure[{) (1815) a été apportée, a-t-on dit, dans ce petit bourg par un jeune homme delà localité, contaminé, à son dire, en buvant dans le môme verre qu'un soldat étranger. Le mal dura deux ans et s'étendit à quelques familles.

Le mal de Sainte-Euphémie (2) (1827) a eu pour origine la contamination de plusieurs accouchées par une sage-femme atteinte de chancre ou de pustule syphilitique à l'index droit. Les enfants et les maris furent contagionnés consécutivement, et plus de 80 personnes furent atteintes. L'administration du mercure fut souveraine.

La syphilis paraît plus rare en Prusse que dans tous les autres pays d'Europe, grâce à une réglementation plus sévère. Elle a beaucoup augmenté de fréquence en Bavière, à Munich au moins, depuis 1861, époque à laquelle on a cessé de se conformer à certaines prescriptions de police, en matière de prostitution.

Nous sommes mal renseignés sur la fréquence des maladies syphilitiques parmi les populations civiles d'Espagne, d'Italie, d'Autriche-Hongrie et surtout de Turquie, mais cette fréquence n'est pas douteuse.

C'est encore à la syphilis qu'il faut rapporter: 1° le mal ou la maladie de Brùnn (Moravie, 1578), déterminée d'abord chez un certain nombre d'habitants par l'application de ventouses scarifiées pratiquées avec une lancette malpropre, imprégnée de pus syphilitique, et transmise ensuite, par le contact, à d'autres habitants. L'épidémie dura plus de six mois et fut enrayée par le Lraitement mercuriel; 2° la falcadine, qui

(1) Haute-Saône.

(2) Drôme.

a éclaté en 1786 clans le village de Falcado (province de Bellune) et qui y avait été apportée par une mendiante atteinte de syphilis secondaire et de blennorrhagie ; 3° le scherlievo (1), mal de Fiume (2), margherita, mal di Brento (1800), dont on n'a jamais pu retrouver le point de départ, mais dont les symptômes et le traitement ne peuvent laisser aucun doute sur l'identité de la maladie avec la syphilis.

La maladie est très répandue dans toute l'Asie tempérée, en Asie Mineure, sur les hauts plateaux de l'Arménie où elle acquiert une gravité exceptionnelle, en Tartarie, en Mongolie, dans la Sibérie sud, en Perse, clans le Béloutchistan, dans toute l'étendue de la Chine et du Japon. En Chine, la prostitution n'est soumise à aucune réglementation administrative ou médicale, et la syphilis se répand parmi les deux sexes en toute liberté, peu grave, en général, chez les Chinois, par suite d'une sorte de syphilisation héréditaire, horriblement destructive des tissus chez l'Européen. Pékin, Shang-haï, Foo-chow, Canton, Macao, Hong-kong, sont, à ce compte, des foyers des plus dangereux poulies marins et pour les étrangers. Au Japon, la syphilis {feu de la volupté) se ressent des idées beaucoup trop bienveillantes qui régnent dans le pays à l'égard de la prostitution.Gaigneron,qui a passé deux ans dans les mersdel'extrôme-Orient, nous a appris qu'à Yokohama la syphilis était dés plu s communes. La frégate la Scmira* mis comptait en arrivant sur racle un petit nombre de vénériens contaminés en Chine et en Cochincbine ; mais du 1" mai au 11 mars 1861 il y eut, sur 500 hommes, 143 malades vénériens atteints des manifestations

(1) Village voisin de Fiume.

(2) En Croatie.

NlBLLY,

ei* PAT110LUGIE EXOTIQUE.

suivantes: 90 chancres ; 27 chancres et hubons; 4 bubons sans traces de chancres ou d'uréthrites ; 14 uréthrites; 4 orchites; 4syphilides. Avant Gaigneron, Duteuil et Vidal avaient constaté la fréquence de la maladie en rade de Yokohama, à bord de la Dordogne. Sur un équipage de 137 hommes, on comptait, seize mois après l'arrivée au Japon, plus de 160 cas de vérole confirmée, ayant débuté par un chancre, lequel avait produit des accidents secondaires (1).

4. Climats chauds et torrides. — La syphilis est fréquente en Egypte, mais au témoignage de Glot-Bey, de Griesinger et de Vauvray, elle n'y a pas, en général, une grande gravité. Ce qui a plus particulièrement frappé Vauvray à Port-Saïd, c'est le défaut de surveillance des maisons de prostitution qui sont cependant nombreuses, l'insouciance des Grecs et des Arabes atteints par la maladie, la fréquence des chancres de l'anus et du scrotum qui sont dus aux habitudes honteuses répandues parmi les indigènes. Si les matelots du stationnaire français ont été préservés de la contamination syphilitique, cela a tenu surtout au petit nombre de permissions de descendre à terre accordées à l'équipage.

La maladie est assez commune à Alexandrie, dit Cerf-Mayer. D'après Wernig, cité par Lombard, les femmes des différentes races traitées à l'hôpital d'Alexandrie sont atteintes dans la proportion suivante : femmes fellahs, négresses, turques, syriennes, juives et européennes de passage. La bénignité de l'affection est la règle. D'après Mestre, le tiers des jeunes gens est atteint de syphilis dans la régence de Tunis.

(1) Brassas, Compte rendu de la thèse de Dulruil (Ârch. de méd. nav., !8(iG, l01 seilioslro.

Les Dsr Tirant et Rebatel ont récemment attiré de nouveau l'attention sur cette fréquence qui tend à l'insouciance des malades et à la bénignité ordinaire de la syphilis tunisienne, le grand mal ou kébir en langue indigène.

Il est probable qu'il en est de même sur le territoire de Tripoli, mais nous manquons de renseignements.

La syphilis d'Afrique a porté au quinzième siècle le nom de mal des Kabyles, mal du Djurdjura. Elle est actuellement répandue sur tout le territoire algérien, mais elle a perdu beaucoup de sa gravité. Nos soldats y étaient atteints, dans la proportion de 156 vénériens sur 1000 hommes d'effectif, en 1869 (A. Laveran) ; mais ce chiffre ne nous indique pas le nombre des syphilitiques. Les indigènes, Kabyles et Touaregs, les premiers plus que les seconds à cause du plus grand relâchement de leurs mœurs, sont frappés dans une proportion sensiblement plus forte que les Européens. Dans le Fezzan, le mal franc et la maladie des caravanes, beaucoup plus grave, ne sont autre chose que la syphilis avec tous ses modes ordinaires. L'insouciance et le fatalisme des indigènes de l'Algérie contribuent à propager dans cette province une maladie qui, convenablement traitée, aurait sous l'influence du climat une tendance à une guérison rapide ou, au moins, à l'atténuation de ses effets.

La syphilis est assez fréquente dans le haut Sénégal. Au rapport de notre collègue Thaly, les chancres siègent exclusivement aux organes génitaux, ces peuplades primitives ignorant heureusement les habitudes honteuses si communes ailleurs. Le phagédénisme syphilitique y est très commun, la suppuration des bubons rapide et fréquente, la syphilis secondaire et

tertiaire très variée. Thaly a en outre fait observer que si on a pu soutenir, en s'appuyant sur quelques faits isolés observés dans d'autres climats, la doctrine du traitement de la syphilis sans mercure, dans le haut Sénégal tout conduit à la repousser. D'autre part la grande sensibilité des peuplades de ces régions aux préparations mercurielles, sensibilité qu'elles partagent d'ailleurs avec les Européens traités dans toute la zone torride par le mercure, est une condition ordinaire de succès rapide, quand le traitement est dirigé avec précaution.

Chassaniol, Berger et nos collègues de la marine anglaise nous ont renseignés depuis longtemps sur la fréquence de la syphilis primitive et consécutive sur toute la côte de la Sénégambie et sur l'insouciance des noirs qui la contractent, tant au point de vue de leur guérison que de la transmission à d'autres personnes.

Dans le pays des Mandingues (1) règne également la syphilis dont la dénomination la plus commune est le yaws, syphilide tuberculeuse végétante tout à fait semblable au pian et au frambœsia des autres pays torrides. On observe aussi le yaws sur toute la côte africaine qui va du cap des Palmes au golfe de Guinée.

Au Gabon, Griffon du Bellay signale la fréquence de la syphilis chez les Gabonais et les Kroomen, mais il ne semble pas qu'il ait reconnu dans cetle colonie des caractères delà maladie dignes d'être notés, si ce n'est la difficulté du traitement du chancre du gland chez les Kroomen, lesquels ignorant la pratique de la circoncision, ont habituellement le prépuce très développé. Parmi les Européens, les maladies vénériennes,

(I) Dans l'est de lu Sènëgambie.

dans leur ensemble, entrent pour 14 pour 100 dans le chiffre des maladies externes.

La syphilis n'a rien de bien spécial à la Réunion: elle y revêt cependant quelquefois la forme du pian. Celui-ci est très commun à Madagascar, spécialement parmi les Howas. Dauvin (1), qui en afait une très bonne étude sur les lieux, nous apprend qu'il y atteint tous les âges, mais particulièrement les enfants de 2 à 6 ans, par hérédité par conséquent. Il se présente pendant l'enfance sous la forme d'un tubercule qui siège le plus souvent à la face : c'est d'abord une papule saillante, douloureuse, simple ou multiple, dont l'éruption s'accompagne parfois de fièvre et d'arthralgies de sièges divers. Cette première période terminée, la papule devient vésiculeuse à son sommet, puis la vésicule se remplit d'une sérosité jaunâtre qui se concrète, et alors le pian consiste en un tubercule blond jaunâtre à couches stratifiées. Les croûtes tuberculeuses tombent ensuite, le tubercule s'ulcère et bourgeonne pour prendre les caractères du frambœsia sans présenter toutefois chez l'enfant les inégalités de surface de ce dernier. Le pian de l'adulte, ke(sa, kessa, keisse, changou des Malgaches, siège souvent aux aisselles, à l'aine, à la face, aux jambes; il est très fréquemment accompagné ou suivi de psoriasis palmaire et plantaire. Les Européens ont plusieurs fois contracté le pian malgache. Quel que fût le sujet observé, Dauvin n'a jamais constaté la forme classique à laquelle on a donné le nom de marna-pian aux Antilles.

Grenet a vu des faits analogues à Mayotte ; il a fait en outre remarquer^ qu'une application de nitrate

(I) Dauvin, thèse citée.

acide de mercure sur les plaques psoriasiques et les boutons frambœsiaques de la plante des pieds les guérit très rapidement, mais qu'il ne faut pas se borner à ce traitement topique. A Sainte-Marie de Madagascar, le traitement interne qui a fourni à Dauvin les guérisons les plus rapides était basé sur l'administration de l'iodure mercureux.

La syphilis est très fréquente sur la côte de Mozambique: on y rencontre aussi le pian ou frambœsia: on le désigne sur cette côte sous le nom de bubas, ce qui prête à la confusion avec le boubas du Brésil dont nous avons parlé ailleurs et qui, au dire d'un grand nombre de médecins du Brésil, ne serait pas la syphilis. A Zanzibar, celle-ci est également très commune du haut en bas de l'échelle sociale. En Abyssinie, où elle a été importée, a-t-on dit, par les Portugais au quinzième siècle, elle est assez fréquente sur les côtes et bénigne à l'intérieur.

Au dire de Livingstone, les races nègres pures du centre de l'Afrique méridionale jouiraient d'une sorte d'immunité qui est loin d'être le partage des métis de diverses provenances, portugaise, hollandaise, etc. Il n'en est pas de même dans le centre de l'Afrique septentrionale. La syphilis est commune dans le Sahara, le Soudan, le Fezzan, leBornou, le Darfour, etc. Quintin n'a pas constaté d'accidents graves chez les syphilitiques du Soudan qu'il a eu l'occasion de visiter ; la maladie était bornée aux chancres et aux manifestations secondaires simples ; Guyon a observé le pian chez les noirs du Bornou.

La syphilis sous toutes ses formes est très répandue dans l'Asie torride.

On la rencontre en Arabie, en Syrie, en Palestine, plus particulièrement sur les côtes; les Arabes lui

.MALADIES DlîS ORGANES ET DES APPAREILS. 619

opposent un traitement mercuriel topique par le cinabre. Dans l'Inde elle porte différents noms, ateshec (petit feu), feu persan, baô, qurâ, medrovng suivant les dialectes hindous. Elle y fait de grands ravages dans les villes anglaises, car d'après L. Jullien on comptait, en 1864, 140 syphilitiques dans l'armée anglaise de l'Inde sur 1000 hommes d'effectif. A Pondichéry, dit Huillet, la syphilis est très fréquente chez les natifs qui ne se soignent pas. La police sanitaire est nulle, aussi observe-t-on chez les femmes, plus indifférentes encore que les hommes, des lésions très étendues de l'appareil génital, perforations recto-vaginales,cloaques profonds, destruction des petites lèvres, décollements profonds des téguments de l'aine. Le frambœsia s'observe aussi sur les natifs. Beaujean leur a reconnu les caractères des pians frambœsiaques et des pians blancs. Ces derniers débutent par de petites taches pointillées larges de 2 ou 3 centimètres, plus pâles que la peau qui les entoure : ces taches deviennent ensuite fongueuses, et ne prennent pas la teinte framboisée : elles siègent surtout sur la face et sur les membres. Les topiques émollients d'abord, l'application d'une solution concentrée de bichlorure de mercure ultérieurement, guérissent rapidement cette variété du frambœsia exotique.

Richaud, Thorel, Didiot, Morice, Layet, nous ont renseignés sur la fréquence et sur les caractères de la syphilis de l'Indo-Chine. En 1862, dit Richaud, les maladies vénériennes étaient représentées à Saigon par le quart du personnel des hôpitaux-ambulances, ce qui nécessita la création d'un dispensaire dans lequel entrèrent immédiatement 105 femmes annamites. Toutes étaient atteintes, au moins, de chancres; chez 20 d'entre elles, ces chancres étaient accompa-

giiés de bubons suppurés; 6 perlaient en outre des ulcères phagédéniques, 3 des tubercules analogues au pian, etc. La syphilis contractée par l'Européen en Coehmchine, dans le Mékong, dans le Laos, au Tonqum, est particulièrement grave ; elle s'y complique de phagédénisme, d'anémie rapide, et son traitement rencontre parfois un obstacle invincible dans l'état de misère organique ou de cachexie qui peuvent être la conséquence du paludisme, de la diarrhée et de la dysenterie endémiques.

Les possessions néerlandaises des Indes Orientales sont des foyers actifs de syphilis, à la propagation de laquelle ont contribué les races mongoles de l'Asie autant que les Européens. Quelques îles, Engano (1) avant 1854, Gavantolo (2) plus récemment, étaient restées indemnes de toute contamination, mais la vérole a fini par y pénétrer, ici par l'intermédiaire de marins indigènes, là par celui d'un Européen. La syphilis, dit Van Leent, est d'ailleurs généralement bénigne en Malaisie, sauf dans les montagnes, dernière assertion qui est défavorable à la doctrine de l'influence heureuse des altitudes sur les manifestations de la syphilis. L'autorité néerlandaise surveille avec beaucoup de soin, dans toutes ses possessions, la prostitution avouée, mais la prostitution clandestine lui échappe, là comme ailleurs, et cela est d'autant plus regrettable qu'elle est en quelque sorte favorisée par l'opinion.

Aux Moluques et à Amboine, existe une maladie que l'on a crue spéciale et dont tous les auteurs n'admettent pas la nature syphilitique; peut-on en douter cependant en lisant les lignes suivantes écrites par

(1) A vingt lioucs du détroit do la Sonde.

(2) A l'ouest de Célèbes.

MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. 621 Van Leent : « Les boutons débutent par de petites tacbes circonscrites, d'un rouge foncé, placées en groupes ; au centre de ces tacbes se montre bientôt un bouton gros comme la tête d'une épingle, qui atteint la grosseur d'un pois. Alors l'épiderme commence à se décoller sur le milieu, se détacbe tout à fait, et laisse à découverl le bouton, qui se couvre d'une sécrétion jaunâtre, icboreuse. Les différents boutons voisins, tubercules dénudés, s'entre-touchent, s'aplatissent sur les côtés, s'unissent et se montrent comme de gros boutons rougeâtres, granulés, fongueux, soit pointus, soit aplatis et larges. Ces tubercules offrent alors une parfaite ressemblance avec des framboises.

« Après une durée inégale, mais assez longue, les tubercules fongueux deviennent mous, plastiques, secs, se ratatinent et finissent par se détacher, en laissant sur la peau des tacbes rougeâtres. La même poussée se montre alors sur les parties voisines.

« Dans les régions palmaires et plantaires, les tubercules sont couverts d'un épiderme blanchâtre, rude et sec, comme couvert de farine, qui, se décollant également, laisse à nu les tubercules fongueux (crabbe, ynws). C'est là que la poussée cause des douleurs souvent assez vives, par la dureté et l'épaisseur de la peau, souvent calleuse, qui couvre ces parties.

« Les boulons atteignent parfois des dimensions assez considérables (œuf de pigeon), durent longtemps et donnent lieu à des ulcérations malignes. Autour de ces gros boutons se montrent des poussées de petits boutons, sans cesse desséchés et se reproduisant sans cesse (master yaws, mama-pian). » Nous retrouvons donc là les mêmes caractères que ceux du pian malgache, lequel guérit si rapidement par l'usage interne

des préparations mercurielles. Le tonga des archipels océaniens va nous présenter encore les mêmes signes Est-il possible d'y voir une autre maladie que la vérole? 1

Les indigènes de toutes les îles océaniennes font peser sur les Européens la responsabilité de l'importation de la syphilis. Mais, dirons-nous avec de Rochas peut-on accepter cette tradition accusatrice sans faire' observer que ces indigènes n'ont d'autre histoire que celle qu'ils se transmettent par la voie orale ; qu'ils sont naturellement tout disposés à rejeter sur les peuples conquérants les vices et les maladies qui peuvent être de leur fait, qu'ils ignorent absolument la filiation des symptômes de la syphilis, et qu'avant d'être éclairés sur leur nature par les Européens, ils attribuaient souvent les manifestations de la vérole à une influence occulte, à un sortilège.

Le fait est que la syphilis règne en souveraine dans tous les archipels océaniens qu'elle contribue à dépeupler avec la phlhisie pulmonaire, la variole et la scrofule. Elle s'observe sous toutes ses formes en Nouvelle- Calédonie, aux îles Fidji, aux Wallis, à Tonga-Tabou, auxPomotou, aux Mariannes, à Taïti, aux Garolines' etc.

De Rochas a signalé le tonga comme assez commun en Nouvelle-Calédonie, aux Fidji, à Tonga-Tabou, et n'a pas hésité àleranger parmi les manifestations de la syphilis. La maladie est très souvent héréditaire, car les cas les plus communs s'observent chez les enfants; elle consiste d'abord en une éruption de papules larges, sécrétant un liquide séreux, et siégeant à la face, à l'anus, aux parties génitales, aux commissures des lèvres, et en une poussée de papules plus discrètes situées à la racine des ongles, dans les espaces inter-

digitaux, à la face plantaire des pieds, Si l'on coupe les couches d'épiderme épaissi par places dans cette dernière région, on arrive à reconnaître qu'elles recouvrent une pustule granuleuse qui guérit ou qui passe à l'état d'ulcère. Les papules de la face et des autres régions prennent au bout d'un certain temps l'aspect des tubercules auxquels on a donné le nom de pian, de frambœsia, de y mus.

Aux Pomotou, la syphilis est souvent grave et a pour conséquence la formation d'ulcères sordides, indolents, phagédéniques, la perte du globe oculaire, du nez, du voile du palais, la perforation de la voûte palatine.

Aux Mariannes, on a constaté parmi les manifestations de la syphilis la présence du pian ou frambœsia : il en est de même aux Garolines où le pian est connu sous le nom indigène de ketch.

A Taïti, la syphilis est commune. Le bubon d'emblée y a été signalé comme fréquent et grave il y a une trentaine d'années, mais en 1878 Chassaniol et Guyot nous ont fait connaître qu'ils n'en avaient pas observé un seul cas depuis un an et que la syphilis, toujours fréquente, n'y avait pas la gravité qu'on lui a reconnue jadis.

La syphilis n'est pas très fréquente dans les Antilles françaises. Elle l'était au contraire beaucoup il y a plus d'un siècle, parmi les nègres, alors que la case à pian était annexée à chaque habitation pour le traitement des esclaves. Le pian, à l'heure qu'il est, est une rareté, dit Dutroulau. Les cas de prétendu pian qui ont passé sous les yeux de Rufz de Lavison pendant une période de plusieurs années se rapportaient à des maladies cutanées d'origine diverse, eczéma chronique, pustules ulcérées d'octhymn, syphilides classiques. Quant aux

Européens, ils trouvent incontestablement, dans le climat des Antilles, une condition très favorable à la guenson de la syphilis contractée en Europe et rebelle au traitement. Il n'en est pas de même de la syphilis contractée par eux dans leurs rapports avec les mulâtresses, et j'ai constaté deux fois, pour ma part, des lésions très graves chez des Européens infectés dans ces conditions. Les créoles nègres et métis présentent d'ailleurs, dans l'évolution de la syphilis dont ils sont porteurs, la même série de périodes qu'en Europe ; les accidents ter tiaires sont plus rares que dans les climats tempérés, et Rufz de Lavison attribue la fréquence de l'ozène avec destruction de la cloison des fosses nasales et l'aplatissement du nez, à la négligence des malades et à l'absence de tout traitement mercuriel dans ces cas.

D'après Donnet, la syphilis est fréquente parmi les équipages des navires anglais à Port-Royal (Jamaïque).

Goindet a constaté, pendant notre dernière expédition de guerre au Mexique, que la syphilis était très commune dans ce pays, et qu'elle avait de la tendance à se propager dans les familles blanches et métisses. Les Indiens qui vivent loin des villes sont indemnes de syphilis, ce qui semble résoudre la question si débattue, quoique secondaire, de l'importation de la vérole par les soldats de Fernand Gortez. Ce même fait s'observe dans l'Amérique centrale où les Indiens résidant loin des ports et des centres populeux ne sont pas, à beaucoup près, aussi souvent atteints. Toutes les maladies vénériennes et spécialement la syphilis sont très répandues dans toute l'Amérique du Sud, mais plus particulièrement au Brésil. APernambuco (Recife) la vérole fait de téls râVàgès, dit Emile

Béringer(l), qu'elle fournit 10 pour 1000 des décès. A Rio-Janeiro,d'aprèsBourel-Roncière,7082 syphilitiques sur 1 8,143 malades sont entrés, de 1861 à 1866, à l'hôpital Santa Casa da Misericordia. Au Brésil, régnent les boubas dont j'ai donné, dans une autre partie de ce livre, une description empruntée aux médecins brésiliens et à Bourel-Roncière. L'analogie des boubas avec les tubercules du pian et du yaws d'Afrique, la tradition qui considère cette affection comme ayant été importée au Brésil par les nègres africains, les bons effets du traitement mercuriel local et général, la transmission par inoculation sont sans doute des motifs qui plaident en faveur de la nature syphilitique des boubas. Mais, au dire des médecins brésiliens euxmêmes, les boubas ne sont pas héréditaires ; en outre, l'inoculation du virus boubatique donne les boubas et non le chancre ; enfin les boubas chroniques ne s'accompagnent pas de la pléiade inguinale, et ne coïncident pas avec la perte des cheveux, l'iritis, etc. Il n'est donc pas possible de ranger, jusqu'à nouvel ordre, les boubas parmi les syphilides.

La vérole est commune dans les ports des États- Unis de la Plata (Montevideo, Buenos-Ayres) et parmi les tribus indiennes Matacos qui la traitent avec la plus grande négligence. Elle est un peu moins fréquente en Bolivie, au Pérou, dans la république de l'Équateur; toutefois le port d'Arica,au Pérou, passe pour plus particulièrement dangereux.

Les conclusions générales que nous pouvons tirer de l'étude géographique de la syphilis sont peu nombreuses, mais elles ont un caractère indiscutable de

(l) E. Bferiïiger, Recherches sur le blïmal et la tootuàiîé i'e là ville du liecife ou Pèrnambuco (Rrésil). — Annuaire de la SOHâS météorologique de Franc»., IS78, et Arch. de méd. nav., mars 1 870

certitude. 1° La syphilis européenne rebelle trouve dans tous les climats torrides deux conditions très avorables à la guérison, car d'une part l'organisme ae i Européen acquiert une sensibilité très grande à l action du mercure qu'il convient seulement de n'administrer qu'à très faibles doses et, d'autre part, les sudations exagérées favorisent la rénovation des liquides qui traversent l'organisme. 2° La syphilis contractée par les Européens dans les climats torrides a souvent un caractère de gravité tout particulier : il semble qu'ils y contractent la syphilis du quinzième siècle, non modifiée par le traitement mercuriel et aggravée par le transport d'une race à une autre, c'està-dire par le développement sur un nouveau terrain. 3° La syphilis des indigènes des pays torrides est très répandue parmi eux, mais elle trouve aussi dans les conditions atmosphériques de ces climats une influence favorable qui la rend en général bénigne et qui parfois procure des guérisons sans traitement.

§ 28. — Fièvres non infectieuses ou climatiques.

A côté des pyrexies transmissibles dont il a été question au début de cet ouvrage, on observe, dans les différents climats, un certain nombre de fièvres qui ont toutes leurs analogues dans la zone tempérée, et qui sont surtout l'écho des influences saisonnières et climatériques. Cette partie de la pyrétologie exotique est, au premier abord, quelque peu embrouillée; toutefois, sous ce chaos apparent, il est possible d'établir que les types fébriles que l'on a décrits et dénommés de mille manières, comme si chaque pays, ebaque localité avait le sien, répondent à des syn-

dromes nosologïquement définis qui se rangent dans les groupes suivants :

1° Fièvres éphémères ;

2° Fièvres inflammatoires simples ;

3° Fièvres catarrhales et grippes ;

4° Fièvres bilieuses.

Je fournirai quelques indications à propos de chacun de ces groupes, considérés au point de vue exotique.

A consulter :

Saobel. — Essai sur la climatologie de Montevideo et de la République orientale de l'Uruguay. Thèse, Montpellier, 1851.

Ciiaumezière (A. -F.). — Fièvre catarrhale épidémique observée à bord du vaisseau le Duguay-Trouin, en 1863.

Rufz de Lavison. — Chronologie des maladies de Saint-Pierre {Martinique) [Ardu de méd. nav., 1869, p. 425, 1" semestre: et 33, 2e semestre).

Du troulau. — Maladies des Européens dans les pays chauds, 1868 p. 329, 343, 2e édition.

Rouvier. — Observations sur les fièvres du Gabon. Thèse, Montpellier, 1870.

Rey. — Article Géog. médicale (Dict. de méd. et de chir. prat., 1872, passim).

Pellarin (A.) . — De la fièvre bilieuse hématurique observée à la Guadeloupe [Arch. de méd. nav., 1876. Avant-propos, p. 33).

Berencer-Féraud. — De la fièvre dite bilieuse inflammatoire, etc. P. Delahaye, 1878, p. 339.

Guéguen. — Elude sur la marche de la température dans les différentes fièvres à la Guadeloupe {Arch. de méd. nav., 1878 1" semestre, p. 81).

Mahé. - Programme de séméiotique pour l'étude des maladies exotiques. J.-lj. Baillière, 1 vol., 1880.

\ 0 Groupe des fièvres éphémères.

La fièvre éphémère est ubiquitaire et se présente sous toutes les latitudes avec des caractères identiques.

Ephémère de la Guadeloupe. — C'est le type qui a été le mieux décrit. - C'est une intermittente quoti-

dienne très bénigne el très fugace, très voisine de la fièvre catarrhale gastrique légère. Inappétence, langue saburrale, céphalalgie, malaise, sueur légère la nuit, brisement des membres au réveil, pas de frisson, chaleur modérée. Durée de trois à huit jours au plus. Température comprise entre 37°,5 et 38°, 5, montant rarement à 39°. Le matin, rémissions à 36°,8, le soir exacerbations. Les évacuants sont souverains, la quinine inefficace (Guéguen, 1878).

Éphémère de la Martinique. — Très fréquente à Saint-Pierre. On doit l'attribuer à la chaleur, aux refroidissements, aux troubles de la menstruation, à la fatigue (Rufz de Lavison).

Éphémère de Syrie et de Mésopotamie. - C'est la Oca. On l'observe surtout chez les Européens nouvellement arrivés. On l'attribue aux influences thermiques.

Éphémère de Macao. — Elle atteint les Européens et les indigènes, en hiver, en même temps que d'autres maladies communes à frigore.

Éphémère de l'Inde. — C'est la febricula de Morehead. Ce médecin accuse la chaleur, les excès de table, les fatigues corporelles.

Il n'y a aucun intérêt à multiplier ces types qui se rapportent tous ù la fièvre éphémère nostras.

2° Groupe des fièvres inflammatoires simples.

Elles ont leur analogue dans notre synoque, dans notre fièvre angéioténique.

Synoque de la Guadeloupe. — Début brusque, en général par un frisson violent, chaleur exagérée, visage vultueux et animé, très grande agitation, pouls plein, dur, vibrant, peau sèche et brûlante. Peu ou pas de nausées, absence de symptômes intestinaux, sauf la constipation qui n'est pas constante. Rémission vers

le cinquième jour, suivie d'une apyrexie de six heures au moins, de dix-huit heures au plus, après laquelle apparaît un nouvel accès semblable au premier, sauf l'intensité qui est moins grande. Les symptômes s'amendent de nouveau au bout de trois à quatre jours et la guérison a lieu. — Voici la marche de la température : elle monte brusquement à 40°, 41°, le premier jour, puis oscille, jusqu'au cinquième ou sixième jour, entre 39°,5 et 40°, 8. Vers le cinquième jour , la rémission fait descendre le thermomètre de 38° à 36°, à 35°, et même à 34°, si les phénomènes inflammatoires ont été intenses. Ces basses températures n'entraînent jamais le collapsus des forces. Dans la seconde période, le thermomètre remonte de nouveau , sans dépasser ordinairement 38° ou 39°, puis, au bout de trois à quatre jours, a lieu la seconde défervescence, qui est définitive. Le traitement, quel qu'il soit, ne paraît pas avoir d'influence sur la marche et les symptômes de la fièvre (Guéguen, 18"78).

Les synoques ont été signalées dans toutes les régions du globe, aux Antilles (Rufz de Lavison), à la Plata (Saurel), dans l'Inde (Morehead), en Chine, etc. Aucune n'a été décrite avec la netteté de description qu'y a apportée notre collègue Guéguen.

3" Groupe des fièvres catkarrkaU-s.

Il y a deux espèces de fièvres catarrhales : 1° les catarrhales saisonnières, simples, non épidémiques, communes dans tous les pays, mais surtout dans les climats froids et tempérés, écloses comme les grippes sous l'influence de causes d'ordre météorique, constituées par trois symptômes cardinaux : la fièvre, Trial muqueux du tube digestif, l'inflammation et la desquamation légères d(3 la muqueuse laryngo-bronchique, distinctes de l'embarras gastrique et de la bron-

m PATHOLOGIE EXOTIQUE,

chite, parce qu'elles frappent à la lois les deux mu queuses par l'intensité fébrile, la continuité de la fièvre, 1 atteinte portée aux forces de l'organisme (I). - Ces fièvres sont communes en tous pays, et n'ont pas de signes cliniques spéciaux, quelle que soit la latitude. - 2° Les fièvres catarrhales épidémiques ou grippes. La grippe est ubiquitaire, comme les fièvres catarrhales du groupe précédent ; toutefois elle règne surtout dans les latitudes élevées du globe. Sa fréquence dans la zone froide est une preuve de son eclosion en dehors de tout infectieux ; du reste la rapidité avec laquelle elle frappe deux points géographiques éloignés exclut l'idée de la transmission par les hommes, soit par voie de terre, soit par les navires. Elle n'est pas portée par les vents, car les épidémies de grippe ont marché plusieurs fois à 1 encontre de leur direction; quand elle atteint une population, elle ne débute pas dans une maison pour s'étendre ensuite à tout un quartier, mais elle frappe, au contraire, simultanément, un nombre variable' d'habitants, quelquefois plusieurs centaines à la fois ; elle n'est pas d'origine tellurique, car elle a plusieurs fois atteint des équipages de navires naviguant au large. Au total, tout concourt à démontrer que c'est une maladie météorique par ses causes, épidémique dans son développement , non transmissible de l'homme malade à l'homme sain.

Elle est très commune en Sibérie, aux îles Feroë {Krugm), en Islande {Que/), dans la presqu'île Scandinave, en Danemark, dans toute la zone froide de

(1) Cette fièvre catarrliale est commune à Brest, en hiver el au printemps, et il est décidément impossible! d'en faire une bronchite simple ou un embarras gastrique, mûmé fébrile.

.MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. G Ml

l'Amérique du Nord, aux îles Aléoutiennes, au Canada, etc.

Elle devient déjà plus rare dans les zones tempérées, mais il n'est pas une de leurs régions qu'elle n'ait envahie. A Montevideo, elle paraît beaucoup plus commune qu'ailleurs, et il n'est pas d'année où elle n'apparaisse dans cette ville sous forme d'épidémie d'intensité variable.

Elle est rare et tout à fait accidentelle dans les climats chauds et torrides : on l'a toutefois observée exceptionnellement en Syrie, en Australie, en Nouvelle-Calédonie, à la côte occidentale d'Afrique, sur le littoral de la Chine, deHonk-Kongà Péking, etc.

Il ne paraît pas que ses signes cliniques présentent, suivant la latitude à laquelle on l'observe, des caractères différentiels susceptibles d'être appréciés.

4° Groupe des fièvres bilieuses climatériques.

J'ai dit, dans la partie de cet ouvrage qui a trait aux maladies infectieuses, que quelques-unes d'entre elles revêtaient le caractère bilieux. J'ai parlé :

1° De la fièvre dite bilieuse inflammatoire aux Antilles, qui peut être rattachée avec Rufz de Lavison, Lota, Bérenger-Péraud, à la fièvre jaune ;

2° De la typhoïde bilieuse, que Griesinger a démontré être l'une des formes du typhus à rechute, la forme grave.

3° Des fièvres bilieuses compliquées palustres, dont la rémittente bilieuse palustre, grande endémique des pays chauds, et la fièvre bilieuse hématurique sont les types les moins contestables. .

A côté de toutes ces pyrexies, mais tout à fait en dehors d'elles au point de vue étiologique, on observe dans les pays chauds et torrides, comme d'ailleurs dans nos latitudes, une lièvre bilieuse non infectieuse,

C)'tt PATHOLOGIE EXOTIQUE.

saisonnière, climatérique qui se présente, sous deux formes, l'une simple, l'autre inflammatoire. Toutes deux ont été considérées, à tort à notre avis, comme des fièvres d'acclimatement; on a dit que les fonctions hépatiques s'exagérant sous l'influence des hautes températures, l'hypersécrétion biliaire se traduisait par des vomissements, des déjections bilieuses, quelquefois de l'ictère et concurremment, de la fièvre d'intensité variable. Nous avons réfuté ailleurs cette interprétation de l'origine des maladies hépatiques, et nous avons fait observer qu'aucun fait physiologique, qu'aucune des conditions nouvelles dans lesquelles se trouvait l'organisme, ne pouvait justifier cette exagération fonctionnelle ; qu'enrevanche, les causes morbides de toute nature frappaient de préférence, dans les pays torrides, un appareil de moindre résistance, c'est-àdire le tube digestif et ses annexes, dont l'intensité fonctionnelle est incontestablement très affaiblie, et que là était, pour nous, la cause de la fréquence de la diarrhée, delà dysenterie et de l'hépatite, autant que de leur ténacité. Nous sommes du môme avis à propos des fièvres bilieuses climatériques et nous pensons que, loin d'être des épreuves d'acclimatement, elles constituent de véritables maladies, qu'elles ont pour cause les influences météoriques, spécialement la cbaleur, et que, si elles choisissent comme détermination morbide l'appareil hépatique, c'est parce qu'il constitue l'une des régions organiques dont le fonctionnement est affaibli, et dont la vulnérabilité est par suite plus grande.

La fièvre bilieuse climatérique légère présente des caractères analogues à ceux que l'on peut observer dans nos climats sous l'influence des chaleurs de l'été. Guéguen a étudié avec soin celle qu'il a observée à la

MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. 633 Guadeloupe ; en voici les traits principaux : elle atteint les nouveaux arrivés d'Europe ; elle ne porte aucune atteinte sérieuse à l'organisme. Elle débute par une ascension thermique brusque; le thermomètre monte à 40°, du matin au soir, ou en 24 heures, pendant que Ion constate concurremment la coloration jaune de la langue et un état bilieux caractérisé par des selles bilieuses et, dans quelques cas, par des vomissements de même nature. La température se maintient à quelques dixièmes au-dessus de 40°, pendant 24 ou 48 heures, puis, du 3e au 4e jour, commence la défervescence qui est, en général, assez rapide.

Une fièvre bilieuse climatérique plus sévère a été observée par tous nos collègues aux Antilles, au Sénégal, au Gabon (1) et par nos confrères britanniques, dans les Indes orientales. C'est la précédente, au point de vue des symptômes, à l'intensité près. On la nomme généralement fièvre bilieuse inflammatoire et quelquefois, à tort, fièvre d'acclimatement. Il convient de ne pas la confondre avec la fièvre dite bilieuse inflammatoire aux Antilles, dont nous avons parlé à propos de la fièvre jaune et qui rentrera, nous l'espérons, dans le cadre de cette dernière maladie. La fièvre bilieuse inflammatoire climatérique est celle qui a frappé, en 1804, l'équipage du brick anglais le Centurion ; c'est elle qui a régné, pendant plusieurs semaines, dans la mer des Antilles, à bord du brick le Cuirassier, en 1833 : elle a son analogue dans nos fièvres bilieuses d'été ; dans la zone intertropicale elle a quelque ressemblance, à son début, avec la fièvre jaune à sa première période, mais elle s'en distingue par la mortalité presque nulle, à moins de complication

(I) V. Obs. 1, 2, îUle la thèse de Rouvier, 1870.

^ d très rare> Par 1,intensité beaucoup moins grande de ses symptômes, par l'absence de seconde période adynamique. Elle se distingue, d'autre part, des fièvres bilieuses palustres par sa préférence poulies Européens récemment arrivés dans la zone torride, par 1 absence de commémorais et par l'inefficacité du sultate de quinine.

Page 1