L. Chjetodons
Chœtodon de Java. — « Ce poisson, vulg. poisson des récifs, a la chair délicieuse, mais elle peut devenir nuisible. Sur les îles Batoë (côte occidentale de Sumatra), on m'a rapporté que ce poisson acquiert des qualités toxiques quand il a rongé certain corail vénéneux. En malais, on le nomme Karaug-ratjoen, littéralement corail-poisson » (Van Leent) (fig. 29).
L'ensemble des phénomènes décrits sous le nom d'empoisonnement par les poissons vénéneux, sigualera des médecins des Antilles espagnoles, comprend très vraisemblablement des états pathologiques de nature très diverse. D'après Fonssagrives et Le Roy de Méricourt qui ont attiré l'attention, depuis 1861, sur cette partie intéressante do l'hygiène et de la patho-
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logie exotiques, l'intoxication pourrait revêtir deux formes: i° la gastro-entérite; 2° l'empoisonnement froid, constitué par les coliques, l'algidité, l'état choléroïde, l'ataxie. Ces deux formes auraient une inten-
Fig. 29. — Type du genre Chetodon (d'après Bloch).
sité variable et seraient susceptibles de se combiner entr' elles.
Posée ainsi, la question paraît simple, trop simple même, pensons-nous. Il nous semble que, faute d'observalions suffisantes par leur nombre et par leurs détails, la symptomatologie des accidents dont nous parlons, a dû être trop uniformisée. Un travail d'ensemble reste encore à faire sur l'empoisonnement par les poissons vénéneux, et ce travail nécessitera la distinction ou l'élimination de cas nombreux rapportés à tort à une intoxication suigeneins par la chair d'espèces vraiment vénéneuses et due réellement, soit à une intoxication par des substances étrangères aux poissons eux-mêmes, soit à l'empoisonnement par les
chairs en putréfaction de ces animaux. Le Dr Corre a essayé (I) d'établir la délimitation pathologique de l'empoisonnement par les poissons vénéneux : il a signalé la remarquable analogie qui existerait, selon lui, entre les symptômes et les lésions observés à la suite de l'ingestion des poissons vraiment toxiques et ceux observés consécutivement à l'inoculation du venin des serpents: cette étude est à poursuivre.
D'après ce qui précède, il n'est guère possible de formuler un mode de traitement général. Voici comment il conviendrait d'agir dans la plupart des cas : faire vomir par la poudre d'ipéca, dans les cas légers ; si on craint la prostration consécutive à l'administration de ce médicament, eu égard aux circonstances présentes, et, à plus forte raison, à celle qui serait la conséquence de l'emploi de l'émétique, faire vomir en titillant la luette, ou en injectant dans le tissu cellulaire, au moyen d'une seringue de Pravas, cinq milligrammes d'apomorphine dissous dans quelques gouttes d'eau (Fonssagrives) : vider l'estomac parla pompe gastrique : administrer les stimulants diffusibles, alcool, vin de Champagne, liqueur d'Hoffmann, éther : employer tous les moyens externes de réchauffement de l'organisme : veiller la réaction.
§ 8. — Ophidiens.
Les serpents venimeux pullulent dans les zones chaude et torride et les accidents causés par leurs piqûres sont très fréquents et souvent mortels. Sur le le territoire de Pondichéry, dit Huillet, et d'après des
(l) Arch. de physiol. do Vulpian, mai 1872.
relevés établis par la police, on a enregistré depuis le 2° trimestre de 1863 jusqu'en 1N68, 118 piqûres, dont 47 mortelles. Ce chiffre est inférieur à ce qu'il était autrefois, ce qui tient à la destruction des cactus raquettes qui servaient de refuge aux animaux dont nous parlons. Dans la péninsule de l'Inde toute entière, les décès par la piqûre du Cobra-capelse comptent annuellement par milliers. Encognère, dans sa thèse sur le Bothrops de la Martinique, dit qu'il meurt, en moyenne, par an, dans chaque commune, deux personnes piquées par ce reptile ; ce qui porte à 50 environ le nombre annuel des décès causés par la piqûre de cet ophidien. Brassac, au rapport des habitants de l'Ile, pense qu'on peut compter 1 mort sur 4 ou 5 piqûres. En Australie, dit Bourse, il y a 44 espèces de serpents venimeux, d'où la nécessité, quand on voyage, de veiller à se garantir de leurs morsures. La mortalité à Java est également très élevée, de ce fait. Au Brésil, où l'on compte au moins 7 espèces venimeuses, à Gayenne, ou mieux dans la Guyane, les accidents ne sont pas rares. On voit en somme tout l'intérêt qui s'attache à cette question et toute l'utilité qu'il peut y avoir à connaître les ophidiens des diverses zones, les conséquences de leurs morsures, les mesures propres à exterminer les espèces venimeuses, les moyens de traitement applicables aux intoxications de cette nature. Ce sujet qui donnerait facilement la matière d'un gros livre, ne peut être qu'esquissé à grands traits dans celui-ci. La caractérisation spécifique de chaque ophidien venimeux exigerait des détails trop étendus et qui n'auraient pas l'importance qui s'attache aux caractères des espèces végétales nuisibles, des insectes dangereux, des poissons toxiques ou vulnérants. Les ophidiens ont une
forme générale qui les rend immédiatement suspects et quand ils sont venimeux, des appareils toxifères très analogues, sinon semblables. Je me bornerai donc à signaler les espèces qui sont considérées comme plus particulièrement dangereuses, et à formuler les règles générales du traitement.
Dans l'Inde, Jerdon signale quatorze espèces venimeuses, des Najas, des Flaps, des Hydrophis ou Serpents d'eau, des Echis, des Crotales, etc. Sur le territoire de Pondichéry, Huillet ne compte pas moins de 12 variétés du genre Naja, et parmi elles, comme dans tout l'Indoustan d'ailleurs, le Naja tripudians ou Cobra-capel ; dans le genre Bongare, une espèce, le B. demi-anneaux ; parmi les Echidnées deux espèces, VF. élégante et VF. carénée. La Dipsade triple-tache, qui vit sur les arbres, passe également pour venimeuse.
Plusieurs trigonocéphales sont redoutés au Japon(l).
En Gochinchine, dit Morice, il y a au moins 40 espèces d'opbidiens venimeux, des Hydrophys qui nagent dans la mer dont ils traversent souvent des espaces considérables ; des Callophis, des Bongares annelés, des Najas, et parmi eux, des Cobra. Cependant les accidents sont on ne peut plus rares dans cette colonie.
On compte au moins 44 espèces venimeuses en Australie, dit Bourse d'après des renseignements positifs pris à Sydney : on signale plus spécialement la Diemmenia psammophis, le Serpent gris, le Sei^pent
(1) Un serpent venimeux de l'île Nippon, nommé le hambi dans le Nambou, au nord de l'île Nippon, et manouchi à Yaddo, est fréquemment la cause d'accidents graves (Noury, cité par Rey, article Géographie médicale du Dict. de méd. et de chiv. pratiques,
brun, le Serpent noir, la Vipère-mort, un grand nombre iïHydrophys, tous venimeux, etc.
A Batavia, Van Leent signale le Bongare annelé, le Naja sputatrix, plusieurs trigonocéphales ; à Passarocang, dans la partie orientale de Java, le Lampee, petit serpent venimeux qui séjourne dans les rivières. A Bornéo, les espèces dangereuses abondent dans les forêts de l'intérieur. Les Célèbes les Moluques, sont beaucoup moins infestées. -
On redoute en Afrique, le Naja naje d'Egypte, vulg. Vaspic; le céraste d'Egypte, du Sabara algérien et du Maroc, vipère dont les arcades sourcilières font saillie sous forme de cornes aiguës et fortes; la vipère du Gabon, grosse vipère sans queue, à cornes courtes, à dessins écailleux losangiques et élégants ; la vipère minute du Cap, Echidna arietans ou serpent cracheur, projetant à distance une bave irritante ; les Langahas de Madagascar, et nombre d'autres espèces.
Les élaps sont très communs en Amérique, l'élaps corallinus, serpent-corail, et l'élaps de Marcgrave, habitent les Guyanes. Les crotales sont très redoutés au Mexique, dans le bassin des Amazones, dans tout le Brésil. Le bothrops lancéolé est commun à la Martinique et à Sainte-Lucie, les lachésis ou crotales muets dans l'Amérique centrale, le bothrops jararaca dans l'intérieur du Brésil.
Dans toutes les localités que nous avons avons énumérées, les indigènes opposent aux piqûres des serpents venimeux des méthodes empiriques de traitement qui ont quelquefois une efficacité réelle, mais qui, par contre, sont fréquemment incomplètes. On ne devra donc pas se départir des règles suivantes lorsqu'on n'aura pas entre les mains les ressources d'une médication indigène absolument éprouvée :
1» Arrêter par une ligature large la circulation des veines superficielles susceptibles de porterie venin vers le centre circulatoire.
2° Pratiquer la succion de la plaie, ou dans le cas de plaie ou d'ulcération de la muqueuse buccale chez l'opérateur, appliquer des ventouses très adhérentes.
3° Inciser la région piquée, en partant, bien entendu, de la piqûre elle-même, laver la plaie, la faire saigner par les pressions méthodiques et par l'application de ventouses.
4° Cautériser avec le fer rouge, avec un corps en ignition, avec l'ammoniaque, le chlorure d'antimoine.
5° Administrer les stimulants dilï'usibles, l'eau-devie, l'éther, le thé punché, et traiter le malade par tous les moyens de caléfaction et de sudation dont on pourra disposer.
6° Ne pas négliger le traitement moral du blessé, et par dessus tout, le convaincre que tout ce qui lui est prescrit est affaire de simple précaution et rien de plus.
A Tuxpan (golfe du Mexique) les Indiens prétendent être arrivés à se préserver des effets ordinaires de la morsure des serpents venimeux par l'inoculation du venin des espèces les plus dangereuses, et l'ingestion de 5 à 15 tubercules d'une urticacée, le mano desapo; mais notre collègue le Dr Jacolot n'a jamais pu obtenir des indigènes que des expériences concluantes fussent faites en sa présence (1).
(1) Jacolot, Note sur les Gurados de Culebras. Arch. de méd. nav., 18C7, 2e semestre.
ARTICLE II. — Végétaux et substances végétales