INFLAMMATIONS ET AUTRES MODIFICATIONS ÉPROUVÉES PAR L'ESTOMAC
SOUS l'influence des caustiques et des poisons.
{( K^ — Pathogénie et étiologie.
Les modifications que l'estomac éprouve par l'action des acides concentrés, des bases caustiques et de certains sels métalliques, sont dues à ce que cessulistances entrent dans une combinaison chimique avec les éléments de la paroi, et détruisent ainsi la structure organique de cette dernière. Par contre, les modifications que l'acide arsénieux et certains poisons acres, végétaux ou animaux, provoquent sur la muqueuse de l'estomac, ne se laissent pas ramener à une explication chimique.
La négligence ou l'inadvertance est la cause ordinaire de l'introduction dans l'estomac des sels de cuivre, de l'acide sulfurique ou des poisons végétaux; les empoisonnements volontaires se font généralement avec l'arsenic ou encore avec l'acide sulfurique.
^2. — Anatoniie pathologique.
Quand les acides minéraux agissent sur la muqueuse, ils se bornent, s'ils sont peu concentrés, à transformer simplement la couche épithéliale et les cou-
(1) Les symptômes de la gastrite phlegmoneuse peuvent très-facilement en imposer dans certains cas pour une méningite. Ainsi, dans doux cas présentés à la Société anatomique en 1860, Tun pAT M. Proust, l'autre |>ar moi, sur lesquels M. Raynaud a fait un savant rapport {Société analomique, 1861, p. 62), les symptômes étaient exactement ceux d'une méningite aiguë : vomissements, délire furieux, agitations, mouvements convidsifs, dilatation des pupilles, peUtesse et irréfularité du |»ouls, lenteur de la respiration. V C.
/l72 MAUDIES DE l'ESTOMAC.
elles superficielles de la muqueuse en une eschare molle, brunâtre ou noire; au contraire, im acide concentré arrive-t-il en certaine quantité dans restoroac, alors toutes les couches de la muqueuse se transforment en une masse noire et friable, dont l'épaisseur, par suite de Tinfiltration d'un liquide séro-sanguinolent, peut devenir assez considérable. La membrane musculaire est ramollie, elle prend une apparence gélatineuse et se déchire facilement. Il arrive plus rarement qu'elle tombe entièrement en détritus ainsi que la séreuse, et qu*alon la perforiition a lieu. Ces modifications se bornent ordinairement à quelques plis isolés de la muqueuse qui s'étendent du cardia au pylore, tandis que le tiss« environnant est rougi par l'hypérémie et l'extravasation sanguine et tuméfié par l'infiltration séreuse; le sang, dans les vaisseaux de la paroi et quelquefois même dans les gros troncs vasculaires voisins, est transformé en un magma noir, poisseux, semblable au goudron. — La guérison n'est possible que dans les cas légers, les parties détruites étant alors éliminées et la perte de substance remplacée par un tissu de cicatrice calleux.
Les bases caustiques tendent à transformer Tépithélium et les couches superflcielles ou même profondes de la muqueuse en une bouillie grisâtre. Plus souvent qu* après l'action des acides, le travail destructeur envahit ici la musculaire et la séreuse et produit ainsi la perforation. Si la destruction n'a été que superficielle, la guérison peut également se faire après l'élimination des tissus mortifiés.
L'ingestion du sublimé, des sels de cuivre ou d'autres sels métalliques est suivit» d'une formation d'escharos brunes ou noires entourées d'une vive injection et d'une intumescence séreuse de la muqueuse. Les modifications déterminées par le phosphore se rapprochent de ces dernières (1).
Si la gastrite succède à un empoisonnement par Varsenic, un ou plusieurs endroits de la muqueuse paraissent gonftés et recouverts d'une substance pulvérulente, blanchâtre ; ces endroits sont en même temps plus rouges et réduits à la consistance d'une bouillie ou bien transformés en eschares jaunes ou d'un vert l)run. De ces eschares partent des plis rouges dans les inter>\illes desquels la |)aroi iroiïre souvent aucun changement.
A la suite d'un enipoisonn(»inent par les huiles essentielles, ou bien par des poisons acres végétaux ou animaux, l'estomac montre souvent les traces d'une inflammation très-prononcée, catarrhale, croupale ou diphthéritique.
>J 3. — Syinpti^nirs cl marrho.
L'ensemble des symptômes caractérisant la gaslri(|ue toxitjue se distingue par ce fait, que, même dans les cas où il y a ou introduction de poisons qui n'exer-
il) En outre dos nlcérutions e>('harotiquos i\\w (liHeriiiino \f. phos^pliure sur la imiqueuse fiviiiacalo, on pout trouvtM* dans les friandes en tube de l'estomac une altération de IVpithéliam. une déi;énén>seenee {graisseuse tout à fait scnihlalile à la inùnie lésion du foie et liu reÎD qui est caractéristique de l'intoxication psu* le phosphore. Nous avons montré, M. berjr<*rim et moi. en juin IKG^, à la Société de biolofi^ie, le premier fait de cette stéutose des (flaïules il« Lii4MY* kiihn, dont Virchow a rapporté depuis un exemple dans ses ArvhU^es (Arehir, v»d. X.\\II
INFLUENCE DES CArSTlQL'E8 ET DES POISONS. 473
cent pas ane influence directement stupéfiante sur le système nerveux, les symptômes locaux se compliquent promptement d'une dépression générale et sur-> tôat d'un arrêt presque complet de la circulation. Ces phénomènes de paralysie s'observent encore après d'autres lésions graves de Teslomac ou des viscères abdomioaux, surtout après la perforation de Testoinac par un ulcère.
Si un homme jusque-là sain est pris tout à coup de douleurs violentes qui l'étendent de l'épigastre jusque sur le bas-ventre, s'il survient des vomisseoients ionnant issue à des matières muqueuses, entremêlées parfois de sang, et si Ton èserve des selles diarrliéiques précédées de coliques violentes et de ténesme t donnant lieu à des évacuations semblables à celles du vomissement, si le maide est profondément abattu et défiguré, si les extrémités sont froides, le pouls etity la peau recouverte d'une sueur froide et visqueuse : alors doit naître le >upçon, presque la certitude, d'une lésion de la muqueuse gastrique par une ibstance corrosive ou quelque autre poison. S'il y a eu introduction iVacides ^nrentrés ou d'akalis caustiques^ les environs de la bouche permettent presque ftiijours d'apercevoir des eschares pathognomoniques; la muqueuse buccale k-mème est détruite en plusieurs endroits, des douleurs vives se font sentir à
fois dans la bouche et dans le pharynx, la déglutition devient extrêmement ifficile ou impossible. S'il y a eu introduction de seh niétalliques ou A^arseniv^ s symptômes de corrosion de la bouche et du pharynx manquent, pour peu je les substances aient été prises dans un éUU peu concentré, et les symptômes
I la gastrite ne se manifestent que quelque temps après l'ingestion du poison, es phénomènes observés dans différents organes, mais principalement l'examen Bs matières rejetées, fournissent des éclaircissements sur la nature du poison. ans les cas les plus graves, il peut bien survenir des vomituritions, mais l'estélae paralysé n'est plus en état de se débarrasser de son contenu ; un froid glaal se répand sur le corps entier, la paralysie devient générale, et le malade lot succomber après peu d'heures. 11 y a des cas moins foudroyants, dans les- ■sis la mort n'arrive que plus tard, ou bien, si la plus forte quantité du poison été expulsée par le vomissement, les phénomènes de paralysie cèdent, la cirllation se rétablit; mais toujours la convalescence est lente, et pendant la vie Hière il reste une état de langueur dû soit à des rétrécissements qui se forment IM l'cesophage ou l'estomac, soit à l'atteinte profonde que le poison fait subir fensemble de la constitution.
îJ 'i. — Traitement.
^Ce n'est que dans les cas récents, c'est-à-dire une ou peu d'heures après l'inpstion des acides, des bases caustiques ou des sels métalliques, que l'on peut lire usage des contrc-poisuus recommandés par la toxicologie. Une fois que
II substances toxiques ont été évacuées par le vomissement ou qu'elles sont Hl entrées en combinaison avec les éléments de la muqueuse gastrique, les Mre-poisons ne peuvent plus avoir une influence favorable; cette influence P plutôt fâcheuse à raison de l'irritation nouvelle qu'ils exercent sur la mu- ^ise enflammée de l'estomac. Il en est autrement de Varsenic et des poisons
-'l7/| MALADIES DE L'ESTOMAC.
acres, vêgélanr <*t anhmur, contre lesquels les antidotes en usage peuvenl à employés longtemps après Tingestion du poison à raison de raction leate continue de ce dernier. Si le vomissement manque entièrement ou sMl ert suffisant pour éloigner le poison de Testomac, on peut prescrire de ripi cuanha comme vomitif. Outre ces mesures qui répondent à FindicalioB o sale, Tindication morbide réclame l'emploi du froid, tandis que tes évacualî sanguines n*ont que peu ou point d'utilité. On aura soin de couvrir le veoUt compresses froides qu'il faut renouveler souvent, et Ton donnera à Tintérieyr petites doses d'eau glacée, ou même, si la déglutition est possible, on fi avaler de petits morceaux de glace. Le reste du traitement est exposé dans ouvrages de toxicologie.