Collection de Brest
Brousmiche (E.). — Essai sur le Mancenillier. Thèse, Paris, 1874 .
Annales d'hygiène publique, 1877. — Empoisonnement par les
amandes du sablier élastique, à Copenhague. Bérenger-Féraud. — Maladies des Européens au Sénégal. — Empoisonnement par le datura stramonium et le purguer. Décoréis. — Etude sur le manioc. Thèse, Montpellier, 1879. —
Arch. de méd. nav. — Contribution à ta géographie médicale:
Flores des divers pays, passim.
1° Euphorbiacées. — Les plantes de cette famille sont très abondantes dans les climats intertropicaux : la plupart d'entre elles contiennent dans les amandes de leur fruit un principe actif, tantôt purgatif, tantôt vénéneux suivant la dose ingérée et l'espèce végétale; telles sont les amandes du ricin, du jatropha curcas, les petits pignons d'Inde, les semences du sablier élastique, etc. Plusieurs autres ont dans leurs tiges, leurs rameaux et leurs feuilles un suc laiteux ou résineux irritant et souvent toxique. Je m'occuperai plus spécialement de trois espèces le Mancenillier, le Sablier, le Manioc, qui exposent à des accidents plus habituels.
§ I. Maneenillicrs. — 1. Mancenillier s à feuilles de houx, mancinella venenata, hippomane mancinella. Vulg. arbre poison, arbre de mort, noyer vénéneux. A Curaçao, on le nomme manzalini. — Antilles, rivages du golfe du Mexique, Nouvelle-Grenade, Venezuela, Floride. — Signalement: le port du poirier; ar-
ANIMAUX ET VÉGÉTAUX NUISIBLES. 733 bre de 10 à 15 mètres de haut. Racines fortes, à écorce brun-clair. Sur les grosses branches et sur le tronc, l'écorce est grise, épaisse, non fendillée, quelquefois rouge. Feuilles simples, coriaces, alternes, annuelles. Fleurs monoïques, à pétales très petites, sans éclat, les mâles jaunâtres, les femelles verdâtres. Inflorescence en épi. Le fruit, la manzanille, ressemble à une pomme d'api par la forme, mais non parla riche coloration ; son odeur a une grossière analogie avec celle du citron et de la pomme d'api. Il est vert avant d'être mûr, jaune à la maturité. Il a de deux à quatre centimètres de diamètre ; un gros pédoncule le supporte. En haut, son ombilic est sans calice ; l'ombilic inférieur est moins enfoncé que celui de la pomme d'api. L'épicarpe est mince, le mésocarpe charnu, pulpeux, divisé en 6 ou 8 loges contenant chacune une graine à albumen huileux. Les fruits tombés se dessèchent et leur mésocarpe devient spongieux et noir. Le suc ou latex du Mancenillier est blanc et laiteux et s'écoule des incisions pratiquées sur l'écorce ; il existe aussi dans les feuilles et le fruit. Le Pr Coutance en a isolé une résine verte qui a les propriétés irritantes du latex et qui constitue le principe toxique.
Action. — Le suc du Mancenillier détermine sur la peau des vésicules et des vésiculo-pustules douloureuses avec aréole inflammatoire si le contact a été prolongé, ou s'il y a eu friction. L'eau de pluie qui a passé sur les feuilles produit les mêmes effets. La résorption curative de ces vésicules est d'ailleurs assez rapide. Le contact du latex avec la peau dénudée et les muqueuses aune action analogue, mais plus irritante. Le fruit mâché et ingéré produit une vive stomatite éruptive, du ballonnement, des coliques très vives, de la diarrhée séreuse ou sanguinolente, la petitesse et la
M^ënèe du pouls, des sueurs froides, une grande faiblesse, souvent une fièvre intense réactionnelle Dans les cas plus graves, ceux par exemple qui sont déterminé, par l'ingestion des fruits verts, plus toxiques que les mûrs, on observe une grande prostration et du coma qui peut être suivi de mort. On commencera le traitement par un vomitif, puis on administrera les stimulants diffusibles et l'opium. Les gargarismes emolhents et alcalins, les applications émollientes au cou, parfois des sangsues dans la même région constitueront le traitement de la stomato-pharyngi'te - 2. Mancenillier à feuilles de laurier, gluttier des oiseleurs. Arbre de dix mètres, d'un port élégant, contenant dans toutes ses parties un suc laiteux dont les eflets sont les mêmes que ceux dont je viens de parler.
§ 2. Sablier élastique (Hura crepitans.) Vulg. Arbre au diable, noyer d'Amérique. — Originaire de lAsie très répandu dans toute l'Amérique intertropicale.' — Signalement : grand arbre à écorce grisâtre ; son tronc et ses branches sont recouverts de piquants.' Larges feuilles lancéolées, dentelées sur les bords. Fleurs unisexuées, les mâles en châton, rougeâtres, les femelles de même couleur. Le fruit est une capsule à douze côtes ligneuses placées en cercle autour d'un axe commun et contenant chacune une amande mobile. Le fruit desséché par le soleil se fend avec éclat et lance ses semences de tous côtés. Celle-ci plates et rondes, contiennent un albumen gras et huileux. L'huile isolée par La Porterie, pharmacien de Saint- Pierre Martinique, paraît vénéneuse àladose de 4grammes. Boussingault et Ribers enont extrait un alcaloïde toxique.
Action. — L'ingestion des amandes détermine une
superpurgation avec dysphagie, vomissements, malaise, état syncopal, et il est peu de médecins de la marine qui n'aient observé des cas de ce genre, aux Antilles. Les enfants sont, en général, plus gravement atteints, mais en somme il ne paraît pas que cet empoisonnement ait eu souvent des suites funestes. Le transport en Europe des fruits entiers du sablier a été la cause de plusieurs empoisonnements. Le Dr Lorenzen, de Copenhague, cite le cas de trois domestiques qui mangèrent les graines d'un de ces fruits, apporté en Danemark sept ans auparavant. Deux éprouvèrent d'abord des nausées, une sensation de brûlure au pharynx, des vomissements et de la diarrhée ; la troisième domestique qui, au contraire des précédentes, n'avait pas pelé l'amande, fut plus gravement malade, mais guérit. Le traitement se compose de l'emploi des vomitifs, des stimulants et de l'opium.
§ 3. Manioc amer. — Variétés: M. amer, m rouge, m. blanc à tige rougeâtre, m. maillé, m. 'bac' cacova, m. couri-faim.). (Jatropha Manihot, Janipha Manihot). Vulg. Pain des nègres, Juka des Caraïbes. En langue tamoule, Maletcha karaywally, en langue malaise, Obi-Balanda ; à la Nouvelle-Grenade, Mandiinca ; au Brésil, Macacheira. Originaire de l'Amérique du nord et particulièrement du haut Mexique et de la Caroline; introduit ultérieurement dans toutes les Antilles, à la Guyane, plus tard en Afrique, dans llnde, en Océanie. — Signalement : plante de deux à trois mètres, monoïque ; racine charnue, tuberculeuse, en poire allongée, pouvant atteindre 30 centimètres do diamètre, contenant une grande quantité de fécule et en outre un suc très vénéneux contenu dans les vaisseaux propres et disparaissant par le lavage et la dessiccation. La tige est dressée, cylindrique, noueuse
souvent teintée en rouge. Les feuilles sont alternes, à lobes ovales, lancéolés. Fleurs en grappe, à calice sub-campanulé jaune-rouge. Le fruit est une capsule trigone à graines toxiques.
Action. — Le suc extrait des vaisseaux de la racine au moyen de la presse est blanc laiteux, à odeur passagère d'amandes amères : il contient de l'acide cyanhydrique et une matière âcre, non volatile, qui d'après Décoréis, produit également des désordres graves. Le suc de manioc est quelquefois un instrument de suicide dans nos colonies. D'après les observations publiées par Rufz et les faits recueillis par divers auteurs, l'empoisonnement serait rapide et tiendrait à la fois de l'intoxication par les cyaniques et les narcoticoâcres. C'est aussi ce qui résulte des expériences auxquelles s'est livré consciencieusement Décoréis sur les animaux des divers embrancbements. Vomitifs, affusions froides, administration du carbonate ferrosoferrique hydraté, antidote de Smith, à la dose de io à 20 grammes.
§ 4. «raines Purguer. — On désigne sous ce nom l'amande d'une Euphorbiacée qui croît sur les bords des fleuves et des rivières de la côte occidentale d'Afrique et qui a causé, à Gorée, un empoisonnement assez grave chez un artilleur. L'amande, dit B. Féraud (1), « a la forme de celle du ricin, mais elle est un peu plus grande et ses faces sont convexes. Elle est elliptique et présente à l'une des extrémités de l'ellipse une sorte de hile. La couleur de la graine est brunâtre, l'intérieur contient une substance blanche, oléagineuse , très employée pour la fabrication des savons de Marseille. » Les symptômes observés par
(1) Maladies du Sénégal, t. II, p. 10G.
B. Féraud ont été ceux de l'intoxication par les graines des Euphorbiacées, et le malade, traité par les vomitifs, le thé punché, les stimulants périphériques, a guéri après cinq jours de traitement.
2° Aroïdées. — Cette famille compte des espèces très nombreuses dans les pays torrides et parmi elles beaucoup de végétaux toxiques; aussi Fonssagrives (I) recommande-t-il de se méfier sous ces latitudes des « racines provenant d'une plante à spathe, monophylle, ventrue inférieurement, ouverte en cornet à sa partie supérieure, contenant un spadice droit, cylindrique, renflé à sa base, ayant assez la forme d'un gland très allongé, à cupule inférieure. » Plusieurs Aroïdées sont plus particulièrement suspectes ou ont été la cause d'accidents : je vais en donner le signalement.
§ 1er. Draconte polypliylle (Draconlium polyphyllum), Draconte à racines tubéreuses, Koujaku du Japon, Trefuïl eaved dragon des Anglais. — Cayenne, Surinam, Antilles, Japon, etc. — Signalement: Odeur cadavérique de la fleur. Racine tubéreuse à radicelles isolées , de laquelle part un pétiole haut de 30 à 40 centimètres tacheté de vert, de blanc et de pourpre, portant des folioles pinnatifides à découpures lancéolées et décurrentes. Ce pétiole est caduc et remplacé par une hampe courte qui part de la racine et qui soutient une fleur dont la spathe est en capuchon. La fleur a une odeur fétide au moment où elle s'épanouit. — « Des matelots ayant entendu dire que la racine était aussi bonne à manger que celle du chou Caraïbe (Arum esculentum), en firent cuire avec du bœuf salé et commirent l'imprudence de boire le
(I) Hygiène navale, 2" édition, 1877, p. G37. Nielly.
bouillon. On les transporta à l'hôpital Saint-Marc, île de Saint-Domingue, et j'observai les symptômes suivanls : un court délire, des éclats d'un rire involontaire, des gestes forcés, des étourdissements, une ivresse maniaque » (Descourtilz). — Traiter l'empoisonnement par les vomitifs, les stimulants diffusibles, l'opium.
§ 2. Gouet arborescent [Arum, arboi^escens) . En anglais tree arum, en malabar ria-tsjembic. — Originaire de l'Amérique méridionale, habite les pays torrides et chauds ;onpeutla cultiver dans les serres des pays tempérés. — Signalement : Racine de la grosseur du bras, longue de 40 à 50 centimètres, blanchâtre, noueuse en dehors, blanche en dedans, à saveur douceâtre. Une seule tige avec faisceau terminal de feuilles. Chaque pétiole a une spathe oblongue, pointue à consistance de cuir, verte en dehors, blanchâtre en dedans. Chaton jaunâtre en bas, pâle en haut. La partie inférieure, seule persistante, devient une grappe à baies de couleur pourpre, grosses comme des pois chiches. — L'empoisonnement par les feuilles et la racine est très rare, la saveur âcre et caustique de ces organes en déterminant le rejet immédiat. Tout se borne an traitement local de l'irritation de la bouche.
§ 3. Gouet vénéneux (Arum seguinum) . Vulg. Canne marronne, canne de Madère. — Antilles, principalement Saint-Domingue, la Martinique, Cuba, Madère. — Signalement ; Le port d'un jeune bananier, tige droite, à nœuds, verte, à suc laiteux vénéneux, très âcre. Feuilles lancéolées, amplexicaules. Spathes lancéolées, vert-pâle en dehors, pourpres en dedans. Chaton jaunâtre. — Le suc de cette plante a été employé par des médicastresdes Antilles et a déterminé des accidents inflammatoires graves et même mortels quand
il a été ingéré. On leur opposerait le traitement de l'empoisonnement par les irritants.
§ 4. «ouet hérèdacé (Arum heredaceum) . Vulg. Herbe à méchants. — Toutes les Antilles, l'Amérique méridionale. — Signalement : Plante grimpante comme le lierre, tige cylindrique, grisâtre, feuilles pétiolées un peu coriaces, cordiformes. Spathe grande, épaisse, ovale et pointue. Chaton cylindrique. Le suc de cette plante est irritant et caustique des muqueuses. Ingéré par l'homme il produit les effets des poisons narcotico-âcres ; nausées, vomissements, selles diarrhéiques et sanguinolentes, coliques, prostration et sueurs froides. Traitement ordinaire.
§5. Coiocasie hérédacée (Colocasia heredacea),Gouet liane brûlante. — Toutes les Antilles, spécialement dans les bois montagneux. — Signalement : Tige grimpante comme le lierre, cylindrique, tortueuse, épaisse de deux centimètres environ , verdâtre et luisante. Feuilles pétiolées en fer de flèche, vertes en dessus, jaunâtres en dessous. Spathe grande, ovale, pointue, épaisse et blanche. Chaton cylindrique presque aussi long que la spathe. — La saveur de la racine fraîche est âcre et caustique : administrée à l'intérieur par des mains inexpérimentées , elle a causé des accidents graves qui relèvent de l'empoisonnement par les irritants.
3° Cucurbitacées. — liomordiquc nexiquen (mordeo, je mors, liquide mordant), Momordica Balsamina. Vulg. pomme de merveille. — Inde, Guyane On la cultive en Europe. — Signalement : Plante herbacée, tige flexueuse, rampante : les feuilles ont la forme et la couleur de celles de la vigne, mais elles sont beaucoup plus petites ; vrilles sur la tige ; fleurs monoïques, calice vert à 5 ou G divisions, corolle monopétale,
jaunâtre, à 5 divisions. Aux fleurs femelles succède un fruit, gros comme une prune, oblong. d'abord rouge, puis jaune, à verrues épineuses. Le fruit mûr
IvZVf ^ * ^ V°ir des ^ ^uge-vif ayant la forme des semences de citrouille - Le suc
exprimé de la plante est irritant et toxique. Ingéré à a doSe ^ 8 à J5 grammes par un chien de grande taille, il le tue. A dose moindre, il irrite violemment la muqueuse digestive, produit des nausées, des vomissements, des selles sanglantes, de violentes coliques, 1 accélération du pouls, l'algidité, des convulsions et parfois la mort dans le coma (Orfila). Nous n'avons pu recueillir d'observations relatives à l'empoisonnement chez 1 homme, bien que le fait ait eu lieu plusieurs lois dans les Antilles, au moins par imprudence
V Solances.-§ i«. Caleba8sier .éuéneu* (CW^m latifoha). G. a feuilles larges, Arbre à couis (i) - Guinée, Antilles, Centre-Amérique, Nouvelle-Grenade et Venezuela. -Signalement : Trèsbel arbre, donnant beaucoup d'ombrage : tronc épais, bois résistant à écorce gris-roux, branches nombreuses et feuillues • feuilles alternes, ressemblant à celles du citronnier' très longues, vertes. Calice vert, en deux parties' corolle gibbeuse, très blanche. Les fruits sont ovalaires; ils ressemblent à de gros citrons; ils sont verdâtres, ponctués, à coque mince et souple facile à rompre et renfermant une pulpe blanchâtre pleine de semences aplaties, brunes, d'une saveur amère. — La pulpe de ce fruit contient un suc toxique. Cinq soldats anglais, à Saint-Domingue, ayant mis dans une soupe plusieurs de ces fruits auxquels ils trouvaient le goût de concombre, périrent après avoir présenté les symp-
(1) Le couis aux Antilles est la calebasse, ustensile d'usage domestique. 6
tômes suivants : vomissements, déjections dysentéroïdes, coliques, frissons, convulsions, sueurs froides. — Il y aurait lieu de combattre cet empoisonnement par les moyens que l'on oppose aux effets produits parles narcotico-âcres.
§ 2. Morelle mammiforme {Solarium mammosum). Vulg. morelle molle, pomme-poison, poire de bachelier. — Amérique centrale, Antilles. — Signalement : plante d'un beau port, mais à odeur fétide. Tige herbacée, verte, à aiguillons jaunâtres et forts. Feuilles grandes, vertes, velues, triangulaires, lobées inégalement, à nervures jaunes dont quelques-unes sont garnies de piquants. Fleurs éparses, à calice vert, à cinq dents, sans piquants, mais couvert de longs poils blanchâtres. Aux fleurs succèdent des fruits cormiformes et pyriformes. L'écorce des fruits, blanchâtre et épaisse, limite une cavité dans laquelle se trouvent de petites graines ellipsoïdes. — L'ingestion de ces fruits peut causer la mort : les symptômes observés sont la strangurie et un état de somnolence ou de prostration alternant avec des accès de délire parfois furieux. On observe, en outre, comme dans l'empoisonnement atropique, du rire sardonique, la dilatation de la pupille, des troubles visuels, des vomissements, de la diarrhée. — Traiter par les vomitifs, les solutions tanniques, faire la médecine des symptômes. L'emploi des injections hypodermiques de chlorhydra te de morphine, à titre d'agent antagoniste, serait indiqué dans le cas d'effets généraux intenses, consécutifs à l'absorption de la solanine contenue dans le fruit de la morelle.
§ 3. Datura stramonium, stramoine, pomme épineuse. — Celte solanée, originaire de l'Inde, commune en France, est répandue dans tous les pays torrides, à
la Guadeloupe, à la Martinique, à Saint-Domingue Sur la côte occidentale d'Afrique, B. Péraud signale sa présence, en même temps que son abondance, à Dakar (Sénégal), et donne pour cette localité deux observations d'empoisonnement par l'ingestion des feuilles prises pour une salade sauvage. L'un des cas a été suivi de mort. Les renseignements fournis par les malades n'ont pas permis d'affirmer l'intoxication par le datura, mais les symptômes observés et l'enquête faite sur les lieux ne laissent guère de doute sur l'exactitude du diagnostic. Je laisse de côté les caractères botaniques de cette plante si connue en France, ainsi que les symptômes et le traitement de l'empoisonnement qu'elle peut déterminer.
5° Lobéliacées. — Lobéiie à longues fleurs {Lobelia longiflora). Vulg. Québec, mort à cabrit, en espagnol mata cavallo. — Toute l'Amérique tropicale, les Antilles, le Gap, l'Australie, les Sandwich. — Signalement : plante herbacée très élégante, à tige haute de 0m,30 à 0m,35, rameuse, couverte de poils courts. Feuilles alternes, lancéolées, vertes, duvetées en dessous, ayant quelque ressemblance avec celle du pissenlit d'Europe. Pédoncules axillaires, courts, portant une seule fleur à calice velu, à corolle ouverte en étoile. Cette plante contient, dans sa tige et dans ses feuilles fraîches, un suc laiteux irritant et toxique. Si la main imprégnée de ce suc touche les paupières ou le globe oculaire, une conjonctivite aiguë, un érysipèle en sont la conséquence. Des feuilles mâchées produisent l'inflammation violente de la muqueuse buccale, de la langue; l'ingestion détermine des nausées, des vomissements, des vertiges, de la paralysie musculaire, le coma, de la fièvre de réaction, parfois la mort. Les ruminants et les solipôdes ont été souvent
ANIMAUX ET VÉGÉTAUX NUISIBLES. ?63 victimes des erreurs de leur instinct dans les pays torrides A notre connaissance, l'homme n'a jamais succombé aux suites de l'ingestion de la Lobélie à longues fleurs, mais les symptômes observés ont été assez -raves pour rendrenécessaireslesvomitifs,rapplication
de sangsues au cou, les scarifications de la langue.
6° Apoc/nées. - Apocyn citron (Apocynum citrofolium). Vulg. Tue-chien. - Toute l'Amérique centrale : c'est un des végétaux servant à empoisonner les flèches et à servir de poison d'épreuve. — Signalement : plante herbacée, rampante; tige verte, noueuse, ligneuse. Feuilles en forme de cœur, vert foncé, opposées ; fleurs en étoile, rougeâtres. Fruits jaunes, en forme de citron allongé, présentant des verrues et des arêtes, constitués par une écorce molle, très blanche, épaisse, et une cavité contenant des graines écailleuses à aigrette blanche. Des empoisonnements par l'apocyn citron ont été notés chez des naturels de Saint-Domingue. Pouppée-Desportes et Minguet ont constaté de la dysphagie, du délire, le rire sardonique, la dilatation de la pupille, les convulsions, le coma, la diarrhée et les vomissements. Traitement parles vomitifs, les antidotes chimiques, les stimulants diffusibles, la morphine à titre d'antagoniste.
7° Composées. Carline mastic, {Carhna gummifera). — Herbe répandue en Grèce et dans d'autres points de l'Europe. Racine grosse comme le bras, grise en dehors, blanche en dedans, contenant un poison actif qui produit une action analogue à celle que détermine l'ingestion des champignons vénéneux; tige courte, feuilles pinnatifides en rosette, capitule épineux par ses squames extérieures. La racine a déterminé plusieurs empoisonnements en Grèce.
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mais ,1s occasionnent, au sein de l'organisme dê dT sorte m caniques et des accidente infllma ires parfois redoutables. Charnay, dans son récent Ty ge
S /f °n- CeS poiIs sont eu'ent de petits t ™ * delé™-nt l'estomac, traversent le pa o,s de intestin, envahissent les tissus et les orga-
et sont ,e poin "de aepait d abcès souvent suivis de mort.
ARTICLE III. — Flèches empoisonnées et poisons
d'épreuve.
Les accidents graves ou mortels causés par l'emploi des flèches empoisonnées parles naturels des diffé-
ANIMAUX ET VÉGÉTAUX NUISIBLES. 765 rents pays, dans les combats qu'ils ont livrés aux races conquérantes, ont toujours été rares; d'autre part, l'administration des poisons d'épreuve est une pratique qui n'est jamais sortie des milieux sauvages. Il m'a paru néanmoins intéressant de réunir en un faisceau les renseignements que nous possédons sur cette matière, dont l'étude, à peine ébauchée, appelle de nouvelles recherches.
A consulter :
Descourtilz. — Flore médicale des Antilles, t. III, 1821.
Van-Leent. — Poison des flèches de Bornéo et de Java (Arch. de méd. nav., 1865, 2e semestre).
Griffon du Bellay. — Le Gabon (Journal Le Tour du Monde, 18C5).
Mëry (E.-G.). — Note sur la fève de Calabar et les poisons végétaux de la côte occidentale d'Afrique {Arch. de méd. nav., 1866, 1er semestre).
Posada-Arango. — Le poison de rainette des sauvages du Chocô {Abeille médicale, 1871, et Arch. de méd. nav.', 1871, 2e semestre).
Polaillon et Carville. — Etude sur les effets toxiques de Vlnée {Arch. de physiologie, 1872, n°s 5 et 6).
Anonyme. — Un nouveau poison des flèches trouvé à Kombê (Afrique) et étudié par Fraser, Pelikan, Polaillon et Carville {Revue des cours scientifiques, 1872, n° 44).
L. Vincent. — Compte rendu de l'étude sur rinée {Arch. de méd. nav., 1873, 1er semestre).
Vdlpian. — Leçons faites à la Faculté de Paris sur l'action des substances toxiques et médicamenteuses, en 1875 {Journal de l'Ecole de médecine, 1876).
Gallois (N.) et Hardy (E.). — Recherches chimiques et physiologiques sur l'ècorce de Manzone {Arch. de physiologie normale et pathologique, 1876).
Corre. — Le Doundakè, le Téli, et le Mëli {Journal de Th. de Gubler, 10 mars 187(1).
E. R. — Compte rendu des recherches sur les flèches empoisonnées des naturels des îles de l'Océan Pacifique, par A.-B. Messer, médecin de la frégate anglaise la Pearl(Arch. de méd. nav 1877' 1er semestre). ' '
Jorert. — Communication faite à la Société de Bioloqie {Proarès médical, n» 51, 1878).
1° Flèches empoisonnées par des substances d'origine ani-
766 PATI10L0GIE EXOIIQUE.
maie. —Divers voyageurs ont rapporté que les naturels des îles Hébrides, de l'archipel de Lapeyrouse, des îles Banks, etc., trempaient leurs flèches de chasse et de guerre dans les parties molles des cadavres humains en putréfaction, dans les parois épaisses de la région lombaire notamment. Ces assertions sont probablement inexactes, car les observations recueillies à propos des accidents survenus dans ces parages par les blessures dues aux flèches prouvent que ces accidents ne sont pas ceux de la septicémie ou de la pyohémie.
Les Boschismans, dit-on, pilent la vipera cornu, en extraient un suc gommeux et en enduisent le fer de leurs flèches. Livingstone parle de peuplades riveraines du Zambèze qui trempent leurs dards de guerre dans les entrailles d'une chenille ou d'un crapaud. Les Hottentots trempent leurs dards dans le venin naturel du cobra capel.
Certains naturels de l'Inde enduisent leurs poignards de la liqueur extraite des téguments du Lézard vert, Gecko virosus. Nous possédons des renseignements plus circonstanciés sur les procédés qu'emploient certaines peuplades de l'Amérique du sud pour empoisonner leurs flèches, mais nous ignorons si elles se servent de ces armes pour la chasse seulement ou si elles les ont employées dans les combats entre tribus . L'usage journalier que ces peuplades en font pour tuer les animaux de toute taille me paraît suffire pour attirer l'attention sur des faits qui peuvent, à un moment donné, occasionner des accidents de chasse et peut-être des blessures de guerre. Les naturels des États-Unis de Colombie (Amérique méridionale) empoisonnent leurs flèches avec le venin d'une rainette que le Dr Posada-Arango a classée dans le genre Phyllobates sous le nom de Phyll. chocoensis
et qui abonde dans les forêts du Ghoco. Ce dernier nom est celui du territoire colombien situé à l'ouest de l'État d'Antioquia, et étendu de la Cordillère des Andes au Pacifique, entre le 4« et le 9e degré de latitude nord. Les Noanamas, les Curras et les Cbocoes habitent ce territoire : ce sont les Noanamas qui préparent les flèches et qui les vendent aux autres peuplades.
La rainette est petite, vive, svelte, elle a la tête et le dos d'un jaune vif, les pattes et le ventre d'un noir bleuâtre. La tête est triangulaire, les yeux saillants, l'iris doré, les oreilles bouchées par une membrane mince, la bouche très grande, sans dents, le corps rétréci à la naissance des cuisses, la peau lisse, sauf quelques rugosités au niveau de l'anus; les membres antérieurs ont quatre doigts libres non palmés, les postérieurs en ont cinq. Le chant de l'animal ressemble au son fia fiu que les Indiens imitent quand ils la chassent. Ils nomment d'ailleurs cette rainette vasô, chaque, neaara, c'est-à-dire crapaud, petit, venimeux. La rainette est saisie à la main, puis embrochée au moyen d'une baguette de bois et présentée au feu : elle exsude alors par la peau le venin qui sert à empoisonner les flèches. Celles-ci ont 23 centimètres de long ; elles sont de bambou ou de bois de palmier, avec une petite pointe aiguë sur la surface de laquelle les Indiens creusent une cannelure pour contenir la substance toxique. Elles sont lancées au moyen d'une sarbacane faite de deux demi-cylindres de bois de palmier, longs de deux mètres. Desséché sur les dards, le poison est plus ou moins gris suivant son ancienneté, inodore, produisant l'éternuement si on le racle ou si on le pulvérise, acre au goût. Le Dr Posada-Arango en a expéri menté l'action sur les crapauds, les oiseaux et les
mammifères. Les premiers seuls ont résisté à l'action du poison laissé plusieurs heures dans l'épaisseur des membres. Il n'en eût pas été de même pour la grenouille commune. Les expériences de Vulpian (1875) prouvent que ce dernier animal, soumis en France à 1 action du poison de la rainette du Chocô, éprouve les symptômes suivants : les battements cardiaques se ralentissent d'abord, puis s'accélèrent ; on constate ensuite l'affaiblissement de la motilité, des secousses convulsives, la paralysie progressive et enfin l'arrêt du mouvement respiratoire, bien que le cœur continue à battre encore pendant quelques instants. Les oiseaux et les mammifères sont tués très rapidement d'après Posada-Arango : les premiers en dix ou quinze minutes, les seconds dans un espace de temps un peu moins rapide. Les symptômes que l'on observe sont ceux dont nous avons parlé à propos des grenouilles empoisonnées par Vulpian. Le venin de la rainette n'est donc pas un poison du cœur et diffère par conséquent du venin du crapaud et de la salamandre aquatique. — Le traitement à suivre dans le cas d'une blessure faite à l'homme par les flèches des Ghocoes consisterait à pratiquer la succion énergique de la plaie, à appliquer une ventouse sur le point lésé, à étreindre la région au moyen d'une ligature placée au-dessus de la plaie, à débrider cette dernière et à la cautériser par le feu, l'ammoniaque, l'acide sulfurique, à administrer les stimulants diffusibles, notamment l'alcool.
2° Flèches et poisons d'épreuve d'origine végétale. — I. Flèches et poisons d'épreuve d'Afrique. — i. Flèche des Pahouins. — La plante dont l'extrait sert à enduire ces flèches est l'Inée, onage, onaye {Slrophantus hispidus), de la famille des Apocynées. On la rencontre en
Sénégambie, sur les rivages du Rio-Nuriez, à Sierra- Leone, en Guinée, au Gabon, en somme, sur presque toute l'a côte occidentale d'Afrique. Son signalement, d'après Bâillon, est le suivant : Feuilles opposées, ou plus rarement verticillées par trois, elliptiques, oblongues, arrondies à la base, courtement acuminées au sommet; les nervures, à la face inférieure surtout, sont munies de poils ayant de 5 à 7 millimètres de longueur ; les fleurs sont réunies en cimes terminales et accompagnées de bractées. Le fruit est formé d'un ou de deux follicules cylindriques, gros comme le pouce, à paroi mince et sèche; les graines très nombreuses, ovales, aiguës, comprimées, ayant une longueur de 15 millimètres sur 5 millimètres de largeur, sont insérées sur une assez longue lame placentaire. Elles sont surmontées d'un acumen qui, glabre à sa base, se garnit bientôt de poils soyeux, argentés, obliquement ascendants; ces poils, qui sont destinés à favoriser la dissémination des semences, peuvent atteindre une longueur de 6 à 7 centimètres. (Compte rendu de Vincent.)
Les peuplades pahouines se servent d'un extrait fait avec les graines de la plante pour empoisonner leurs flèches de chasse ou de guerre. D'après E. G. Méry, ces armes n'ont pas la puissance de pénétration nécessaire pour entamer la peau de l'éléphant, et servent seulement à la chasse des singes, des oiseaux et <les petits mammifères. Ce collègue a assisté à la préparation, aussi simple que rapide, du poison. « On prend, dit-il, deux pierres aussi polies que possible, puis, entre ces deux pierres, on écrase la graine de façon à obtenir une sorte de pâte à laquelle on ajoute un peu de salive, peut-être de graisse. Quand la pâte est prête, elle a une odeur particulière que je ne puis
définir : il suffit alors d'en imprégner la flèche. » La nature de ces flèches varie suivant les peuplades, elles sont tantôt de bambou et lancées au moyen d une arbalète, tantôt de bois plus dur et projetées à travers une sarbacane dans laquelle on introduit en même temps une bourre végétale molle. Celles que Mery a examinées étaient faites avec des côtes de palmier; elles avaient environ 20 centimètres de long, et étaient très résistantes en même temps que flexibles « Le Pahouin prend sa flèche, dit encore Méry, et avec l'extrémité pointue il saisit une petite quantité de pâte. Pour en imprégner cette extrémité, il colle sur sa cuisse nue une feuille verte, puis, par un mouvement de rotation très lent d'abord, il étale la pâte sur sa feuille; saisissant ensuite sa flèche entre la paume des deux mains, il lui imprime un mouvement rotatoire de plus en plus rapide, de façon que la flèche s'imprègne du poison dans une étendue de quelques centimètres. Ce dernier mouvement de l'opération est effrayant, car la moindre piqûre, je crois, ne laisserait aucun espoir de guérison. »
Le liquide que Polaillon et Carville (1872), etVulpian après eux, ont employé pour leurs expériences sur les animaux était une solution aqueuse de l'extrait alcoolique préparé avec les graines. Une goutte de cette solution représente un milligramme d'extrait. Il résulte des expériences instituées par ces physiologistes que l'extrait d'Inée, introduit sous la peau d'une grenouille, trouble d'abord, puis abolit rapidement les mouvements du cœur. Les troubles- consistent dans l'irrégularité, les faux pas, les suspensions momentanées elles reprises, désordres auxquels succède l'immobilité du cœur, alors môme que les grenouilles peuvent encore sauter, nager et respirer. Ce n'est
ANIMAUX ET VÉGÉTAUX NUISIBLES. 771 qu'au bout de 10 à 13 minutes environ, que tout mouvement des membres, ou de l'appareil respiratoire cessant, l'animal succombe. Trois ou quatre milligrammes d'extrait d'Inée injectés sous la peau d un chien le laissent indifférent pendant un quart d'heure et même davantage : puis l'animal se lève et s accroupit plusieurs fois, respire fréquemment, bave, vomit, est rarement pris de diarrhée, puis chancelle et tombe sur le flanc pour mourir en gémissant. Pendant le cours de l'empoisonnement, le cœur, qui avait d'abord battu régulièrement, comme il est aisé de s'en convaincre par l'introduction de l'aiguille-index dans la poitrine, cesse de battre avant la mort. A l'autopsie l'organe est flasque.
2. Flèches et poisons d'épreuve de diverses peuplades occidentales. - A. Mancone, Téli. — Ces peuplades, spécialement les tribus guinéennes, emploient pour empoisonner leurs flèches, et aussi comme poisons d'épreuve, la décoction d'écorce du Mancone ou Mançone. Le Mancone est un arbre trouvé autrefois par Don à Sierra-Leone et retrouvé par différents voyageurs ou naturalistes sur tout le littoral ouest de l'Afrique. Mançone est le nom portugais, Mancone le nom français ordinaire sur la côte ; les Anglais donnent à ce végétal le nom de Red-water-lree (1). Ses noms scientifiques sont Erylrophlœum gmneense, ou Fillœa suaveolens. Certaines peuplades guinéennes le désignent sous le nom de Tali ou de Téli (2). C'est un
(0 Arbre donnant l'eau rouge.
2 Le téli a été étudié par notre collègue le D' Corre, dans le Rio-Nunez (Voir Journal de Gubler, 10 mars 1876) C est à tort d après Correï que l'on a identifié le téli et le méli. Ce fermer est e niey-datach des Yolofs (Detarium Senegalense, Gm.). Son êcoice ressemble a celle du téli, mais son fruit, comme j ai eu 1 occasion de le voir dans la collection du Corre, est tout a fait différent
tant a u famine des Légumineuses néesT" eCorce de c"t "rbre est fragmentée par les naturel» en morceaux rou-eâtres anl.ti. • • , naturels avecdelVa,, , , ' P s' «réguliers. Bouillie avec de 1 eau pour la préparation du poison ellerom munique à ce liquide une couleur rou<-e N. Gallois et E. Hardy ont expérimenté cette décor
(mv Lir 7"\ °eS 6SSais SUr des -«^miféres l°a»fvu 1 ^^"''^"'^«eleursrecherches:
i que 1 ecorce du mançone contient un poison des Plus energ,ques qui paralyse le cœur e[ ^"J6 s nés avec une rapidité qui est en rapport avecTdose du poison ; 2" que chez les grenouilles, la vie persiste quelque temps après la cessation de la systole ca maque, tandis que chez les mammifères la ,* « au moment où le cœur s'arrête. Quatre centigramm s ierylhrophléme, principe actif de l'écorce, introdui en plusieurs fois dans le tissu cellulaire d'un chï „ curanse e tuent dans l'espace d'une heure à unê côT/del'teér C'eSt"n^-««-« danger à
(I) Voir Bâillon, Histoire des plantes, t. If, p. U9.
B. Èsérè ou fève d'épreuve du Calabar. — Cette graine provient du Physosligma venenosum, liane appartenant aux Légumineuses Papilionacées. Les Pahouins nomment la fève djirou. On la trouve en Guinée, le long du fleuve Niger, au Vieux-Calabar, au Gabon, le long de l'Ogo-wé, du Rhamboë, du Haut-Gomo. — La plante est une longue liane herbacée grise, sa racine est longue, tuberculeuse, à fibrilles; ses feuilles alternes et pennées ; ses fleurs d'un rouge de pourpre, hermaphrodites; le calice est en sac à cinq dents, la corolle papilionacée ; il y a dix étamines et un style dilaté en petite tête dans sa partie libre. La gousse longue, en forme de faux, contient deux ou trois graines oblongues, munies d'un hile latéral et formées de deux gros cotylédons faciles à pulvériser. Le principe actif pur a été isolé par Vée et a pris le nom d'ésérine.
Au dire des missionnaires, le poison est administré aux accusés, à titre d'épreuve, à la dose de 25 ou 30 fèves hachées et avalées ainsi par le patient, ou sous la forme d'infusion. Ce dernier mode d'administration est plus rapidement toxique que le premier. On observe alors, sous une forme grave ou mortelle, les symptômes que Christison d'Edimbourg a voulu expérimenter sur lui-même : vertiges, grand état de faiblesse, irrégularité des battements cardiaques, perte partielle de la contractilité, respiration laborieuse. La mort par paralysie de tous les muscles striés n'est pas rare chez les naturels, à moins que des vomissements ou des selles diarrhéiquesne viennent s'opposer à l'absorption de la préparation toxique.
C. Mboundou ou Icaja du Gabon, racine d'épreuve. — On donne, enlangue indigène, lenomdeM'boundou ou d'icaja, à une plante de la famille des Loganiacées
PATHOLOGIE EXOTIQUE, que l'on recueille au Gabon et au cap Lopez. C'est un arbuste baut de 2 à 3 mètres dont la racine pivotante, longue, blanche et ligneuse en dedans, est recouverte d'une écorce rougeâtre. Les Gabonais font avaler aux indigènes soupçonnés d'un crime ou même d'un délit seulement, une certaine quantité de macération aqueuse de cette racine. L'accusé doit, malgré l'influence convulsivante du poison, enjamber aisément un bâton placé à deux pieds du sol, horizontalement : s'il manque l'épreuve, il est condamné à une peine variable, quelquefois à mort (1). Vulpian a expérimenté le M'boundou sur des grenouilles et en a conclu que son action était convulsivante comme celle de la strychnine, avec cette différence que l'intoxication commence par l'affaissement, l'immobilité de l'animal sans exagération de l'excitabilité médullaire sous l'influence des excitations expérimentales. Le strychnisme ne se produit que quelques minutes après et consiste en deux secousses tétaniques analogues à celles que produit la Strychnos nux vomica, et pouvant se reproduire deux ou trois jours après pour disparaître définitivement ensuite.
3. Flèches et poisons d'épreuve de Madagascar et de Nossi-Bé. — Les indigènes de Madagascar se servent du Tanghin, poison extrait du Tanghinia venenifera (Apocynées), pour obtenir les aveux des accusés ou pour punir les crimes d'empoisonnement ou de sortilège. D'après le récit pittoresque du commandant Guillain, de la marine française, des convulsions affreuses s'emparent du malheureux auquel on a fait
(1) Fort heureusement l'accusé arrive fréquemment a intéresser à son sort les exécuteurs de ce jugement de Dieu, lesquels dans ce cas lui administrent un breuvage inoffensif et acceptent des accommodements.
avaler une petite quantité de râpure d'amandes de Tanghinia ; ses traits se décomposent, ses muscles se contractent et il expire souvent avec d'horribles convulsions. — Le Tanghin a été expérimenté en 1868 par Kolliker et Pélikan, qui l'ont rangé parmi les poisons du cœur. — Ce poison est, au dire du Dr Corre, employé à Nossi-Bé comme épreuve criminelle, en dépit delà surveillance française. Il sert aussi à empoisonner les flèches des indigènes de Madagascar. — 11 y aurait lieu de rechercher sur les lieux si les mêmes peuplades n'emploient pas, comme les Guinéens, la décoction d'écorce $ Erythrophleum couminga, espèce voisine du Mancone et commune dans les Seychelles et à Madagascar. Les expériences de N. Gallois et de E. Hardy (1876), faites avec cette écorce et avecl'érythrophléine, ont eu les mêmes résultats que ceux obtenus par ces physiologistes avec l'écorce de Mancone.
4. Flèches des Hottentots. — On les croit préparées : 1° avec le suc extrait des bulbes de YHxmanlhus nudus et de l' Amaryllis dislicha, plantes appartenant ioutes deuxàlafamille desAmaryllidées ; 2° avec la décoction de fécorce de YAcocanthera venenata (Solanées). Nous manquons de renseignements sur les effets de ces flèches.
II. Flèches d'Asie. — 1° lndouslan. — « Les habitants des rivages de laNag empoisonnent leurs flèches avec le suc laiteux d'un arbre que l'on suppose être une Moracée » (DrPosada-Arango). — 2° Indo-Chine. — Le poison des flèches, dit poison de Yacun, ou de Mintras de Malacca, a été étudié par Rosenthal de Berlin et a paru agir comme les poisons cardiaques. — D'après Corre, les tribus Mois empoisonnent leurs flèches de chasse avec un poison convulsivant redoutable au moyen duquel ils viennent même à bout du tigre et
776 PATflOLOGIE EXOTIQUE.
de l'éléphant. Gorre a vu aussi employer pour tuer le tigre mais cette fois en appât, un poison narcotique extrait d un végétal qu'il n'a pu se procurer; l'animal meurt lentement, sans convulsions.
III Flèches JOcéanie. - 1° Flèches des Bornéens et des Javanais. -Les populations dajaks, ditVan Leent préparent depuis de longues années les poisons dé flèches. Les substances toxiques sont fournies : 1° par le suc sirupeux qui s'écoule d'abord blanc, puis brunâtre, des incisions faites à l'écorce de VAntiaris toxicana, siren boom des Bornéens, antsjar des Javanais, arbre à poison de la Malaisie ou pohon upas. Les naturels font cuire ce suc pour lui donner la consistance du caoutchouc, puis ils le sèchent au soleil et l'enveloppent dans des feuilles de provenance diverse. Ainsi préparé, on croit augmenter sa puissance toxique en le coupant en fragments que l'on projette dans une décoction faite avec les bourgeons du Calamus pericarpus, les feuilles de YHydrocolyle asïatica, du tabac et d'autres végétaux. Le poison, concentré et préparé définitivement, est essayé sur des oiseaux et des singes. Si l'épreuve est suivie de succès, la substance toxique est conservée pour la chasse et la guerre. Les animaux frappés peuvent succomber en dix à quinze minutes. Chez l'homme, « la plus petite plaie produite par une flèche s'entoure d'un cercle livide : les phénomènes généraux sont des vertiges, un sentiment de pesanteur générale et des vomissements ; il survient des contractions et un état de convulsion clonique qui détermine la mort » (Van Leent). En somme, c'est une intoxication par Yantiarine, alcaloïde qui possède une action toxique très énergique et qui est rangée par Vulpian parmi les poisons du cœur. 2° Un second poison de flèches est l'extrait sirupeux préparé avec l'écorce de
la racine du Slrychnos tieuté, en bornéen Ipœ ou lpoh, en javanais Tjettek. C'est une plante grimpante de ,1a famille desLoganiacées. L'extrait sirupeux est mélangé avecdiverses préparations moins actives et la substance molle ainsi obtenue est conservée dans des tuyaux de bambou. Son principe actif est convulsivant et agit, dit Vulpian, comme la strychnine et l'extrait de noix vomique.
Van Leent affirme que les flèches enduites des deux poisons dont nous avons parlé ont servi dans toutes les guerres des Bornéens, et particulièrement dans les dernières, contre les Hollandais. Aucun des blessés traités par l'incision cruciale, la succion de la plaie, l'application des ventouses, n'a succombé. L'enduit de l'îpœ mis sur les flèches depuis plusieurs années a toujours des effets beaucoup moins redoutables.
2° Flèches, des naturels deVanikoro, de Santa-Cruz, des îles de Banks, des archipels de La Peyrouse et des Nouvelles-Hébrides. — La plupart des flèches employées par ces naturels ne paraissent pas être toujours empoisonnées; mais, comme nous l'avons dit à propos du tétanos , leurs piqûres ont été néanmoins fréquemment mortelles. Il semble prouvé cependant que ces naturels empoisonnent parfois leurs flèches avec des substances empruntées : 1° à une sorte à'Euf/horbe, toe des indigènes ; 2° à la racine d'une strychnée grimpante, le loké des indigènes. La racine grattée et concassée est bouillie dans l'eau avec des racines de pandanus pour augmenter la consistance de la préparation, et les flèches enduites d'une ou des deux substances toxiques sont séchées et enveloppées. Les faits recueillis par Mendana (1595), par Carteret (1767) à Santa-Cruz ; les expériences de Forster sur des chiens piqués par les flèches de
Mallicollo (Nouvelles-Hébrides); les observations de Dillon (1827) relatives à un homme blessé à Vanikoro et qui guérit ; les expériences du Dr Halford de Melbourne, et l'enquête faite en 1875 par le Dr Messer de la marine anglaise, concourent à démontrer qu'il y a lieu de se défier de ces flèches au point de vue de la terreur qu'elles inspirent aux blessés, et du tétanos traumatique qui a été la conséquence des blessures qu'elles ont faites; mais qu'au point de vue toxique elles sont seulement suspectes. Les accidents Tétaniques observés n'ont jamais été primitifs, en effet, et l'on ne retrouve pas là l'action rapide des poisons strychniques mis en cause (1).
IV. Flèches d'Amérique. — 1° Flèches des Antilles. — Leur étude appartient désormais à l'histoire. Les Caraïbes, dit le P. Labat, enduisaient leurs flèches avec le suc du Mancenillier 'vénéneux, du Mancenillier gluttier, de VA/wcyn citron, de VApocyn à fruit hérissé et de YApocyn tacheté. Descourtilz rapporte les mêmes faits, décrit les végétaux dont il vient d'être question et ajoute que les Caraïbes de la Jamaïque employaient jadis, dans le même but, le suc des feuilles et des fruits du Bois ivmnt (Piscidia Erythrinà) de la famille des Légumineuses.
2° Flèches de la Guyane. — Au dire de Descourtilz, les naturels des Guyanes empoisonnent leurs flèches en les enduisant avec le suc du Paulliwa Cururu, Liane à scie, Liane à empoisonner les flèches. C'est un végétal que Linné avait rangé dans la famille des Savonniers et qui appartient actuellement à celle des Sapindacées. — Sa tige est grimpante, sarmenteuse, garnie de vrilles vertes et rouges. Les feuilles sont
(1) V. Compte rendu de Messer, médecin de la Pcarl, indiqué plus haut.
alternes, ternées, à pétioles ailés, les fleurs en grappe; les fruits rougeâtres ont la forme d'une petite poire. Toute la plante est imprégnée d'un principe vénéneux dont l'action, d'abord convulsivante, entraîne quelques instants après la stupeur et la mort. Nous n'avons pas de données relatives à l'emploi actuel de ces poisons, soit pour lâchasse, soit pour la guerre. Les naturels de la Guyane passent encore pour enduire leurs flèches avec le suc d'un Ficus venenata, au sujet duquelnous manquons également de renseignements.
3° Flèches de certaines tribus sauvages de l'Amérique du sud. Poisons coroval, vao, curare.
Le poison coroval, dont nous ne connaissons pas l'origine bien qu'elle soit probablement végétale, a été étudié par W. A. Hammond et S. Weir Mitchell, ainsi que le vao, sur le compte duquel nous ne sommes pas mieux renseignés. Ils agissent sur les vertébrés comme l'inée : ce sont des poisons du cœur.
Le Curare (Woorara, urari, wurali, poison des Ticunas) est actuellement assez bien connu quant à son origine. Les travaux de Gl. Bernard et de Vulpian en ont vulgarisé les propriétés toxiques. Il est employé par les Indiens de l'Amérique du sud qui habitent les régions traversées par le fleuve des Amazones et par leParana. C'est Walter Raleigh qui l'a, le premier, importé en Européen 1595. Plusieurs voyageurs ont assisté à sa préparation : Jobert, l'un d'eux, a fourni récemment, à la Société de Biologie, d'intéressants détails sur la fabrication du curare qu'il a vu préparer devant lui parles Indiens Ticunas au Galderoao (Brésil), non loin de la frontière du Pérou. Le curare des Indiens Ticunas est peut-être le meilleur des curares américains. L'élément principal entrant dans la composition du curare de ces tribus, dit Jobert, provient
du Slrychnos castelna (Loganiacées). La substance toxique est préparée en faisant bouillir avee de l'eau l'écorce râpée de diverses Strycbnées et d'une Ménispermacée YEko ou Parti des indigènes ; on ajoute au mélange le suc d'une Aroïdée, le Taja des Indiens ; on donne à la préparation une consistance molle et on en enduit les flèches. Un oiseau frappé par ces armes meurt instantanément. Mais les préparations de curare diffèrent, presque tous les strycbnos pouvant en fournir une partie des éléments. Certaines tribus emploient la S. toxifera, peut-être quelques-unes d'entre elles se servent-elles du Paullinia Cururu dont nous avons parlé plus haut à propos des flèches de la Guyane; il est certain que Cl. Bernard a produit avec l'extrait des feuilles de Paullinia Cururu des effets analogues à ceux du curare. La question d'origine reste donc douteuse pour certaines localités. Van Hasselt a cité le Paullinia Cururu comme étant, à la Guyane hollandaise, l'une des plantes mères du curare. D'après Crevaux, les flèches des Indiens Trios (rive gauche du bas Amazone) sont enduites d'un curare provenant d'une^iane, à laquelle le Prof. Bâillon a donné le nom de Strychnos crevamiuna, espèce nouvelle. Pour notre collègue Crevaux, le curare des sauvages du haut Amazone est dix fois moins actif que celui que l'on peut fabriquer soi-même avec la décoction de l'écorce du Strychnos Castelneauna, recueilli en haut Amazone.
Quoi qu'il en soit, les curares arrivent ordinairement en France dans des calebasses ou dans de petits vases grossiers d'argile : ces derniers curares contiennent le poison le moins actif. Ils sont brun-noirâlre, à cassure résinoïde, solubles dans l'eau : ils contiennent un alcaloïde, la curarine, vingt fois plus actif que le curare des
calebasses. Un milligramme de curarine injecté, en solution aqueuse, sous la peau d'un lapin, le tue rapidement. L'alcaloïde et les curares agissent sur tous les vertébrés d'une façon analogue. On constate d'abord un affaiblissement progressif plus ou moins rapide ; les animaux ne peuvent plus marcher, puis deviennent inaptes à rester debout : la respiration s'arrête, le cœur cesse de battre et la mort survient. — Dans le cas de blessure de l'homme parle curare, il faudrait sucer énergiquement la plaie ou appliquer des ventouses, étreindre, entre la lésion et le cœur, le membre atteint, au moyen d'une ligature large et serrée, pratiquer la respiration artificielle. L'administration delà strychnine ne serait probablement pas suivie de succès, car elle n'est pas antagoniste de la curarine ; il serait cependant légitime de l'administrer par milligrammes, si les circonstances s'y prêtaient, car les expériences de Vulpian prouvent qu'elle contrarie, dans une certaine mesure chez les animaux, les effets de la curarisation.