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LA VIE ET LES TRAVAUX DU PROFESSEUR GHOMEL

PAR LK DOCTEUR NOËL GUENKAU DK MIJSSY.

Auguste-François Ghomei naquit à Paris le 13 avril 1788. Sa famille, qui pandt être d'origine anglaise, était venue s'établir dans cette ville vers le milieu du dix-septième siècle, après avoir longtemps habité le Vivarais et le Bourbonnais. Il comptait parmi ses ancêtres un grand nombre de médecins illustres portés par leur mérite aux plus hautes dignités de la professioQ (1) : a II était arrière-petit-neveu de Jean et de Charles « Delorme, qui depuis Henri III jusqu a Louis XIV avaient été « médecios de la Cour pendant quatre règnes successifs. Charles •* Delorme, le plus célèbre des deux, anobli par le sénat de H Venise, a montré un dévouement dont l'histoire a conservé le « souvenir : à Paris, en 1619, et au siège de Larochelle, lorsque « larmée de RicheUeu était décimée par la dyssenterie. Médecin « savant, spirituel, praticien habile et désintéressé, il eut le rare « bonheur d'être loué sans réserve par Guy Patin. C'était de lui « qu'Henri IV disait qu'il gentil Ihommait la médecine. »

Le bisaïeul de M. Chomel, Jean-Baptiste Chomel, né en 1 639, i*tait médecin et conseiller ordinaire de Louis XIV. Son grandpère, Pierre-Jean-Baptiste, né en 1671 , fut nàédecin de Louis XIV. et de Louis XV, doyen de la Faculté de médecine de Paris,

:l)Les passages places entre guillemets sont eiupriiiiles aux discours que M. le professeur Grisolle a prononcés sur la tombe de M. Chomel, et k la séance 4e rentrée de Tecole de médecine, le 15 novembre 1858. Ces discours, aussi remarquables par le fond que par la forme, ne font pas moins d'honneur h rbomme qu'à Torateur. J'aurais voulu les citer en entier, si le cadre de cette notice oie l'eiU permis. Personne ne pouvait plus dignement louer M. Chomel ^e celui par lequel il avail lui même désiré être remplacé dans l'enceinte de la Faculté.

membrti de l'Académie des sciences ; élève et cullaborateur de Tourneforl, il s'élait livré avec ardeur à l'étude de la botanique ; il a laissé un Traité des plantes usuelles qui a été réimprimé sept fois. Les vertus et \es qualités du cœur semblaient aussi liéréditures dans cette ftimille que la sdence et le talent. Le biographe de Jean-Baptiste Chomel nous a tracé de lui un portrait dont bien dea traits rappellent son petit-fils. « 11 mourut, dit-il, re- « gretté des pauvres dont il était le père, et pleuré de ses enfants M dont il était l'ami. Son zèle et sa piété n'étaient jamais mêlés « d'ostentation; il ne foisait point parade de sa conduite pour en « imposer aux autres. Modeste dans ses discours, simple dans son "extérieur, il abordait ses malades avec douceur, plus occupé <c de leur dire quelque chose de consolant que de captiver l'at- « tention par une éloquence affectée. » (Histoire des Plantes usuelles, 1782.)

Un de ses fils, Amalile Chomel, médecin du roi au Canada, périt vicUme de son dévouement : il s'était rendu à Brest pour combattre une épidémie meurtrière qui tenait dans cette ville en 1 758 ; il contracta la maladie en soignant ceux qni en étaient atteints et y succomba.

a Jean-Baptiste-Louis, son frère, fut médecin ordinaire de K Louis XV, professeur de botanique et doy«n de l'ancienne «Faculté; il a publié, sur la pathologie et les épizooties, des « travaux qui indiquent la solidité comme la variété de ses con- « naissances, n (Loc. cit.)

Jacques-François Chôme!, également médecin de Louis XV, fut intendant des eaux de Vichy ; il a publié un Traité sur ces eaux et a laissé son nom à une des sources.

Le père de M. Chomel, atteint d'une surdité presque compifele, n'avait pu marcher dans la voie de ses ancêtres. Ayant remarqué daoa son fils oes qualités du cœur et ces dons de l'esprit, dont . rbeiirenx assfnihlage !ienihljiil proiuellre un digne successeur piln'inn célèbres qui avaient illustré son nom, il le du^gea a profe&sina roMîcale. Le jeune Ctiomel n'y était point porté ""^ ïi'ntraliii'iiii'nts iaslinctifs qui ne sont pas toujours '^ft, et bien moins encore sont la condition aéccs- ». Les études anatomiques lui inspie dont il triompha i>ar l'énergie de sa vo- D père, tiui était comme la voix des traditioo» r laî une toi ; pI ce sentiment du devcûr, qiH

KOTice. vu

fat la règle de toiile sa vie, détermina son entrée dans la carrière.

Il y arriva préparé par ces fortes études littéraires qui sont la nourriture indispensable des esprits d*élite, et un des premiers élémenls de succès dans les professions libérales. Pendant le temps qu*il passa au collège, le jeune Chomel s*était fait remarquer par son amour du travail, par la réfçularité de sa conduite, et par cette rectitude de jugement qui fut une de ses qualités dominantes. La conformité de goûts distingués et de principes honnêtes Tavaient rapproché de plusieurs de ses condisciples, qui devaient, eux aussi, s'illustrer dans d*autres carrières, et qui s'honorèrent d*une amitié à laquelle ils furent fidèles jusqu'à la fin ; parmi eux nous citerons M. Yillemain, M. Victor Leclerc, et M. Nau de Champlouis, qui plus tard resserrait par une alliance de famille ce lien des premières années.

Une fois décidé à devenir médecin, M. Chomel ne voulut pas mentir à sa race : il se livra avec une infatigable ardeur aux études qui devaient le préparer ou Tinitier à la science de rhomme malade (*) ; les volumineux manuscrits qu'il a laissés témoignent de Tassiduité de son travail; il recueillait des observations dans les hôpitaux, faisait des extraits de tous les ouvrages que nous ont laissés les maîtres de Tart. Haller, dont il avait analysé toute la grande Physiologie, les grands praticiens tels que Sydenham, Stoil, Torti, Lind, Hildenbrand, Pierre Franck étaient les compagnons préférés de ses veilles studieuses. Il acquit ainsi une érudition aussi solide qu'étendue, dont il ne cherchait pas à faire parade, mais à laquelle il faisait appel avec à-propos, quand il voulait fortifier par raulorilé des traditions les principes qu'il enseignait. En s'attachant principalement à la pathologie et à la clinique, il n*avait pas négligé les sciences dites accessoires ; la botanique l'avait surtout attiré, elle fournissait un aliment à ce goàt très-vif qu'il a conservé jusqu'à la fin de sa vie pour les beautés de la nature.

Le succès répondit à ses efforts : interne des hôpitaux, il obtint la médaille d'or, à laquelle il ajouta bientôt celle de l'école

(*) Uans les iMipiers de M. Chomel je trouve les lignes suivantes qui résument »a jeuoesse : Je remercie Die» de rn avoir fnit naitrr de parents Ums^ honnêtes e1^ nHgkMX^ihau ce degré d*étroite aisance, qui leur a permis de me donner une éimeûHon libéra/e, et qui m'imposait cette heureuse ne'cessitf^ du travai/^ t fuàlêje (his fa position que j*ni f/ri^r/i.ve ff hs surrh que J'ai oMenuR dof

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iiitilMlitt»; . Il iivfiil li'opile tniilsronimuuRavec M. Chomel

|iMin iiii Mil iimiImmI eiilniliM'inriii ne 1rs attacMt pas Tun à Tau-

|i:> O'.iiM I iiM|iiiUifin il'iiii li'l ^uitle(/«m^ r/V.,p. 12)M. Chomel

M inlIniiiiHi il inip tinliMir eniNire plii'i vive ])our Tétude, tra-

^•illl'iiii iM<i|n <i-iM#nr)ili\ liuil luMU'es|Mr joun partas^eant son

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ROilCB. IX

A Tépoque où M. Chomel f*ntrait sur la scène médicale, une révolution venait d*éclater : Broussais avait paru, et il avait pivcipité la chute du règne de Pinel, qui penchait d«^jà vers son déclin. Esprit délicat, honnête, mais sans profondeur, Pioel était une des dernières expressions de cette école nosologique, issue du sensualbme de Condillac, qui croyait pouvoir suppléer par la ft mélhûde à Tabsence des doctrines, cachait, sous le luxe stérile Iules classifications et des descriptions, l'oubli des notions fonda- Primentales, qui ont inspiré les grands praticiens, et aboutissait au scepticisme en thérapeutique. Au milieu du doute des esprits et des aspirations qui raccompagnent, Broussais, paradoxal, désordonné, mais convaincu, jetait sa jtarole ardente, aggressive, pas- I sionnée jusqu'à Téloquence. Du reste, comme beaucoup d*inventeurs de systèmes, tout en prétendant rompre avec le passé, il reprenait sous une forme nouvelle une idée qui ne Tétait pas : la vieille doctrine de Thémison, déjà reproduite par Browu ; et il ramenait tous les problèmes de la science à une formule d*une simplicité î^éduisante mais fausse, concluçintà une thérapeutique sanguinaire qui a été un des fléaux de Thumanité. Pendant un quart de siècle la doctrine, dite Physiologique, fit des prosélytes et des victimes ; peu d'espriU«, même parmi les plus éminents, surent se soustraire complètement à son influence. Honneur aux hommes qui, au milieu de Tentralnement général, luttèrent pour sauver les traditions et les principes de Fart. Au premier rang, |>armi ces hommes, fut M. Chomel : daus le Nouveau Journal de Médecine^ il fit la critique de Touvrage de Broussais avec cette finesse de jugement, cette puissance de logi<|ue et ce sens pratique qu*il a toujours apportés daus toutes les questions qu*il a abordées.

Mais il y a plusieurs manières de combattre Terreur ; une des plu:< efficaces est d'en-eiguer et de faire goûter la vérité. C'est ainsi surtout que M. Chomel prit une part active à la lutte. Son caractère si bienveillant et si mesuré le disposait peu à ces polémi(pies soutenues, dans lesquelles il est bien difficile de conserver toujours la modération et le calme qui conviennent aux ipiestions scientifiques. Son enseignement comme sa pratique de rli<i(|ue jour, inspirés par les traditions des grands maîtres, ont ^té une des plus utiles protestations contre le novateur.

En 1817, il fit jKiraîlre la première édition de sa Patholi ifnu^rale.

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